‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 95 sur 323 · PROUVÉE PAR LEUR DISCIPLINE. I · texte numérisé non relu

PROUVÉE PAR LEUR DISCIPLINE. I

dépôt de la tradition aussi bien que de la Jocirine, et il n'était pas besoin d'écrire dans les premiers temps des règles qui se trouvaient élablics et conservées par la pratique de toutes les églises. Il n'était pns nécessaire qu'au concile de Nicéc, on mil p.ir écrit < i en détail tout ce qui devait être pratiqué de plu; vc-.pecliienx à l'égard de l'Encharisiie, puisqu'on ne Pi pas fait au concile de Trente. Si quelque protestant avançait qirc tout ce qui est prescrit dans les Rituels sur celte m.'tticre, est un ramas d'abus superstitieux que l'Église romaine n'approuve point, parce qu'elle ne lésa jamais autorisés par aucune décision solennelle, chacun comprendrait combien cet argument serait faible et ridicule. Ce serait assez de faire remarquer que la pratique constante de l'Église les établit suflisammenl : et il eu est de même de l'ancienne Église ; on n'y mettait point p.\r écrit ce qni était coimu et |traliqué par tous les cluéliens, et sur (|Uoi il n'y avait aucune dispute. Il aurait été non seulement inutile, mais ridicule (ju'un concile ciU fait des canons pour ordo: n;'r ([u'on honorerait l'Eiicharislie, qu'on ne la jetterait pas à terre ou aux chiens ; de même qu'on n'en a pas fait pour ordonner aux prêtres de ne tuer pas, de ne voler pas, et de ne pas commettre de pareils crimes. 11 suffisait qu'on punîtceux qui en étaient coupables par de rudes pénitences. 11 paraît que les ennemis de S. Athanase avaient un pareil dessein, quaml ils le voulaient accuser de ce qu'un de ses prêtres avait jeté l'Eucharistie. C'était donc déjà une grande profanation, el un crime énorme du temps de ce saint, quoiqu'il ne s'en trouve aticune loi écrite, mais la pratique de toute l'Église élail une loi non écrite, et c'est sur ce fondement que les caiholi(pics sont en droit de prétemlre que l'Église a toujours eiv la même vénération pour les saints mystères ; que cette marque de piéié est une preuve certaine de la doctrine, et qu'il est contre tonte raison de prétendre prouver qu'elle a .souffert quelque changement, puisque la discii)line se trouve la même.

L'autre point n'est pas moins faux , quand on suppose qu'il ne se trouve rien d'écrit touchant la discipline cuclraristiquc avant Paschase. Quaml ce fait serait véritable , il ne prouverait rien , parce que l;i pratique de l'Église en Orient et en Occident est assex clairement connue. Mais nous en pouvons donner des preuves directes et positives, qui détruisent entièrement celles des protestants qui sont toutes négatives. Car on trouve dans plusieurs anciennes collections de' canons, des règles de visite des évoques, des Péniteutiaux, et d'autres semblables pièces qui éclaircissent suffisamment celte matière.

Réginon seul en Huirnit un grand nombre; et comme il n'était pas éloigné du temps de Paschase, qu'il n'a pas établi la discipline qu'il rapporte , mais qu'il !',> tirée d'auteurs pins anciens, son témoignage suflil pour détruire toute la proposition de M. Claude. Le livre de Réginon, intitulé : Ds eccksiasikh disciplhtis, avait été cité par le P. Morin dans son Iraité d* la

jD!) PERPî'TLlTÉ DE LA FOI

pénilcnco; mais il ne fui imprimé qu'en 1G59 à Uolmsiadl, par un prolcslaiit nomme .loacliim llildçi)ran(I, et, depnis, M Baliizc en a dor.né nne édilion Ix'.'iicoisp plus exacte. Il paraît qne M. CUiude n'en a ;.miais ou la moindre connaissance; car il est diflicile (io se porMiader q-.:c , nonobslant sa liatdiesse à af- (Irmer les clioscs les pins fausses, ou qui lui étaient le plus ir.ciinnnes , il ( ûl osé avancer ce que nons nvons rap: oriéen ses propres termes, s'il a: ait su que cet asiîcni était entre les mains de lont le monde.'

Une des premières pièces qui se trouve dans Uéginon, est la forme de renquctc que doit faire Tévèque on visitant une paroisse. Un des points dent il doit s'informer est celui ci : De quel mêlai est le calice cl la palènc; s'il est nel el conservé propreiueut, cl en quel lieu 0)1 le met , u. 7; si te corporal est de fin linge cl très-net, et oii on le serre, n. 9; si le ciboire est toujours sur l'autel avec la sainte ablation , pour le viatique des malades, n. 50; si le prêtre, ce q>rà Dieu ne plaise, ose célébrer l'i messe aprls avoir bu ou mangé, n. Co; si le prêtre, après avoir célébré la messe, prend avec crainte et révérence ce qui reste du corps el du sang de Noire- Seigneur. Dans le livre 1, cliapi(rc GO, il rapporte cetle règle tirée d'un concile de Reims : // faut avoir soin que la table de Jésus Christ, cest-à dire, l'autel , cil est consacré le corps dn Seigneur , 'et oii on boit son sang, soit honoré el tenu en grande véncralion, qu'il soil couvert de linges très-propres , et d'autres ornements précieux avec grand soin, el qu'on ne mette rien dessus, sinon les châsses , avec les reliques des saints , el les quatre Évangiles. Dans le chapitre G7 : Que le calice dn Seigneur el la patène , s'ils ne sont poinl d'or, soient au vwins d'argent. Il c^t ordonné dans le diapilre 08 que le corporal ne demeurera jamais sur l'autel , mais qu'il sera mis dans le livre des sacrements, cesl-à-dire, dans te Missel , ou qu'il sera serré avec le calice ei la patène dans un lieu fort propre ; que quand il sera lavé , ce $era par le prêtre , le diacre ou un sous-diacre , dans l'église , et dans un vase destiné à ce seul usage , parce qu'il a été touché par le corps el le sang du Seigneur. Dans le cliapitie 70, en cilanl le concile de Toins : Il est ordonné que chaque prêtre ou curé aura une boite , ou un vase, digne d'un si grand sacrement, ou le corps du Seigneur sera renfermé avec soin , afin de servir de viatique aux mourants. Et cette sacrée oblntion doit être trempée dans le sang de Jésus -Christ, afin qtie le prêtre puisse véritablement dire au malade : Le corps el le sang de Jésus-Christ, etc. Qu'on y prenne garde toujours quand il sera sur l'autel, pour le préserver des rats , el d'être enlevé par des méchants; qu'on le change de trois en trois jours , c'est-à-dire, que le prêtre cotisume l' Eucharistie qui est dans le ciboire , et qu'on y mette une vai ticule de celle qui aura été consacrée le jour même , de peur qu'étant gardée trop longtemps, elle ne se moisisse, ce qu'à Dieu ne plaise. Dans le chapitre 120 sur l'autorilc du concile de Reims : Nous avons appris que fjuclques prêtres ont si peu d'égard pour les divins mystères , qu'ils donnent le sacré corps du Seigneur à des Uiquci et à des femmes pour le porter aux malades ■ et

TOUCHANT L'KlJClIAniSTlK. Sdft

ainsi on donne le Saint de.% saints à ceux auxquels il t'.<;< défendu d'apvrocher de l'autel, el d'entrer dans le sanctuaire. Chacun peut juger combien cela est horrible et détestable : ainsi le sacré synode défend qu'il se fasse déiormais rien de !.cmblable por une témérité présomptueuse. Voilà quelipies exemples de la discipline de ces icmps-là, long-temps avant Pascliase el Rérengor, et ces temps où les ministres veulent placer le cliangement de la foi sur rEucIiarislie. Il est aisé de reconnaître que celte discipline ne peut convenir qu'avec la créance de la présence réelle; d'autant plus que, comme on a reinarqué , tous ces soins religieux , nu superstitieux , selon les calvinistes , ont été abolis d'abord partout où ils ont été les maîtres.

Mais la preuve est encore plus forte el plus sensible dans ce que le mente auteur, qui a élé suivi par Burcliard, Gra;ien, Yves de Chai Ires, et beaucoup de Pcnilentiftux, rapporte touchant le respect dû à l'Euchiristie, tant pour la recevoir que p:inr punir la profanation, quand même clic serait arrivée par négligence. Dans le eh; pitre 119 , parmi les interrogations que le confesseur doit faire à son pénitent, il marque celleci : Étes-vous coupable de quelque négligence à l'ég ird du sacrifice du Seigneur? Vous ferez cent quarante jours de pénitence. Avez vous communié du sacrifice du Seigneur sans vous abstenir de votre femme cinq ou sept jours auparavant ? Vous ferez vingt jours de pénitence. Ut en un autre endrcrit : Si quelqu'un par intempérance a vomi l'Eucharistie , il fera pénitence quarante jours. Les canonistcs suivants qui l'ont extrait , ou qui ont tiré leurs règles des anciens Pénitcntiaux, rapportent [)lusieiu-s send)Iables pénitences. Ils citent tous comme une décrélale du pape Pie 1 ce qui se trouve dans le Pénilentiol deTliéodore, archevêque de Canlorbéri : Si par négligence on laisse tomber à terre quelque chose du sang de Notre- Seigneur, on léchera l'endroit; el si c'est une table ou planche , on la raclera. De même si c'est à terre , on raclera le lieu , el on mettra du feit dessus ; la cendre sera ramassée et enterrée sous Caulel ; le prêtre fera quarante jours de pénilence. S'il tombe quelque gontle du calice sur l'autel , le prêtre la sucera , el fera pénilence trois jours. Si elle pénètre jusqu'à lu seconde nappe, quatre jours; sijusciu'ù la troisième, neuf jours ; si elle pénètre la quatrième, vingt jotirs. On lavera les nappes trois fois, et l'eau sera versée dessous l'axitel. Dans le même Pénitentitsl de Thé-uloro , il est ordonné que celui qui aura vomi l'Eucharistie, lorsqu'elle sera ensuite consumée par leschicns, fera pénitence pendant un an ; elle est modérée à quarante jours , si le second accident n'est pas arrivé. La pénitence est aussi mitigée, si le vomissement n'est survenu que le so;r ou le lendemain ;chap. 49. Dans le suivant, Durchaid cite un canon du concile d'Orléans, [lar Icjuel il c-^' ordonné que tout sacrifice qui se trouvera enlièremcnt gc'iié , sera brûlé , el la cendre enterrée près de l'autel chapitre 51 : Si quelqu'un n'a pas conservé son sacrifice, c'est-à-dire, la particule de rEucbarislie, of-'t soin, el qu'elle ail élé mangée par un rat, ou par quelque autre animal, il fera pénilence quarante jours. Celui qui

LIV. m. CnOYANCE DES ORIENTAUX PROIIM^.E PAU LEUR DISCIPLINE.

taura perdue dans l'église, ou qui en aura laissé tomber vne partie, qu'il ne pourra retrouver , fera pénitence durant vingt jours. Celui qui répand quelque chose du calice fera six ou sept jours de pénitence ; et celui qui répand le calice pendant la célébration de la messe, quarante jours. Celui par ta négligence duquel il est arrivé que fEucharistie ait été corrompue et mangée par les vers, jeûnera trois quarantaines au pain et à l'eau. Si on la trouve , cl qu'elle soit mangée de vers , il la faut brûler et mettre la cendre sous l'autel; celui qui y manquera sera soumis à une pénitence de quatre jours. Si elle a perdu sa couleur, la pénitence sera de vingt jours. Dans le chapitre 52 : Si l'Eucharistie tombe des mains du célébrant, et qu'on ne ta trouve pas, il faut brûler ce qui se trouvera sur te lieu oii elle sera tombée, el le prêtre fera pénitence durant six mois; si on trouve l'Eucharistie, on balayera l'endroit, sur lequel ensuite on brûlera de la paille; la cendre sera mise sous l'autel , et le prêtre fera pénitence durant vingt jours.

Les mêmes pénitences sont prescrites par Egbert , archevê [lie d'York, par Bède, par Halitgarius, évêqiie de Cambrai, el par d'autres que rapporle le P. Morin, qui prescrivent les mêmes peines à Pégard de ceux par la négligence desquels rEucharistic tombe à terre, ou est profanée ; les mêmes soins pour ce qui reste des particules sacrées; en un mot, tout ce qui suit nécessairement de la créance de la présence réelle , et qui ne peut avoir lieu où elle n'est point reçue. Les auteurs qui rapportent sommairement cette discipline, la trouvèrent établie longtemps avant eux , et Théodore, Egbert et Bède sont plus anciens de beaucoup que le changement supposé par les ministres. La collection de Réginon n'était pas imprimée quand Aubertiii fit son ouvrage; mais Durchard, Yves de Chartres et les autres canonistes , étaient entre les mains de tout le monde, el on y trouve la plus grande partie des citations de Réginon. Il était donc de la bonne foi de les examiner, avant que d'établir comme un fait certain qu'il ne se trouvait rien avant Paschase el Lanfranc qui eût rapport à ces inconvénients que l'opinion de la présence réelle peut seule faire craindre. On sait assez que M. Claude n'était pas capable de cet examen , croyant qu'd n'y avait rie:i qu'Aubcrlin eût ignoré en cette matière, et d'autres ont la même confiance sur la capacité et la bonne foi du dernier. Chacun en peut juger par les extraits qui ont été rapportés, et ceux que nous rapporterons dans la suite.

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