CHAPITRE PREMIER
Vingtième preuve pour le quinzième siècle , tirée des témoignages de Siniéon, archevêque de Thessalonique.
Je ne puis mieux commencer l'examen du quinzième siècle que par celui des sentiments de Siméon, archevêque de Thessalonique ; parce que cet auteur esl sans doute un des plus savants et des plus considérables d'entre les Grecs, principalement dans la matière de la transsubstantiation : car Thessalonique étant alors aux Vénitiens, sur qui elle fut prise l'an 1450, six mois après la mort de Siméon, il était impossible qu'il ignorât la doctrine des Latins auxquels il était assujéli. Ainsi il a dû garder dans ses paroles toutes les précautions que l'on ne manque jamais d'observer, lorsque la présence de ceux que l'on croit être dans l'erreur nous fait craindre de la favoriser et de l'inspirer aux autres.
Si nous avions ses livres entiers des sacrements , sans doute que l'on y verrait à fgnd tout ce que l'on |ieut désirer sur celte matière ; mais les divers passages qui en sont rapportés par ceux qui les ont vus , el les autres témoignages de cet auteur, que l'on peut tirer ou de quelques autres ouvrages non imprimés et cités par divers auteurs , ou d'un traité imprimé dans l'Euchologe du P. Goar, ne laissent aucun sujet de douter de son opinion , cl donnent lieu de le mettre entre les plus illustres témoins de la créance des Grecs-.
Voici ce qu'AlIatius rapporte , dans ses Exercitations contre Creigton, page 246, du traité de Siméon contre les héiésies : Après que Von a mis les restes du pain divin dans le sacré calice, on montre à tous ce calice, QUI EST Jésus-Christ, et qui est véritablement son CORPS MÊME ET SON SANG MÊME , lesquels il a Sacrifiés pour le peuple qu'il s'est rendu propre; et qu'il donne à goûter , à voir, à toucher, avec un désir ardent que l'on use de sa libéralité. C'est pourquoi le peuple qui lui est consacré le voit par les yeux de rame , Vadore et lui demande ce qui est nécessaire pour son salut.
Il y a bien des choses dans ce passage peu favorables à M. Claude : que le calice est véritablement le corps même et le sang même de Jésus-Christ ; qu'on l'adore, qu'on s'adresse à lui pour lui demander ce qui est nécessaire pour son âme. El la suite ne lui sera pas plus avantageuse. Car afin qu'il ne dise pas, comme il a fait sur le sujet de Cabasilas, qu'on ne trouve point que cet auteur ait rapporté expressément l'adoration au sacrement , Siméon lui ôle même cette niauvaise réponse par les paroles suivantes :
ISous devons adorer de cœur le pain vivant , et tB SANG qui est dans le calice , en nous prosternant de tout notre cœur jusqu'en terre , et en mettant nos mains en croix, pour témoigner notre servitude et la foi que nous avons en Jésus crucifié. C'est ainsi qu'il s'en (aul approcher avec crainte, avec tremblement el avec un cœur humilié.
Il n'établit pas moins clairement, dans ce même dialogue conire les hérésies , et la présence réelle et
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radoralion, on parlant des messes des présanctifiés; c'esl-à-dirc des messes où l'on ne consacre point, et qui se célèbrent avec des hosties déjà consacrées ; comme on fait dans l'Église latine le jour du vendredi-saint. Il (aut, dit-il , nous abaisser plus profondément lorsque le prêtre entre avec les dons dans ce sacrifice ; parce que celle divine oblalion est déjà parfaite, el qu'elle est véritablement nothe Sauveur ; car ce qui est contenu dans le bassin , est le trèssaint corps avec le sang.
El il enseigne, encore avec plus d'étendue, la même doclrino dans sa réponse à Gabriel , mélropolilain de Ponlapolis. Nous offrons, dit-il, ce sacrifice vers l'heure de noue , en gardant la règle du jeûne , qui nous oblige de ne manger quune fois vers le soir; et nous sommes sanctifiés par les prières , et en voyant PAR LES VEUX DU CORPS et par ceux de l'esprit le Seigneur entre les mains des prêtres , comme une hostie de propitialion , et distribué ensuite à ceux qui sont dignes de le recevoir. Et comme les mystères sont parfaits des le commencement , et sont le corps même ET le sang même de Christ , lorsque le prêtre entre en I'ortant le Seigneur sur sa tête , nous devons nous abaisser jusqu" à terre avec un ardent amour, lui demander le pardon de nos fautes', el lui recommander tous tes fidèles. Car si les dons n'étant pas encore consacrés, méritent déjà quelque sorte de vénération , comme étant déjà les antitypes du corps de Jésus-Christ , el étant offerts à Dieu en cette qualité, il est bien plus juste de les honorer lonque ayant acquis leur perfection par l'opération divine qui accompagne le ministère des prêtres , ils sont véritablement le corps et le sang DE Jésus-Christ.
Rien n'est plus terrible que ce nnjstère , dit encore le n'.êm.c auteur : car il nous fait voir que le prêtre est rendu dispensateur des mystères de Dieu, et que l'on lui donne le pouvoir de sacrifier , non un autre , mais Jésus-Christ même , qui est le pain vivant , et qu'on lui confie comme un dépôt , et le sacerdoce de Jésus-Christ, et Jésus-Christ même.
Si ces passages ne suffisent pas encore à M. Claude, qu'il écoule cet autre du même auteur : Jésus-Christ seul est le principe de notre vie et de noire salut : c'est lui seul qui a institué nos mystères , el qui les opère. Il est le Sacrificateur, il est sacrifié, et il est le sacrifice. Car il est manifeste qu'il a offert le pretnier, el qu'il nous enseigne d'offrir le sacrifice de son corps et de son sang. Faites ceci , dit-il , en mémoire de moi ; parce qu'il est le Prêtre éternel selon l'ordre de Melchisédech, ne cessant jamais d'offrir son sacrifice avec du pain et du vin. Il est Prêtre éternel, parce qu'il s'est sacrifié une fois volontairement sur la croix , et qu'il se sacrifie encore; qu'il s'est offert et qu'il s'offre, et qu'il est toujours présent à son Père , en état de victime el de sacrifice de propitialion pour nos péchés.
Mais parce (jue toutes les fois que M. Claude entend parler de pain et de vin , il laisse toujours entrer dans son esprit les idées grossières du pain maléricl et Icrreslre, qu'il croit demeurer dans le sacri-
fice, qu'il écoute ce que Siiiiéon entend par ce pain. Ce pain , dil-il, qui s'offre en mémoire de Jésus-Christ , n'est qu'un MÊME corps, quund on en offrirait plusieurs , et que tous ceux qui sont au monde seraient sacrifiés par tous les prêtres de la terre , parce que le grand Pontife se sacrifie par leur ministère, étant lui même le Sairificalcur et le sacrifice.
Que M. Claude apprenne en passant par ce dis. cours ce que nous lui prouverons en son lieu par un grand nombre d'autres passages , que ce ne sont point des choses contraires, que le sacrifice soil appelé pain et vin à cause de la matière dont il est formé, et de l'apparence qui subsiste; ou que l'on dise qu'il est offert eu mémoire de Jésuo- Christ , parce que c'est l'un des usages auxquels il est dcsiiné; et que néanmoins celui qui se sert de ces expressions croie que le pain devient, par la consécration , le corps même de .Tésus-Christ , et que c'est Jésus-Christ même qui s'offre à son Père dans ce sacrifice.
Je ne crois pas que M. Claude soit assez injuste pour vouloir rejeter ces passages , parce ([u'ils sont lires d'un traité qui n'est pas encore imprimé : il sait assez que les critiques, comme Allatius, ne se piquent de rien tant que de sincérité dans leurs citations. Et comme ces manuscrits ne seront peut-être pas longtemps sans voir le jour, il est entièrement hors d'ap parence qu'un homme d'honneur se voulût exposer à celte confusion , de ciler des passages qui ne se trouveraient point dans l'original; outre qu'il ne serait pas fort difficile de le convaincre de mauvaise foi , en faisant présentement vérifier ces passages sur des manuscrils qui se trouvent dans les bil»liolhc(iues Valiciine et Barberine : et messieurs les ministres ont assez d'amis qui leur peuvent rendre ce service , s'ils en ont le moindre doute. El c'est pourquoi je ne fera. pas encore difficulté de rapporter ce qu'Arcudius cite du iraiié des sacrements de Siméon , que tout le monde peut voir dans la bibliothèque Valicane , et dont le P. Morin a lait imprimer une partie dans son livre de la Pénitence.
Pour en comprendre la force, il faut savoir que les Grecs pratiquent une coutume dans leur Liturgie, qui a donné lieu à une question assez difficile, et sur laquelle les nouveaux Grecs se trouvent partagés. Celle coutume est que comme pour marquer l'union de Jésus-Christ avec TÉglise on mêle de l'eau dans le calice, ainsi, pour conserver la même signification dans le symbole du pain , les Grecs coupent plusieurs particules du pain dont ils prennent les hosties, et en les coupant ils disent que la plus grande de ces particules est pour célébrer la mort du Seigneur; que la seconde est offerte en l'honneur de la Vierge Marie; la troisième en l'honneur de S. Jean-Bapiiste ; la quatrième en l'honneur des apôtres, et la cinquième en l'honneur du saint dont on célèbre la fête. Et ils en offrent aussi pour les autres saints, pour les vivants et pour les morts.
Les différentes significations qu'ils donncnl à ces
as:, I.IV. IV. ACCORD DES GRECS ET DES
parties, en les coupant sur l'autel de la prothèse, et ce différent usage qu'ils en font , n'empêchent nullement dans la vérité qu'elles ne reçoivent toutes une égale consécration sur le grand autel. Car c'est la coutume de toute l'Église de joindre ainsi plusieurs niyslères qui ne se détruisent point les uns les autres, et qui fournissent seulement aux fidèles divers sujets de contemplation, pour édifier leur foi et nourrir leur piété. Kt c'est pourquoi les auteurs ecclésiastiques, tant anciens que nouveaux, savent bien distinguer ces significations mystérieuses de l'effet réel de la transsubstanliation. Car ils disent bien que le pain signifie non seulement le corps naturel de Jésus- Christ, mais aussi son corps mystique, par la multitude des grains dont il est composé, ils disent que le vin signifie de même et Jésus-Christ et son corps mystique, par la multitude des grains dont le vin est fait. Ils disent que le vin signifie Jésus-Christ, et l'eau le peuple, et que l'on les rnêle ensemble pour marquer l'union intime de Jésus-Christ et de l'Église; et cette expression se trouve dans les auteurs les plus déclarés pour la transsubstantiation. Mais parce qu'encore que Jésus-Christ et l'Église soient également signifiés par la matière du sacrifice, néanmoins, quant à reflet propre du sacrifice, le pain et le vin mêlé d'eau ne sont point changés au corps de l'Église , ni au sang de l'Église , mais seulement au corps et au sang naturel de Jésus-Christ ; il naît de cet eflét réel une multitude d'expressions, qui, exprimant la trans substantiation, ne sont jamais appliquées qu'au seul corps de Jésus-Christ. On dit bien, par exemple, que le pain est changé, converti, transélémenté au corps de Jésus-Christ ; mais on ne dit point qu'il soit changé, converti, transélémenté au corps des fidèles. On dit que Jésus-Christ est au ciel et en terre, mais on ne dit point que l'Église soit sur l'autel et hors de l'autel. On dit que Jésus-Christ entre dans nous, qu'il nous iguérit par sa chair, qu'il s'unit à nous, qu'il nous imprime une semence d'immortalité; mais on ne dit rien de tout cela de l'Église.
C'est ce que nous montrerons en un autre lieu avec plus d'étendue. Mais ce que nous avons dit suffit pour faire voir que ces différentes significations que les Grecs donnent aux particules, n'empêchent nullement la consécration égale et uniforme de toutes ces particules.
Cependant, comme les noms sont sujets h nous porter dans l'erreur, lorsqu'ils n'expriment qu'imparfaitement la nature de la chose, ce qui fait croire que ce qui n'est pas exprimé n'est ni cru , ni conçu, quelques Grecs ont pris sujet de ce qui est dit dans les Liturgies , que ces particules sont offertes en l'honneur d'un tel saint, ou des vivants ou des morts, d'en conclure qu'elles n'étaient pas proprement consacrées, et qu'il n'y avait que la grande particule offerte en mémoire de Jésus-Christ qui fût changée en son corps.
Et sur ce qu'on leur objectait qu'il s'ensuivrait donc que ceux qui communiaient de ces particules ne rc-
LAThNS DEPUIS LE XV SIÈCLE, etc. 485
cevaient point le corps de Jésus-Christ, ils répon • daient que la coutume des Grecs étant de mettre dans le calice, avant la communion des laïques, une partie de l'hostie vraiment consacrée, en la confondant et la mêlant avec ces particules non consacrées, et de donner ensuite dans une cuiller à chaque personne qui communie une partie de ce qui avait été ainsi mêlé, il arrivait de-là que tous recevaient, au moins ordinairement, quelque partie du corps de Jésus-Christ, de la même manière que l'eau chaude que les Grecs mêlent dans le calice après la consécration, n'étant point réellement changée, les fidèles ne laissent pas de recevoir le sang de Jésus-Christ, parce qu'ils prennent toujours avec l'eau quelque partie du vin consacré. Que s'il arrivait qu'il n'y eût point en effet aucune partie du pain consacré dans ce qu'ils recevraient, tout ce qui s'ensuivrait est (pi'alors ils communieraient sous une espèce : ce qui n'est pas un grand inconvénient parmi les Grecs, qui le pratiquent en plusieurs rencontres.
Voilà l'opinion de ces derniers Grecs , que Pierre Arcudius pousse avec beaucoup d'aigreur à son ordinaire : et les principaux auteurs qui l'ont déléndue sont ce Siméon, archevêque de Thessalonique, dont nous parlons maintenant, et Gabriel, archevêque de Philadelphe, dont nous aurons lieu de parler ensuite.
Mais comme nous demeurons d'accord que c'est une erreur, il faut que M. Claude reconnaisse aussi que cette erreur prouve invinciblement que les Grecs tiennent la transsubstantiation ; car il ne faut que considérer de quelle manière ils l'expriment.
Cest avec raison, dit Siméon, que rÉglise offre ces particules, pour montrer que cette hostie vivante sanctifie les vivants et les morts ; mais elle ne les rend pas Dieux par nature. Il veut dire que comme les saints sont unis à Dieu par la grâce, mais ne deviennent pas dieux dans leur nature , de même ces particules sont unies au corps même de Jésus-Christ, mais ne deviennent pas pour cela le corps de Jésus-Christ. Et c'est ce qu'il exprime clairement en ces paroles : Les saints étant unis à Jésus-Christ sont divinisés par la grâce; mais ne deviennent pas dieux par nature. De même les particules que l'on offre pour eux reçoivent la sainteté par la participation du corps et du sang, et de-viennent un avec ce corps et ce sang par le mélange; m<tis si vous les considérez séparément, elles ne sont pas le corps même et le sang même de Jésus-Christ , mais elles sont jointes seulement uu corps et au sang.
L'archevêque de Philadelphe dit la même chose, en se servant de la même comparaison. Comme les âme» des saints, dit-il, sont exposées à la lumière de la divinité, qui les éclaire, mais ne deviennent dieux que par participation, et non par nature, de même ces particules^ quoiqu'umES a la chair et au sang de Jésus-Christ, ne sont point changées , mais reçoivent la sainteté par participation.
Il est plus clair que le jour que tout cela n'a point de sens que dans la doctrine de la transsubstantiation, e( que rninmc ces auteurs supposent que ces
^ËRPÉTUiTÉ DE LA fOI TOUCHANT i;i:UCn\RISTIE.
parliculcs ne sont point iranssubslanliées, ils supposent aussi que la grande portion qui est offeric au nom de Jésus-Clirisl, el de laquelle seule on prend ce que l'on réserve pour les malades, est effectivement transsubsiantlée, el devient le corps même de Jésus Christ.
On aurait tort néanmoins d'attribuer à tous les Grecs cette erreur, que les pailiculcs ne sont pas consacrées : car Siméon de Tlicssaloniquo, qui l'a le premier avancée contre le senliment de Cabasilas , comme Arcudius le prouve fort au long, était si peu ferme dans celle opinion, qu'il proieslc avant que de la proposer qu'il ne l'avance pas dogmali(|i!ement, Soy- /aiaTuw;, c'est-à-dire pour en faire un dogme; mais comme une simple pensée. El en effet, il y a tout-e sorle d'apparence que les évêques grecs qui élaiont au concile de Florence ne répondirent pas aux Latins selon la pensée de Siméon ; car les actes de ce cimcile porlenl que 1 cvêque de Myiilène les satisfit pici- de la Perpéluilé , qu'il décide cavalièrement les ques-
tion. il on marque l'effet par ces paroles : A l'heure même, dit-il, le prêtre voit devant lui Jésus- Christ vivant, LE PAIN ET LE CALICE ÉTANT JÉSUS-ChRIST MÊME;
puisque c'est lui-même qui a prononcé cette parole, le pain est le corps , et ce qui est dans le calice est le sang.
Il dit enfin que le prêtre conçoit une grande confiance en voyant devant lui ce Dieu plein d'amour et de douceut en état de sacrifice.
CHAPITJŒ IL
ViNGT-UNiÈJlE PREUVK : Que tout ce qui s'est passé aH concile de Florence montré invinciblement que les Grecs tenaient la transsubstantiation aussi bien que les Latins.
M. Claude, qui sait parler, quand il veut, le langage de la cour dans des livres de lliéologie, reproche agréablement, dans la préface de son livre, à l'aulcup
iicment sur IfS questions proposées , dont celle-ci élail une. Or ils n'auraient nullement clé salisiails de la réponse de Siméon, quoique^ tout erronée qu'elle soit, elle contienne une preuve convaincante qu'il croyait la irans!>ubsiantiati(>n, et queiiiin elle se résolve plutôt en une question de l'ail que do droit. Car si les prêtres grecs n'avaienl point réellement l'intention de consacrer ces particules, elles ne seraient point effectivement consacrées, quoique la rai-
llons. Je n'examine pas présentement s'il a eu raison dans l'application qu'il fait de celle expression ; je réserve cela pouf le discours où j'ai dessein de traiter des différends personnels qu'il peut avoir avec cet auteur. Mais puisqu'il a introduit ce terme dans une dispute sérieuse, il me semble que je puis bien l'emprunter de lui , pour ex|>rimer de quelle sorte il se démêle de quelques difficultés très-considérables, et que l'on peut dire avec beaucoup de raison que ja
son qui les aurait portés à croire qu'ils ne les devaient mais homme ne s'en tira plus cavalièrement que lui.
pas consacrer, soit vaine et frivole.
Mais de peur que M. Claude ne se plaigne que l'on ne lui cite (jne des passages qu'il ne lui est pas aisé de vérifier, en voici d'autres du même auteur, tirés de l'explicaiion de la messe qui est imprimée dans l'Euchologe du P. Goar.
11 dit dès le commencement de son iraiié, suivant la pensée de plusieurs Pères, que Jésus-Christ s'est donné lui-même à nous dans la communion ; parce qu'ayant été uni aux prémices de notre nature, qu'il a prises de la bienheureuse Vierge, il était nécessaire que cette union passât effectivement à tous les fidèles.
Il ajoute qu'ayant pour but de nous rendre participanls de sa divinité, il le fait en cette manière toute divine, et qui surpasse tous les discours des hommes, en se mêlant dans les choses qui nous servent d'aliment et de breuvage, lui qui est partout, el en cuangeant le
PAIN ET LE CALICE EN SON CORPS ET EN SON SANC par Sa
toute-puissance. Il compare ce mystère peu de temps après à l'incarnation, cl dit que ces deux mystères sont également incompréhensibles aux esprits des hommes. H explique ensuite en détail les parties et les significations du temple, des habits dos prêtres, et du commencement du sacrifice. Il distingue expressément l'hotmeur que l'on rend aux symboles non consacrés de celui qu'on leur rend après la consécration, quoiqu'il prétende que dans ce premier état on les d(iit déjà honorer plus que des images : ce qui fait bien voir qu'il voulait que l'on honorât le S. -Sacrement do culte de latrie. El r;«aad -l est venu à la cousécra-
La manière dédaigneuse avec laquelle il les proposé fait lotijours la plus grande force de ses réponses. Au lieu de preuves et de raisons, il y oppose ses décisions et ses jugements. Pour affaiblir dos objections, il se contente de dire qu'elles sont faibles ; et après y avoir donné quelques légères atteintes, il se dérobe aussitôt, en lâchant de faire croire que c'est par raé pris qu'il ne s'y arrête pas davantage.
Je ne puis rapporter un exemple plus remarquable de cette humeur cavalière de M. Claude que la manière dont il traite ce qui se passa au concile de Florence, qu'on lui avait objecté dans le livre de la Perpéluilé. Il semble, à l'en entendre parler, que ce soit l'objection du monde la plus méprisable, et que la chose ne valait pas la peine qu'il y fît la moindie réflexion.
L'auteur, dil-il, doit encore moins tirer d'a'-antage de ce qui se passa au concile de Florence. Sguropului: (1), grand ecclésiarque, qui assista l'empereur et le patriarche de Conslanlinople durant toute cette assemblée, nous apprend que les choses s'y passèrent avec tant de violence de ta part du pape Eugène et de sa cour ; avec tant de timidité et tant d'intérêt de la part de l'empereur grec ; avec tant de faiblesse du côté de ses évêques , dont quelques-uns furent gagnés par le pape , et les autres n'eurent aucune communication de l'acte de leur réunion^ ne l'ayant vu que quand ils furent contraints de le signer ;
(I) M. Claude et le traducteur Creigton l'appellenl Sguropulus. Allatius écrit simplement Syropulus , e» suivant la prononciation.