CHAPITRE VJ
Vingt-cinquième preuve , Urée de l'histoire de Cyrille, qui, ayant été perverti par les calvinistes , trouva moyen de s'élever premièrement sur le siège d'Alexandrie, et puis sur celui de Constanlinople , dont il fut dépossédé pour ses erreurs.
Mais voici un autre personnage , dont les calvinistes prétendent tirer des avantages beaucoup plus grands. C'est un appelé Cyrille, natif de Candie. Il fut d'abord disciple de Méléiius, patriarche d'Alexandrie, qui le fit prêtre, et depuis de ce Margunnius dont nous avons déjà parlé. Ilottinger relève son esprit par la multitude des langues qu'il apprit à écrire et à parler : mais c'est plutôt une marque de sa mémoire que de son jugement. Il eut commerce avec Antoine de Dominis, et son inclination le porta toujours à conférer avec tous les calvinistes qu'il put rencontrer.
Il faut avouer sur ce point que les ministres prouvent parfaitement bien qu'il embrassa les sentiments de Calvin , premièrement dans le cœur , et ensuite ouvertement.
// rapporte lui-même , dil Hottinger dans une lettre qu'il a écrite à de Dominis, qu'ayant conféré avec Fnxius , docteur de Transylvanie , et orthodoxe ( c'est-àdire calviniste, dans le langage de ce ministre), il reconnut la vanité et la faiblesse des subtilités que les superstitieux apportent pour l'itivocalion des saints ; et qu'au lieu qu'il avait été jusqu'alors branlant et incertain, il se rendit entièrement à la force invincible de la vérité. Je connus , dit-il , par la grâce de Dieu , ce que c'est que d'avoir pour la règle de son salut la parole de Dieu , au lieu de suivre les songes et les fantaisies des hommes; ce que c'est que d'édifier sur le fondement de Jésus-Christ des choses précieuses, et de n'y édifier que du bois, du foin et de la paille.
Le voilà donc déjà calviniste, non seulement sur
l'invocation dos saints, mais aussi sur les traditions et sur rautorilé de l'Église; car c'est ce qui est enfermé dans ces paroles : De reconnaître la parole de Dieu comme la règle unique de son salut. Mais c'est par cbangcinenl de relijion et de créance ; c'est en abandonnant et en condamnant "les opinions qu'il avait apprises dans le sein de son église, pour suivre celles qui lui furent inspirées par les disciples de Calvin et par la lecture de leurs livres. 11 devint calviniste comme un catholique qui se pervertit le peut devenir;
Cyrille fut obligé de sen aller au mont Albos, d'où il partit quelque temps après pour se retirer en Pologne.
Je rapporte toute cette histoire principalement snr la foi d'AIlatius , qui a eu un soin particulier de s'en informer, et qui, étant Grec de nation, est plus croyable que des ministres holbmdais ou suisses, et ciilre autres que Holtinger, qui est un des plus emportés et des moins sincères des écrivains que j'aie jamais Ins. Mais le fond de notre contestation ne dépend nuUeet je ne vois pas que les calvinistes aient grand sujet ment de la vérité de ces faits; et on les pourrait sup-
de se glorifier d'avoir pu gagner en Orient un seul Lomme.
ilottinger attribue le progrès qu'il lit dans le calvinisme à la lecture des livres de théologie qui lui furent donnés par l'ambassadeur des états-généraux ;
poser tels que les ministres les rapportent, sans que la cause des catholiques en fût blessée , ni que celle des calvinistes en reçût aucun solide avantage.
Allaiius raconte donc que le patriarche Timoihée mourut quelque temps après, ayant éié empoisonné
et l'on peut juger par la qualité de l'ambassadeur chez l'ambassadeur de Hollande par Josaphat de l'ile quels livres de théologie ce pouvaient être. d'Andros, lorsqu'après le dîner ils s'excitaient l'un
Mais tout calviniste qu'il fût dans son âme, il n'osa l'autre à boire. Le poison parut en ce que sitôt que
pas sitôt faire paraître ses sentiments, et il ne témoigna extérieurement qu'une aversion violente contre le pape : ce qui ne servit pas peu pour le faire entrer dans les bonnes grâces de Méléiius , qui le fit supérieur d'un monastère, et se servit de lui pour euipèclier, s'il eût pu, l'union de quelques églises grecques
Timoihée fut retourné chez lui, il fut saisi d'une colique violente , d'une pesanteur de tête , d'un ébloi;issement, d'une palpitation de cœur, et d'un tremblement de membres ; ce qui l'obligea d'envoyer quérir un médecin, nommé Apollonius. Mais ce médecin, qui avait éié gagné pour une somme de mille écus , lui
de Pologne avec le pape. Allaiius parle encore d'ut^e donna un nouveau poison dans un remède , qui le fit
autre ambassade en Valachie et en Saxe. On lui fait courir de grands dangers dans la négociation de Pol(tgne, de la part des catholiques : mais Hottinger a grand tort de n'en rapporter aucune preuve; car jamais homme ne mérita moins que lui d'être cru sur sa parole. AUatius dit que , pour souscrire des articles contre les catholiques, il reçut cinq cents écus en Allemagne ; qu'il fut depuis envoyé en Candie, afin de ramasser de l'argent pour le patriarche, et qu'ensuite, à son retour, Méléiius ayant été transféré à Constanlinople , il se servit de l'argent qu'il avait amassé pour occuper sa place, au préjudice d'un autre qui était élu d'un commun consentement : ce qui n'esl pas difficile à ceui qui ont de l'argent, en un pays où ces sièges sont maintenant à vendre au plus olfrant.
Quoi qu'il eu soit , il ne s'ensuit nullement de son élection au patriarcat , que les Grecs aient ou toléré ou approuvé ses sentiments sur l'Eucharislie, puisqu'il les cachait encore; comme l'on ne doit pas supposer que l'on ait cessé à Alexandrie d'invoquer les saints, parce que Cyrille était déjà persuadé que cette invocation était superstitieuse et contraire à l'Écriture.
Voilà donc déjà Cyrille fort élevé dans l'église grecque , puisque le voilà palriarclie du second siège. Mais comme l'ambition n'a point de bornes,ce siège ne lui servit que de degré pour s'élever à celui de Conslantinople. il y alla lui-même pour y faire ses pratiques : mais s'étant trouvé moins appuyé que Timoihée, ou moins riche, comme les ministres le publient, ce Timothée lui lut préféré. El comme Cyrille ne cessait point de cabaler contre lui, et que Timothée, qui en était informé, était en étal de s'en ressentir.
bientôt mourir. Cette méchanceté ne demeura pas inconnue ; car ce Josaphat, qui fut fait, en récompenso, archevêque de Calcédoine par Cyrille , s'étant depuis brouillé avec lui , découvrit tout ce qui s'était passé. Ce qui ayant animé Cyrille contre lui , il fit en sorte qu'on lui envoya des janissaires de sa connaissance pour l'amener à Constanlinople , qui l'étranglèrent sur le chemin , et jetèrent son corps dans la mer.
Cela n'arriva que longtemps depuis. Mais aussitôt après la mort de Timothée, Cyrille trouva moyen de se faire élire patriarche de Constanlinople ; et pendant quatre mois, pour n'effaroucher pas les Grecs, il fit encore profession de la religion grecque, qui , hors les points de la procession du S.-Espril et des azymes, est presque la même que la cathclique. Mais après ce temps, comme il avaii ses engagements arec les Hollandais qui lui prêtaient de l'argent pour tous ses besoins, il ne différa pas davantage à s'acquitter envers eux de ses promesses, en publiant ses erreurs parmi le peuple.
11 ne faut pas s'imaginer néanmoins qu'il l'ait fait avec un si grand éclat. Il gagna par des pratiques secrètes quelques personnes : il publia une confession de foi en son nom, contenant les erreurs des calvinistes ; mais il n'analhématisa point ceux qui tenaient le contraire. Il était permis à chacun decroir*, ce qu'il voulait. Il ne changea rien dans rextériem.' de l'Église : et ainsi, comme il est certain qu'il était lui-même dans l'erreur, il est certain aussi qu'elle demeura renfermée en lui, et en un petit nombre de gens de sa cabale.
L'état où les Grecs sont réduits sous la tyrannie des Turcs, fait assez juger qu'il ne leur est pas facile