LIV. III. CROYANCE DES ORIENTAUX TROUVÉE PAR LEUR DISCIPLINE
ta porter sur soi, ni pour ta j:ler dans leurs maisons, ou la répandre dans ks champs, ou pour la pendre au cou de leurs bestiaux. On a nipporté ci-devain que de la poussière qui avait éic raclée du lieu où par hasard rEiicIiaristie clail loinbéc, on faisait des pâtes qui étaient données aox chrétiens comme des i-cliques précieuses.
Plusieurs théologiens ont déjà remarqué qu'il n'y avait guère de nouveautés parmi toutes celles que la réformation a introduites, qui eût plus scandalisé ceux qui avaient quelque respect pour l'antiquité, que le retranchement du viatique aux moribonds. On ne peut nier qu'il n'ait été en usage dans la primitive Église, après tant d'exemples que l'Ilisloire ecclé.-«iaslique en fournit, et surtout parce que le concile de Nicée. reçu par tous les protestants, ordonne dans le canon 13 qu'à l'égard de ceux qui se trouvent à l'extrémité de leur vie^ on obscrvei'a la loi ancienne et canonitjue, qui est qu'aucun moribond ne sera privé du viatique dernier et 1res -nécessaire. Ce canon se trouve dans toutes les collcclions orienlales, et il a toujours été pratiqué avec exactitude dans les différentes communions. 11 fallait que les prolestants retranchassent cet usage, car il suffisait à renverser tous leurs systèmes sur l'Eucliaristie; puisque si elle ne contient le corps de Jésus-Christ, selon ceux mêmes qui croient la réalité comme les luthériens, que lorsqu'on reçoit les signes du pain et du vin, et que hors de la participation ils ne sont que ce qu'ils paraissent, il est incontestable qu'on ne portait aux moribonds que du pain et du vin. On ne peut douter néanmoins que dans l'ancienne Église, encore pure et sans tache, suivant l'aveu des réformateurs, on ne gardât quelque partie de l'oblalion (jui avait été consacrée, et qu'on ne l'envoyât aux malades. L'Église croyait donc alors que ce qui avait été une fois consacré au corps et au sang de Jésus- Christ ne cessait pas après la communion achevée d'être le corps et le sang de Jésus-Christ, et ([ue les malades auxquels on le portail dans leurs maisons le recevaient aussi véritablement que ceux qui avaient communié publiquement de la main des prêtres. «)n ne trouve pas que jamais il y ait eu rien d'ordonné pour communier un moribond, en célébrant la Liturgie exprès dans une maison particulière, comme on le voit établi dans l'église anglicane, par une innovation qui n'est appuyée d'aucun canon, ni d'aucun exemple de l'antiquité ; et la raison sur laquelle est fondée celte pratique était également inconnue aux anciens, comme elle l'est encore à toutes les communions d'Orient. Car, comme dit Mélélius Piga (int. opusc. Gr., p. 105), ce qui a été [ait le corps de Jésus- Christ ne peut pas cesser de félre.
Les Grecs observent la discipline ancienne pour la communion des malades ; ils réservent des particules du pain consacré, imbibé du sang, et séchées ensuite, afin qu'elles se conservent plus longtemps ; ils les mettent dans des boîtes destinées à cet usage, qui sont ordinairement attachées ou suspendues à quelque colonne du sanctuaire c* le concile de Jérusalem a ré-
futé bien nettemcnl les conséquences qu'en avait tirées le ministre Claude. On n'avait pas parlé dans la Perpétuité de ce qui était observé sur ce sujet par les Orientaux, et cela venait de ce qu'on manquait de livres qui pussent en donner connaissance. Voici ce qui a été trouvé depuis.
Dans les réponses canoniques tirées de la doctrine des Pères, il yen a une attribuée à S. Athnnase, par laquelle il est défendu de porter l'Eucharistie hors de l'église, sinon à un malade, ou à une autre personne, qui par quelque empêchement indispensable, ne pourrait y venir. Ces paroles sont l'abrégé d'un canon plus ample, qui est le trente-sixième de ceux qu'on attribue à S. Alhanase : Aucun prêtre ne portera hors de l'église les saints mystères, ni dans les rues, si ce n'est pour un malade qui se trouvera en grand péril de mort ; et lorsqu'on tes portera ainsi, on ne donnera la communion à personne, sinon au malade. Jacques d'Édesse, dont les paroles sont rapportées dans le Nomocan(tn, décide ainsi : // ne faut pas donner de particules de l' Eucharistie à toute personne qui en demandera pour porter dans sa maison, à moins que ce ne soit un malade; et alors les ecclésiastiques la porteront. Que s'il ne s'en trouvait pas dans le lieu, on pourra se servir de laïques, gens de bien, et même d'une femme, par les mains desquels on enverra au malade les mystères enveloppés dans un morceau de toile de colon très- fine et très-blanche, ou dans du papier qu'on brûlera ensuite, ou dans une feuille de vigne, ou dans du pain qu'on mangera. Si le malade était fort loin, et qu'il fallût que le prêtre qui lui porte l'Eucharistie montât à cheval pour s'y rendre, il portera le Saint-Sacrement sur ses épaides, et ne te mettra pas sur sa monture enveloppé dans une valise. Le malade recevra la communion dans sa bouche ; et il pourra, s'il veut, prendre la particule dans sa main, et la porter lui-même à sa bouche. S'il n'est pas en état de le faire, celui qui porte lu sainte communion la lui donnera.
Celle même discipline est autorisée par une constitution do Jean de Talala. L'Eucharistie, dit-il, sera portée à un malade dans un morceau de toile ou de papier qu'on brûlera ensuite, ou dans une corbeille qui sera rapportée à i'au'el ; et dans un péril pressant, elle pourra lui être envoyée par un homme séculier, et même par une femme. Ceux qui feront de plus grandes recherches dans les livres orientaux que nous n'avons pas vus pourront trouver d'autres témoignages de la même discipline, quoique ceux-ci puissent suffire; car la communion ne se porte pas aussi fréquemment aux malades dans l'église orientale que parmi nous, quoique la règle du concile de Nicée, de ne laisser mourir personne sans viatique, y soil religieusement observée. Mais c'est qu'ordinairement les chrétiens orientaiix, {|uand ils sont malades, n'attendent pas l'extrémité pour avoir recours aux sacrements. Dans le premier relâche que leur donne la maladie, ils se font porter à l'église, don célèbre pour eux la bénédiction de la sainte lampe, qui répond à rcxlrème-onctiou ; on y cclcbrc la Liturgie, cl le rnaîide y reçoit la sainte
fommunion. Ainsi ce n'est Que dans des maux violenls cl subils qu'on porte rEucharIslie dans les maisons, et la décence qui est prescrite dans les témoignages que l'on vient de voir marque suffisamment qu'ils croient tout autre chose de l'Eucharistie que ceux qui l'ont rclrancliée aux mourants.
La communion des enfants que les Orientaux observent pareillement à l'exemple de l'ancienne Église, n'est pas un moindre arf^ument de leur créance sur la présence réelle. Car si c'est la foi seule qui fait que réellement on reçoit le corps de Notre-Seigneur Jésus- Clirist dans l'Eucharistie, les enfants ne sont pas capables d'en faire aucun acte, et par conséquent ils ne recevraient que du pain, selon les principes des protestants; an lieu que les anciens Pères ont cru qu'ils recevaient véritablement le corps de Jésus-Christ, ce que lo miracle rapporté par S. Cyprien confirme trèsclairement. Car les choses saintes qui ne purent demeurer dans le corps de celle fille souillée par l'idolâtrie, élaienl saintes indépendamment de la foi, puisqu'elles opérèrent un effet si surprenant. Il n'est pas question de justifier celte discipline orientale, que la pratique des premiers siècles et le concile de Trente (sess. 21, c. 4) mettent à couvert de toute censure. L'usage de tout l'Orient est donc de donner aux enlanls l'Eucharistie en même temps que le baptême, pour lequel on célèbre une Liturgie de même qu'en tous les autres sacrements. Ainsi il n'y a rien de particulier pour cette première communion des enfants, à qui elle est donnée en la manière ordinaire comme : aux laïques. Voici ce que le patriarche Gabriel prescrit dans son Rituel, sur ce qui pourrait survenir par rapport à celte cérémonie : Pour ce qui regarde, dit-il, la communion des enfants, on donnera le pain eucharistique à celui qui pourra ravaler. Voici comme on la donnera êculement à celui qui pleure et se tourmente : le prêtre trempera le bout de son doigt indice dans le sang précieux, et touchera ensuite le saint corps ; puis il mettra le doigt dans la bouche de l'enfant, auquel on fera boire aussitôt l'eau de l'ablution.
II n'est pas moins remarquable que le même patriarche, cl plusieurs constitutions ou canons, ordonnent que V enfant sera à jeun lorsqji'il recevra l'Eucharistie. Le patriarche Chrislodulc, dans celles qu'il fil l'an des Martyrs 764, de Jésus-Christ 10-i8 : Lorsque Venfant sera baptisé, il sera à jeun, s'il est possible, jusqu'à ce qu'il ait reçu la sainte communion, et on ne la lui peut donner si ce jour-là il a télé. Enfin dans les Onons péniientiaux que nous avons cités, n. 34, il est marqué que si quelque enfant a communié n'étant pas à jeun, sa mère jeûnera quarante jours. 1 C'est aussi sur ce même principe de respect pour l'Eucharistie que les églises orientales prescrivent de recevoir la communion à jeun. Sévère, évèqne d'Aschmonin, dans le traité sur la dignité du jeûne, (lit ces paroles : Le corps de Jésus-Christ ne doit être mangé qu'avec Camertume de la bouche qui est produite par le jeûne et par l'abstinence de pain et d'eau ; en lorte que la langue soit sainte, cl que ce jour là il ne $oit
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rien entré dans la bouche avant le corps de Jésu "-Christ; car il n*tj doit être rien entré auparavant. Ce sont les propres termes de S. Augustin.
Dans la Collection de canons d'Ebnassal, chap. 13, et dans ccîjx qu'on appelle les seconds préceptes des apôtres : Toute personne qui voudra participer aux saints mystères, s'en approchera à jeun , c'est-à-dire, comme il est expliqué dans les questions et réponses : Il n'aura rien bu ni mangé depuis le soleil couché du jour qui précède la communion. Cela est aussi marqué dans le traité appelé : Canon pour la communion. On en excepte le cas de maladie très-pressante, suivant une constitution du patriarche Timolhée, rapportée dans le Nomocanon ; et la même discipline est expliquée dans le traité de Barsalibi sur le jeudi-saint, chap. 27, dans le commentaire sur l'Harmonie évangéiique, et par un grand noii.bre d'aulres auteurs; outre que la pratique est constante et connue de tous ceux qui ont voyagé dans le Levant. Il nous reste à faire quelques réflexions sur ce qui a élé rapporté jusqu'ici touchant la discipline des Orientaux, en tout ce qui concerne le respect qu'ils rendent à l'Eucha-. ristie, et toutes les précautions qu'ils prennent pour en éviter la profanation, cl pour la punir par de rudes pénitences.
Les prolestants, et M. Claude autant qu'aucun autre, conviennent que toutes ces pratiques religieuses naissent de l'opinion de la présence réelle, sans laquelle il est impossible qu'elles aient lieu, et ils en ont fourni des preuves, puisque d'abord ils les ont toutes abolies. II s'ensuit donc, par une conséquence certaine et incontestable, que ceux parmi lesquels une sen)blable disci|)line est établie croienl la présence réelle. M.Claude, par une logique qui lui est louie particulière, au lieu de commencer par l'cclnircii-s ment des faits de cette nature, a prétendu les prouver par des propositions antécédentes, comme est celle ci. J'ai montré que les Grecs ne croient point la présence réelle ; donc ils n'ont pas la discipline qui est une suite nécessaire de la présence réelle. El il croit même en trop faire, que de citer irois ou quatre témoignages d'auteurs très-méprisables , qui ne disent rien , sinon que les Grecs n'ont pas beaucoup de respect pour l'Eucbaristic ; car pour les Orientaux , il n'en dit pas un seu^ mot. Mais comment a t-il prouvé celle première proposition ? Chacun sait que ce n'a éié qu'en adoptant les interprétations des passages les plus clairs cl les moins équivoques qu'il a recueillies d'Aubcrlin, el qui sont telles, qu'elles n'étaient jamais venues en 1 esprit de personne avant que ce ministre les eiJt inventées; qu'elles ne sont pas moins contredites par les prolestants de la confession d'Augsbourg que p.ir les catholiques, et que ceux-ci les ont renversées par sîes raisons qui , en bonne dispute, sont pour le moins aussi solides que celles dont M. Claude a voulu soutenir celles de son maître. Mais quand il aurait prouva que les anciens eussent couvert sous des paroles qui avaient paru très intelligibles pendant quinze cents ans, d;s sens qui en paraissent si éloignés, ce qu'on