‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 87 sur 323 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

DANS LEQUEL LA CRÉANCE DES GIŒCS ET DES OllîENTAUX TOUCHANT LA PRÉSENCE RÉELLE ESI' PROUVÉE PAR LEUR DISCIPLINE.

(.IIAPITRE PREMIER.

Preuves prirtkiilières de la créance des Crées el des OrieiiUiux , tirées de leur discipline pour tout ce qui a rapport à C Eucharistie.

Ce n'est pas seulement depuis le scliisme des proloslanls que les catliorniues se sont servis de la discipline de rÉglise fondée sur la tradition comme d'un argument très-fort pour en condrmer la doctrine. Dès la naissance des ancieimesliérésies, les premiers chrétiens, dont quelques-uns avaient é'.é disciples des apôtres, ou qui avaient été instruits par ceux qui les avaient écoutés , .s'en servirent pour s'opposer aux nouveautés que les hérétiques voulaient introduire. La tradiiion des apôlres était d'une autorité incontestable, el les saints Pères ne s'en sont pas moins servis pour défendre la \érilé que des saintes Écritures. La discipline faisait partie de la tradition , d'autant plus tjue la plupart des choses que les chrétiens pratiquaient dans le service des églises, et dans l'administration des sacrements , n'étaient pas écrites, comme le marque S. Basile, mais conservées partout comme ayant été enseignées par les apôlres. Il met dans ce nombre le signe de la croix, la coutume de se tourner vers l'Orient pendant la prière, les paroles de l'invocation pour la consécralion du pain e! du vin dans les saints mystères, et plusieurs autres cérémonies qu'aucun des saints ne nous a laissées par écrit- Il assure néanmoins que les chréiitiis les reçoivent de même que ce qui est dans les saintes Écritures, et que celui qui en jugerait autrement, blesserait ce qu'il y a de p'us essentiel dans la religion (1).

Ce que ce grand saint a dit de plusieurs anciens points de discipline, qui, ne se trou\ant point marqués dans l'Écriture sainte, ont été néamnoins pratiqués de tout temps et se pratiquent eiicore dans l'Église, nous le pouvons dire sur lo même principe de tout ce qui a rapport à la célébration de l'Eucharistie. On apprend dans l'Écriture l'iuslilulion de ce sacrement ; on trouve que les premiers chrétiens le célébraient du temps des apôtres après un repas, et il s'y était déjà glissé des abus que S. Paul reprend dans l'église de

(1) Ta T>5î è;ru/.»i5£&); f-Yi/jura. ii r-^ àvaSclÇEt toû âprsu T?,î EùxaptïTÎK,- xat Tîû T.CiTr,pio\> T/Jî eù/ovto; ri? TÛ.i

k/'ai i-iiçà.^- ^,ij.7,, -aicaÉifiTîv, Basil, de S Svir.,

Corinlhe. II remédia aux principaux, et remit à mettre l'ordre nécessaire pour régler celle discipline lorsqu'il irait sur les lieux. Nous ne savons pas par 1 Écriture sainte quels règlements il établit, ni lui ni les autres apôlres. C'est cependant sur une forme qu'on ne trouve point écrite que les réformateurs onl cru p!)uvoir dresser les offices de l'administration de leur cène; et quoiqu'il n'y en ait aucun qui ne soit fort différent des autres, ce qui les doit rendre tons suspects, chaque secte a préféré le sien à l'ancien usage qui se trouvait établi dans toutes les églises ; et ces fornmies n'ont pas plus de conformité avec les offices de l'église grec(iue et des antres orientales qu'avec ceux de l'Église latine, de laquelle ils se sont séparés. Us ne peuvent pas dire, quoiqu'ils ne disent autre chose, que ces manières d'administrer l'Eucharistie ou de célébrer la cène du Seigneur soient conformes à l'Éciiture sainte, puisqu'on n'y trouve rien de prescrit touchant la manière de célébrer ce que Jésus-Christ ordoima qu'on fît en mémoire de lui : el si la chose était aus.si claire qu'ils le prétendent, les offices qu'ils ont dressés ne seraient pas aussi différents qu'ils snnt les uns des antres. Or les catholi(iues n'ont pas un pareil reproche à craindre, pui-sque s'il y a quelque dinérence dans les prières pour les paroles et pour les expressions, il y a une conformité entière, pour ce qui regarde les parties essentielles do la Liturgie, entre celles des Latins et celles des églises grecques el orientales.

Ce n'est pas seubment dans les prières que se trouve celle conformité , c'est encore dans le culte extérieur qui les accompagne , eu quoi consistent les cérémonies el les rites observés dans toutes les églises d'Orient cl d'Occident. Car nonobstant la différence de certaines cérémonies qui onl varié selon la diflérencc des temps et des lieux , elles ont toutes un rapporl certain entre elles, puisqu'elles tendent toutes à célébrer, administrer el recevoir les saints mystères avec toute la vénération possible. Cette vénération ne consiste pas uniquement à des règles de modestie cl de bienséance, telle que non seulement des chrétiens, mais des personnes sages doivent avoir dans des assemblées sérieuses; elle va beaucoup plus loin, étant fondée sur un culte religieux , tel qu'on le rendrait à la personne de Jésus-Chrisl même s'il était sur la terre. C'est ce que l'Église romaine observait lorsque les proleslanis s'en séparèrent ; c'est ce qu'ils abolirent aus-

!f.l LIV. m. CUOA'ANCE DES ORIENTAUX

sitôi partout ofi ils furent les maîires, comme des siipcrslitions contraires à la pure parole de Dieu , et qui s'olaleiit introduites, non seulement par la négligence , mais aussi par la méchanceté des ceci Jsias'.iqucs. Les centuriateurs, et la plupart de ceux qui ont écrit les premiers parmi les protestairts , ont rempli leurs livres de fables insoutenables, et dont l'histoire fait connaître la fausseté, prétendant marquer l'origine de toutes ces cérémonies; et cependant il n'y en a aucune qui ne se trouve auorisée par la tradition et par la pratique constante de l'église grecque et de toutes celles d'Orient.

C'est donc d^; ces cérémonies , et de la discipline qui a rapport à la célébration et à la réception de l'Eucharistie, que nous prétendons tirer un argument de la créance des Grecs et des autres Orientaux qui est à la portée dp tout le monde. Car il ne faut point de théologie ni de critique pour reconnaître si une société de chrétiens croit la présence réelle et substantielle du corps de Jésus-Christ dans le sacrement, ou si elle ne la croit point, lorsqu'on peut savoir de quelle .manière on y pratique ce qui est regardé comme l'action principale de ce mystère. Où on voit un grand nombre de prières préliminaires, des cérémonies qui marquent beaucoup de crainte et de respect, une attention p;irliculière jusqu'aux moindres circonstances, les paroles de Jésus-Christ prononcées , le S.-Espril invoqué, l'adoration, une suite de diverses pratiques religieuses pour honorer les mystères, une horreur de toute profanation, même de celle qui p 'ut arriver par accident, on ne peut douter que partout où pareilles choses se pratiquent, la présence réelle n'y soit crue. Que si on remaniue tout le contraire, on doit conclure qu'on ne l'y croit jias : un homme qui se trouvera à une messe solennelle, ne croira pas être à la cène; ni celui qui assiste à la cène, ne croira pas être à la me' se.

Les protestants n'ont pas ignoré la force de cet argument, et M. Claude s'en est servi lui-même, puisqu'il a prétendu prouver que les Grecs ne croyaient pas la présence réelle , parce qu'ils n'avaienl ni soin ni respect jtonr l'Eucharistie. Il a donc mis les catholiques en droit de le rétorquer contre les calvinistes, d'autant plus que ce qu'il avait avancé sur ce sujet était fondé sur une ignorance entière de la discipline des Grecs ; et il n'a pas parlé de celle des Orientaux. 11 a même poussé sa prétendue preuve plus loin; car avec quehjues passages de voyageurs peu instruits, il a cru être en droit de demander qu'on lui prouvât le contraire, persuadé qu'on ne pourrait le faire. En effet , lorsque la dispute de la perpétuité commença , et même dans le temps qui s'écoula depuis le premier >'olume jusqu'au dernier, cette matière était très-peu éclaircie ; parce que, comme le consentement général des communions séparées avait été rarement employé dans la controverse , et que la preuve qui s'en tire n'avait pas été mise au jour dans toute son étendue, nos théologiens n'avaient pas fait de grandes recnerches sur divers points de la discipline eucharistique ,

PPiOUYÉE PAR LEUR DISCII'LINE. 162

dont on a eu depuis une plus ample connaissance. \ ré<;ard des Orientaux orthodoxes, schismatiques ou hérétiques , on n'en savait presque rien, et par les livres -pji se sont trouvés dans les bibliothèques, et J'rulres qui sont venus depuis du Levant, on a enfin (''ouvé de quoi éclaircir jusqu'aux moindres circonstances, conmie-nous espérons le faire voir dans la suite.

Nous commencerons par ce qui regardi» la préparation à cette action sacrée, qui est rcganiée par tons les chrétiens orientaux comme le plus grand mystère do la religion. Il serait inutile d'examiner si dans le commencement du christianisme les cérémonies étaient précisément les mêmes qu'elles ont été depuis, lorsque l'Église commença à jouir de li piix. Quand les protestants s'étendent sur celle matière, ils n'agissent pas de bonne foi, puisque personne ne s'imagiitera que, dans la première simplicité des temps ai»osloliqnes, on pût penser à tout l'appareil extérieur que la piété des lidèles a introduit depuis. On convient donc que les cérémonies étaient fort simples, et que la décence et la modestie faisaient le prhicipal ornement de ces saintes assemblées ; mais il faut renoncer à tout ce qu'il y a de lémoignnges les plus certains dans l'antiquité, ou reconnaîlre que dès les premiers siècles de l'Église il y avait dos vases sacrés uniquement destinés à la célébration de l'Eucharistie, et qu'on regardait comme un sacrilège et comme une apostasie le crime de ceux qui les livraient aux infidèles durant les persécutions. Les protestants ne peuveni donc pas prouver que même dans ces tempslà il n'y eût parmi les chiéliens aucime autre cérémonie pour la célébration de l'Eucharistie, que d'apporter du pain et du vin, et de dire quelque prière. S'ils ne trouvent aucun délail de ce qui concerne les rites sacrés dans l'antiquité la plus reculée, il ne faut pas s'en étonner, puis(|ue même le Symbole n'était pas écrit, quoique ce fût la profession de foi de tous les chrétiens. Mais on ne peut pas disconvenir que dés les premiers siècles on ne trouve des vestiges si certains de la discipline prati(iuée dans toute l'Église, qu'on est obligé de reconnaître que ce qui s'est observé dans le quatrième et dans les suivants était une continuation de ce qui avait été établi longtemps auparavant, et qu'ainsi on ne peut le regarder comme une innovation dans la discipline, qui pourrait faire supposer qu'il serait arrivé du changement dans la doctrine.

Nous trouvons d'abord une attention particulière à préparer le pain eucharistique. Les Grecs le font encore avec un très-grand soin, et ce sont les prêtres qui le préparent, étant accompagnés des diacres, avec plusieurs prières. La même pratique se trouve dès les premiers temps dans l'Église latine, et les Orientaux ont des offices particuliers pour ce sujet. Denis lîarsalibi, dans un opuscule qui est intitulé : Cation pour la sainte Eucharistie, marque jusqu'aux moindres circonstances de ces cérémonies, et du choix qui doit êlre fait de la matière destinée à la consécration ,

Il se trouve sur le même sujet diverses consliluaons (les patriarches d'Alcsaiidrio; et dès qu'on ai.porte !o pain et le calice, ils sont a}>pelés les sainls dons, et on commence à les regarder avec respect, à cause qu'ils doivent cire faits dans la suite le corps et le sang de Jésus-Christ.

La béi.édiciion des autels, ei colle des nappes qui les couvrent, des anlmensia qu'on doit éîendrc dessus, du disque ou patène, du calice, de la cuiller dont ils f,e servent pour distrihuer hi communion, et de tous les vases sacres, est encore une preuve bien certaine de la créance de la présence réelle, puisque par les formules de la manière dont en les bénit dans réglise d'Alexandrie, on reconnaît qu'ils sont destinés à contenir le corps et le sang de Jésus-Christ. Suivant les canons qui sont en usngo parmi les Orientaux, et diverses constitutions patriarcales, il n'est permis qu'aux prêtres et aux diacres de toucher ces vases sacrés.

Toute la première partie de la Lilurgi;', après la lecture de l'Écriture sainte, consiste en prières qui tendent toutes à demander à Dieu que par sa tontejiuissance il fasse que les dons proposés soient faits le corps et le sang de Jésus-Christ par l'opération invisible du S. -Esprit, et qu'il reçoive le sacrifice que l'Église lui offre, de même qu'il a reçu ceux d'Abel, de Noé, d'Abraham et de Melchisédech. Dans les Liturgies des Égyptiens, les premières oraisons mar- (lucnt plus expressément que l'Église demande à Dieu le changement des dons proposés; que de visibles il les faase invisibles; c'est-à dire , autre < hose que ce qu'ils paraissent aux yeux, rapportant tout l'efTel de ces prières à la descente du S.-Espril sur le pain et sur le vin, ce qui marque un miracle nécessaire.

Aussitôt qu'on apporte les dons sacrés de la prothèse ou crédence à l'autel, l'église grecque les honore par avance comme devant être consacrés au corps et au sang de Jésus-Christ, et on se prosterne. Cette vénération a donné lieu à quelques Latins peu instruits de dire que les Grecs adoraient le pain et le vin avant la consécration, et (ju'ils ne les adoraient pas après qu'ils avaient été consacrés, ce qui est une absurdité manifeste : car, comme il paraît par l'Apologie que fit sur ce sujet Gabriel de Philadelphie, les Grecs rendent aux dons avant qu'ils aient été consacrés un houîieiir fort différent de celui qu'ils rendent à l'Euciiaristie. Le premier est quelque chose de plus que la véuératioi: des images, dans la vue de la dignité future par la consécration ; le second est une adoration véritable de latrie, comme ils s'en expliquent eux-mêmes, telle qu'ils la rendraient à la personne de Jésus-Christ. L'un ne détruit pas l'autre, mais on doit conclure, comme ont fait divers auteurs, qu'on ne peut douter que ceux qui ont une si grande vénération pour ce qui doit devenir le corps de Jésus-Christ , doivent honorer encore davantage ce qu'ils croient et confessent être ce même

TOUCilANT LELCilARlSTlE. 18*,

corps, comme ils font lorsqu'on le montre, en disant :. Sancta sanctis.

Tout le déiail des rites qui suivent depuis la préface fait voir une attention pleine de respect et de religion dans l'attente de la consécration. Le diacre exhorte tous ceux qui assistent à la Liturgie à être dans la crainte et le tremblement. On prononce et ou écoute avec respect les paroles de Jésus-Christ, lorsque le célébrant les dit à haute voix. En plusieurs églises le peuple dit amen , et fait une manière do confession de foi sur ce qu'il vient d'entendre. L'attention et les prières redoublent lorsque le prêtre fait l'invocation du S.-Esprit , dont les paroles marquent d'ime manière si claire le changement du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ, que les ministres n'ont pu jamais rien y opposer de solide , comme on le fait voir ailleurs.

Après l'invocation, la consécration est regardée comme consonuiiée ; et dès ce moment le prêire we touche plus que le corps et le sang de Jésus-Christ; il ne se tourne point, et, comme disent ceux qui ont expliqué les Liturgies, il ne doit plus penser qu'à Jésus- Christ, qui est sur fautel, immolé dans le disque, et son sang répandu dans le calice.

11 a été remarqué ci-dessus que les Grecs, dont la pratique est suivie en cela par toutes les autres communions orientales , ne font l'élévation qu'un peu avant la communion, en criant : Sancta sanctis; c'est quelquefois le diacre qui élève une des particules , quoique ce soit plus ordinairement le prêtre dans les églises syriennes , égyptiennes et éthiopiennes. Tous se prosternent alors et adressent leurs prières à Jésus-Christ comme présent; d'où il s'ensuit que tant d'expressions qui paraissent métaphoriques dans les écrits des SS. Pères, avaient leur sens lilléral parmi les fidèles. S. Chrysostôme dit (hom. 24 in I ad Cor.) : Ce corps même a été adoré dans la crèche par les mages; vous le voyez, non plus dans la crèche, mais sur l'autel; non pas emmaillotté par une femme, mais revêtu du S.-Esprit. 0 quel miracle, dit-il ailleurs (de Sac, 1. 5) et quelle bonté de Dieu! celui qui est assis là-haut avec le Père, dans le même moment est touché par les mains de tous. C'est aussi ce que Sévère et Denis Barsalibi ont dit, autant dans leurs discours théologiques que dans des instructions pour le peuple; et c'est ce que signifient les prières les plus simples que disent les laïques après les exhortations faites par les diacres, lorsque dans celles qui se disent un peu avant la conununion ils avertissent les chrétiens d'être dans une grande crainte, puisque ce qu'i/s voient sur l'uutcl et entre les mains des prêtres est l'Agneau vivant de Dieu, immolé pour eux.

Cette extrême vénération pour l'Eucharistie ne paraît pas moins dans les cérémonies qui précèdent, qui accompagnent et qui suivent la communion. Le mélange des deux espèces, lorsque le prêtre a rompu l'hosiie, pratiqué également en Orient et en Occident, ne peut avoir lieu où on ne croit pas la présence réelle ; aussi les protestants lont retranché, quoique

LIV. m. CROYAiNXE DES ORIENTAUX PRO!JVÉE PAR ^ElJR DiSCiPLINE.

ce rit soil fort ancien. On a cru même autrefois qnc la parlicule qui élr.ii mise dans lo calice à la messe dos prcsancliliés avait la force de convertir le vin non consacré qni était mis dans le calice (!); et on pcul voir sur ce sujet les savantes observations du U. P. Mabillon, dans ses dissertations sur l'ordre romain.

Mélélius Piga (int. opnsc. Gr., p. 107 et scq.), qui a traité fort au long cette cérémonie que les Grecs appellent Vunion des deux espèces, dont il prouve ia nécessité, quoiqu'il reconnaisse que le corps et le sang de Jésus Christ sont dans l'inie et dans l'autre par concomitance, a prouvé très-clairement que cet usage était fondé sur la foi constante de la présence réelle. Les Orientaux ne l'ont pas pris de l'Église romaine, puisqu'il se trouve dans toutes les Liturgies, dont plusieurs sont plus anciennes que les schismes; et puisque l'Écriture ne fait aucune mention de quelque chose qui y ait rapport, il faut qu'en cela, comme en plusieurs autres parties de la Liturgie, ils aient suivi la tradition plutôt que la lettre. 11 n'est point nécessaire de ciiercher les raisons mystérieuses qui sont rapportées par les Latins, aussi bien que par les Orientaux, de ce que signifie celte union du corps et du sang de Jésus-Christ; la pratique de tous les siècles la met hors de tout soupçon. Mais il faut convenir qu'elle serait inutile sans la créance certaine du changement véritable qui a été fait par la consécration; et qu'elle signifie ce qu'exprime en peu de paroles une des oraisons qui a déjà été citée, que c'est là le sang de ce corps, et le corps de ce sang

On trouve dans les Rituels et dans d'autres livres ce qui se pratique pour la connnunion. Les protestants ne diront pas que les prières qui se disent alors, tant par le prêtre et par le diacre que par les communiants, ne signifient rien autre chose, sinon que lorsqu'ils approcheront, qu'ils prendront le pain et qu'ils boiront le calice, ce qu'ils recevront sera le corps et le sang de Jésus-Clirisl, comme croient les luthériens; encore moins, comme disent les calvinistes, qu'ils n ccvront l'un et l'autre par la foi. Les Orientaux ne demandent pas dans ces prières que Dieu leur donne la foi, afin que ce qui leur sera donné par le prêtre devienne pour eux le corps et le sang de Jésus- Christ , ils confessent qu'il est présent, quoique invisihlemenl ; en cet état ils l'adoreni, ils lui adressent leurs prières, ils se prosternent devant lui. Ils reconnaissent par conséquent qu'il est déjà présent, et que le pain et le vin sont changés en son corps et en son sang. Ce n'est donc pas par leur foi, ni parce qu'ils ont reçu les symboles de son corps et de son sang, puisqu'ils ne les ont pas encore reçus; mais c'est par la consécration, indépendamment de l'usage, qii'il est déjà présent. Il ne se trouve dans aucune des prières et des formules dont les protestants et les calvinistes ont formé les offices de l'administration de leur cène,

(l ) Cela signifie que quelques-uns l'ont cru ; mais non pas que telle ail été la créance de l'Église; et puisqu'on renvoie au P. Mabillon, c'est marquer qu'on suit sur cela son opinion. {Note des auteurs.)

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rien de semb'able à celles dont les Grecs cl les Oriert • taux se servent communément. Il s'ensuit donc que leur créance sur ce uiyslcre est entièrement difl"ércnio de celle des Grecs et des Orientaux , puisqu'ils n;; pourraient pas se servir des mêmes prières, au lieu que les Latins se serviront sans peine de celles des Grecs, et ceux-ci de celles des Lnlins.

Les prêtres qui se trouvent présents à la célébration de la Liturgie, reçoivent la communion premièrement sous l'espèce du pain , ensuite on leur présente le calice. Mais les laïques, et mên^e les ecclésiastiques du second ordre, reçoivent la communion par une parlicule trempée dans le calice, q\ii leur est présentée avec une pelile cuiller que les Grecs appellent iaSis, faisant allusion au charbon qni, clanl pris sur l'autel, toucha les lèvres du prophète Isaïc et le purifia. Les Syriens, les Cophtes, les Éthiopiens cl tous les Orientaux donnent la communion aux laïques do la même manière. U ne fallait donc pas accuser l'Église romaine d'avoir retranché le calice aux laïques, puisque lous ces chrétiens ont fait la même chose, sans avoir jamais pensé à aucun de ces motifs de nouveauté que les protestants supposent avoir été la cause de ce changement de discipline.

Quand ils prétendent que la crainte de répandre le calice a donné lieu à le retrancher aux laïques dans l'Occident, et qu'ils infèrent que, comme autrefois dans les premiers siècles il ne paraît aucun vestige de pareille précaution, il faut que la créance ail été changée, la discipline des Orientaux suffit pour les réfuter : car les Grecs prélendcnl que la cuiller a été établie dés le temps de S. Jean Chrysostôme; et quoiqu'on n'en ait pas des preuves certaines , c'en est une fort grande que celle qui se tire d'un pareil usage parmi les communions séparées de l'Église dès le temps du concile d'Éphèse , comme les nesloriens, ou depuis celui de Calcédoine, comnie les jacobiles. On peut faire voir que quelques siècles avant l'époque qu'ils donnent à ce piclendu changement de doctrine sur l'Eucharistie, l'effusion et la profanation des mystères était regardée comme un sacrilège et comme un grand malheur; et c'est ce qui seraéclairci dans un article séparé. Il faut donc conclure, loul au contraire, que, puisque les Grecs et les Orientaux ont eu de temps immémorial toutes les précautions qu'on a dans l'Église latine pour prévenir la profanation de l'Eucharistie ; que par celle raison ils ont établi une manière nouvelle de donner la communion aux laïques , ils avaient la même doctrine louchant la présence réelle.

Les prières qui se trouvent dans les Liturgies grecques et dans l'Eucologe, aussi bien que dans le livres orientaux , pour le temps de la communion prouvent aussi Irès-clairsment celle conformité de créance , et elles s'accordent entièrement avec celles des offices latins, que les protestants ont abolies.

Nous parlerons de la confession de foi qui se fait avant la communion, qui ne peut recevoir aucun autre sens que celui de la présence réelle, puisque, lorsque le prêtre la prononce, il lienl entre ses mains U

PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHANT LEUCIIAUISTIE. Ui

piincipnlo parlioiilc consacrée, la montre au peuple, el en disant : Ceci est vérilablenicul le corps d'I'-^nimaviiel, noire Dieu, comme il lait dans réglise coplite, il maifine suiïisammenl ([ue ceci signifie ce qu'il tient et ce ijn'il nioiilrc.

l.cs formules d'actions de grâces, dont nous avons rapi'.oi lé quehiues extraits , sont du même genre que les jirécédentes, et les confirment merveilleusement, iniisque toutes marquenl une manducalion réelle du corps de Jésus-Clirisl ; le n;élange de sa chair avec la iiôire, de son sang avec le nôlre; Tcspérance de la résurreciiou bieniicurcuse fondée sur ce levain de vie, et d'iiulres effets sur nos corps aussi bien que sur nos âmes.

La loi établie dans toutes les églises d'Orient pour recevoir la commuiiion à jeun, la discipline qui élail autrefois pratiquée dans l'Église latine, de s'abstenir pareillement de l'usage du mariage, et d'autres points, plus particuliers au\ Orientaux, qui seront expliquera pari, ne peuvent avoir d'autre origine que la foi de la l)résence réelle; el cela paraît assez, en ce que les protestants, ayant une fois détruit la doctrine de la pré.sence réelle, ont aboli en même temps toutes ces marques de respect qui étaient autrefois en usage pour la réception de l'Eucliarisiie.

Après la communion, toutes les églises ont observé avec im grand soin que les particules consacrées qui pouvaient rester fussent ctmsommécs par le célébrant on par bs autres ounistres qui avaient servi à raulcl. Nous trouvons la même discipline parmi les Grecs et les Orienl;!ux; el coumic ils sont fort éloignés de croire que ce qui reste du pain et du vin consacrés ne soit pas le corps et le sang de Jésus -Christ, ils avertissent les prêtres el les diacres d'avoir la même vénération et la même attention pour ces particules qui restent que pour celles qui ont été reçues par les commntiiants, cnmme élint également le corps et le sang de Jésiis-Clirist.

La distinction qu'ils font de ces particules consacrées et de celles qui ne l'ont pas été, esl marquée plus particulièrement dans l'église grecque , dont l'usage est que, pour la consécration, les prêtres coupent avec un petit fer qui ne sert qu'à cet usage, et qu'ils appellent àyis; lôyx-n, la sainte lance, la partie du milieu d'un pain préparé pour la Liturgie ; qu'ils ne consacrent que celle-là, elles autres qu'ils pnînnent de plusieurs pains ou oblalions qui sont apportées par les fidèles. Ce qui reste de tous ces pains n'esl point regardé comme consacré; c'est ce qu'ils appellent àvTîôwfov, c'est-à-dire, ce qui lient lieu du don sacré ou delaconuuunion; de sorte que non seulement ils donneni ces restes à ceux qui ne se trouvent pas disposés à communier, mais à ceux mêmes qui ne sonl pas de leur communion, comme il paraît par nue lettre du patriarche Gennadius, qui permet aux religieux du Mont-Sina de donner YoL-nlZ^po-/ aux Latins cl aux Arméniens qui y viendraient par dévotion ; mais qui défend en même len)ps de leur donner la sainte Entliarislie.

De plus, il est certain que non sculemcnl les Greci mais tous les Orientaux ont conservé la messe des présanclifiés, qui n'est en usage dans l'Église latine que le vendredi-saint. Le jour précédent ils réservent une particule consacrée avec laquelle, sans faire la consécration du calice, ni aucune autre prière semblable à celles qui sont en usage dans la Liturgie ordinaire, ils communient. Dans toutes les églises d'Orient l'usage des présanctiliés est beaucoup plus fréquent, puisciu'on ne célèbre point d'autre messe pendant toutes les fériés du carême; et on ne peut pas douter de sou antiquité, puisqu'il eslp:irléde cet usage dans le concile de Laodicée. On ne peut supposer que ce q;ii a éié consacré quelques jours auparavant soit toujours le corps et le sang de Jésus-Christ . sans croire la présence réelle; cl les Grecs sont tellement convaincus de cette sanelification permanente et hors de l'usage actuel de l'Eucharistie, qu'ils rendent les mêmes honneurs aux présanclifiés qu'à ce qui a été consacré le même jour. Nectarius, patriarche de Jérusalem, qui a vécu de nos jours , rapporte un miracle d'une particule des présanclifiés , qui demeura sans se corrompre plus de deux cents ans, et qui fut transférée en procession avec des lumières et de l'encens , Cfimme une chose divine.

Sur le même principe, ils conscrvenl la communion pour les malades, et ordinairement le jeudi saint les Grecs prennent une partie de l'oblalion ou du pain consacré qu'ils trempent dans le calice; ensuite ils la. font sécher sur la patène, sous laquelle ils mellenl du feu : après (pioi ils la réservent pour la communion des malades. Nous n'avons point trouvé de semblable usage parmi les Syriens ni parmi les Cophles ; mais seulement des preuves certaines de la conservation de l'Eucharistie pour les malades , el la manière de la leur administrer, qui est Irès-conforme à l'ancien usage de l'Église, et qui prouve d'une manière fort claire que ceux qui ont une telle discipline doivent croire la présence réelle.

On apprend parle synode de Jérusalem de 1672, et c'est ce que savent ceux qui onl été à Jérusalem, que dans l'église du Saint-Sépulcre, les Grecs tiennent des lampes allumées devant le Saint-Sacrement réservé pour les malades.

Les pénitences rigoureuses oui se trouvent dans l^égiiuin , dans Yves de Chait!\;s, et dans un grand nombre de Pénileniiaux anciens, pour les proliuiations de l'Eucharistie, ou pour la négligence de ceux qui l'adminisirent , font voir que l'attention qu'on y apporte présentement est moindre que celle de ces temps-là. Les Pénileniiaux grecs, dont le P. Morin a donné divers extraits, cl d'antres qui se trouvent dans les bibliothèques, fournissent aussi beaucoup de preuves d'une pareille sévérité, el ce qui se trouve sur le même sujet dans plusieurs collections de canons arabes ou syriaques, particulièremenl dans le Pénilenliel de Denis Barsalit)i, n'esi pas moins sévère : car suivant la discipline qui y est prescrite, les moindres négligences daus le ministère sacré d«s aulels sont sou-

Iv)3 M\. ITl. CROYANCE DES ORIENTAUX

i;!isc-î n des pciiilenccs assoz riidos ; et même les prof;inalions qui pciivenl arriver pr.r aceident n'en sont p;is exemples. EnOn on peut dire sans aiieune cxagélalion qu'en ces points de discijiiiic les Orientaux son! pins exacts et plus sévères qu'on no l'a élc depuis plusieurs siècles dans l'Église latine.

II n'y a qu'une objection à faire contre lont ce qui a élc dit jusqu'ici , cl c'est de dire que V.\ plupart di'S auteurs mcnic catholitjuos conviennent que les Liturgies n'ont pas l'antiquité qu'on suppose ordinairement; que même il y en a un assez t;rand nombre qui \ sont modernes, parmi lesquelles il s'en trouve qui ne marquent point ces cérémonies , dont nous prétendons nous servir con-.mc de preuves de la créance , sans laquelle on ne peut supposer qu'elles puissent avoir lieu. Mais c'est à quoi il est fort aisé de répondre.

rremièrcmcnt, les Grecs et tous les Orientaux croierit que les Liturgies et tous leurs ofiiccs des sacrements ont éié réduits en la forme qui subsiste encore par ceux dont ils portent le nom. Ainsi toute la critique ne fait rien à leur égard; et au nôtre, quoique nous conve.'iions qu'ils se trompent, il s'en suit néanmoins qu'ils regardent tous ces offices comme établis par tradition apostolique.

Eu second lieu , nous disons que les critiques so sont fort trompés quand ils ont appliqué aux Liturgies de S. Jacques, de S. Marc, de S. Basile et autres, les règles communes, lorsqu'on examine qui est l'auteur de quelque 0!:vrage. Ce n'est pas le nom des auteurs qni fait l'asitorité des Liturgies, c'est l'usage des églises. Or comme on ne peut douter que celle de S. Jacques n'ait été en \isagc à Jérusalem, celle de S. Marc à AlexPiidrie, celle de S. Jean Cbrysoslôine à Conslantinopîe, cela suffit pdur les justifier, ce que nous ferons voir dans la suite.

A l'ég ird des riies et de tout ce qui peut être regardé comme rubriques, on sait assez que celte partie des offices n'a été écrite que fort tard ; mais il ne s'en suit pas que les cérémonies soient récentes, jiuisqu'on en trouve des vestiges dans toute l'anliquilé, et qu'on ne saurait prouver qu'elles aient piis la place d'a:;tres plus anciennes qui fussent direcicmeiil contraires. Les Grecs et les Orientaux, dont il s'agit principalemc .'v, les croient de tradiiion apostolique; et comme les'plus essentielles, qui ont une liaison certaine et nécessaire avec la doctrine de la présence réelle, sont conformes dans tontes les sectes, on ne peut douter qu'elles ne soient plus anciennes que les schismes et que tous les systèmes imaginaires je changement supposés par les luinislrcs.

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