LIV. II. ACCORD DES ORiEiSTAnX AVEC L'EGLISE ROMALNE
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Ta |)as conJaninéo dans les conciles lenus exprès pour l;i réunion avec les Grecs , pas même dans celui de Florence ; et que d;nis la Profession de foi dressée pour les Orieiilaux qui se réunissent, el qui a été imprimée h Rome en grec, en arabe.en arménien et en d'autres langues , sous le pape ClémeiU "VIII , il ne se trouve aucun article qui ait rapport à cette prétendue hérésie.
A ces raisons , qui sont très-considérables , on en peut ajouter une qui ne l'est pas moins. C'est que lorsqu'il s'est fait des réunions entre l'église grecque et l'Église romaine, ou que quelques églises particulières sont revenues à l'unité , les papes ne les ont pas obligées à quitter leurs anciens oflices. Au contraire, Léon X et Clément VU, par deux brefs, dont le dernier confirme le premier , oidonncnt <[ue les Grecs jie seront pas troublés dans l'exercice de leurs rites, et même qu'il ne leur sera pas pernùs de prendre le rit \.\i\\\^ ce qui étant général, comprend aussi bien ce qui a rapport à la célébration de l'Eucharistie qu'à tous les autres sacreuïcnts. Si on dit que dans le Missel maronite la forme de l'invocation a été changée, on eu convient; mais afin que cet exemple tirât à con^équeIice , il faudrait que ce changement, eût été fait i>ar un décret des papes , et il n'y en a aucun. Diverses éditions des Liturgies grecques ont été faites à Rome sans ce changement, et eu particulier celle des éthiopiennes imprimées sous l'anl 111. De plus, parmi les maronites il y en a une où rien n'est changé. Le livre du ministre qui contient ce que le diacre doit dire, la suppose entière et sans aucun changement , et il est aussi imprimé à Rome. Mais il faut distinguer ce qui a souvent été fait par ceux qui avaient la direction de ces sortes d'impressions, et ce qui a été ordonné par les papes mêmes. On ne dira jamais qu'ils aient décidé que les paroles sacramentelles de Jésus-Christ ne pussent avoir leur effet si elles n'étaient prononcées précisément mot IMiur mot comme elles sont en latin ; car non seulement tout l'Orient les a prononcées autrement, et de la manière dont elles se trouvent dans les Liturgies grecqiies , mais dans le rit golhi(pic ou mozarabe et dans l'ambrosien on trouve quehjue différence. Ceux qui ont fait imprimer le .Missel maronite ont donc agi de leur chef et contre l'exemple et l'autorité du Saint- Siège, quand ils y ont mis une traduction rigide des mois latins, qui signifie précisément : Uocestautcm corpus meum.
Ce n'est pas avec les Grecs que nous disputons ; la difficulté qu'on leur a faite sur cette oraison ne regarde pas nos contestations avec les calvinistes ; ainsi il est inutile d'examiner si l'invocation du S. -Esprit, comme elle est dans toutes les Liturgies orientales, contient une erreur, ou si elle est conforme à la liailition. Nous la prendrons de la manière dont ils l'entendent, qui se réduit à ce qu'ils croient que lorsque celte oraison est prononcée, la consécration est consommée. Il est seulement nécessaire d'avertir ceux qui peuvent avoir examiné superficiellement cette matière, que c'est sans raison qu'on leur impute,
comme ont fait quehpies modernes, qu'ils croient (jue les paroles de Jésus-Christ ne sont pas nécesxaires à la consécration, el qu'ils ont sur cela des opinions semblables à celles des Grecs modernes, doiil jamais ils n'ont ouï parler, puisque celte couteslalioii uâ proprement conmiencé qu'un peu avant le Ciincile da Florence, comme il parail par ce qu'en dit Cabasilas, qui est un des premiers qui en ail parlé, el qu'elle a plulôl été entre quelques théologiens qu'entre les deux églises. Ils croient donc que les paroles de Jésus Chiist sont nécessaires et efficaces, et celles do l'invocation pareillement, sans s'imaginer que les unes rendent les autres inutiles.
Il est certain que les Orienlaux enlendcnt celte prière h !a lettre, ce (|ui paraîLassez par les passages, rapportés ci-dessus, tanrdes Pères et des théologiens que des livres ecclésiastiques, où il est dit que le Sailli Esprit descend sur VaiUel el sur les oblations, comme il est descendu sur la Vierge dans le mystère de f Incarnation. Le patriarche Gabriel, dans son Rituel, expli(|uant cet endroit de la Liturgie, dit : Lorsque le prêtre a prononcé ces paroles : < Qiiil le fasse le corps saint de Noire-Seigneur Jésus-Christ, » le pain est fuit le. corps de Jésus-Clirisl qu'il a pris de la vierge Marie, qu'il donna à ses disciples, el dans lequel il sou/frit su passion vivifiante. Lorsqu'il prononce ces paroles : t Et le sang précieux, > le vin qui est devant lui est fait le Mng de Jésus-Christ, répandu sur le bois de la croix, el qu'il donna à ses saints disciples, en leur disant : « Ceci est mon sang... » Lorsqu'il aura achevé l'invocation, il s'inclinera dcvqnl, Dieu, étendant les mains, ce que la peuple fera pareillement ; il ne fera plus alors aucune bénéiliction sur lés dons sacrés, il ne se tournera point, et il ne regardera personne, quand ce serait un prince^ ou quelque autre homme considérable; c'est à Jésus - Christ, qui est immolé devant lui qu'il faut rendre toute gloire, comme toute puissance lui appartient, et c'est à lui quil faut adresser les prières. L'auteur de la science ecclésiastiiiue, Abnlbircat, el plusieurs autres qui ont expliqué les rites, parlent de la même manière. Dans les Liturgies syriennes, le diacre exhorte les assistants à se recueillir et à redoubler leurs prières, en leur disant : Soyons debout avec modestie, avec crainte el avec tremblement : car cette heure est à craindre, ce moment est terrible, dano lequel le Suint-Espiil descend du ciel sur les dons proposés et les sanctifie; ce qui marque la consécration achevée.
La jnemière réflcvion (]ue l'on doit faire, est q»& selon le sens littéral de riuvoealioi), le i)aiu cl leviii deviennenl le corps et le sang du Jésus-Christ par changement, transmutons ea spiritn luo ; que ce changement est fait par l'oiéralion du Saint-Esprit, el pat conséquent par un miraele ; que l'aclioii du Saint- Esprit tombe sur la matière proposée el l'affecte réellement, ce cpii exclut toute idée de changement accidentel el uiét phorique; que le temps el le momen» de l'accomplissement de ce miracle sont u)arqués, co qui ne peut convenir qu'à une action réelle ; qu'il se fait tongicmpy avant la conmiunion, et par coiiséqueu»
rrj; rÉTLMTÉ de l.i foî touchant l'euciiaristie. *5ô
qu'il lie dépend pas de ia loi de ceux qui ia rcçoivcul ; enfin (juc conitiic loule celle prière est dite un peu ajtrcs les paroles de Jésus-Clirist, elle en détermine le sens, nisn seulement par les termes dans lesquels elle est conçue, mais encore par les cércii!0!iies qui racconipagnenl.
Sccondenicnl, en comparant cette invocation avec celles qui se font dans les autres offices des sacrements, on remarque la différence qu'il y a entre celui de rEncliarislie et les autres. Dans l'office du baptême, selon les Cophtis, les Syriens, de quelque comnniiiioii qu'ils soient, elles nesloricns. Dieu est invoqic pour le prier d'envoyer son S;)int-Esprit sur les eaux dont ou fait la bénédiction, de les sairr'ilier et de les purifier, afin que ceux qui seront baptisés reçoivent la rémi:>sion de leurs jiécliés. Mais il ne se trouvera ai:cui!e de ces prières par laquelle on demande le changement des eaux au sang de Notre- Scigneur Jésus-Christ. On demande bien le changement de vertu, en ce qu'on demande à Dieu qu'il remplisse la piscine sacrée, ou le Jourdain, (comme les Orientaux l'aipellent ordinairement) de la vertu du Saint-Esprit : c'est ce que nous disons dans l'Église romaine : Desccndal in hanc pleniludinem fonlis virtus SpUitùs sancti. Mais on ne trouvera pas la moindre parole qui ait rapport au changement de la matière qui est bénite en ime autre substance. Apres la bénédiction des eaux, aucun rit ne prescrit qu'on les lévère, ou qu'on les adore comme étJiU devenues le sang de Jcsus-Christ ; au lieu que d'abord que l'invocation est laite sur les sacrés mystères, on leur rend le même respect qu'au vrai corps et au sang de Jésus- Christ, ce qui sera encore expliqué plus en détail lorsque nous parlerons de l'adoration de l'Eucharisiio.
11 reste à examiner une objection très-faible, ([ui est que par cette même prière on demande à Dieu également qu'il descende sur les fidèles el sur les dons proposés, et que comnjc la prciriière descente est métaphorique, l'autre le doit êlre par conséquent. Nous répondons que ces deux demandes sont tellement distinguées, que la seule Icclure du texte fait reconnaître celte distinction. On demande que le Saint E' prit descende sur les chrétiens préscr.ts, ce qui signiîie le secours el la grâce nécessaire aux ministres sacrés qui célèbrent, afin que, comme il est dit ailleurs. Dieu ne relire pas sa ijrâce et sa bénédiction sur le sacrifice, à cause des péchés de ceux qui Cojfrent ; en second lieu, afin que ceux qui parliciperonl à la communion reçoivent la rémission de leurs péchés, et parviennent à la vie éternelle. Miis pour ce qui concerne l'Eucbaristie, c'est précisément afin que la puissance divine cliange les dons proposés, et les fasse le corps et le sang de Jésus-Christ.
M. de Saumaise, dans sa lettre au ministre Daillé, a voulu donner une autre intcrpréiation à l'invocation, Iclle qu'elle se trouve dans la seconde Liturgie des Cophtes, qui porte le nom de S. Grégoire-le- Théologieu. Il en a fait une traduction sur la version arabe, après l'avoir mal lue, el encore plus mai en-
tendue, et voici ses paroles : Ut purificemur et convcr- Inmus fias oblationes viles in corpus el sanguinem salutis noslrœ. On n'avance rien au hasard, le manuscrit qu'il cite" est à la liibliothcque du-lloi. On aime mieux croire qu'il a mal lu que de supposer qu'il a voulu tromper celui auquel il écrivait ; mais il est surprenant que se piquant, comme il faisait, d'entendre la langue cophte, il n'ait pas plutôt suivi l'original que la traduction qu'il n'a pas entendue. Le texte cophte signifie : Envoyez sur nous la grâce de voire S.-Esprit, afin qu'il purifie cl chamje ces dons proposés au corps et au snitg de notre salut. C'est ainsi qu'on lit dans tous les exemplaires, et que l'exige l'analogie de cette Liturgie avec les autres ; c'est aussi comme l'explique la version arabe. Mais ce qui doit faire plus d'autorité, est un texte grec de la même Liturgie dans la Bibliolhèque-du-Roi, où cette oraison se trouve en ces termes : Vous donc, Seigneur, par voire voix, changez les choses qui sont proposées. Vous présent achevez ce niinislère mystique de cette Liturgie. Vous-même conservez-nous la mémoire de votre culte. Vous-même envoyez votre S. -Esprit, afin que descendant par sa sainte^ bonne cl glorieuse présence, il sanctifie el change ces saints et précieux dons proposés au corps même el au sang de notre rédemption. Yoici le Commentaire de JL de Saumaise : Vous voyez que celle invocation ne s'y fait pus pour faire descendre la grâce du S. -Esprit sur le pain et sur le vin, et y attacher son opération de telle sorte que, changeant les substances, ta présence du corps a. du sang y soit telle, qu'elle demeure en corps et en sang à tout ce qui le recevra, soit fulèle ou infidèle, homme ou cheval.... Mais ff pr^/re (cuphti), qui fait celle invocation au nom de tous, veut que ce pain et ce vin que nous recevons en la cène, devienne le corps et le sang de Notre- Seigneur à ceux qui le recev ont dûment, cl que le S. -Esprit aura premièrement sancti f.és; et que ceux-là seuls prennent le vrai corps, et non le pain seulement, qui auront été purifiés par la foi el par la grâce du S. -Esprit. C'est la conversion ou [j.;^uêo)ri, de laquelle ont entendu parler en ce sacrement les anciens Pères grecs, et n'en faut point chercher d'autres. Voici comme il traduit ces paroles de l'invocation : Confirme en nous, Seigneur, la commémoration de Ion saint service; envoie sur nous la grâce de ton S. -Esprit, afin qu'étant sanctifiés, nous puissions convertir ces oblulions viles el terriennes au corps et au sang de notre Sauteur, ou de notre salut.
Il y a longtemps que les savants rendent justice à M. de Saumaise, comme à un des plus grands critiques de ces derniers temps, et à un houmieconson)mé dans les belles-li;ttres. Mais il avait celte maladie assez ordinaire aux personnes d'une grande érudition, de croire qu'on pouvait également écrire de toutes choses, particulièrement de la théologie et de la controverse. Il voulut donc écrire sur la transsubstantiation et sur les Liturgies; et voulant allaquer l'invocation du Saint-Esprit qui on est tirée, ce fut ce (jui produisit celte étrange et i)itoyable critique. Nous voulons croire qu'il n'avait pas consulté ce texte, ou qu'ii-
LfV. II. ACCOÎÎD DES OF.IENT
avait cru qtie personne ne pounail reconnaître h lalsificalion qu'il en a fait, en traduisant au pluriel passif deux mots qui, dans le cophte et dans l'araijc, sont à la troisième personne singulière. Un homme d'une aussi giiinde lecture pouvait et même devait conlérer celte lorniule avec les autres du même rit, ci avec les antiennes grecques qui en sont l'original.
II aurait alors recoimu que rien n'est plus éloigné (les paroles de cette oraison et de l'esprit de l'Église .incienne que la pensée qu'il lui attribue. C'est le prêtre qui parle, et ce que lui fait dire M. de Saumaise peut être entendu en deux manières différentes : premièrement, que le prêtre parle de lui, et (lu'il demande que le Saint-Esprit le sanctifie, afin qu'il puisse clianger les dons proposés au corps et au sang de Jésus-Christ; et ce sens est manifestement hérétique, puisqu'il fait dépendre le sacrement de la sainteté du ministre. C'est ce que disaient les donalistes, ce que l'Église a toujours condaimié en Orient aussi bien qu'en Occident.
Le second sens est que le Saint Esprit descende et snnctifie tous ceux qui doivent communier, afin qu'ils changent les dons au corps et au sang de Jésus-Christ; et il est encore plus éloigné de la créance de l'égliie orientale, puisqu'il suppose que le pouvoir de consacrer est autant dans les laïques que dans les prêtres, ce qui est une autre hérésie.
Quand M. de Saumaise ajoute que cette invocation ne s'y fait pas pour faire descendre l;i grâce du Saint- Esprit sur le pain et sur le vin, ci y altacher son opération, il n'y a qu'à conférer cette Liturgie avec les deux autres et avec les syriaques, les giecques et généralement toutes celles d'Orient pour être convaincu du contraire, en cas qu'il y eût en celle-ci quelque difficulté; car le prêtre demande la descente du Saintl'sprit, fl^?î quil change les dons proposas, et c'est ainsi qu'il faut traduire, rà 7rpjx£(//.îv«, comme il y a dans ie grec. Tout ce raisonnementrouledoncsur une corruption du texte et sur une fausse inlcrjirétalion, dont M. de Saumaise a tiré une proposition aussi inconnue s toute l'église d'Orient qu'aux catholiques et à tonte l'ancienne Église. Cesl là, poursuit-il, la conversion dont ont parlé les anciens Pères grecs, et il n'en faut point chercher d'autre. Il aurait dit plus clairement que c'estlà une convorsii n où rien n'est changé. Or, pour ne point parler des Pères grecs, rju'il n'a guère mieux entendus sur TEucharistit' que sur toutes les autres I matières ecclésiastiques, il se faut retrancher aux seuls Orientaux. 11 n'y a qu'à examiner les cérémonies qui précèdent , (jui accompagnent et qui suivent colle prière, pour reconnaître la fausseté de tout ce qu'a avancé M. de Saumaise. Le diacre exhorte à l'atiention, au respect et au tremblement, dans l'heiire et dans le monieiit, et cela parce que le Saint-Esprit va descendre dans le saiiciuaire, sur l'autel, dans îa patène sacrée et dans le calice, de même qu'il est descendu sur la sainte Vierge dans le nionienldc l'incarnation. Aussitôt que l'invocation est prononcée, le prêtre ne louche plus à aucune des clioscs qui sont