‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 8 sur 323 · Chapitre V · texte numérisé non relu

Chapitre V

Que rien ne peut être plus avantageux à l'auteur de la

Perpétuité que ce que M. Claude prétend , quoique

faussement, qu'il n'a jamais nié que les Grecs n'aient

fort bien su ce que les Latins croteni de l'Eucharistie.

Perplexité de M. Claude.

Tout ce que l'on a dit jusqu'ici prouve seulement «pie le livre de M. Claude est absolument inutile. Mais s'il ne nous avait dimié que cet avantage, il en

serait (piiiie pour avouer de bonne foi que jusqu'ici il a mal pris ses mesures ; cl il pourrai! être reçu à recommencer un nouvel ouvrage, et à prouver ou qu'il n'est pas impossible que depuis Paschase jus(|irà Bérenger la doctrine delà présence réelle ne se soil rè(»andue dans loiiics les coui nmiions schismatiqucs, ou qu'il est faux qu'elles se soient trouvées dans cette créance au. temps de Bérenger. Mais parce que celle; dispute le fatigue, comme il le recoimaît souvent, il a eu soin de s'ôterle moyen d'y rentrer en avouantpar SCS paroles ou par son silence beaucoup plus de choses qu'il n'en faut pour mellre la preuve de l'impossibilité du changement dans la dernière évidence. De sorte que pour réduire maintenant celle matière, qui paraissait fort étendue, à des bornes si étroites (pi'il n'y aura personne qui ne puisse présentement s'instruire en très-peu de temps de toute celle (luestion qui (ait déjà le sujet de tant de volumes; il n'y a qu'à ramasser les faits non contestés, et les propositions avouées par M. Claude, et à considérer ce qui s'ensuit.

C'est ce que nous avons dessein de faire ki en prenant droit sur son livre même, el nous coaimenccrous par un point sur lequel M. Claude fait de grandes déclamations.

On s'est mis en peine dans le livre de la Per()étuilé, de montrer que la doctrine des Latins, touchant la présence réelle et la Iranssubsiantialion, n'a pu demeurer inconiui* aux Grecs, ni celle des Grecs aux Lalins : el l'on y impute à M. Clamle de l'avoir nié, parce qu'il avait dit à l'égard des sociétés d'Orient, en y comprenant les Grecs aussi bien que les autres, qu'elles ne croyaient point la transsubstantiation par voie de négation, comme n'en ayant pas ouï parler (l). El l'on ayail été forlilîé dans cetle pensée , [laice qu'il dit formellement à l'égard de Grecs, que la transsubstantiation (qui comprend la présence réelle, comme chacun sait) el l'adoration du Sacrement sonl deux choses inconnues à toute la terre, à la réserve de l'Eglise romaine (2) ; et parce qu'après avoir dit que les peuples d'Orient, au noud)re desquels il avait compté les Grecs, ne croient pas la Iranssubsiantialion par voie de négation, comme n'en ayant pas ouï parler, il ajouie datis la page suivante : Nous avons vu que les Grecs ne connaissent point ce dogme (ô), ce qui semble être une détermination précise de la proposition précédente ; cl enfui |taice que quelque peu raisoimabbv que fût ce parti, c'était néanmoins le moins mauvais de tous ceux qu'il pouvait prendre.

M. Claude !>éanmoins a jugé (pi'il nous devait délivrer de la peine de prouver ce point, et qu'il lui était plus utile de protesier (ju'd n'avait jamais prélendu que les Grecs ne sussent pas ce que tiennent les Latins sur cet article.

Il est vrai qu'on ne pouvait faire un aveu de plus mauvaise grâce qu'il fail celui-là ; car c'est en char géant d'injures les gens, parce qu'on lui a imputé d'avoir dit ce qu'il a dit en eflel trois fois en lermcs formels.

Qu'on juge, dit-il (4), maintenant du caractère de M. Arnauld , et à quel homme on a a/faire quand on a affaire à lui. Il vétille sur les moindres mots, il est au guet des expressions, et s'il peut les tourner à contre sens, il en fait la matière d'une victoire, ou pour mieux dire, d'une illusion. Ce procédé me semble peu digue d'un homme comme lui , qui s'est acquis de la réputation dans le monde, et qui veut se la conserver. S'il araJ drssein de s'enrichir des dépouilles d'Allatius et de Ruinaldus, et de transcrire, comme il a fait, leur histoires, ne pouvait 'il pas prendre une occasion plus honnête que celle-ci pour les faire entrer dans son volume? S'il n'en trouvait pas de plus favorable, fallait-il

(1) 2' Rcp.,p. 712.

(2) l" uep., p. 48.

(.3) 2'Rép.,p. 713.

(4) 3* Rép., p. 367.

RÉPONSE GÉNÉRALE AU INOUVEAU LIVRE DE M. CLAUDE

que raiiiour des Ithtoiyes, el le plaisir de nous faire une illusion , prévalût sur la bonne foi ?

Miiis lu mauvaise liumeiir de M. Claude ne nous empêchera pas de le remercier de cet aveu, pai ce que ce (ju'on lui avait aliribué lui él;iit en effet plus avanl:igeux que le parti qu'il prend maintenant', el qu'il nous délivre de la peine de prouver une chose trèsinipoMauie. 11 faut seulentent qu'il étende cet aveu l>oaiKOup pl-js loin qu'il ne semble vouloir faire dans ce lieu , s'il veut demeurer dans les principes qu'il élahlil en d'aulres endroits.

Car il reconnaît ( 1 ) que les honneurs extérieurs que l'on rend à r Eucharistie dans l'Eglise romaine se distinguent par eux-v\êmcs facilement de toute autre sorte d'hoilneur, cl qu'il parait clairement par ses paroles et par ses actions que c'est un honneur divin et souverain , tel qu'on te peut rendre inunédialement à Dieu même. Et par conséquent non seulement les savants d'enire les Grecs qui ont pu lire les livresdes Latins , et conférer avec eux de l'Eucharisiie , mais nième les plus simples d'entre le peuple qui ont été témoins de ces honneurs extérieurs (pie l'Eirlise latine tend à i'Eucliaristie , ont pu apprendre par leurs yeux mêmes (pi'on y croyait Jésus Ciirist présent et qu'on l'y adorait d'un culte souverain. Et comme les Grecs ont pu apprendre par ces cultes extéi leurs, selon M. Claude, que les Laliris adoraient l'Eucharistie, les Latins ont pu apprendre , selon lui-même, par le défaut de ces cuites , que les Grecs ne l'adoraient pas.

Il n'y a qu'à joindre cet aveu avec les fails avoués et non contestés par M. Claude , pour eu conclure que cette connaissance de l'opinion des Latins était générale parmi les Grecs.

Car il reconnaît (2) qu'on a eu raison de dire que Céglise grecque et l'Eglise latine n'étaient pas comme deux inondes séparés qui n'eussent point de commerce l'un avec l'autre. Que Dise, Venise, Rome, et plusieurs mitres villes d'Italie étaient pleines de Grecs ; que Constantinople était pleine de Latins et d'églises latines ; que les armées étaient souvent mêlées de soldats grecs, italiens , français ; qu'ils se trouvaient toujours ensemble en grand nombre daris Jérusalem. M. Claude est si éloigné de coiitesler ce connnerce des deux églises, qu'il s'en fait au contraire un principe dont il prétend tirer de grands avantages.

C'est pourquoi pour nous faire connaître jusqu'à quel point il allait, el quel était le mélange de ces doux églises à la lin du onzième siècle, il nous dit (5) qne les Latins ayant conquis la Syrie el la Palestine, ils s'y. établirent non en qualité de simples amis ou de libérateurs, mais en qualité de conquérants qui faisaient lonl^ dépendre de leur volonté , el qu'ils établirent dans la Syrie et dans la Palestine des évêques latins, chassant de l'église les évêques grecs qui ne voulaient pas rendre obéissance à l'Eglise romaine , ni s'accommoder à sa reîigion.

Celle expulsion des évêques grecs n'est pas fort bien prouvée, puisque Jacques de Viiry téun)igneque l<\s Syriens avaient leurs propres évêques, ce qui enferme par nécessité qu'ils n'étaient pas chasses , et que Balsamon dit formellement la même chose dans nu passage que M. Claude avoue se trouver dans des additions qui sont à la fin de son livre, et qui sans vl(iu(e n'ont pas été faites à plaisir.

La preuve que M. Claude apporte au coniraire (i) , qui est que les Syriens, selon Jacques de Vilry, n'ohéissaient que de la bouche , el non du cœur aux prélats lalnis, et par la crainte des seigneurs temporels, «1 est nullcmetit concluante. Car cela veut seulement lire que les prélats laiins élant chefs de la religion donuriante, ohligeaicut les Syriens à obéir extérieurement à ccriains actes do juridiction, cniiin.eanx interdits, de même quo !'. n oxig(> on Fr;uico des roli-

(1) 3'Rép., p,25f.

(2) 3«Rép., p. 10-2.

r>) ô'p.ép., p. 10 i.

(:.) ô'Rép., p. io:i.

gionnniros certaines déférences extérieures pour la religion du prince. .Mais ce fait est de nulle importance , el ce mélange des Grecs el des Latins dans tout l'Orient n'en est pas moins certain : de sorte qu'il est impossible que les Latins n'aient pas su la créance des Grecs, ni les Grecs celle des Latins.

M. Claude cite encore (1) avec approbation ce qu'on dit dans le livre de la Perpéluité, qu'après la prise de Constantinople les Latins se saisirent de toutes les églises, qu'ils y établirent un empereur latin qui fui Baudouin comte de Flandre; et qu'étendant ensuite leurs conquêtes dans la Grèce , ils réduisirent sous leur obéissance presque tout ce qui avait appartenu dans la Grèce aux empereurs de Constantinople. Qu'ainsi toute la Grèce fui réduite non seulement sous l'autorité temporelle des Latins , mais aussi sous l'autorité spirituelle des papes. Et il ajoute ensuite avec une extrême satisfaction ce qui est dit an même lieu , que la Syrie fut remplie de dominicains, de frères mineurs, c'est-à dire , d'inquisiteurs qui avaient souvent fait cet office en France ' el en Allemagne , qui s'étaient signalés par les supplices d'un grand nombre d'hérétiques , qui mettaient une partie de leur adresse à les découvrir, et une partie de leur piété à les punir avec une rigueur extraordinaire ; que ces inquisiteurs étaient les maîtres des Grecs, et qu'ils étaient chargés par le pape de conférer avec eux , cl d'examiner leur doctrine.

Il reconnaît (2) que cela avait lieu non seulement dans la Grèce , mais aussi dans les îles de l'Archipel , el que l'on y conlraignait le peuple , les piêircs et les moines d'entrer dans la communion des Latins.

Il raconte avec plaisir les rigueurs iiu'on exerça sur ceux qui refusaient d'entrer dans la communion des Latins, qui allaient jusqu'à les faire brûler.

Nous n'envions nullement à M. Claude ces petites satisfaclions, et nous lui promettons, puisqu'il le veiii, de ne le plus accuser de dire que les Latins et les Grecs ne connussent pas les sentiments les uns des auires. Il est juste seulement de l'avertir qu'il aurait mieux fait après avoir protesté si solonnellement , au'il n'a jamais prétendu que les Grecs ne sussent pas ce que tiennent les Latins sur cet article (5) , de n'avoir pas recours à celle même solution pour éluder les principaux arguments par les«|uels on lui prouve l'union de l'Eglise romaine avec l'église grecque dans la foi de la présence réelle. Cependant on trouvera que celte ignorance mutuelle est toujours le dernier remède auquel il a recours quand il ne saurait y e i apporter d'autre. Par exemple, quand on l'a presse sur Cérularius el Léon d'Aride, et qu'on lui a représenté qu'il s'agissait non s'ils ont i»u ignorer la condamnation de IJérenger, mais s'ils ont pu ignorer l'opinion de toute l'Eglise latine sur l'Eucharistie, qui éiaii, alors par la propre confession des calvinistes irès-clairc, irès-distincie et irès-précise pour la |>résonce réolle. Lorsqu'on lui a dit qu'étant violents, animés , aigris comme ils étaient contre les Latins, el leur faisant des reproches si injurieux sur des bagatelles, comme sur l'omission de /'Alléluia en carême, ils n'auraient jamais manqué de les accuser d'une erreur capitale comme celle>là, s'ils eussent cru que les Latins eussent eu sur un point si important une foi différente de celle des Grecs ; M. Claude , en répondant à cette objeclion , ne prend pas le parti de dire que quoique Céinlarius sût la doctrine dos Latins, il ne jugea pas néanmoins en devoir faire un sujet de reproche ; mais il prend celui de soutenir hautement que quoique les Grecs et les Lalins fussent mêlés dans loules les parties du monde, à Rome, à Conslanlinople, à Jérusalem , en diverses villes d'Italie et d'Orient; néanmoins les Grecs ne savaient pas précisément que l'on crût dans l'Eglise latine la présence réelle (pi'il enferme toujours sous le nom de Iranssubslanlialion pour tromper le monde.

Il passe même jusqu'à ( cl excès de hardiessC que

(1) 3'Rép., p. 109.

(2) 5' Rép., p. 107.

(5) ô"" r.cp., !>. cAyi.

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