CHAPITRE II
Vrcuve de la créance des Grecs et des Orientaux sur la
présence réelle , lirée de la confession de foi quHx
font avant la communion, particulièrement dar.b ."''^///«e
copfite.
Apres l'invocation du Saint-Espril il y a diverses pnCres cl cérémonies dans les Liturgies grecques et dans toutes les orientales, qui suffiraient seules pour
P. PS LA F. IIÏ.
PROUYIÎE PAR LEUR DÎSCIPLirŒ. il^
prouver (Vunc manière incnnlcslable que cens qui s'en servent ne peuvent avoir aucune opinion dans l'esptif, sinon celle de la présence réelle. Nous examin(-rons présentement la confession de foi que font les Orientaux avant que de recevoir la communion , dont les formes sont difTérenles ; nviis elles se rapportent loules à rcconnaîirc cl .'i confesser que ce (lu'ih vont recevoir est le véritable corps cl le sang de Jésus Cînist.
Dans les premiers siècles de l'Église, le:? prêtres ou les diacres disaient seulement : Corpus Chrisli, et les communiants répondaient : Amen ; ce qui signifiait ton', ce qui a Clé exprimé depuis en plus de paroles. C'est ce que nos théologiens ont prouvé bien clairement, et les protestants ne leur ont opposé que des réponses frivoles, telle que celle du minisire Aubertin. Nous avouons, dit-il, que ces paroles ont rapport à VEucha- . ristie, mais nous nions que le diacre , en dontani rr.n cliaristie, dit qu'il donnait le véritable corps de Jésus- Christ (1). Que donnait-il donc, cl à quoi pouvait avoir rapport la confession courte contenue dans Vamcn, s'il n'tût donné que les symboles? II ne fuit point de foi ni tVamen pour ce que les yeux nous découvrent. Aussi depuis le commencement de la réformalion il ne se tro;ivc pas une scnle forme d'administrer la cène où il y ait rien de semblable.
On a des preuves plus que snl'fisaî'.ies que l'ancienne Église n'a pas entendu autrement ces paroles que nous les entendons présentement; et celte matière a été si bien traitée dans la Perpétuité de la foi, qu'on n'y peut rien ajouter de nouveau. Aid)ertin a nié ce qui est constant par loules sortes de témoignages de l'antiquité, et encore plus parla discipline. M. Claude y a joint des suppositions si étranges, qu'il ne faut pas s'étonner si elles n'étaient jamais venues dans l'esprit des plus habiles ministres. Car il suppose des premiers chrétiens qui i;e s.avaienl pas et ne se niellaient pas en peine de savoir en (juel sens rLucliarisiic qui leur était présentée était le corps de Jésu -Christ ; (onmie si on ignorait que c'était la dernière ci la principale instruction qu'on donnait aux cr.técliumèncs, cl de laquelle les SS. Pères rendent un témoignage si fréquent par ces paroles : Nôrunl iniliati, les initiés savent ; ce qu'on ne disait qu'en termes généraux lorS(pie l'on parlait au peuple, parmi lequel il so trouvait des infidèles, et ceux ipii en'.raicnt dans le catéclumiénat. Que pouvaient donc savoir ces initiés, supposant le système de M. Claude? Sera-ce que l'Eucliaiislie n'était pas véritablement le corps de Jésus- Christ? Celait cependant ce qu'on leur prêchait cl ce qu'on leur enseignait tous les jours dons les catéchèses publiques cl particulières (Pcrpél., I, traiié 2, c. 2, lom. 1, 1. 6, c. 5). Était ce que l'Eucharistie était le corps de Jésus Christ, comme Jésus-Christ
(I) Sicul Hicilè concedimns h:ec verba ad Eucli;'.ristiam perlinere, contra paritcr negamus diaconum Eucharistiam porrigeniem diccre soliîuni se vernui corpus Christi prœbere. {Aubert.. de Eucliar., i. 2, p. 54.S.)
(Six.)
PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE. 172
élail la pierre, In porte, 1j vigne? On leur disnit tout le contraire. II raiil donc supposer qu'ils n'avaient aiitunc créance cerlaine sur rEucliaiistie, ce (in'on ne peut cnlcndre sans horreur ; ou bien se les rcprcsenler comme n'en ayant qu'une idée confuse, ce <iui n'a pas moins d'iuipiélc ni d'extravagance. Car il aurait fallu que dans les temps les plus florissants de l'Église on cûl laisse les clirélicns sans instruction, ou qu'on leur en eût donné une si confuse et si imparfaite, qu'elle n'eùi pas suffi à leur apprendre ce que l'Église croyait sur l'Encliarislie ; ou enfin qu'on les cûl laissés dans une eniière indiflerencc de ce qu'ils voulaient croire sur ce qu'il y avait de plus sacré dans les mystères de l'Église.
Toutes ces suppositions sont également fausses : car il est certain que ks chrétiens étaient instruits, et nous avons encore la forme de ces instructions dans les Catéchèses de S. Cyrille de Jérusalem, dans celle de S. Grégoire de Nysse, et dans quelques autres. Il n'y a qu'à les lire pour reconnaître qu'elles n'étaient pas propres à former des calvinistes. Or on ne pont pas douter que le commun des chrétiens n'entendît ces Caléclicses et de scuiblablcs instructions selon le jons litléral; et on n'en trouve aucune autre qui pût servir à corriger l'effet que produisaient ces premières. On doit convenir de bonne foi que les interprétations forcées qu'Auberlin et les autres ministres ont voulu leur donner dans la suite, étaient fondées sur des subtilités dont le peuple n'était pas capable, et cependant personne n'était clirétien qu'il ne sût ce qu'il fallait croire sur l'Eucharistie; on doit supposer encore moins qu'ils pussent cire dans cette indifférence où sont lant de protestants sur le sens des paroles de Jésus-Christ, non seulement parce qu'il nes'en trouve ancun indice dans l'antiquité, et que toute l'Église s'est élevée d'abord contre ceux qui avaient enseigné quelque chose de semblable à la créance des calvinistes, mais parce qu'il est certain que lant de systèmes différents sur l'Eucharistie ne sont pas plus anciens que le schisme des prolestants.
Ce qui regarde les premiers siècles ayant été suffisamment expliqué ne demande pas de nouveaux éclaircissements, et nous nous altacberons à ce qui regarde les derniers temps. Les Grecs et tons les Orientaux n'ont jamais connu d'autre doctrine sur l'Eucharisiie que colle de la présence réelle; non seulement les théologiens, mais les catéchistes, les commentateurs des rites, cl le simple peuple, se sont accordés sur ce sujet; cl les prières qui sont entre les mains des laï(|ues témoignent que jamais la créance n'a varié sur ce sujet.
Nous avons parlé de celle courte profession de foi qui consistait à dire Amen on recevant le corps de Jésus- Christ. Les Grecs y ont ajouté un grand nombre de prières et d'actes de foi qui prouvent incontesta- Menicnl leur créance. On h s trouve dans un office particulier qui fait partie de l'Horologe, et le litre est : A/flîvOûx T^5 «yta,- //£Ta)y;/.£w;, Office de la sainte cornwunion. Il comprend une longue suite de prièics, de
psaumes, d'hymnes, que chacun doit dire la veille et le jour de^ la conunuuion et dans l'action do grâces. Toutes CCS prières contiennent les teimcsles plus si. gnificatifs de la présence réelle; elles parlent de Jti- Rus-Chrisl comme présent sur l'autel et entre les mains des prêtres, de la manducalion réelle, de la sanclificalion des corps aussi bien que de l'àme par la rcceplion du S. -Sacrement; en sorte que tout homme qui ne croit pas la présence réelle, non seulement ne les peut dire avec dévotion, mais il pourrait à peine les entendre. Il paraît aussi que les Grecs ne les entendent pas autremenl, puisqu'on quelque» éditions on trouve au commencement Jésus-Christ représente comme étant dans un calice ou dans lo disque eucharistique.
Entre plusieurs autres prières, ils disent celle ci qu'ils attribuent à S. Jean Clirysoslôme : Je crois. Seigneur, et je confesse que vous ê es véritablement te Clirist Fils de Dieu vivant, qui êtes venu au monde pour sauver les pécheurs, dont je suis le premier. Je croit aussi que c'est là votre propre corps immaculé, et voire sang précieux. Je vous prie donc d'avoir pitié de moi, et de m'ai corder la rémission de mes péchés, etc. Ces mêmes paroles sont iKarquées aussi dans les Liturgies grecques.
Les Syriens, jacobiles et orthodoxes, ont diverse.s^ oraisons à peu près semblables. Dans un ancien' Miss( 1, il est marqué que lorsque le prêtre lient le corps de Jésus-Christ entre ses mains, il dira : Vous êtes te Christ notre Dieu, vous êtes celui qui avez eu le côté percé pour nous sur le calvaire près de Jérusalem. Xous êtes l'Agneau qui èlez les péchés du monde. Dans une Liturgie particulière on trouve cette onison de Denis Barsalibi, évê(|ue d'Amid : Nous croyons, nous confessons, et nous sommes assurés que c''esl là le corps de ce sang, et le sang de ce même corps.
On ne Irouve pas dans la Liiurgie commune des Syriens, qui esl allribuéc à S. Jacques, une fornndc tout-à-fait semblable; car ce que le peuple et le diacre doivent dire est ordinairement dans un livre à part. Mais dans celui-là il y a quelque chose qui répond à celle confession, quoique disposé d'une autre manière. C'e^l après que le prêtre a fait la profession de foi sur la Trinité, en disant : Un seul Père saint, etc., qui est répétée par le peuple. Le diacre dit : Alléluia, alléluia : Cloire à celui qui nous donne son corps et son sang vivant, afin que nous obtenions la rémission de nos péchés. Cloire à celui dont l'Église et ses enfants boivent et chantent sa gloire.
Quand le prêlre a fait la fraction de l'hostie, il en trempe une particule dans le calice , et il en touche en forme de croix les autres particules qui sont dans le dis'^iue sacré, en disant: Le sang de Notre-Scigncur est aspergé sur son corps, au nom du Pèreet du Fils et du S.-Espril; après quoi il mol la particule dans le calice, et il dit: Vous aviz mêlé. Seigneur, votre diviniu avec noire humanité, cl le resie qui a été rapporté. Puis il dit : Que nos corps soient sanctifiés. Seigneur par votre saint corps, et que nos âmes soient puripecs
n- LIV. III. CROYANCE DES ORIENTAUX
ver voirû sang propiiialoire. En donnant la comnmiiioii, il dit : Le corps et le s'ing de Nolre-Seigntur Jésus-Christ vous sont donnes pour l'expiation et la rémission de vos fautes et de vos péchés en ce monde et en l'autre. Durniit que se fait la distribnlion de la communion au peuple, le diacre commence à chanter et le peuple continue celle hymne : Mes frères^ recevez le corps du Fils, crie l'Église; buvez son sang avec foi, £t rendez-lui des cantiques de gloire. Cest là le calice que Notre- Seigneur a ntélé sur l'arbre de la croix; approchez , mortels, et en buvez, pour obtenir le pardon de vos fautes. Alléluia, alléluia. Gloire à celui duquel boit son troupeau, et par lequel il est purifié. Gloire à celui duquel CEglise et ses enfants mangent et lui rendent des cantiques de gloire. Alléluia. Gloire aussi à celui dont nous avons mangé le corps et bu le sang pour ta rémission de nos fautes. On continue de même plusieurs fois, en répétant par manière de répons les premières paroles. On voit donc que dans le sens simple cl liliéral elles signilient la présence réelle, et que, nonobstant la fausse remarque d'Auberlin et les gloses de M. Claude, le prêtre en donnant la communion dit qu'il donne le corps et le sang de Jésus-Christ. Si les Grecs et les autres Orientaux ont la même créance que les calvinistes, ou même que ceux des protestants (pii admettent la réalité, qu'on nous cile quelque prière semblable qu'ils aient mise dans l'office de leur cène.
Mais la confession de l'église cophte est tellement claire, et si peu capable de toutes les fausses inlerpcélalions qu'on pourrait donner aux autres, qu'il n'y a pas lieu de s'étonner que les ministres qui ont cite divers passages di!s Liturgies n'aient pas fait la moindre mention de celle ci. Elle se trouve néanmoms imprimée en latin au commencement du siècle dernier, dans la traduction qui en fut faite sur le mantiscril de Joseph Scaligcr, et près de soixante ans auparavant dans la Liturgie éthiopienne, et dans sa traduction latine, ce qui fait voir le peu de bonne foi d'Au!)erlin et des autres min slrcs. Nous la donnerons donc traduite fidèlement sur le texte cophte, ainsi qu'clh est dans la Liturgie de S. Dasile : Le corps saint >' le sang précieux de Jésus-Chist Fils de. notre Dieu. Amen. Le saint et le précieu? corps et le sang véritable de Jésus-Christ Fils de notre Oicu. Amen. Ct s paroles se disent en grec par le prAire, par respect pour l'usage ancien, et celte c.: constance est une preuve bien convaincante de l'antiquité de celte confession, puisque depuis le maliométisme on r.e trouve pas qu'il y ait eu rien d'ajouté eu grec à la Liturgie, la langue ayant cessé alors d'être en usage parmi les jacobitcs successeurs de Benjamin, patriarche d'Alexandrie, qui y fut rétabli après la prise de la ville. Après que le peuple a répondu amen, le prêtre dit en langue cophte : Le corps et le sang d'Emmanuel notre Dieu est ceci en vérité. Amen. Je crois, je crois, je crois, et je confesse jusqu'au dertiier soupir, que c'est là la chair ( il y a oàpf dans le cophte), ou
PROUVÉE PAR LEUR DISCIPLINE. i',i
selon l'arabe, que c'est là le corps vivifiant que votre Fils unique, notre Dieu et notre Sauveur Jésus-Chrtsl a pris de Notre-Dame, la sainte Mère de Dieu, .a sainte Marie, quil a fait une (ou un) avec sa divinité, sans mélange, sans confusion et sans altération. Il a fait une belle confession devant Ponce-Pilale. H Pa donnée pour nous tous, sur le bois de la sainte croùz par sa seule volonté. Je crois véritablement que sa divinité n'a pas abandonné son humanité, même un seul moment, ni pour un clin d'oeil. Elle a été donnée pour nous, pour noire siilut et pour la rémission des péchés, et pour la vie éternelle à celui qui la recevra. Je croîs que tout cela est vrai. Amen. Outre l'autorité de tous les manuscrits cophtos ct arabes de la Liturgie de S. Basile, où cette confession se trouve en la manière qu'elle a été rapportée, on en a l'original grec dans un manuscrit grec et arabe de la Bibliothcque-du-Roi , que le savant Bernard de Montfaucon a cilé dans sa Paléographie, et qu'il croit être au moins du douzième siècle. Cette confession se trouve marquée presque mot pour mot dans la seconde Liturgie, qui est celle de S. Grégoire; et dans celle de S. Cyrille qui est la troisième, il est marqué qu'on la prendra dans la Liturgie de S. Basile ; le canon ou messe générale des Éthiopiens la rapporte de même que onze autres dont il n'y en a que trois imprimées, et enfin les auteurs égyptiens qui ont expliqué les cérémonies de l'cglisejacobite d'Alexandrie en font tous n>ention. Dans la Liturgie grecque de S. Marc, imprimée autrefois à Paris en 1585, sur une copie tirée d'un manuscrit ancien ct très-entier du cardinal Sirict , qui se trouve dans la bibliothèque des religieux grecs de S. Basile, à Rome, cette confessio'n est marquée par les premiers mots, ainsi que dans la cophte de S. Cyrille qui est la même. L'autorité de cette confession de foi étant donc établie par l'usage ancien et par l'authenticité des textes, il faut l'examiner par parties.
La première, laquelle, comme nous avons remarqué, se dit en grec, est incontestablement la plus ancienne, non seulement parce que tout ce qui s'est conservé dans les offices ecclésiastiques en cette langue est de la plus grande aniiquilé, mais aussi parce qu'elle approche plus de la forme des premiers siècles. Quand l'usage du grec cessa entièrement à Alexandrie parmi les jacobites, ce qui fut au commencement de l'empire des iMahcmélans, on y ajouta la seconde partie, afin que le peuple entendît distinctement ce que l'Église dans la communion de laquelle il était croyait sur le mystère de l'Eucharistie. Les rubriques et les auteurs du pays ne marquent point si on la disait ordinairement en arabe; mais nous savons qu'en ceriaines occasions que nous marquerons ensuite, elle se disait en langue vulgaire. Les autres parties, qui ne regardent pas moins la créance des jacobiles sur l'Incarnation que sur l'Eucharistie, ont été ajoutées depuis ; mais ce n'a pas été plus lard que le douzième siècie.
La preuve est tirée de l'histoire des patriarches d'Alexandrie. OntrouvedanslaviedeGabrie! (ilsdeTarich, qui est le soixante dixième, cl qui fut ordonna vcf .
175 PKr.PKTUlTK DE LA FOI T
l'an 11 28 (leJésiis-CliiisI, qu'après son onlinalion faite à Alexandrie, il alla au nionaslère de S. Macairo dans le désert de Sceté, pour y être proclamé selon la consume, ce qui ne se Taisait qu'à une Liturgie solennelle que les palriarclies y célébraient. Lorsqu'on fui à la communion, Gabriel prononça à haulc voix la confession avec ces paroles : Qu'il a pris de la sainte Vierge Marie, el l'a fait un avec sa divînilé. Les religieux en furent scandalises, d'auîant plus qu'en recevant la communion ils devîiiont prononcer les mêmes paroles, et ils en firent dinicullé, parce qu'elles pouvaient avoir un mauvais sens, qui était celui de l'eutichianisme, et parce qu'ils n'avaient pas coutume de les dire. Gabriel s'excusa, disant que les cvèiucs qui l'avaient ordonné 'a lui avaient prescrite dans les mêmes termes, de sorte qu'il ne pouvait pas la dire autrement qu'il avait fait le jour de sou ordination, et qu'au surplus, elle ne contenait rien que d'orthodoxe, selon la doctrine de leur église. 11 y eut sur ce sujet une conférence entre les évoques el les religieux, après laquelle il fui résolu qu'on ajouterait ces antres paroles : sans mélange, sans confusion et sans altération. Cependant dans la Tliébiïde plusieurs refusèrent de Vien ajouter, voulant demeurer dans l'ancien usage, et le patriarche no crui pas les devoir contraindre .à le changer. Il paraît donc par ce récit que dès le douzième siècle celte conrcssion élail déjà fort ancienne dans l'église coplite.
Le patriarche Jean, qui est le soixanle-douzièmo, fut ordonne vers l'an de Jésus-Ciirist 1113. Macaire, évêque de Semnud, l'avertit que Siloniou, abbé d'un monastère de S. Juste, et ses religieux, en disant cette même confession, avaient afoulé le mol vivifiant, cl qu'ils disaient: Je crois que cest le corps vivifiu:it de Notre- Seigneur, qu'il aprisde la sainte Vierge. Le patriarche assembla les évoques, qui , ayant examiné la question, jugèrent que la proposition élail orthodoxe, parce qiie le corps de Jésus-Cbrisl élail vériiablement vivifiant; et ou écrivit des leitres partout pour faire recevoir cette addition, qui futaccrptéc dans rÉgypic cl dans la Thébaïde excepic au monastère de S. Macaire, dont les religieux s'excusèrent sur ce qu'elle élail ajouléc de nouveau, déchirant qu'ils s'en tonaicnl à l'ancien usage. Comme il ne se trouve aucim exemplaire où celle parole ne soit, on ne peut douter qu'elle n'ait été reçue partout dès le même siècle.
On reconnaît aussi par rexemi)le du patriarche Gabriel quede son temps la coutume était établie d'exiger cette confession de ceux qui ciaienl ordonnés palriarclies. Abulbircat marque qu'on observait la même chose à l'cgaid de ceux qui ciaionl ordonnés prêlres ou évoques. Ce/«i, dit-il, qui est ordonné prêtre s'approchera du patriarche, et il fera avec lui la fraction du corpsde Jésus-Christ. Il tiendra sa droite appuyée sur ta gauche, ayant dessus une particule de CEucliuriftie. Le patriarche lui suggérera mol à mol la confession : 1 Je crois, » etc. , qu'il répétera afin que chacun connaisse manifestement la vérité de sa foi. pendant que le c-^rps de Jcsus-Christ est dans sa main.
oLCiiVNT L'KucnArviSTu:. na
Le n êmc auteur parlant de l'ordinatio!! do révoque : I^e patriarche rompra avec lui l' Eucharistie, et lui suggérera la confession mot à mot dans sa langue, en sorte que celui qui est ordonné puisse l'entendre, afin que le patriarche puisse être ass^iré de sa foi par les parôles qu'il entendra de sa bouche: que si le patri'iirhs ne s lit pas la langue du nouvel évêque, il la lui suggé' rera en la langue dans laquelle il la prononce au sanctuaire. Le patriarche Gabriel marque la mcine chose dans son rituel.
Si on voulait couiposer une confession de foi qur représentât exactement la créance des catholiques, on ne la pourrait faire plus claire el moins sujelle à . équivoque. Les cérémonies qui raccompagnent ne permettent pas de douter qu'elle n'ait rapport à l'Eu charislie, el non pas seulement en gé:icral à la com munion, dans laquelle seule on reçoit le corps et lo sang de Jésus-Christ, suivant l'opinion des luthériens; mais indépendamment de la réception, elle se rapporte à ce que le prcîre tient entre ses mains. Cela seul renverse tout le raisonnement d'Aubcrtin ;''et s'il a eu la témérité déjuger que l'ancienne Église nedisant que ces paroles : Le corps de Jé.sus-Chrisi, auxquelles on répondait : Amen, elles ne signifiaient pus qu'on crût qu'il fût vériiablement présent dans l'Eucharistie, les catholiques peuvent, avec beaucoup plus de raison, tirer de la pratique très-ancienne de l'église d'Alexandrie une preuve beaucoup plus certaine de tout le contraire. Car on ne peut pas nier, comme a fait ce ministre, que le diacre lorsqu'il présente l'Eurharislie ne dise pas qu'il donne le véritable corps de Jésus Christ, puisqu'il ledit expressément Et quand les communiants répondent par trois fois qu'ils la croient, et le croiront jusqu'au dernier soupir, on demande si on peut dire qu'ils ne croyaient pas plus que ce gui leur était présenté fût proprement le véritable corps de Jéfius-Christ, qu'ils croyaient être eux mêmes proprement parlant ce même corps, quoiqu'on leur dit aussi : Vous répondez amen à ce que vous êtes (l).ll l'ait allusion au passage lire d'un sermon de S. Augustin, où se trouvent ces paroles dans un sens bien difïerent, cl qui n'a aucun rapport aux Orientaux.
Il n'y a personne qui ne convienne que l'église d'Alexandrie, qu'on ne peut accuser d'innovation sur le sujet de l'Eucharistio, sinon en parlant en l'air et sans preuves, n'ait pas plus d'autorité pour interpréter celle ancienne formule que n'en doit avoir Auberlin avec des sophismcs si puérils. Car celle confessior plus étendue est la même que rancienne et la plu simple, telle qu'était celle de la primitive Église; el nous ferons voir l'origine de ce qu'on y a dejun ajouté. Or il est certain par cette disciiiliueet par ccllij de tout l'Orient que les prêlres, en donnant l'Eucha-j
(1 ) N(în magis nti(|uc credenlos id (|uod porrigebalul et accipiebaïuf esse propriè Chrisli corpus, quàm esse propriè illud ipsummel corpus, quamvis eisq!!o| que dicerelur : Ad id (juod eslis respondclis amer, et rcspoiidendo subscribitis. Auberl., loc. cit.