‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 123 sur 335 · rniirÉTUiTÉ de r-A foi · texte numérisé non relu

rniirÉTUiTÉ de r-A foi

«îniis les p:\roIcs cl dans les ccrômoiiies de l'Église

Jatiiie.

El avec loiit cela néanmoins il n'est point arrivé diiruilce siècle, ni que les Grecs se soient scandalisés de la doctrine des Latins sur la présence réelle et la iranssubstantiation , ni que les Lalir.s se soient scandalisés de celle des Grecs sur ces mômes dogmes. Ils ont cru être d'accord sur ces points , puisqu'ils n'en ont point disputé entre eux. Ils l'étaient donc en eiTet , la corséquence est nécessaire ; car s'ils ne l'eussent pas été, il est impossible qu'ils ne l'eussent découvert.

La chose est si claire , qu'elle n'a iras besoin de preuves. On peut ajouter néanmoins , pour l'aire voir combien cette ignorance est impossible, que la Grèce était alors remplie de dominicains et de frères mineurs , c'est-à-dire d'inquisiteurs, qui avaient souvent (;iil cet office en France et en Allemagne, qui s'étaient signalés par les supplices d'un grand nombre d'hérétiques, qui mettaient une partie de leur adresse à les découvrir, et une partie de leur piété à les punir avec une rigueur extraordinaire.

Ces inquisiteurs étaient les maîtres des Grecs en beaucoup de lieux : ils étaient chargés par le p;>p« de conférer avec eux , et d'examiner leur doctrine. ('.omment serait-il donc possible . qu'une erreur aussi odieuse à l'Église romaine, qu'était alors celle des sacramcnlaires , leur eût entièrement échappé , et qu'ils n'eussent pas reconnu que les Grecs étaient dtins le sentiment de ceux qti'ils regardaient comme les plus dangereux des hérétiques de l'Occident?

Est-ce que les papes toléraient dans les Grecs ce qu'ils punissaient par le feu partout ailleurs? Mais ( 'est bien mal connaître l'esprit des papes de ce tempslà que de leur attribuer cette tolérance; car jamais ils ne furent plus exacts à ne souffrir rien qui s'éloignât i:uit soit peu de la doctrine de l'Église romaine.

Les Grecs ont demandé aux Latins en ce siècle , (ju'on leur permît de croire ce qu'ils voudraient sur l;> procession du S. Esprit; et c'est un des moyens d'accord que les députés de l'empereur Andronic-le- .ieune proposèrent au pape Benoît XII, selon qu'il est dit dans un mémorial inséré par Raynaldns dans son Histoire, et rapporté par Allalius. Mais les papes n'ont jamais voulu accepter celte condition. Ils étaient donc bien éloignés de permettre aux Grecs de tenir ce qu'ils voudraient sur la doctrine de la présence réelle.

On ne peut pas dire non piUS quTis ne s'infor niaient pas des opinions particulières des Grecs. €ar, outre que la doctrine contraire à la présence réelle n'est pas un point dont on puisse ne se pas informer, et que, quand on n'aurait aucun dessein de s'en en- (piérir, elle se ferait assez paraître d'elle-même, il est faux de plus que les Latins ne prissent poinl d'intérêt dans les opinions particulières des Grecs , et qu'ils n'eussent pas soin de s'en enquérir ; et l'on voit une preuve assez considérable du contraire d;'.ns un re t.-ueil d'auteurs grecs traduits par Arcudias.

Un de ces écrits contient le ré( it d'une conférence que Paul , patriarche latin de Constanlinople , eut avec Jean Cantacuzène, qui, d'usurpateur de l'em pire, ayant été réduit à se faire religieux de S. Basile, devint ensuite fort considérable dans l'église d'O rient. Le sujet de cette conférence était de savoir comment les attributs divins étaient distingués en Dieu. Jean Cantacuzène, que l'on avait accusé d'avoir de mauvais sentiments sur ce point , parut alors orthodoxe à ce patriarche. Mais lui ayant semblé depuis qu'il admettait dans quelques écrits une trop grande distinction , il protesta qu'il enverrait ses écrits au pape pour les faire condamner, tant ils avaient soin en ce temps-là de ne souffi ir aucune erreur nouvelle dans les Grecs.

Il explique encore dans le même écrit une autre erreur du même Cantacuzène, touchant là luniière qui parut sur la montagne du Thabor dans la transfiguration ; Cantacuzène suivant en cela .les rêveries d'un certain religieux nommé Palamas , qui soutenait que la lumière qui parut alors était la lumière incréée de Dieu même.

Tout cola fait voir manifestement que les Latins s'intéressaient dans toutes les erreurs particulières des Grecs ; et qu'ainsi ils n'auraient pas manqué de les pousser sur la transsubstantiation , aussi bien que sur les autres, s'ils les avaient cnis engagés dans une erreur qu'ils punissaient si sévèrement dans l'Occident.

On ne doit pas croire non plus que les Grecs eussent épargné les Latins sur cet article, s'ils n'eussent pas eu la même foi qu'eux. Leur opiniâtreté à soutenir leur opinion sur la procession du S. -Esprit, en un temps où toutes sortes de raisons les obligeaient de s'accorder avec les Latins pour se prévaloir de leurs armes contre les Turcs, fait assez voir qu'ils n'étaient pas capables de dissimuler leur sentiment sur un point aussi important que celui-là. On lesvoiten ce tempslà divisés entre eux sur des questions spéculatives. Barlaam accusa Palamas et d'autres religieux sur cer. taines spiritualités : Palamas soutint son opinion; Acindinus écrivit contre l'un et l'autre ; l'empereur y prit parti ; mais on ne les voit jamais brouillés ni entre eux ni avec les Latins siu" la transsubstantiation.

M. Claude osera-til nous dire qu'ils n'en avaient point ouï parler en ce siècle-là ? Mais comment atiraieiit-ils pu ignorer une doctrine qui icur avait été si solennellement proposée , et qu'ils avaient euxmêmes signée? Avaient-ils oublié tout ce qui s'était fait sous Yeccus , et personne n'avait-il g£.rdé copit de cette profession de foi contenant la transsubslan tiation , qui fui approuvée de son temps? On voit assez que c'esl une extravagance de le dire : mais celle extravagance même serait inutile à M. Claude; car celle même profession de foi, dressée par Clément IV, contenant en termes formels la transsubstantiation, et signée par Michel Paléologue et par les évèques grecs , fut encore proposée aux Grecs en plusieurs occasions dans le quatorzième siècle.

Le pape Nieolas IV l'avait proposée aux Biilgaros,

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scliismaliques grecs, à la lin du treizième siècle, le roi de Bulgarie ayant témoigne quelque inclination de se réunir à l'Église romaine.

Le roi de Rascie, qui suivait aussi le schisme des Grecs, ayant fait paraître quelque dessein de se convenir, le pape Clément V lui envoya, Tan 1508, la même profession de foi contenant la transsubstantiation.

L'an 1525, Orosius, roi de Servie, engagé avec son

de Clément IV; et Urbain V en fit une bulle expresse rapportée par Raynaldus, an. 1370, n. 4 : de sorte qu'elle était à peu près aussi connue des Grecs que l.i profession du concile de Trente, que l'on fait jurer à ceux qui renoncent à l'hérésie de Calvin, le peut êlro à messieurs de la religion prétendue réformée.

Ne pouvant donc l'ignorer, ne pouvant manquer d*y faire réflexion, il fallait par nécessité qu'ils eussent un sentiment formel et distinct sur cette doctrine, et

royaume dans le schisme des Grecs, écrivit au pape les suites nous doivent faire voir quel il était.

qu u voulait se réunir avec l'Église romaine et embrasser sa doctrine sur la Trinité. Ce qui fait voir que tout le différend des Grecs avec les Latins ne regardait que la procession du S. -Esprit, qui était cette doctrine de la Trinité que le roi de Servie voulait marquer ; et aussitôt Jean XXII, après l'avoir congratulé d'un dessein si louable, lui envoya la même profession de foi, où la transsubstantiation était exprimée à cause de la question des azymes.

Il la donna de niême aux légats qu'il envoya l'année d'après en Lithuanie, pour la faire signer au duc de Liihuanie et à ses peuples.

Jean Paléologue ayant renouvelé le projet de l'union de l'église grecque avec la latine e n I3C6, le pape Urbain V ne manqua pas aussi de lui proposer la même formule de foi, et de lui en demander la signature. Le môme pape avertit le roi de Hongrie qu'il avait envoyé cette formule aux Grecs, et le pria d'employer son crédit pour les porter à l'embrasser sincèrement.

L'année d'après il exhorta les trois patriarches de Constanlinople, d'Alexandrie et de Jérusalem, d'accompagner l'empereur dans le voyage qu'il devait faire à Rome pour établir l'union. Ce qui marque qu'il pré tendait que cette affaire se traitât de concert avec eux ; et qu'ainsi cette profession de foi était aussi bien pour eux que pour l'empereur.

Enfin, s'il est besoin de montrer que celte formule n'a pas seulement été proposée aux Grecs dans ce siècle-là, mais qu'elle y a été encore signée, acceptée, approuvée, il n'y a qu'à rapporter la (in de ce traité, qui fut que l'empereur Jean Paléologue fit lui-même le voyage de Rome l'an 1569, et qu'ayant renoncé au schisme, il y reçut et jura lormellement une profession de foi qui contenait en termes formels ces paroles : Sacramentum Eucliaristiœ ex (tzymo sacrificat Ecclesia Romana pnedicla, tenens et docens qu'od in ipso Sacrainenlo panis verè transmutatur in corpus, et vinum ipj SANGuiNEM Domitii nosiri Jesu Clirisii. Les autres lisent transsubstanliatiir, comme le remarque Raynaldus, qui a fait imprimer cet acte en Latin. Mais Allatins, qui en donne l'original même, fait voir que ces paroles, transmulalur et transsubslanliaiin; sont absolument synonymes, puisqu'elles ont été substituées par les interprètes à ces paroles Grecques : i-j «Otw tû

Tous ceux qui se convertissaient d'entre les Grecs élaienl de même obligés de signer la profession de foi

S'ils l'avaient désapprouvée, ils en auraient fait ui'. point capital de leur différend avec les Latins, et ils auraient témoigné que leur répugnance à l'union, venait en partie de ce qu'ils ne la pouvaient recevoir. S'ils l'ont approuvée au contraire, ils n'ont point drt la marquer entre les sujets de leurs différends, et ils ont dû témoigner qu'ils étaient prêts à s'unir, pourvu que l'on convînt sur les autres points.

Il ne faut donc, pour s'en assurer, que consulter les traités et les projets d'accord faits en ce temps-là, cf les écrits de contestation entre les Grecs et les Latins, pour voir de quelle manière ils parlent des sujets de contestation qui étaient entre les deux églises. En voici quelques exemples.

Dans le mémoire rapporté par Allatius et par Raynaldus, de ce que les légats de l'empercui Andronicle-Jeuite Irailcrentavcc le pape Benoît XII à Avignon, il est marqué clairement que le sujet de la division était l'article de la procession du S.-Esprit. Ce fut pour cet article que les ambassadeurs proposèrent que Ton tînt un concile œcuménique. Ils ne mettent la difficulté de l'accord qu'en ce point. Ils ne connaissaient donc ftoint de différend sur la transsubstantiation.

Mais on ne peut rien désirer de plus formel cl de plus décisif sur ce sujet que le léinoignage de Barlaam, qui, ayant été auparavant engagé dans le schisme des Grecs, et l'ayant ensuite abandonné, fut fait par le pape évêque de Gioraci en Italie, et combattit les schismatiques avec autant d'ardeur qu'il les avait défendus auparavant. Voilà le témoin du monde le plus instruit du sujet de cette contestation, puisqu'il avait été dans l'une et dans l'autre communion, et qu'il a écrit pour l'une et pour l'autre. Il faisait profession do la doctrine de la transsubstantiation, étant évêqne de la communion romaine, et il était très informé de l'opinion des Grecs sur ce point, puisqu'il avait vécu si longtemps dans leur comnmnion, el qu'il avait tant écrit pour eux.

Voyons donc en quoi il fera consister le différend qui était entre les Grecs et les Latins.

Les Grecs, dit-il, font deux reproches aux Latins, pour lesquels ils croient se devoir diviser d^eux. L'un, qui est le principal, de ce qu'ils disent que le S. -Esprit procède du Père et du Fils. L'autre, quits célèbrent r hostie sacrée avec du pain azyme (1),

(1) Cet écrit de Barlaam est imprimé dans Raynaldus sur un manuscrit de la bibliothèque Vaticane, un. J541 n. 121. Hsec gens propter duo, ut iia dicaïur, Laiinos aciusans, .TStimat oporlere ab eis se dividi, Unum, et

l'E.iPÉTLiTÊ DK LA FOI TOUCHANT L'EUCHARÏSTÎ!^.

idi

Us ne leur reprnoliiùeni donc point la docUine de lu iranssubslaiilimion , et ils ne se divisaient point d'eux pour ce sujet. Cependant ils la connaissaient et ne la pouvaient ignorer. Donc ils la tenaient euxmêmes : car il n'y a que ceux qui sont persuadés de cette doctrine qui soient capables de la souffrir dans Jcs autres.

Tous les aulres auteurs grecs de ce temps-là , soit qu'ils aient écrit pour les Grecs, soit qu'ils aient souleim la doctrine des Latins , fournissent la même preuve , et la mettent dans une force invinci!ilc. Car il n'y a rien de moins vraisemblable que de supposer qu'une muliitude d'écrivains, animés les uns cojitre les autres par toutes les raisons qui aigrissent les esprits, cbcrcbant à se faire tous les reproches qui pouvaient être colorés par quelque apparence , aient, tous oublié de se faire réciproquement le plus sensible, le plus plausible et le plus important de tous; tel qu'eût été celui que la transsubstantiation eût fourni aux uns et aux autres , s'ils n'eussent pas été d'accord sur celte doctrine.

Ces écrivains ne sont pas en petit nombre. 11 y a plusieurs de leurs ouvrages imprimés, et les autres se trouvent manuscrits dans plusieurs bibliothèques. Pour aider à M. Claude à s'en informer, j'en ferai ici un petit catalogue. Maximus Planudcs , religieux grec , et fort aimé de l'empereur Andronic-le-\ieil , a fait quelques écrits sur la procession du S.-Espritdu Fils , auxquels Bessarion a répondu. L'empereur Manuel , fils de Jean Paléologue , écrivit lui-même un ouvrage contre les Latins, contenant 157 chapitres. Nilus Cabasilas, archevêque de Thessalonique, a fait 49 livres contre les Latins sur la procession du S.- Esprit, qui ont été traduits par lilyricus. Saumaise a l'ait imprimer deux aulres traités du même auteur : l'un de la primauté du pape , si souvent cité et réfuté par Bellaruiiii ; l'autre des causes de la division. 11 y a dans la bibliothèque du roi un traité d'iui religieux grec de ce siècle- là , nommé Nilus Damila , touchant la procession du S. -Esprit. Macarius Macro, grand ami de Thislorien Pliranza , a fait un livre de la procession du S.-Esprit. Démétrius Cbrysoloras a composé divers ouvrages dont AUatius rapporle les titres, qui marquent assez qu'il ne s'y agissait que do la procession du S.-Espril, sur laquelle il soutient l'opinion des Grecs. Joseph Drienne, religieux qui vivait sous Manuel , a fait divers discours sur la procession du S.-Esprit. Macarius métropolitain d'Ancyre; Nicolas Sclengia; Michel Glicas; Lazarus Nalhanacl ; Chumnus ; Joseph , religieux de Phiiagre ; Macarius et Jem, patriarche de Jérusalem; Andronic de Sebaste; Nycèle de Bysance; Maxime; Matthieu; Pacôme ; Théophane, religieux prêtres, ont écrit en cesièclc-là, ou au commencement de l'autre , de la procession du S.-Esprit. Glicas ; Jean , patriarche de Jérusalem ; Jean , méiropolilain de Claudie: Jean , métropolitain

principalius, qiiôd aitint Spiiilum saucluin ex l'aire

tilioqni'pioccdere.Sccunduin.qiiôdperazymos panes sacralisshnam celehr^nl hosiiam.

do Moscovie , ont parlé des azymes dans leurs écrits, ou en ont lait des traités exprès. L'opinion de l'Éghse romaine sur la procession du S.-Esprit et sur les azymes, a eu aussi des défenseurs même entre les Grecs : car Manuel Calecas composa quatre livres contre le» Grecs, qui ont été traduits par Ambroise camaldule, et imprimés à Ingoîstad en 1608. Démétrius Sidonius, bysanlin , écrivit pour S. Thomas contre Cabasilas, et traduisit en grec l'ouvrage de S. Anselme de la procession du S.-Esprit. Il a fait aussi un traité : De Fermenta et Azymo.

On peut voir par ce dénombrement que ce siècle n'a pas manqué d'écrivains ; mais on peut voir en même temps par ces écrivains qu'il n'y avait aucune contestation sur le sujet de la transsubstantiation. Ni les Grecs ni les Latins n'en ont fait le sujet de leurs traités et de leurs disputes. Les Grecs n'attaquent point les Latins sur ce point , el les Latins ne s'en défendent point : et ce silence de part et d'autre n'a pas moins de force que s'ils avaient tous signé la transsubstantiation , el qu'ils l'eussent formellemenj enseignée dans chaque page de leurs écrits : car ne pouvant être attribué à l'ignorance de cette doctrine^ qui était alors dans son plus grand éclat, il ne peut avoir d'autre cause que la créance uniforme que tout le monde en avait.

Les traités que les Grecs ont faits pour condamner les azymes, el ceux que les Latins ont faits pour les défendre, sont particulièrement considérables sur ce sujet, et ils sont tellement décisifs, que je ne vois pa» comment des esprits tant soit peu raisonnables peuvent ne se rendre pas d'abord à la clarté de celle preuve.

Car peut-on s'imaginer sans folie que les Grecs , étant persuadés que les Latins étaient engagés dans une erreur insensée , en ce qu'ils croyaient Jésus- Christ présent sur tous les autels du monde, el qu'ifs détruisaient le sacrement , en supposant que le pain n'y était plus, et que cette opinion les portail à mille superstitions criminelles , aient pu se contenter do leur dire, comme ils ont fait, qu'ils avaient grand tort de soutenir que l'on pouvait consacrer avec du pain sans levain? Peut-on s'imaginer que les Latins, punissant par les plus cruels supplices , en France , en Allemagne et en Italie , ceux qui doutaient de la présence réelle et de la transsubslantiation, étant maîtres des Grecs dans une infinité de lieux, et les croyant impies et sacrilèges contre le plus auguste de tous leurs mystères, se soient contentés de leur dire qu'ils avaient grand tort de nier qu'on pût consacrer avec du pain non levé?

Ce qui est encore plus étrange est qu'il ne faudra pas croire seulement qu'un seul auteur ait usé de celle extravagante réserve, mais qu'il la faudra attribuer à une foule d'écrivains de part et d'autre. Ce ne sera pas dans un seul temps que l'on s'en sera servi, ni même dans un siècle; mais dans plusieurs siècles: car cette raison a lieu pour tout le temps qui s'est passé depuis Bérenger jusqu'au nôtre ; puisque da-is

iG5 LIV. III. ACCOUD DES ÉGLISES GiŒCQUE lous cfis siècles les Grecs el les Laliiis ont disputé entre enx des azymes, et que dans nul deces siècles, en disputant des azymes , ils n'ont disputé ni sur la présence réelle, ni sur la traiissubslantiation.

Je ne sais si Fabsnrdilé d'une supposition peut aller plus loin. Je le répète donc encore, quoique M. Claude ait coutume de sVnnuyer de ces sortes do répétitions , lorsqu'elles l'iitconnuodent et qu'elles le . pressent, il y a de la folie à croire que les Grecs aient pu ignorer l'opinion des Latins sur l'Eucharistie , ou les Latins celle des Grecs : et il y a encore de la folie à croire que ne l'ignorant pas, et étant divisés sur un point si important, ils aient pu dissimuler leur division, et s'amuser pendant plusieurs siècles à ne disputer que des azymes, ou du pain levé.

Mais quelque évidentes que soient les preuves que j'ai apportées , cette maiière est si importante pour les conséquences qui en naissent , que je ne laisserai pas de rapporter encore celles que l'on peut tirer de riiisloire et des auteurs de ce siècle, pour ajouter toujours évidence à évidence ; afin que M. Claude ne croie pas une autre fois qu'il puisse impunément se hasarder à nier des choses aussi claires qu'est ce consenlemenl des Grecs et des Latins sur b transsubstantiation et la présence réelle.

J'ajouterai donc encore , avant que de venir aux passages |)récis des Grecs de ce temps-là, trois preuves convaincantes , tirées des lettres des papes du quatorzième siècle, qui , faisant voir que ces papes n'ont jamais soupçonné les Grecs de ne pas croire la présence réelle et la transsubstantiation, font voir manifestement que les Grecs n'ont jamais donné lieu à ce soupçon.

La première est que Jean XXII, ayant éié averti que dans l'île de Chypre, les nesloriens et les jacobites souienaienl publiquement leurs erreurs , et que quehjucs Grecs niaient le purgatoire et l'enfer ; qu'ils disaient que les âmes des saints n'étaient point dans le paradis avant le dernier jugement; que d'autres de ces Grecs ne voulaient point communier, à moins que la communion leur eût été apportée deConsianlinople, et que quelques-uns même s'en servaient pour guérir des animaux, écrivit expressément à Rainioiid , p;itri;>rclie de Jérusalem , qu'il eût à réformer CCS abus, et à extirper ces erreurs, et pria le roi Ilrgucs de l'assister poiir cela de l'autorité temporelle. il paraît par la lettre de ce pape, rapportée par Raynaldus, qu'on l'avertissait exactement des erreurs des Grecs. Or il est contre le sens commun qu'on l'ait averti de leurs autres erreurs particulières, et même des superstitions qui se glissaient parmi quelques-uns d'entre eux, et qu'il n'ait jamais été averti de l'opinion des sacramenlaires , que M. Claude nous veut persuader avoir été généralement répandue parmi tous les Grecs, et que Jean XXII eût sans doute considérée comme une détestable hérésie , qui méritait encore plus d'être déracinée , et par ses légats et par les princes séculiers, que toutes les autres.

La seconde est que Clément VI, coiulamnanl dans

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