LIV. IV. ACCORD DES GRECS ET DES
Mais poiu-êlre que M. Clniule demandera qu'on lui fasse voir que les Grecs aient approuvé posiiivement la traiissui)5lanlialion , et qu'il traitera tout ce que nous avons dit jusqu'ici de preuve négative. Pour moi, je ne raisonne pas de la sorle. Je ne regarde point si les preuves sont ncgalives ou affirmatives , mais si elles sont claires, concluantes, convaincantes el sans rep:utie : el je lui soûlions que celle-là Test à l'égnrd de loulos les porsonfies raisonnables, li est ponrlnnt aisé de le conlenier sur ce point , en lui faisant voir la (ruissubsianliation posiiivpuient approuvée par les Grecs qui ont assisté au concile de Florence.
Je lui permets, s'il veut, d'appeler encore preuve négative l'argument (jue l'on peut tirer de ce que ]\iarc d'Éplicse, cet opiniâtre défenseur des opinions de l'église grec(iue, écrivit au pape, comme le témoigne Syropuliis ; qull étuil facile de conclure raccord des églises à ces deux conditions : Que l'on rclranchernlt l'addition (aile au Symbole, el que l'on défendrait de sacrifier avec du pain sans levain, \)0\u\i\ qu'il axone (pie cela fait \oir nianilestiimcnt (jue Marc d'Éplièse ne croyait pas que les Lutins fussent d.ins IVrrer.r lonoliaiit la iranssul)staii(iatioi) et la pjésence réelle. Mais voici des precves plus positives. Les Latins et les Grecs ét;inlc(Mivenus sur l'arlicle de la procession du S.-Esj ril, on iraila le neuvième jour de juin des aiures dilférends. El sur ce que les Lutins deuiaiidèrcni aux Grecs pnur luoi après les paroles de la consécration ils ajoulaient i ncore celte prière : Faites ce pain le précieux corps de votre Clii isl, et ce qui est dans le calice son précieux sang, en les changeant pur votre S.-Fsprit, les Grecs satislirenl à celle objcclion en ciîlte sorle : Fateri nos dicimus, per hcec verba Iranssubstuntiari sacrum panent, et fieri corpus Clirisli : c'est-à-dire : Nous dimeurons d\iccord que c'est par les parides évangéliqnes que le pain sacré est changé et fait le corps de Jésus-Christ. Je sais l)ien iju'il y a dans le Grec , «).eio&î6ai tôv gsïsv «.p-ro-j xaj yiverÔKt cw-
f/.v. XpiTTou , c'est-à-dire, mot à mot, que le pain divin est rendu parfait, est parfaitement cons'icré, et devient le corps de Jésus-Christ. Mais je dis , qu'éiant certain que les Latins à rpii on faisait celle réponse l'ont prise comme im aveu de la transsubslauliaii m, et ont conçu que le pain devenait réellement le corps de Jcs is-C.hiist , il est sans apiiarence que les Grecs l'aieul enlendne en un autre sens, et <pi'il est ridicule de préii'udrenu'il y eût une é ,uivoquee(lroyable entre les Latins et les Grecs ; les uns entendant un changement de substai.ce, et les autres im changement de vertu, sans que persoime ait aperçu ni démêlé celle C(|uivoque. Si les Grecs n'avaient pas pris ces puroles '.Il sous des Latins, Syropulns devait donc avoir averti ses lecteurs que l'on se moqua des Latins par une é luivoqiie. Marc d'Éplièse devait avoir fait la même remanpie. Ils devaient accuser ces entremelleurs , qui furent les arclievéïjiies de iNicée ei de Kiovie, de Trébisoiide et de Myiilène, de prévaricaliou ou de fourberie. Mais ils ne t'ont rien moins que cela. Syropulus se plaint bien dans son Histoire de ce qu'ils
LATINS DEPUIS LE XV SIÈCLE, etc. 498
semblaient avoir reconnu que la consécration se faisait par les paroles sacramentelles lirées de l'Évangili: ; mais il ne se plaint point qu'ils aient reconnu incidemment la transsubslanlialion ; et nous verrons que Mare d'Éplièse, bien loin de former celle plainte, reconnaît lui-même celte doctrine.
André de Sainte-Croix rapporte encore cet aveu que Bcssariou fil de la transsnbsiantialion au nom des Grecs, d'une manière plus précise, plus distincte et plus circonstanciée : et comme il y était présent, il ne mérite pas moins de créance que tous les antres historiens de ce concile. Voici les |>aroles qu'il attribue à Ressarion : Nous avons appris que ce sont les paroles du Seigneur qui changent et transsubstantieni le pain au corps d". Jésus Chritt, el le vin en son sang ; el que ces divines paroles ont toute la force de la IranS' substanlialion (l). Mais il ne faut point d'antre preuve de l'aveu que les Grecs ont ftiit dans le concile de Florence <!e la tianssubstaiiliaii 'U, que les paroles mêmes de la déliniiion (|ui fut signée par tous les cvêqiies, t.. lit latins que grecs, à l'exet'ptiou de itiarc dÉphese ; puisqu'il y est dit ex|)re>séineul que le corps de Jésus-Christ est vraiment fait aussi bien avec du pain tans levain qu'avec du pat i levé : In utymo, sive fermentato pane triliceo corpus Chrisii veraciter confia. Car on ne peut douter «pie tous les évéques latins n'aient ente du par ces paroles, que le pain levé et le piin azyme élaieiit telleinent Ir.inssubslantiés et chiingés au vrai corps de Jésiis-Clirisl, el q'ie ce ne so'l là le sens de ces mot-., in azym >, sive fermenlato corpus Chrisli veraciler confia. El l'on ne peut nier par ceiiséi|uent que les Grecs ne les aient entendus au même sens, à moins que l'on ne veuille prétendre que les mêmes lerines ont été entendus en un sens par une partie des évêques, el dans un sens tout con- Icaire p tr les autres, sans qu'il ait paru aucune marque de cette diversité de sens et d'explication, et sans que personne l'ait remarquée. El parlant voilà la transsubstantialioii éiablie par le consenlemenl cl des Grecs et des Latins, dans la définilion même du concile de Florence.