‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 131 sur 335 · LIY. IV. ACCORD DKS GRECS ET DES · texte numérisé non relu

LIY. IV. ACCORD DKS GRECS ET DES

tourner en notre pays aux dépens du pape, nous trahissions NOTUE DOGME? J'aime mieux mourir que d'embras- %er les sentiments des Latins. Marc d'Éphèse accuse ensuite les Latins d'être hérétiques ; les autres évoques les défendent. On ne convient pas tout d'un coup. Enfin à l'exception de Marc d'Éphèse , qui ne signa point, et peut-être de Syropuius, qui témoigne dans sa signature même qu'il rapporte, qu'il signait contre sa conscience, il n'y a pas de preuves bien convaincantes que les autres n'aient pas été persuadés de ce qu'ils signaient.

Mais qu'on suppose, si l'on veut, qu'un petit nombre de Grecs ait tralii sa conscience par faiblesse, par crainte, par intérêt, pour flatter et l'enipereur et le pape : qu'est-ce que cela fait à la question dont il s'agit enire nous et M. Claude? S'ils l'ont trahie, ils l'ont trahie d'une manière humaine, et après avoir rendu à leur opinion les témoignages que les personnes faibles ne manquent guère d'y rendre. Voyons si nous trouverons qu'ils aient fait quelque chose de semblable en ce qui s'est fait sur la transsubstantiation, et s'il y a quelque marque qu'ils ne l'aient approuvée que par politique, et en trahissant leur conscience. Ce qui est certain d'abord est qu'aucun des Latins n'a soupçonné les Grecs de ne la pas tenir, et n'a cru que ce fût un des sujets de la contestation. Qu'on lise tous les actes du concile et toute l'histoire de Syropuius , on ne trouvera point que les Latins en aient jamais eu la moindre pensée. Ils se sont imaginés qu'ils n'avaient à traiter avec les Grecs que de la procession du S.- Esprit, des azymes, du purgatoire et de la primauté du pape, comme Syropuius le fait dire au cardinal Julien ; mais il n'y a aucune marque, ni aucun vestige qu'ils aient soupçonné les Grecs de ne pas croire la présence réelle et la transsubstantiation.

Cependant, s'il y a eu de la politique dans les Latins, elle n'a pas été certainement à dissimuler et à trahir leurs sentiments, et à vouloir ignorer ceux des Grecs. U paraît par Syropuius même qu'ils avaient une étrange exactitude pour ne laisser aucune ambiguïté louchant la foi ; et l'on peut voir par les questions qu'ils firent sur la procession du S. -Esprit , que cet auteur rapporte, qu'elle ne pouvait pas être plus grande. On voit aussi dans les actes du concile, qu'après qu'on lut convenu sur les articles insérés dans la définition , les Latins firent aux Grecs toutes les questions dont ils se purent aviser, sur toutes les choses où ils croyaient qu'il pouvait y avoir à redire dans leur discipline. Ils nous demandèrent , dit l'auteur des actes, pourquoi nous joignons au pain du Seigneur des particules; pourquoi nous baissons la tête lorsque l'on porte les dons du petit autel au grand, avant qu'ils soient consacrés ; pourquoi nous versons de l'eau chaude dans le calice après la consécration ; pourquoi nous disons, lorsque le pain n'est pas encore le corps de Jésus-Christ, cette varole de l'Évangile : Un des soldats ouvrit son côté avec une lance, et il en sortit sur l'heure du sang et de l'eau ; pourquoi nous disons : L'étoile vint ft i^arréla a^'liessus du lieu oi^ était l'enfant ; pourquoi

LATINS DEPUIS LE XV SIÈCLE, etc. 494

ce ne sont pas les évêques qui donnent l'onction sacrée ; mais les prêtres, quoique ce soit une fonction pontificale, pourquoi nous oignons les morts avant que de les ensevelir; pourquoi les prêtres et les évêques ne se confessent pas avant de dire la messe. Pourquoi n'êtes-vous pas contents, nous dit-on encore , des paroles du Seigneur : Prenez et mangez , etc. , mais que vous ajoutez encore cette oraison : Faites ce pain le précieux corps de votre Christ, et ce vin , etc. , en les chanaeant par votre S.- Espril, amen, amen?

Enfin, rien n'échappait à la curiosité des Latins; et les Grecs se trouvaient si importunés de leurs questions, que Syropuius témoigne que l'empereur faisait tout ce qu'il pouvait pour les chasser, i II venait tous les jours, dit-il, de la cour du pape, des cardinaux trouver l'empereur , pour s'éclaircir sur les doutes qu'ils avaient, et pour lui proposer des questions (1). L'empereur eût bien désiré de les chasser , mais c'était en vain ; car ils en devenaient plus pressants et plus importuns, et l'on passait quelquefois cinq ou six jours à disputer sur chaque article , les Latins pressants, et l'empereur résistant. » Il est donc certain, et par les actes de ce concile , et par^l'auteur même de M. Claude, que les Latins employèrent tout le soin qui leur fut possible pour découvrir les sentiments des Grecs , sur tous les points dans lesquels ils cru • rent qu'ils pouvaient avoir quelque opinion particulière. Et il est certain néanmoins qu'avec cette recherche si exacte ils n'ont jamais découvert que les Grecs ne crussent point la présence réelle et la transsubstantiation.

Mais s'ils n'eussent point tenu ces dogmes, étaii-il possible qu'un différend si important eût pu demeurer caché aux Latins ; qu'ils n'en eussent rien découvert pendant deux ans que dura ce concile, et qu'ils furent mêlés avec tous ces évêques et ces ecclésiastiques qui étaient venus avec l'empereur, et qui n'avaient

(1) Il y a dans le grec, r&j Aar^wv àyujiÇofjii-jov, x«t ToO ^uaiHui «vTa/wvt(7o//.£vou. Le traducteur Creigion a traduit exclusivement, quanquàm nulli in eâ palœstrâ dimicarent prœter Latinos et imperatorem. Ce qui est faux par Syropuius même, qui témoigne plus bas que les évêques conseillers de l'empereur, c'est-à-dire Bessarion, évèque de Nicée, et Isidore, évêque de Kiovie , traitaient avec les Latins. C'est ainsi que ce traducteur envenime tout; tantôt par malice, et tantôt par ignorance, connue il serait aisé d'en produire plusieurs exemples. En voici entre autres deux assez remarquables. Page 310 , il y a dans le grec , tuiVElsùsm

sî; -rèv Trâuav tSt« sysvovro icaî /zuffTixw;, C'cSl-à-llire , il

y avait des gens qui.allaient trouver le p.ipe en particulier et en secret. Creigion traduit : Conveulus pvivatum spirilum olebant , vel myslerium iniquiiulis. El dans la page 300, pour expli(|uer ces paroles grec(jues,

oÙt£ «y TW «yiàîat sùXSyvjas -zâ. SwpaÔeîa b [t.kyoi.i irpûro cuy-

x£X).eî <5ÙT£ Iv -rù ivwfjoct, Creigion traduit ridiciilemeal : Ciim ad elemcnta pervenisset consecranda, mysteriis non benedixit, quemadmodiim nec in aliis Liturgiis quas admitiistravit in honorem »elebratœ unionis : au lieu qu'elles signifient simplement , (jue cet ollicier de l'église de Coiislanlinople omit de faire la bénédiction en consacrant et en réunissant les espèces; c'est-à-dire en metlanl une partie du pain dans le calice, ou en met' tant de l'eau dans le calice , qui es), ce (|ue les Grec appellent ivî>f»i é'vw«j.

PERPËTUiTÉ DE LA FOI TOUCHANT I/EIJCÏIARISTJE.

point d'outre occupation que de conlcrer des dogmes de la religion?

M. Claude songe l- il à ce qu'il dit quand il f;iii des suppositions si déraisonuahles? Pense-til bien anx absurdités insnpporlables auxquelles il s'engage' Eslce qu'il prétendra que les Grecs avaient fait un complot et une résolution fixe de cacher aux L;itins liMir sentiment sur ce point avant que de partir de Constantinople, et qu'ils exécutèrent ce dessein avec tant d'adresse, que de tant de Grecs, il n'y en eut nncnn qui découvrit ce secret aux Latins? Mais pourquoi donc Sjropulus ne nous averiit-il pas de cette conspiration? Pourquoi Marc d'É|ihè.se ne l'a-t-il pa^ découverte? Pour(|Uoi auraient-ils porsii,té, ajjrès s'être déclarés contre le concile de Florence, dans ce même dessein de cacher leur doctrine et leui- sentiment sur ce point' Pnunpioi les Grecs convertis sincèrement, comme Bess:irion, archevêque de N.cée , et Isidore, métropolitain de Kiovie, Joseph, évè(pie de Métiione, Gennadiiis, qui dev;(ient avoir eu part à cet étrange dessein, n'en ont-ils pùnt informé le public, pour couvrir de contusion les sclii>mati(|ues?

Dira-t-il que ce fut par hasard que cela demeura inconnu aux Latins? Miis le moyen de s'imaginer (pie les Latins soient demeurés deux ans avec les Grecs, et qu'ils aient souvent conféré de questions qui portent naturellement à (tarler de la transsubstantiation, sans s'apercevoir (ju'ils ne lussent pas d'accord sur le fond même du mystère? Le moyen de croire que Bessarion et tous les autres Grecs qui s'unirent avec l'Église romaine , et (|ui firent profession de la transsubstantiation d'une manière solennelle, et dans le concile et après le concile, n'eu sent point averti les La'.ins qu'il y en avait parmi les Grecs qui ne la croyaient point? Le moyen de penser qu'étant animés justement contre Marc d'Éphèse et les autres ennemis de l'union , ils ne leur euïsent pas reproché celle hérésie? Il est encore moins probable que les Grecs n'aient point connu l'opinion des Latins sur ce [loint , ayant été témoins deux fois de la procession du S. Sacrement; une fois à Ferrare, et l'autre fois à Florence : ayant assisté eux-mêmes à la messe du pape , où ils virent l'adoration solennelle de l'Eucharistie, et où ils l'adorèrent eux-mêmes; ayant vu si souvent porter le S. -Sacrement dans les rues ; ayant conféré tant de fois avec les Latins sur des maiières qui engageaient à en parler, comme sur les azymes et sur la forme de la consécration. 11 n'y a donc pas de moyen, sans renoncer à la raison, de subsister dans cette hypothèse, que les Latins aient ignoré l'opinion des Grecs, ou que les Grecs aient ignoré celle des Lalins. Or s'ils ont connu mutuellement leurs sentiments, il s'ensuit néces>airement qu'ils n'ont eu aucun différend sur la transsubsiantiaiion et sur la présence réelle, et qu'ils ont été entièrement d'accord sur ces deux points. Car rien ne choque plus visiblement le sens connnun que de dire (pie les Latins, qui étaient prêts de rompre sur les moindres clauses ambiguës que les Giecs voulaient insérer

dans la procession du S.-Esprit, eussent voulu s'unir avec des ge?is qu'ils auraient su être héreng iriens el ne pas croire nu point de foi .«-i établi dans tout rOccident : et rien n'est plus contraire à ce (juf Syropulus niéme nous représente de leur esprit, de leur fermeté qu'il appelh; < piiiiàlrelé, de leur attachement à toutes leurs opinions, de leur ciu-iosilé insatiable, de leurs co test liions perpéuieiles.

11 n'est pas moins coulre la raison de supposer que les Grecs . croyant que les Lalins étaient dms l'erreur sur ces deux articles, eussei'.t voulu signer l'union, et qu'il n'eussent |>oini témoi.jiné dans le concile combien il détestaient ces opiniims. La politique ne peut point étoulîer les sentiments jus'|u'à ce point : elle ne peut pas ainsi imposer silence à ions les mouvements de la conscience, el à toutes les lumières de re>prit. Il n'y :i point de concile ipii en puisse mieux servir d'exemple (|ue celui là ; puisqu'il y fallut donner lanl de combats pour faire rendre les Grecs aux conditions si raisonnables et si justes auxquelles l'accord fut conclu sur la procession du S. -Esprit.

Mais ce prétexte même de politique, tout ridicule qu'il est, est absolument démiit par la manière doat les choses se sont passées. El ce qui doit donner plus de conlusion à M. Claude que toui le re-«te, est que personne ne le détruit davantage que le témoin même qu'il produit. Car si c'est par politique que les Grecs ne se sont point élevée contre la transsubsiantiaiion, par quelle politiciue Syropolus nous a t-il voulu cacher ce mystère? Pourquoi, nous découvrant toute les faible ses de ceux de sa nation, n'a-l-il pas dit un mol de celle qui devait être le principal sujet de son Histoire el de sou zèle? Pourquoi n'attaque-l-il point l'union par cel endroit si plausible? Pourquoi ne se sert-il pas de ce prétexte pour jusiilier sa révolte contre Mélrophanes? Pi>un]uoi ne b'âine-t-il point les cérémonies des Lalins? Pourquoi n'a-i il p;iint détesté, dans son Histoire, l'adoratii.n de l'hostie ei la fêle du S.-Sacremeni, d(uit il a été témoin? Pounpioi j)'a t-il poiol déploré le sacrilège de ceux de sa nation qui as.>islèrent à la messe du pape avec la même révérence que les Lalins; c'esi-à-dire qui y adorèrent l'Eucharistie, connue 11 est expressément manpié dans la relaticn qu'André de Sainte-Croix a faite de ce concile? Adoraveruiitque , missum Roiiiaiiœ Ecclesiœ more Poiilifice ceUbraiite. Toutes les couleurs, tous les prétextes, I(jus les subterfuges rnanipient donc à M. Claude; |>oli!i(|ue, ignoiaoce, conq)Iot, dessein de se cacher, tout cela est contre le sens connnuu ; et il faut (pi'il avoue ma gré loi, qu'à l'égard de la tianssubstaiilialion et de la présence réelle, les Giee^ ont agi et sans politiipie, et sans ignorance. Ils ont co inu les sentimenis des Lat.ns , comme les Lat.iis oui connu ceux des Grecs. Les Latins n'ont point coinbailu les senliuienls des Grecs : il les oiu do. c jugés orthodoxes. Les Grecs n'ont point combattu ceu\ des Lalins . ils eu ont donc fait le même jugement ; et ne se pouvant tromper dans le fait, ilb conveiiaieai dans ie droit.

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