‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 84 sur 323 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Preuve de la doctrine de la présence réelle, tirée de l'oraison appelée rinvocation du S.- Esprit, qui est en usogeparmi les Grecs et dans toutes leséglises d'Orient. L'onison appelée ÈTtUU<!ii , Vinvocation , ou Vinvoeation du S.-Espril, est en usage, non seulement dans la Liturgie grecque , mais il n'y en a aucune de loules îes églises d'Orient , orthodoxes , schismatiques et hérétiques, où elle ne se trouve. Après que les pamles de Jésus-Christ ont été prononcées , et (jue le peuj.le a répondu amen , on fait un acte de loi fort court, le préire dit : Nous vous prions, Seigneur, d'envoyer votre S.-Espril sur nous et sur ces dons proposés, afin que descendant el se reposant dessus , il fusse le pain le corps Irès-suinl de Notre-Seigneur Jésus Clirist , et ce qui est dans le calice , son sang précieux , el que ceux qui les recevront obtiennent la rémission de leurs péchés , la vie éternelle, etc. Il y a quelque variation d;ins les termes, selon Mes différentes Liturgies : en plusieurs il se trouve difïërei.tes paroles ajoutées en parlant du S.- Espril ; mais cela ne change rien au sens, et les mots essentiels sont partout semblables pour signifier l'opération du S. -Esprit sur les dons proposés, ce qui marque ua miracle , et un grand miracle , qui se fait sur la madère même. Dans la Liturgie grecque de S. Chrysostôme , la prière finit par ces mots : Les changeant

par votre S. -Esprit, /x£Taêa/wv aura tû nveû/;.aTÎ SOI) tû

i.yiu; et ils se trouvent dans les Liturgies nestoriennes, el en quelques autres orientales.

Il est Corl remarquable que le ministre Auberlin et presque tous les autres calvinistes ont passé fort légèrement sur cette prière; (|u'ils n'en ont même parlé que pour en tirer quelque conséquence contre l'efficace des paroles sacramentelles, à cause des disputes qu'il y a sur ce sujet entre les Grecs et les Lathis, mais qui n'ont aucun rapport avec celles que nous avons contre les prolestants. Il est vrai que iM. de Saumaise a voulu en tirer un argument par rinterprétation la plus fausse qu'on puisse donnera celle prière, suivant ([u'elle se trouve dans la seconJe Liturgie des Copines: mais comme ce ne lut que dans une lettre particulière au ministre Daillé, imprimée seulement après sa mort, ses conjectures n'ont pas été fort employées en controverse, el nous en ferons voir la fausseté.

Plusieurs tUétilogiens scolasliques ont abandonné la preuve qu'on lire de celle invocation , sur ce qu'ils ont trouvé que quelques modernes l'ont attaquée comme le fondement de ce qu'ils appellent Thérésie des Grecs, condanmée au concile do Florence, soutenue par Marc d'Éphèse , et réfutée par le cardinal Bcssarion. H s'en trouve même qui ont prétendu réformer celle prière, comme ayant été altérée par les Grecs, ce qui est insoutenable; puisque toutes les Liturgies orientales formées sur les grecques, plusieurs siècles avant qu'il y eût sur ce sujel-là aucune contestation , la représentent en mêmes termes.

Cependant dans tout le cours des conférences entre îes Grecs et les Latins à Ferrare et à Florence, cet aiticle ue fut proposé ni directi-menl ni indirectement.

comme n.éritant un examen particulier. Ce ne fut que dans les dernières assemblées que Turrécréniala forma sur ce sujet des difficultés qui enfermaient de fausses suppositions, entre autres que les Grecs ne reconnaissiient aucune vertu pour la consécration dans les paroles sacramentelles, et qu'ainsi ils leuren donnaient moins qu'à celles de S. Basile ou de S. Jean Chrysoslôme, par l'autorité desquels, el par la tradition, ils soutenaient l'invocalion. Les Grecs s'expliquèrent d'une manière qui faisait voir que leur discipline saccor dait avec la créance de l'Église romaine, et le pape voulut pas qu'on ajoutât au décret d'union aucun article qui regardât celle matière. C'est un fait incontestable qui se vérifie par la simple lecture des actes du concile ; et s'il y a quelque chose dans le décret pour les Arméniens, fait après le départ d^ Grecs, ils n'en eurent aucune connaissance. Bessarion (I) alla encore plus loin que Turrécrémata , puisqu'il établit qu'il y avait une véritable erreur touchant les paroles de la consécration , el qu'il la f;\it naître dès le temps des apôtres; pensée toute nouvelle, et donl les conséquences sont forl périlleuses. 11 fait regarder l'opuscule de Marc d'Éplièse , principal chef des schismatiques, comme étant l'ait uniquement pour soutenii cette hérésie, el rilist<iire du concile prouve qu'il le composa à la prière de l'empereur Jean Paléologue, qu'on n'a jamais accusé de n'avoir pas élé favorable à l'union , puisqu'il en fut le ivromôteur et le défenseur jusqu'à l'extrémité de sa vie. La plupart des aul! urs qui sont venus depuis oui suivi les faux principes de Bessarion, et Arcudius entre autres a poussé la témérité si loin, que ne pouvant expliquer les pas-' sages de S. Cyrille de Jérusalem et de S. Jean Damascène qui ont rappoi t à l'invocalion du S. -Esprit, il les a accusés d'erreur ; et sur ce principe on ne pourrait en exempter tous les Pères grecs qui enseignent la n)ême doctrine.

Plusieurs théologiens plus habiles que ceux-là en ont jugé lout autrement , étant mieux instruits de la tradition ; ils ont compris les dangereuses conséquences qu'il y aurait à convenir qu'une prière dont rantiquilé remonte jusqu'aux premiers siècles du christianisme, et qui a élé confirmée par l'usage de loules les églises avant les schismes , pût renfermer ime hérésie dans laquelle auraient éié engagés S. Basile, S. Jean Chrysostôme, S. Cyrille , en un mot, tous les Pères grecs, même plusieurs églises latines, comme la gothique ou mosarabe, l'ancienne gallicane, et quelques autres qui avaient des prières semblables; enfin donl on ne pourrait justifier l'Église romaine, puisqu'elle a toujours entretenu la communion avec les Orientaux, ce qui n'a pu se faire sans approuver indirectement celle hérésie; enfin parce qu'elle ne

(1) Grtici verô, pra;seriim recenliores , cum Jaco- 1)0, fralre Domini , Basilio el Chrysostomo sentieules..., non illis Salvaioris noslri verbis Chrisli corpus el sanguinem confici putant, sed quibusdam (|uai scquunlur precibus sacerdolum. Bess., de Suer. Euchar. ; SyropuL, Hist. concil. Flor., p. 271).

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