CHAPITRE IX
Dix-neuvième preuve du consentement des Grecs el des Latins, tirée de Manuel Calecas.
Je ne crois pas devoir omettre, pour faire connaître l'opinion des Grecs de ce siècle , un passage important, qu'AlIatius rapporte en grec, de Manuel Calecas. Car encore que cet auteur, ayant été de l'ordre des frères prêcheurs , ait suivi l'opinion des Latins sur tous les points dont ils sont en différend avec les Grecs, et qu'il ait fait quatre livres exprès contre leur erreur sur la procession du S.-Esprii , outre un autre qu'on lui attribue , de la procession du S.-Esprit, du purgatoire et des azymes, imprimé dans l'Addition aux anciennes pièces de Canisius , son témoignage néanmoins n'est pas moins considérable pour prouver que les Grecs tenaient la transsubstantiation. Car il est entièrement indifférent, pour la preuve de cette vérité , ou que cette doctrine ait été enseignée par des Grecs schismatiques, comme Cabasilas, ou par des Grecs catholiques , comme Calecas ; puisqu'on étant aussi persuadé que S. Thomas, dans l'or-
avons un besoin continuel de cette chair , afin que dre duquel il a vécu , il ne s'est point aperçu qu'il y
la loi de l'esprit opère en nous , et que la vie de la chair n'ait plus moyen de nous entraîner, j Et ailleurs : I Le pain sacré, dit il, introduisant en nous le nouvel homme, chasse et bannit entièrement le vieil : car c'est-là un des effets de la sacrée table, puisque , comme dit S. Jean , ceux qui le reçoivent ne sont point nés du sang. Nous éprouvons la vérité de cette pirole toutes les fois que nous le recevons ; puisque c'est en ce mystère qu'il nous est dit : Recevez. Cette parole nous invite à le recevoir dans l'Eucharistie ; puisqu'en effet nous y recevons Jésus-Christ dans nos mains , nous le recevons dans notre bouche, nous le mêlons avec noire âme, nous le plongeons dans notre sang. » Enfin, il dit que c'est par le moven de ce mystère que s'accomplit cette parole de David : Dieu régnera sur les nations, t Cela marque , dit-il , le règne qu'il possède , en ce que les nations participent à son corps, et deviennent un même corps avec lui. Car élanl ainsi uni à nos corps et à nos âmes, il devient le maître non seulement de nos corps, mais
en avait parmi ceux de sa nation qui ne la croyaient pas. Il n'en a fait aucun reproche aux Grecs qu'il a combattus , et il a cru qu'ils tenaient sur ce point la même doctrine que lui. Voici donc de quelle manière il en parle dans un discours théologique cilé par Allatius.
« Il n'est pas possible d'expliquer aux hommes par des paroles comment le pain et le vin sont changés au corps et au sang de Jésus- Christ. Mais puisque lo Seigneur de toute créature l'a dit, la chose se fait comme nous la croyons , de même manière que le monde a été tiré du néant par sa parole. Et comme ayant dit une fois au commencement : Que la lerre produise les herbes ; la terre, recevant par son commandement la force et la vigueur dont elle a besoin, ne cesse point de pousser jusqu'à présent les plantes, nous croyons de même que le ministère du prêtre opère un effet semblable , et que le pai.n est changé EN SON corps, et LE VLN EN SON SANG, par la puissauce de celui qui a prononcé celle parole.. Car, con)me dit
m LIV. IV. ACCORD DES GRECS ET DES
le divin Ciirysosiôme, le prêtre n'est que l'image de Jésiis-Clirisl ; mais la force vient des paroles du Soigneur, parce que c'est lui qui a dit : Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous. »
El plus bas : « Lors donc que quelqu'un doute de ce changement du pain et du vin au corps el au sang de Christ, nous les rappelons à la puissance de Dieu ; puisque , s'ils confessent que Dieu est tout puissant , ils ne peuvent douter de ce changemeiii. Car si la force de la nature peut bien changer en feu , selon la forme, la matière de l'air; la puissance de Dieu, auteur de l'être de toutes choses, pourra bien c!iaiig<,'r non seulement la forme, mais le sujet entier du pain et du vin en son corps et en son sang. Que si quelqu'un, à cause de ce qui paraît à nos sens, n'ajoute pas foi à ce changement, qu'il considère que c'est l'ordinaire de Dieu, de nous proposer les choses divines sous le voile des choses sensibles. Et c'est pourquoi il nous a comnuiniqué son corps et son sang par le pain el le vin , qui est noire viande el notre breu-
LATINS DEPUIS LE XV SIÈCLE, etc. 482
vage ordinaire. El afin qu'il n'y ail rien qui cause de la surprise à nos sens , nous ne croyons pas néanmoins que cela se passe seulement en imagination. Car, comme nous avons dit, il esl au pouvoir de Dieu de changer la substance intérieure, et de conserver néiiumoins les accidents qui étaient auparavant. >
M. Claude nous dira sans doute que c'est un traus' snbslanliateur qui parle , et qu'il avait pris celte doctrine des disciples de S. Thomas. Il esl vrai, mais c'est un irniissubslmniateur qui ne s'est jamais douté que les autres Grecs ne le fussent pas : il a cru qu'ils étaient tous d'accord avec lui ; et quoiqu'étanl Grec, nourri parmi les Grecs, irès-inslruit de leur vie el de leur doctrine, il dût cerlainemeiil être mieux informé que M. Claude de leurs sentiments, il a cru néanmoins que c'élai(.-là l'opinion de l'église grecijiie. C'est ce qui esl cause qu'il n'a point averti l'Église latine , à laquelle il était uni, que les Grecs eussent aucune erreur sur ce point , cl qu'il s'est contenté de les combattre sur les autres.
LIWRE QUATRIEME.
ou L'ON FAIT VOIR LA MÊME UNION DES GRECS ET DES LATINS DANS LA DOC, TRINE DE LA PRÉSENCE RÉELLE ET DE LA TRANSSUBSTANTIATION, DEPUIS LE QUINZIÈME SIÈCLE JUSQU'EN CE TEMPS-CI.