LIV. IV. ACCORD DES GRECS ET DES
qui suit dans l'ordre de la Liturgie, qui change effectivement LES DONS AU CORPS ET AU SANG MÊME DU SEI- GNEUR, qui est l'original représenté dans ces dons. > Reipsa transmutare jam dona in ipsum prototypum iltud corpus et sanguinem dominicum. Tout le reste de son écrit roule sur les mêmes principes , et ne tend qu'à prouver que ce sont les prières du prêtre qui sont opératives; qu'avant ces prières les dons sont encore anlitypes, c'est-à-dire figures; mais qu'après ccb prières ils ne le sont plus.
C'est Marc d'Éphèse qui parle; c'est à-dire, le plus opiniâtre ennemi de l'Église latine qui fût alors. C'est ce Marc d'Éphèse qui ne voulut point signer l'acte d'union ; qui Ht révolter toute la ville de Conslantinople contre l'accord; qui déchira les Latins et les Grecs qui s'étaient unis à eux, par toutes les calomnies et les outrages dont il se put aviser ; qui les a toujours traités d'hérétiques dans le concile, et après le concile. C'est ce Marc d'Éphèse qui porta le schisme jusque dans le tombeau, et qui défendit expressément que ceux qui avaient signé l'union assistassent à ses funérailles; et c'est lui néanmoins qui rend un témoignage si ilkistre à la Iranssubstanlialion. Il combit l'Église latine dont il savait les sentiments et dont il entendait le langage sur les paroles de la consécration; mais il approuve formellement sa doctrine sur la transsubstantiation , et il l'exprime en des termes qu'il savait bien devoir être pris en ce sens par les Grecs catholiques contre lesquels il écrit.
Aussi le cardinal Bessarion, qui a répondu à toutes les raisons de ce trailé de Marc d'Éphèse, dans un écrit qu'il a fait sur cette matière, ne l'a pas entendu autrement. Il réfute Marc d'Éphèse sur l'opinion par laquelle il attribuait l'effet de la consécration aux prières du prêire : mais il ne témoigne en aucune sorte que Marc d'Éphèse et les Grecs ne convinssent pas avec l'Église latine dans le dogme de la transsubstantiation. Il exprime lui-même cette doctrine en toutes les manières dont on la peut exprimer; mais toujours comme un dogme non contesté. Il dit que la vérité DU CORPS et DU SANG DE Jésus-Christ cst contenue sous les espèces du pain et du vin ; la substance du pain et du vin ÉTANT changée en ce corps et en ce sang. Il dit que ceux qui communient indignement reçoivent le vrai CORPS de Jésus-Christ, mais qu'il ne reçoivent pas feffet du sacrement. Il dit que le corps qui est consacré et formé dans ce mystère , est le même corps qui a été conçu de la bienheureuse Vierge par l'opération du Saint- Esprit. 11 dit que la transsubstantiation du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ , qui se fait en un instant, surpasse tout esprit humain. Il dit que la substance du pain et du vin demeure dans sa nature jusqu'à ce que les paroles de la consécration soient prononcées; mais qu'au dernier instant de ces paroles la consécration se fait, la transsubstantiation s'achève, le sacrement est consommé. Enfin , il faudrait presque transcrire tout ce trailé pour rapporter tous les passages où il exprime son sentiment sur la présence réelle et la transsubstantiation.
LATINS DEPUIS LE XV ' SIÈCLE, etc. 502
M. Claude nous dira sans doute que ce serait fort inutilement : qu'il ne doute point du sentiment de Bessarion; qu'il parle en transsubstantiateur; mais qu'il ne faut pas s'en étonner, puisque c'est un cardinal de l'Église romaine qui parle. Il est, vrai que c'est un cardinal qui parle ; mais c'est aussi un des principaux et des plus savants archevêques de l'église grecque, et des plus instruits de ses sentiments. C'est un archevêque qui a toujours parlé de la même sorte sur ce mystère, et dans le concile, et après le concile . C'est un archevêque qui ne pouvait ignorer le sentitiment des Grecs, parmi lesquels il avait été nourri, et qui suppose par tout ce traité qu'il n'a aucun différend avec Marc d'Éphèse sur l'effet de la consécration , mais seulement sur les paroles qui l'opèrent C'est un Grec réconcilié avec l'Église romaine qui écrit contre son ennemi particulier, avec lequel il avait eu souvent prise dans le concile, et qui l'avait déchiré outrageusement après le concile. Toutes sortes de raisons l'obligeaient donc à découvrir l'erreur de Marc d'Éphèse sur la présence réelle et la transsubsianlialion. Il ne le fait point : il ne l'en a donc point cru coupable. Il prend ses paroles dans le même sens qu'il les prenait lui-même, c'est-à-dire, dans le sens de la transsubstantiation. Il les y faut donc prendre. Il suppose que Marc d'Éphèse croyait que les prières du prêtre produisaient l'effet qu'il soutient devoir être uniquement attribué aux paroles du Seigneur. Il ne l'accuse point d'avoir détruit cet effet, mais de l'avoir attribué à ces prières. 11 n'y a donc pas lieu de l'en accuser; car il connaissait sans doute mieux les sentiments de Marc d'Éphèse que M. Claude. Et comme il paraît manifestement qu'il n'y a point eu de con.. lestation entre Bessarion et Marc d'Éphèse sur l'effet de la consécration , c'est-à-dire sur la transsubstantiation, il est clair aussi que le témoignage de Bessarion ne doit pas être considéré comme la simple opinion d'un cardinal de l'Église romaine, mais comme la voix de l'église grecque.
L'on peut faire la même réflexion sur ce que l'on lit aussi en d'autres écrits de Marc d'Éplièse, faits contre le concile de Florence , et dans les réponses de ceux qui l'ont réfuté touchant la transsubstantiation. Marc d'Éphèse , dans une lettre écrite à tous les chrétiens de la terre , omnibus ubique lerrarum degentibus cliristianis , accuse les Grecs qui avaient consenti à l'union , d'avoir fait un mélange monstrueux et incompatible de la vérité et de l'erreur , et leur donne pour cela le nom A'hyppocentaures. Et appliquant cela aux azymes, il dit que les Grecs avaient confessé avec les Latins que les azymes étaient le corps de Jésus- Christ, et que cependant ils n'osaient communier avec les azymes : ce qu'il dit parce que l'église grecque avait conservé sa coutume de sacrifier avec du pain levé. Il reproche donc à ces Grecs, non de dire avec les Latins que le pain consacré est le corps de Jésus- Christ ; mais de dire que le pain sans levain peut être matière du sacrement. Et celui qui lui répond, qui est Grégoire , ne reproche pas à Marc d'Éphèse qu'il
no croit en nHcnne sorte que le pain soit le corps de JéiJS Ciirisl; mais il lui prouve (|tie le pain sans levain peut aussi bien èlre changé au corps de Jésns- Chrisl qne le pain levé. Il ne faut pas croire , dit il, aue quoitjuon n'ait pas mêlé dans ta pâle un petit morceau de levain , tout le reste soit inutile , et s'irtout que les paroles du Seigneur soient sans effet , lesquelles
CHANGENT LE PAIN ET LE VIN MÊLÉ d'eAII EN SON CORPS
ET EN SON SANG. El sur ce fjue Marc d'Éplièse avait objecté qu'en approuvant los azymes on avait introduit deux sacrifices dans l'Église, Grégoire réitond que ce nVst qu'un même sacrifice, parce que celait toujours la même malicre , qui est le pain de froment et le vin mêlé d'eau, sur lesquels Jésus-Christ avait prononcé : Cest mon corps , c'est mon sang ; et que cette matière était toujours faite son corps pur la vertu de CELUI QUI LA CHANGE c Filquc mutcriu liœc corpus ipsiiis, virlule ejus qui luvc transmutai
Jean l'insiadèiic , ani&ur grec, qui avait fait un dialogue louchant le conc.le de Florence, où il inlroduil un Crtc schi malique qui dis;»ule avec un calliu- Tniue de ions les points contestés, marque si préi'isé- ^lenl l'oiiinion desGiecs et des Laliiis, cl leur accord dans la lranssiibslaiitialio;i , <pril faiil renoncer au sens commun pour en douier. Le Grec scliismali(iue propose son doule en ces termes : i Le décret d'union, dil-il, assure qu'il ne faut poinl douter que le corps de Jésus-Christ ne se fasse, tant avec du pain levé qu'avec du pain azyme, el (|ue l'un el l'autre ne sont que la même chose. Or celle décision trouble mcui esprit : car comment peut on dire que l'un el l'aiilre sacrifice soient une même chose, puisque l'un se fait avec du pain azyme, et l'autre avec du p;iin levé? II ajoute un peu après que quoique le pain sans levain soil du pain , iié.inmuiiis c'est un pain imparfait, et qu'il n'y a que le pam levé qui soit parlaitcmcnt pain : qu'ainsi il faut faire le corps de Jéaus-Clnisl du pain liarl'ait, el in)n du pair, imparfait. » Le calhulique réplique : < Si les accidenls du pain étaient cliangés au corps de Jésus-Chnst, votre raisonnement sérail juste; ■mais n'y ayant que la substance qui soit changée au corps du Seigneur , et non les espèces, vous vous tronqtcz vous-même par ces vains raisonnement. Car le Seigneur ne change pas les espèces ou li'S accidenls ; mais il change , par la verlu de ses paroles, la substance même qui est ce qui nourrit dans le pain, en son propre corps, non seulement dans le pain levé, mais aussi dans les azymes, i
M. Claude ne dira pas au moins, que ce Grec catholique n'exprime pas bien la doctrine des catholiques. Voyons donc ce que le schismaiiqne y répondra, f J'avoue, dil-il , et je ne contredis pas que la tubslance du pain ne soit changée un corps du Seigneur : mais la substance du pain levé ayant pins de force que celle du pain azyme, il faut choisir (ilulôt le pain levé que le pain azyme. » Le catholique répond : i En suivant ce que vous diies, il faudra attribuer de riiiipuissance aux paroles du Seigneur, puis(iu'elles ne Ijourront avoir leur effet si le pain n'est levé : et ainsi
TOUCHANT L'EUCIIAUISTIE. 504
la qualité de la matière aura plus de force que la parole de Dieu, qui change toutes choses. Or cpii aura la hardiesse de dire que la parole du Seigneur, qui aflerinit le ciel et la terre, fasse voir sa force dans toutes les autres choses, mais qu'elle ne puisse rien sur du pain azyme? A-t on jamais ouï parler d'un plus horrible blasphème?.. Ce sont les paroles du Seigneur qui changent l'un el l'autre (c'esl- à-dire le pain levé et le pain azyme) en son corps el en son sang ; et c'esl ce que doivent croire, sans hésiter, tous ceux qui ont quelque soin de leur salut, i
Gennadius Scholarius, dans le livre qu'il a fait pour Il défense des cinq articles du concile de Florence, en soutenant ce que le concile avait décidé touihant les azymes, fonde sa doctrine sur celle de la présence réelle et de la Iranssubslasitiaiion. t Nous, dit-il, qui ne voulons pas diviser Jé^us Clirist, qui est un, en appelant Tiin Grec et l'autre Latin, nous ne disons poinl qu'il y ail un doul)le sacrifice, en divisant en deux le corps de Jésus-Chrisi, et appelant l'un azyme et l'autre pain levé r mais nous confessons et nous enseignon^ que l'un et r.uilre est le corps de Jésus- Christ, croyant que c'est tonjours le mênit;, quoi .pi'il soit lail en diverses manières. Dans la section quatrième il dit que nos mystères ne sont pas la ligure, mais la vérité même. L'apparence extérieure en est différente de ce que l'on y conç >il par cette apparence : car dans le pain visible, le vrai corps de Jésus-Christ est contenu, lequel n'est vu que par les anges qui l'adorent. Dans la seeiion cin-juième il dit que ce soni les paroles du Soigneur v(ki changent le
VAIN ET le vin mêlé d'eaU EN SON CORPS ET EN SON
SANG- Et à la fin de celle section : Si donc celle parole CHANGE les dons proposés au corps et au SANG
DE Christ, el opère les redoutables mystères, il serait bien étrange qu'elle n'eût point d'effet lorsqu'il y manquerait un peu de levain, i
Je ne m'arrête pas ici à réfuter toutes les chicanes de Rivet et de Crcigton conlre ces auteurs qui ont écrit pour le concile de Florence : on les peut voii' dans le livre d'AIIatius de Perp. consens, et dans ses Exercitalions contre Creiglon, où il fait voir qu'ils sont aussi mauvais critiques que mauvais théologiens. Il me suffit que ces écrits aient été faits par des Grecs du temps dit concile de Florence, et c'est de quoi l'on ne peut raisonnablement douter. Mais on peut faire en passant trois remarques sur ces passages, et sur les autres semblables que l'on peut alléguer des autres Grecs de ce temps-là, catholiques ou scbismatiqnes.
La première est que ces auteurs déclarant trèsformellement el très-clairemcnl leur sentiment sur la présence réelle et la transsubstantiation, ne le font néanmoins jamais à dessein, mais seulement par rencontre, et en traitant d'autres questions. Ils ne proposent point la tr.anssubstanlialion comme un dogme (ju'ils veulent défendre, parce qu'il n'était point alta(|ué; mais ils Cexprimeiit en passant, parce quo la matière les conduisait à en parler, et qu'ils ne \>oa-