‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 94 sur 323 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Que les Grecs et les Orientaux ont toujours regardé nvrg horreur la profanation de l" Eucharistie , cl qu'ils oni eu sur ce sujd les mêmes prccamious que l'Église latine.

Sil y a eu quelque point dans Je cours de la dispute sur la Perpétuité de la foi , où M. Claude ail fait paraître une conliance extraordinaire, c'est en ce qui regardait les suites de l'opinion de la pré>cnce réelle, et ce qu'une pareille doctrine doit produire naturellement dans tout ce qui a rapport à la discijiline. Supposé , dil-il ( première réponse , p. 48o ) , que toute l'Eglise ancienne eût cru ce que rÉglii.e romaine croit aujourd'hui, ce serai! la chose du monde la plus étrange, que cette créance n'eût ]ms produit les mêmes effets quelle a produits depuis Paschase et depuis Lanfranc... Il est certain, dit il ailleurs (v. Perp., t. i, 1. iO, c. 10), que la communion sous une espèce est évidemment un fruit et une suite assez nécessaire de la transsubstantiation. Car il a fallu en venir là pour éviter les inconvénients cil le sang propre et adorable de Jésus-Clirist se trouve exposé si on donne le calice au peuple ; ce qui est une marque qun ces inconvénients n'avaient point de lieu dans l'ancienne Eglise , puisqu'ils ne produisirent pas le même effet qu'ils ont produit depuis ; de sorte que te changement de pratique témoigne le changement de créance dans le fond même. Il applique ce grand principe .à tout ce que l'Église romaine pratique, non seulement dans la célébration des saints mystèies , mais dans la communion , dans la réservation qui s'en fait pour les malades ; en un mot en tout ce qui a rapport au ministère des autels. Ceux qui ont lu avec quelque attention les écrits de M. Claude , savent que jamais il n'affirme rien sur un Ion plus haut , que lorsqu'il n'eu a pas la moindre preuve à fournir; et ici il s'est surpassé lui même. Car après la lecture de ses paroles, tout calviniste prévenu do la capacilé cl de la bonne foi de celui qu'il regardait comme son pasteur, no doutera pas qu'avant Paschase et Lanfranc il no se trouve rien dans tonte l'antiquité qui donne lieu de croire que dans la primitive Église, on eût un plus grand respect pour ce qui avait été consacré et distribué aux fidèles comme le corps et le sang de Jésus- Christ , qu'on en a diuis les asseniblces fjue les proleslanls font pour la célébration de leur cène.

Mais on n'attiibuera pas aux suites de l'opinion nouvelle de Paschase ce qu'on trouve dans Tcrlullien : Nous souffrons avec peine qn''il tombe quelque chose à terre de notre calice et de notre pain (1), On a cité souvent ces paroles de S. Augustin parlant aa peuple comme d'une chose connue : Quel soin ne pre^ nonsnous pas lorsqu'on administre le corps de Jésus-

(1) Calicis aul cîiam panis nosiri aliqnid decasi in

tcrram anxle palimm

Terl. de Ce

to5 PERPÉTUITÉ DE LA FOI

Christ, afin qu'il ne tombe rien de nos mains à terre {\) ! Ce passage a été ciié coinine élaiil de S. Augustin, tiar Gialicii, par Yves de CluiriiTS, cl par les autres canoiiisics. Les rcvcn-nds Pères bciiciliclins ont jugé qu'il p()u\ail être de Ccsarius, et celui-ci clail longtemps avant Pascliase cl Laiifranc. Il ne faut pas s'ctonncr (iii'il ne se Irouve pas beaucoup de passages louchant celle discipline, puisqu'en ces derniers temps niCMie on ne trouverait guère d'occasion de prêcher au peuple qu'il faut recevoir rEucharislie de manière qu'on ne la laisse pas lomiier à lorre. 11 suffit de rccomiaîlre que quand quelque chose de pareil est arrive, les au'eurs les plus anciens en ont parié avec horreur connue d'un sacrilège.

0|ila(, donl l'aulorilé n'est pas moindre que l'ai.tiquilé, parmi les crimes atroces qu'il r«;|irochc aux donalisles, a mis la profanation de l'Eucharistie comme un des plus grande (~2) : Et qmiqxie la chose tons paraisse légère, on commit nn crime horrible. Cmvos évêques, dont nous veu&ns de parler, afin de violer toutes les choses les plus saintes et les plus sacrées, firent jeter l'Eucharistie à des chiens, ce qui ne se pasaa vas sans un signe manifiste du jugement de Dieu. Car ces mêrtKS .chiens allumés de rage, se jetèrent sur leurs maîtres connue sur des inconnus cl des ennemis, et les déchirèrent comme des larrons coupables d'avoir profané le saint corps de Jésus-Christ. Il est impossible d'écrire ou de penser rien de semblable dans les principes des prolesiaiils. Parmi les calonmios d; ni les ariens altatpiaient l'innocence de S. Alhanase, on trouve qu'ils raccusaienl de ce que par son ordre le prêtre Macaire (5) avait troublé un autre prêtre pendant qu'il célébrait les saints mystères, et qu'il avait jeté les sacrements de notre salut. Dans le même endroit on Irouve que les catholiques regardèrent comme un grand sacrilège que (4) Paid, évêque de Constanlinople, faisait mener violennncnt les prêtres mis par la ville, leur ayant pendu au cou le corps consacré de Jésus-Christ, par une profanation publique, ce qu'on itc pouvait dire sans larmes. Il est dit ensuite que (5) Lucius, arien, étant retourné à Andrinople, faisait jeter uu.t chiens le sacrifice fait par de saints prêtres, si on ose rapporter quelque chose de si étrange. Palladiiis

(l)Et ideô <iuanlâ solliciiudineobservamus, qnando iiobis corpus Christi minislralur, ut iiihil ex ip>o de laanibus iioslris in lerram cadat!

{i) El quod vobis levé videliir, facinus immane Tominissum est. L'i oninia sacrosancia supra incmolati veslri cpiscopi violarent, jusseriint Eucharistiam canibus fundi, non sine signo diviiii judicii. Nam iidcm canes acccnsi rabie ijisos dominos suos, quasi lalrcines saucii corporis rcos, dente vindice , lanquàm igiiolos cl inimicos laniaverunl.

(3) Scyrum presbyterum pertui basse, et saiutis iioslra! sacramenlu inojecisse. [Fragm. Hil. , p. 1295, nov. éd.)

(4) Nudi ab ipso ad forum Irahcbanlur presbyteri, et, quod cuni lacrymis luciuqiie dicendum, consecratum Domini corpus ad sacerdolum eoUa suspensuia palàm publiccquc prolanabat.

(5) Pra^tcreaAdriiinopoli Lucius posî rediium suum 8:m rilicium à sanctis cl integris saccrdolibus confeauin. si las est diccrc, caiiibus projicicndum jubebal.

TOUCHANT LEUCllARISTlE. 195

dans la Vie de S. Jean Chrysostôme exagère ic crim'^ des scJdals envoyés contre k'S religieux, de ce qu'ils jetèrent à terre les symboles des mystères; ce que fit aussi à l'égard d'un diacre un ofPicier nommé Lucius : et le saint en parle de la même manière dans sa lettre an pape Innocent 1. De même Victor, dans son histoire de la persécution des Veudales (I) : Dans le temps, dit-il, qu'on distribuait au peuple les sacremc7its de Dieu, ils entrèrent avec une grande fureur, et jetant sur le pavé le corps et le sang de Jésus-Christ, ils le foulèrent de leurs pieds immondes. On trouve dans S. Prosper une histoire rcmaninabie, d'une tille qui, étant possédée du démon, fui guérie après plus de qualre-vingls jours par l'Eucharistie. On la lui donna en une parficule; mais comme elle ne pouvait l'avà- Icr, on lui donna le sai:il calice (2). Le prêtre, ilit-il, lui soutenant donc la tête, de peur qu'elle ne rejetât les choses saillies, un diacre suggéra que le prêtre lui préseitlàt le calice salutaire. Aussitôt qu'on le lui eût npproch'é de la bouche, le diable abandonna par le commandement du Sauveur le lien qu'il avait obsédé, et la fille cria qu'elle avait avalé le sacrement quelle avait dans la bouche.

Tous ces exemples souI, comme chacun sait, plus anciens que Pas( hase de plusieurs siècles; cl cependant ils snp|)osent nécessairement ce que M. Claude nie avec tant de hardiesse. 11 ne s'agit pas de la communion sons une osi'èce, mais des inconvéniemls que ce minisire suppose l'avoir produite. On voit par ce qui est rapporté dans S. Prosper, que dans le temps même qu'on donnait encore le calice aux laï(|ucs, on avait soin de soutenir la têlc de cette jeune fille, de peur qu'elle ne rejetât les choses saintes. On donnait encore le calice du temps d'Optai, de S. Alhanase cl de S. Chrysostôme ; et cependant on regardait comme un sacrilège cl une horrible profanation lorsqu'il était répandu. C'est donc une supposition fausse de dire que raitention à ces inconvénicnis n'a eu lieu que depuis qu'on a retranché aux laïques )a communion sous les deux espèces, puisque cette attention était la même plusieurs siècles au;aravant ; mais puisque, de l'aven des ministres, elle est une suite de la foi de la pi-ésence réelle, il s'ensuit qu'on la croyait du temps d'Oplal, de S. Aiha nase, de S. Augustin et de S. Chrysostôme, puisqu'on craignait tous ces inconvénients.

Ces sortes de témoignages des anciens sur des fail» de noloriéié publique, ne sont pas sujets comme le?

(1) Tempore quo sacramenta Dei populo porrigcbanlur, iniroeunies maximo cnm furore, corpn.» Christi et sanguinem pavimenlo sparserunt, et illud pollutis pedibus calcavcrunl. (Vict.Vilensis,c:\]). 15. p. 17.)

(2) Mann igitur faciem ejus suslenlanlc sacerdole, ne sanctuin projicerct, ii quodam diacono suggeslum est, ul calicem salularem gulluri ejus pontifex applicaret. Quod ut factum est, siatim ul locum illum quem diabolos obséderai Salvaloris imperio rcliqnil, Sacramentum quod ore gcsiabaî, cum laude Redemptoris transgluiiisse puelb clan'avit. ( Prosper. , de Promiss.

197 LIV. m. CROYANCE DES ORIENTAUX

adirés qui ivgarJcnl le dogme h des cxplicalions Torcécs, lelles qu'Anherlin et M. Claude en ont trouvé, pour faire dire aux Pères les choses les jilus éloignées du sens iialurc! de leurs paroles. Il s'agit de faits. Un liislorien catholique qui rapportera dans une histoire un nombre infini de pareils sacrilèges commis dans le commencement de la réforme, en parle de la même manière qu'Optât et S. Chrysoslôme parlent de ceux qui furent commis de leur temps. Un calviniste n'y fera pas d'allenlidn , ou, comme plusieurs ont fait, il louera une pareille action, cl la considérera comme reflet d'un grand zèle pour la pureté de TÉvangile. Dans les guerres civiles d'Angleterre, où les épi^Copaux ont souvent éprouvé de semblables elfels de la fureur des calvinistes, les premiers ont regardé ces .nctions comme des violences indignes des chrétiens, mais jamais comme des sacrilèges. Ou n'en peut allégiicr aucune raison, sinon que c'était du pain et du vin répandu. Donc, puisque les anciens en parlent tout aulrcment, et qu'ils regardent ces profanations comme le comble des sacrilèges, ils pensaient sur lEncharistie tout aulrement que les protestants.

Ils ne peuvent donc rien dire , sinon qu'il ne se trouve rien de prescrit sur ce sujet dans les anciens canons, et que ce n'a été que depuis le temps auquel ils lâchent de fixer leur prétendu changement do doctrine, que celle discipline s'est inlrodaile dans l'Église romaine. Celte objeclion a tons les défauts que peuveiit avoir les raisonncmenls les plus faux et les plus frivoles. Car elle esl fondée sur ce principe, qu'il n'y a eu rien de pratiqué dans l'ancienne église, siiiLMi ce qui s'y trouve marqué dans les canons ; et sur un fait également faux, qui est qu'avant Paschase et Lanfranc, il ne se trouve rien de prescrit sur les précautions nécc^saires pour administrer décemment riMicliaristie. On peut y ajouter un troisième dcfanl, qui esl de suppoicr que nous savons lout ce qui s'est praliqtié dans les siècles éloignés de nous, et que ce qui reste de monuments anciens, comprend tout ce qui s'est jamais observé dans l'Église lonchanl la discipline eucharistique. Enfin (piand ceiie objeclion aurait q'.iclque solidité, elle ne prouverait rien à l'égard des communions séparées plusieurs siècles auparavant de l'Église romaine, aussi bien que de la grecque ; car les Copbles cl les Syriens , tant nestoriens que jacobites ou melchites, n'ont jamais entendu parler de Paschase ni de Lantianc.

Le premier fondement est entièrement faux, puisque le seul témoignage de S. Basile prouve inconlestablemenl (juo l'Église pratiquait plusieurs choses qui même alors n'étaient pas écrites, dont quelqucstmes ont été conservées par les premiers rcfermaleurs qui ont tâché inulilement de les prouver par k'Écrilure sainte. Ils en ont supprimé plusieurs autres, comme le mélange de l'eau dans le calice ; mais on voit qu'il était en usage dès le temps de S. Cypricn, de même que le baptême des enfants, et plusieurs autres points de discipline dont l'Écriture sainte ne nous parle point. Chaque église avait le

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