‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 143 sur 335 · LIV. IV. ACCOHD DES GRECS ET DES · texte numérisé non relu

LIV. IV. ACCOHD DES GRECS ET DES

(le se délivrer d'un mauvais patriarclie ; puisque, pourvu qu'il ait de l'argent, il est toujours le plus fort auprès des Turcs, et que, sous préiexle de sédition , il (ail étrangler et empaler ceux qu'il lui plaît. C'est pourquoi il est fort naturel que, dans ces occasions, personne ne se hasarde, et qu'en conservant la vraie loi, on se contente d'attendre de Dieu sa délivrance.

On ne devrait donc point s'étonner quand les Grecs auraient supporté Cyrille ; puisque , comme nous avons dit, il ne contraignait positivement personne d'embrasser ses sentiments, et qu'il était calviniste en quelque sorte pour lui, et non pour les autres. Et ainsi les efforts étranges que les Grecs ont faits pour le faire chasser de son siège sont dignes d'admiration, et marquent en eux un extrême zèle pour leur foi.

Ils ne furent pas longtemps à s'élever contre lui dès qu'ils eurent découvert quel il était; et l'ayant déposé dans un synode, ils obti,nrent, en donnant de l'argent au grand-seigneur, qu'il fût envoyé en exil à Rhodes. Les calvinistes attribuent ce soulèvement aux jésuites, et prétendent qu'ils y excitèrent les Grecs; mais les Grecs n'amient pas assez les jésuites pour s'unir à eux , à moins que le commun intérêt de la religion ne les y oblige.

Cyrille trouva bientôt moyen de sortir de son exil, en donnant de l'argent au sultan. Et comme les Grecs continuèrent de leur côté de faire tous leurs efforts p >ur se délivrer de sa domination , l'on vit durant plusieurs années un étrange spectacle dans cette église alfligée. Car les Turcs, se riant de ces divisions, étaient toujours prêts de bannir ou de rétablir ( yrille, selon qu'on leur donnait plus d'argent de part ou d'autre. Les Grecs faisaient ce qu'ils pouvaient pour lo faire chasser de Conslanlinople, en donnant de l'argent au grantl-seigneur. Cyrille de son côté, pour se mnititenir, prenait à usure des Hollandais de grandes sommes qu'il levait ensuite sur ses églises.

Enfin, comme il avait fait périr plusieurs évèques et prêtres, il éprouva le même traitement qu'il avait si souvent procuré aux autres : car, ayant été chassé de son siège pour h dernière fois, et relégué vers le Pont-Euxin , il lut tiré de prison peu de jours après , et étranglé |tar l'ordre du grand-seigneur. Son corps ayant été jeté sur le rivage, y fut enterré ; mais la fosse n'ayant pas été bien recouverte, il fut déterré déjà tjut puant et plein de vers par des personnes qui croyaient trouver quelque chose de précieux dans Fon tombeau; et comme ils y furent trompés, ilslaisïièrent son corps exposé aux bêtes.

Voilà la fin de ce patriarche calviniste, qu'ils n'ont pas manqué de faire passer pour un martyr, quoique \x cause de sa mort soit bien éloignée de lui pouvoir faire mériter ce litre, et qu'il n'y ait rien en sa vie qui ressente le martyr. Ils en accusent son successeur, Cyrille de Bérée, et ils prétendent que ce fut par ses faux rapports qu'il engagea le grand-seigneur à celte cruauté. Maisoutre qu'ils le disenl sans le prouver, il est encore incertain si ces rapports étaient faux : de sorte

LATINS DEPUIS LE XV SIÈCLE, etc. , 530

qu'ils fondent contre lui une accusation certaine sur deux choses inconnues et non prouvées.

Mais pour revenir à Cyrille, c'est bien inutilement que les calvinistes se mettent en peine de prouver qu'il a été de leur sentiment. Personne ne le leur conteste. Il le dit lui-même très-nettement : car que peut-on désirer de plus clair sur ce sujet, que ce qu'il écrivit à un calviniste, et qui est rapporté par la plu-' part des auteurs nouveaux, comme par Holtinger, Rivet, Hornbec. J'ai voulu, dit-il, écrire ces choses à votre révérence, afin de la supplier qu'elle me serve de témoin, s'il m'arrive de mourir, que je mourrai catholique orthodoxe dans la foi de Noire-Seigneur Jésus- Christ, et dans la doctrine évangéiique, qui est conforme à la confession belge, à ma confession et à celle des autres églises évangéliques, qui s'accordent toutes entre elles ; que je déteste les erreurs des papistes, et les superstitions des Grecs ; que j'approuve et que j'embrasse la doctrine de l'illustre docteur Jean Calvin, et de tous ceux qui suivent ses sentiments. C'est ce que je vous prie, M. Léger, d'attester pour moi ; puisque c'est avec une conscience très-sincère que j'embrasse cette doctrine, que j'en fais profession, comme ma confession le fait voir.

Qui s'étonnera qu'un homme si déclaré, qui condamne également les Latins et les Grecs, ait fait une confession de foi conforme à ses erreurs? Et qu'en peut-on conclure, sinon, que les calvinistes ont gagné ou persuadé un Grec; qu'il Font élevé au patriarcat par leur argent, et qu'ils ont lâché de s'en servir pour semer leurs erreurs dans l'Orient? Mais d'en conclure, comme fait M. Claude, que la confession de foi de ce Cyrille représente les sentiments de l'église grecque avant Cyrille, et du temps même de Cyrille, c'est abuser avec trop de hardiesse de la simplicité de ses lecteurs. J'aimerais autant dire que la confession des ministres de Charenton représente les sentiments de l'église de France ; ou que la confession de l'église anglicane, sous ÉUsabeth, nous fait voir la foi qui y était sous Marie, à qui elle succéda.

// rejette, dit M. Claude, dans cette confession de foi la transsubstantiation. On pourrait lui répondre, qu'il n'explique point ce que c'est que cette transsubstantiation qu'il rejette sous le mot de //sTOUJîujt;, qui n'est pas celui dont les Grecs se servent ordinairement pour l'expliquer ; qu'il ne dit point que le pain demeure ; qu'il assure, par une équivoque malicieuse, qu'il confesse la présence véritable et réelle de Jésus- Christ dans l'Eucharistie, quoiqu'il la réduise à une présence de foi : ce qui est encore équivoque, étant vrai qu'il n'y a que la foi qui nous assure de la présence de Jésus-Christ, quoique ce ne soit pas la foi qui le rende présent. Il est visible qu'il a obscurci cet article à dessein, et qu'il n'a osé condamner aussi ouvertement qu'il eût désiré la foi de l'église grecque, afin de s'y conserver quelques partisans par l'obscurité afTeclée de ses paroles. On pourrait lui dire encore que Cyrille a bien reconnu lui-même que cette confession était contraire au sentiment des Grecs, et qye c'est ce qui l'a porté à la finir par ces paroles :

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