CHAPITRE IV
Preuve de la foi des Grecs et des Orientaux sur la présence réelle , parce qu'ils croient divers miracles de l'Eucharistie.
L'argument que les catholiques tirent des miracles M rEucliarislie , d^nl il se trouve des témoignages iuconlestahies dans Tïnliquité la plus reculée, n'est ps une des moindres preuves dont ils se servent contre les protestants. Car il est certain qu'on ne peut croire connue véritables de lels miracles sans reconiiailre la présence réelle. Il ne s'agit pas de la vérité ou de la fausseté du récit de ceux qui les rapportent -ou qui les reçoivent connue véritables; ils ne peuvent être ni crus ni inventés par ceux qui ne la croient iioinl. Donc les Grecs qui rapportent el (|ui croient <>es sortes de miracles, el les Orientaux qui les reçoit.eiil do même, oui une créance sur l'iùicharislie
toule différente de ceux qui n'y reconnaissent aucun changement.
Un des pins anciens miracles de ce genre est celui que rapporte S. Cypricn, d'une petite fille qoi , ayant été souillée par du vin offert aux idoles, pendant que SCS parents s'étaient enfuis à cause de la persécution , ne put recevoir l'Eucharistie à laquelle on la présenla, mais la rejeta avec des contorsions et dos mouvements qui n'avaient rien de naturel. Ce saint martyr en rapporte d'autres ( <:ypr., de Lapsis, p. 153, éd. Ox. ), comme de celui (|ui ouvrant l'endroit où il avait mis l'Eucharistie, en vit sortir du feu ; d'un autre qui ne trouva que de la cendre. Une femme macédonienne, du temps de S. Jean Chrysostôme (Sozom., 1. 8, c. 5), trouva que le pain qu'elle avait apiiorté pour le prendre au lieu de l'Eucharistie s'était endurci dans sa bouche comme une pierre. Sainte Gorgonie (Niceph., I. 13, c. 7; Greg. Naz., or. il ) fut guérie d'un mal qui paraissait incurable , ayant ramassé les restes précieux de l'Eucharistie, et les ayant mêlés avec ses larmes. S. Satyre ( de Obitu Sal., c. 45 ), frère de S. Ambroise, les ayant mis à son cou, et s'étant jeté à la mer fut sauvé du naufrage; et S. Augustin ( op. Inip., 1. 5, c. 1G2) r;ipporle qu'tm nommé Acacius qui avait presque perdu la vue , l'ut guéri miraculeusement par l'Eucharistie «pie sa mère lui mit sur les yeux en forme de cataplasme. On ne parlera p:is de divers autres miracles marqués par les auteurs des siècles suivaiits, it qui sont en très grand nombre.
Les Grecs modernes et ceux du moyen âge en ont rapporté plusieurs. Agapius, religieux grec, (;ui fit imprimer en ICiO un livre en langue vulgaire, inliiulé: Le salut des pcctietirs , en a recueilli quelques uns, d les auteurs de la Perpétuité se sont servis de son autorité contre M. Claude. Le livre a été traduit en arabe il y a déjà plusieurs années par les chrétiens du pays, non pas par un missionnaire qui n'en éiaiipas capable, et ils le lisent avec édification. Mais afin de faire voir que ce n'est pas seuleuienl dans les auteurs récents que se trouvent de pareils miracles , on en rapportera de plus anciens, tirés d'auteurs considérables dans leurs églises.
Les jacobiies ont p:.rmi leurs saints un Vaza , fils de Hejah, qu'ils disent avoir été converti à la religion chrétienne de mahomélan qu'il était , par un miracle de S. Mercure, qui le transporta de la vallée de la Mecque au monastère de S. Macaire. Ce Yaza avait écrit sa vie, d^'ns laiiu^lle il rapporte qu'il y avait eu à Bagdad nu jeune seigneur nommé Ilaschami, qui aU lait dans les églises, el iirenait plaisir à répandre les saints mystères (juand on célébrait la Liturgie, il arriva un jour qu'étant prêt à faire comme à son ordinaire , il vil sur la patène sacrée un enfant, el il lui parut que le prêtre le divisait par morceaux , et qu'il domiait sa chair aux comnmnianls. 11 fut encore pli:s surpris lorsque ceux qui l'accompagnaient lui protestèrent qu'ils ne voyaient que du pain el du vin. Il s'adressa au prèlrc après la fin du service. Celui-ci lui ciiscig-îa
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L!V. i:i. CROYANCE DES ORlEiNTAUX PROUVÉE PAR LEUR DISCIPLINE. 100
coitiinciit le Sc'ujucur Jésus Christ prit du pain c! du vin, (jii^ il distribua à ses disciples, leur disant : t Prenez, iiiuiiq:z, CF.ci EST mon coups; buvez , ceci qui est mon SANG. » Ses disciples, ajnuia-l-il, iwus ont enseigné une prière que nous prononçons sur le pain et sur le vin, lorsque nous les offrons dessus Caulel : le pain est changé, et il est fait chair, et le vin est fait son sang, comme Dieu vous l'a fait voir aujourd'hui. Cependant à les voir extérieurement, cest du pain et du vin ; car il n'y a personne au monde qui eût pu recevoir de la chair crue , et du sang nouvellement répandu, (ieltc liisloire est rapporlcc à la suilc des Vies des patriarches d'Alexandrie éoriles par Sévère, cvêquc d'Asclimonin, dans la Vie de Piiilolliée, qui est le soixaiile-lroisiôinc, écrite (>arMiclicI, évêquc de Taiiis. Ce patriarche fut ordonné r;in de Jésus-Christ 982.
Celle même liisloire se trouve en différenls manuscrils ; ce qui fait voir que ceux qui la r;q)porlcnl n'y voyaient rien d'impossihle selon la créance de leur é;^lise. Sévère, l'auteur des Homélies de toute Tannée, ( t divers ihéidogieus, reconnaissent ausi la pos»ibililé de semblables miracles , puisqu'après avoir dit qu'on devait croire sans aucun doute que l'Eucharistie était le corps et le sang de Jésus Christ, ils ajoulent, comme Dieu l'a quelquefois fait voir à des saints.
Dans la Vie du patriarche Chrislodule , qui est le soixante-sixième, ordonné l'an de Jésus Ci rist 1047, il est parlé d'un anachorcie nommé Pierre, au(|ucl ils allrihu.iienl plusieurs miracles, il avait été ordonné préirc; mais depuis qu'il s'était renfermé dasis mie cellule, il n'avait plus célébré la messe, et il avuil un doigt toujours enveloppé. Avant qu'il mourùl.son disciple lui fil lant d'inslances, qu'il obtint que l'anachorète lui montrât son doigt, qui était rouge à l'exircmiié comme si on l'eût trempé dans <lu sang, et il lui dit : Un jour que je célébrais dans l'église appelée (lama a, tenant le calice et ayant un doigt sur le bord, je dis in moi même : Est il possible que ala soit fait le sang de Jcsus-Christ? Aussitôt le vin qui était dans le calice bouillonnant s'éleva jusqu'au bord, mon doigt en fut teint comme vous voyez ; et ma sitrprise fut si grande, que depuis ce temps-là je n'ai point célébré la messe, cl je ne la célébrerai jamais. Abuselah rapporte une histoire semblable, si ce n'est pas la même.
Dans la \ie de Simon , patriarclic quaranie-dcuxiènie, vers l'an 700 , il est rapporté (pi'on lui donna du poison jiar iro's fois, sans qu'il en reçût auciui mal, parce qu'on le lui avait donné après la conmiunion : que la dernière fois il en fut malade à l'cxlréniilé, et même qu'il en mourut, selon Elmacin qui fait mcnlion de cette histoire, à cause qu'on le lui avait donné lorsqu'il était a jeun.
On lit dans la Vie de Jacob, patriarche cinquanlième d'Alexandrie, écrite par Sévère, que de son leni|)s, vers l'an de Jésus-Christ 82G , les Mahoméla^is ayant enlevé les vases sacrés d'une église, luirent entre autres un calice; cl qu'un orfèvre ayant commencé à le rompre, en vil couler du sang en aussi grande abondance que ii ou eût tué h» agneau , et que ce mira-
cle étonna tellement les iufid'les , qu'ils rendirent ces vases sacrés.
Les ncst(Miens rapportent quelque chose de p ireil dans l'histoire de Hananjéchua, calholiiiue ironle-hnitième, ordonné vers l'an de Jésus-Cbrisl CSG. lis disent qu'un méchant prèire mit du pois(^n dans le calice lorsqu'il devait célébrer la Liturgie, et (pi'il n'en arriva aucun mal au catholique ; que ce miracle (il lant de hriiil , que le prince Mardanschah, frère d'Abdolinélic, obligea les chielicns de porter solennellement rEucharistie dans sa maison. Enfin dans la même histoire il est rapporté qu'à l'ordination do Jean, fils do Narscs, cin(|uanle-deuxièmc catholique,' l'an (le Jésus-Christ 885, une muraille de l'égliso tomba et écrasa luesiue un homme ; que le catholique fit verser de l'eau dans le calice où on avait célébré les saints mystères; qu'il l'en frotta, et le guérit. On pourrait, s'il était nécessaire, ramasser plusieurs autres semblables miracles; mais il suffit qu'on en reçoive un, pour croire tous les autres passibles.
Aubertin n'a pas osé dire tout ce qu'il pensait louchant les premiers qui se trouvent rapportés par les SS. Pères ; mais il n'a pas fait de difficulté d'attribuer à l'esprit d'erreur ccmx de ces derniers temps, cl de les comparer à ce qui a été rapporté dans S. Iiénée et dans S. Épipliane, de Marc, chef des marcosiens, (pii, par un art magique , faisait que dans le temps qu'où offrait l'Eucharistie, la liqueur (|ui éiail dans le calice s'élevait jusqu'au bord et paraissait de couleur de sang. De cet exemple seul on lire de quoi confondre Aub( rtin cl ses disciples.
Il» ne peuvent pas dire que l'église dans bKjuelle se sont faits les miracles rapportés par S. Cyprien, par S. Giégoire de Nazianze , S. Chrysostôine , S Augustin, S. Prosper cl les antres saints, ne soit la même dans lafiuelle a vécu Moschus, auteur du Limonarium, qui en rapporte plusieurs , et les autres qui ont écrit les Vies des anachorètes , après Palladius cl Tliéodoret. Sur quel principe peut-on donc établir ipie ce qui était un miracle dans les premiers siècles dcvienno une opération du démon dans les suivants, puisqu'on ne peut s'imaginer aucune dislinclion solide enlr(5 ces miracles? Ils tendent tous à imprimer un grand respect pour les saints mystères, parce qu'ils sonl le. corps ei le sang de Jésus-Chiisl, el à confirmer dans la foi ceux qui auraient pu en douter. Ils deviennent inutiles, et même ils ne peuvent avoir lieu partout oà. la présence réelle n'est pas reçue, el il n'en «^sl pas. arrivé un seul dans les églises prciendues rcrorniées. Il fallait donc que du temps de S. Cyprien, de S. Jean Cbrysosîôine, et beaucoup plus lard, on crût autre chose parmi les cinéiicns louchant l'Euchaiisiiq qiia ce que croient les protestants. Il est inutile d'examiner si ces miracles sonl vrais ou fiiiix; puisque la même raison qui les rend croyables sur le lémoig.nag<; dos anciens Pères, les confirme lors(|u'iIs sont ;appirlé^ par les auteurs du moyen-âge, et que les uns. cl les autres sont fondés sur la conformité de la foi, sans hujuellc on ne les peut croire. Car s'il était cer-
i;)i PEurÉTuniî: de la foi
tain que les prciiiicrs cluéiiciis n'oiissciil pas cru «jne (l:iiis l'iiiicliaiislic il y avail autre chose ([ue du pain et du vin. on aurait loui sujet de doulci- de ce que rapi orleiilS. Cyprion, S. Augusliu cl lesaulres, parce (jue leur autorUé ue sulïirail pas pour persuader ce qui aurait élé absoUiuicnt impossible cl iuulile. Il eût élé iuipossible, uon pas scuieuienl selon le cours ordiuiire de la nature, mais scicn l'ordre de la giâ;e et do la sagesse d;: Dieu , qu'il se lui fait des miracles qui pouvaient imluiie Iqs honmies en erreur, en leur faisanl regarder le pain cl le vin de i'Ei;cliari>îie comme ayant en soi-même (juclipie chose de surnaturel cl de divin. Dieu ne lente personne, ci c'élail là une tentation à laquelle la faiblesse humaine n'eût |)u résister; d'autant plus (pie les saints cvé;|ues se .servaient de ces miracles pour augmenter la terreur religieuse que devaient avoir les liilèles eu s'approc!iai;l de la coumiunion. Il eût ctc égaleuient inutile, car il ne faut aucun eUct miraculeux pour persuader que dans ITucharistie il y a du pain cl du vin, cl que ce «pi'oii voil cl ce ([u'ou reçoit n'est rieii davantage ; ni pour prouver que celui qui les reçoit avec foi , comnuuiique et participe spiritueHeuient au corps el au sa!:g de Jésus-Christ : ces miracles ne le iirouvenl point.
Pour ce qui regarde cet imposteur Mare, il est diflicile de compreiidre quel avantage les proteslauls [►euveul tirer de ce (pi'on rapporte de lui. Les auteurs disiiiigiient fort bien ses prestiges des véritables mira les ; mais ou lecuimaîi que pour augmeiiler son crédit parmi ceux de sa secte, il leur voulait faire voir (piel([ue effet miraculeux. C'était donc (jui'l ,ue chose (pii pouvait les toucher; et pour cela il faisait que le calice semblait être plein de sang bwUill.umai.i, el qui le renipli.isail jusqu'aux bords. Ce miracle n'eût servi de rien à l'égard de ceux qui n'auraient pas cru que le sang de Jésus-Christ élail vérilableuient <lans le calice. Cet imposteur voulait donc faire (jaraître aux yeux de ses sectateurs ce que chaque chrétien croyait être dans l'Euchaiiblie, et il ne faut pas chercher d'autre sens.
Neclarius, patriarche de Jéruî-alem, dans son irailé contre la primauté du pape, rapporte (juclques miracles de l'Lucharisiie pour répondre à l'objecliou qu'un leligieux de S- Fraiçois (pii l'engagea à la dispute lui avail faite, qu'il n'y avait plus de miracles parmi les Grecs, ce qui marquait (ju'ils n'étaient pas dans la véritable Église. Le patriarche répoiid qu'il y en a, et il en récite |ilusicurs, entre autres la conservalion uiiraculcuse du pain consacré pour la messe des présauclifiés, i\m étail demeuré sans Se corrompre pendant p.lus de deux cents ans. M. Allix qui a Iraduil cet ouvrage a fait une note sur cet endroit, dans laquelle il prétend (pie les miracles ne serxeiit point à prouver ,1a présence réelle; et il cite à celle occasion une hisioue qui est dans le Linionarium de Moschus , qui la- A-onle qu'un honune ayant mis l'Eucharistie dans une i;;moire, il la trouva changée en épis; il ajoute ce (pii fcilj-.qiporté par S. Gri'g' ire pape, connue étaiiî arri'.é
sous son prédécesseur, qin ayant fait toucher un de ces draps de soie appelés brandea aux reliques des martyrs, avail coupé ce drap avec des ciseaux, el qu'il eu élail sorti du sang.
Il fautexauiincr si cette comparaison fait quelque pré.'udiie à la vérilé de ces miracles; pu:si|ue de quel uie manière qu'ils se fassent, ils S'nl toujours des eflVls surnalurols. Les anciens chrétiens, aussi bien que les catholiijues de ces dcrui(rs lem])s, ont regardé les sacrés dons du p liii el du vin offerts sur les autels connue une matière délerminée, par rinstilution de Jésus-Christ, à devenir par la consécration tout autre chose (juc ce qu'ils élaieut. L'Église n'a jamais varié sm- cette docîriue, ayant toujours cru que c'était le corps el le sang de Jtisus Christ, par consé(]uent quehpie chose de divin. On le croit par h'/oi, quoiqu'on r.c le voie pas; nuiis suivant l'expression fo;t fjéi|ueute des lliéologiens orientaux , de même que les apôtres voijanl Jétns Christ pendant qu'il était sur lu terre, ue voyaient qu'un homme qui n'avait rien extérieurement qui le distinguai (ks autres hommes, et ecpendant ils croyaient fermement qnil.ctaii le Fils de Dieu; ainsi quoique nous ne voyions que du pain et du vin, nous devons croire néanmoins qu'ils sont le corps et le sang de Jésus-Christ. Il fit sur la terre plusieurs miracles, parmi lesquels il n'y en eut qu'un seul qui allait directement à faire connaître sa majesté infinie cachée sous le voile de l'humauilé, et ce fut dans sa transfiguration. Les autres prouvaient bien sa puissar.ce divine, mais non pas sa nalure divine, puisuue Moïse, Élie, Elisée el d'autres |;rophètes, en avaient fait de semblables. Cependant personne ue dira qu'à l'exceplion du miracle de la transfiguration, les autres ne prouvassent pas sa divinilé. On peut donc dire de môme que les apparitioi^s miraculeuses du corps de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, sont le miracle du premier genre pour prouver la présence réelle; mais que les autres ue la prouver»! pas moins solidement, puisqu'ils supposent qu'il y a quelipae chose de surnatuic! et de divin dans t'Eucharistie qui produit ces effets miraculeux; ce qui ne pourrait être s'il n'y avail que du pain et du vin , ou (jne toute la sancliiicalion qu'ils peuvent recevoir, ne fut que dans la conununion et par la foi de ceux qui la reçoivent. Aussi tous ceux qui rapportent ces miracles les attribuent à la sainteté de rEucharistie prise eu elle-même. S. Cyprien jiarlaut du miracle de cette petite fille, qui, ayant élé souillée par les sacrifices, lejcta le sang précieux, dit ces paroles. La Lwissoa sanctifiée dans le sang du Seigneur sortit des sniruHles souillées ; telle est la puissance cl la majesté du Seigneur (1). La boisson élail sanctifiée par le sang du Seigneur : il fui donc reçu par celle i)elile fille, lé.llement el non par la fol , puisqu'elle n'en élail pas capable.
Ces paroles de S. Cyprien ne prouvent pas néau-
(I) Sauciificalus in Domini sanguine potus, de pollulis visccribus C'upit; lania Cbt Dutoslas Domim, lauta majosias.
193 l.IV. II!. CUOYANCK DES ORIENTAUX
moins la Iraiissubstaiilinlion.si on en croll Aubcilin; mais 0)1 ne peut douter qu'elles ne prouvent la présence réelle. Les Anglais n'ont pas cru devoir nous renvoyer à ses comiiicnlaires, comme a fait celui qui a entrepris la dernière édition des Caléclièses de S. Cyrille de Jérusalem. Mais ils ont fait une note encore plus étrange sur le miracle nipporlé ensuite par S. Cyprien , de celui (pii ayant mis rEuclriristie dans une armoire , ne irouva que de la ccndve : Que le pahi eitclinrisliiine soil tvanssubstantié nu corps du Seigneur, cela semble suiprisscr toute créance ; mats c'est quelque chose de plus grand , si c^la peut se faire, et ce que personne ne dira facilcmcut , que le corps du Seigneur ait été cliangê en cendres ( l ). Nous savons cl nous le reconnaissons , comme les Grecs et tous les Orientaux, que le premier changement est naiurcilement incroya ble , parce qu'il ne peut se faire sans un très-grand miracle; mais cela ne nous empêche pas de le croire; et comme tout mimclo est également impossible selon l'ordre de la nature, ils sont tous égalenie:;t faciles à Dit u , dont la puissance n'a poiiit de bornes. C'est doiicparcctte raison que les Grecs et les Orientaux croient les mir.icles de l'Eucharistie , rapportés par les anciens t-t par les auieurs récents ; et ils sont jiersuadés qu'il s'en fait encore. Un protestant ne peut croire ces nùracles, parce qu'il ne cmit pas que la transsubstanlialion soit possible ; celui donc qui les croit , reconnaît non seulement la possibilité de ces miracles , mais il croit !a transsnbstaniiation qui en est le fondement ; et c'est aussi ce que croient les Grecs, aussi bien que les Orienlaux. Ainsi la noie des Anglais ne signifie rien , sinon qu'on ne doit pas ajouter foi à ce que dit S. Cyprien , parce que ce seriiil supposer la transsubstanlialion ; ce qui est un raisonnement très-faux , cl ce qu'on appelle dans les écol(!s pétition de principe. Quand ils ajoutent que le changement du corps du Seigneur en cendres efit encore quelque chose de plus incroyable , ils font dire à S. Cyprien ce qu'il n'a pas dit ; puisque ses paroles signifient seulement que ce chrétien trouva de la cendre au lieu de l'Eucharistie. Il vaudrait mieux ne pas loucher aux écrits des Pères , que de les commenter d'une telle manière , pour Iraiier ces saints doclenrs comme des imbécilles. Mais puisque le sens de celle noie et des commentaires d'Auberiin se réduit à faire considérer ces miracles comme des fables, et ceux Hili ijbnl marqués par des auteurs plus modernes comme des prestiges, les protestants ne devraient pas perdre leur temps ni leurs paroles à essayer de nous persuader que ceux qui regardent de pareilles cxplicalious comme des blasphèmes et des impiétés , qui croient la transsubstanlialion indépendamment des niiiaelf's , cl qui reçoivent les miracles de l'Encharislif! couunc croyibles, parce que, supposant la trans-
(I) Pancin ci:cliaristicum in dominicum corpus transsnbstantiari fideni videlur superare ; scd majus
Siiiddam, si l'ieri potest, quodque ncmo facile dixei il, ominicum corpus in cincres fuisse conversuni. Not. ad Cypr., p. 155, éd. Oxon.
PROUVÉE PAR LEUR DISCiPEliNE. 19i
subslaniiiition , ils ne paraissent pas impo.ss!hieiî aient des sentiments confirmes à ceux {jue leur allribii«s xM. Claude.