CHAPITRE VU
ViNGT-sixiÈME PREUVE de l'unton de l'église grecque avec
la latine sur le mystère de l'Eucharistie, par ce qui est
arrivé depuis la inort de Cyrille Lucar.
11 faut avouer que jamais personne ne fut moins incommodé des passages ni des histoires que M. Claude,
LIV. IV. ACCORD DES GRECS ET DES et iju'il a un secret admirable pour s'en délivrer : car les passages, dans son livre, ne disent juslemenl que ce qui lui est nécessaire pour sok dessein, et les liisloires de même ne conlienneiil précisément que ce qui 3ui est favonible. Mais aussi il ne faut pas les en détacher, ni prétendre s'instruire par ce qu'il en dit, ni (lu sentiment des auteurs qu'il cite, ni de la vérité des événements qu'il rapporte ; car les idées qu'il en donne sont si étrangement confuses , que quand on vient à voir les choses en détail, on est épouvanté de la hardiesse avec laquelle il se joue de la crédulité des simples. En voici un exemple considérable, dans la manière dont il raconte l'opposition que l'église grecque a faite à Cyrille durant sa vie et après sa mort.
V Église romaine , dit-il , a été fort choquée dhine déclnralion si distincte et si claire, et s'est servie de la plume de quelques Grecs, transfuges ou déserteurs, pour invectiver contre ce patriarche. Mais son église l'a toujours reconnu pour vrai et légitime patriarche jusqu'à son mar~ lyre , qui arriva l'an 1638 , et sa mémoire a été , et est encore en bénédiction parmi ces peuples , comme d'un saint et d'un martyr de Jésus-Christ.
Qui devinerait jamais par ce récit que Cyrille ail été chassé quatre ou cinq fois de son église durant son patriarcal ; que les Grecs aient fait de continuels efforts pour se délivrer de sa tyrannie ; qu'il ait passé dans Texil une partie de sa vie ; qu'il n'ait été rétabli qu'avec de l'argent que les Hollandais lui prêlaient à usure, et qu'il extorquait ensuite des églises dont il se faisait obéir par le moyen des Turcs ; qu'il ait été solennellement condamné etanathématisé après sa mort en deux synodes et par deux patriarches : l'un qui était favorable à l'Église romaine, l'autre qui lui était très-contraire , et qui étaient avec cela très-ennemis l'un de l'autre ? Et néanmoins c'est là l'histoire que M. Claude a enveloppée sons cet embarras de paroles, ou plutôt sous cet amas de faussetés.
Car pourquoi fait-il passer pour transfuges et pour déserteurs ceux qui ont tâclié d'établir d'autres patriarches que lui durant sa vie , puisqu'ils en avaient une cause si légitime et si pressante? Pourquoi nous dit-il que son église l'a toujours reconnu pour vrai patriarche, piiisqu'elle a fait tant d'efforts pour le chasser ; qu'elle l'a chassé en effet tant de fois, et qu'il ne s'y est rétabli que par l'autorité souveraine du grandseigneur? Pourquoi dissimule-t-il la condamnation solennelle qui fut faite des dogmes et de la personne de Cyrille Lucar par Cyrille de Bérée, son successeur, à la tête d'un concile, et par Parihenius, successeur et ennemi particulier de Cyrille de Bérée, à la tôle d'un autre concile? N'y a-t-il donc qu'à tromper ainsi le monde, en lui disant hardiment qu'un homme anaihémaiisé deux fois par toute l'église grecque, et qui n'a été justifié par aucune assemblée ecclésiastique , tîsl regardé par cette église même comme un martyr? Je ne répéterai point ici les autres oppositions qu'on a faites à Cyrille Lucar durant sa vie : nous en avons déjà assez parlé ; mais je remarquerai seulement en uas^ani qu'avant lâché d'attirer à son parti le patriar-
LATLNS DEPIjIS LE XV SIECLE, etc. oU
che d'Alexandrie Gérasinus, et lui ayant adressé pour cela les lettres de l'ambassadeur de Hollande, qui l'invitait de s'unir aux calvinistes , et lui promettait de faire ériger à Amsterdam des séminaires où l'on instruirait les Grecs , ce patriarche refusa ces propositions, et témoigna qu'il ne pouvait s'unir avec eux. Encore , dit-il, qu'il n'y ait rien de plus souhaitable que l'union et la concorde entre les frères, l'apôtre S. Paul nous avertit néanmoins que non seulement il est périlleux de s'unir avec des gens qui ont une foi di/j'érente de la nôtre, mais qu'il n'y a rien que l'on doive plus éviter. C'est pourquoi je ne puis pas dire que vous soyez de notre corps , de notre société , de notre communion ; puisque
VOl'S NE PAUTiCIPEZ PA.S AU MÊME CORPS DU SeiGNEUR ,
et que vous n'êtes pas marqués de la même image de la foi. Et je ne vous annonce point la paix en Jésus-Christ, et selon Jésus-Christ , si ce n'est celle que Jésus- Christ donne au monde. 11 leur proteste ensuite qu'il reçoit les traditions écrites et non écrites. Il refuse l'offre qu'ils lui avaient faite de l'érection de collèges, si ce n'est qu'Us permissent que les enfants y fussent instruits par des Grecs; parce, dit-il, que l'ignorance avecla piété, qui est souvent accompagnée du zèle de Dieu , est beaucoup meilleure qu'une science destituée de la vraie foi. C'est à quoi se réduisent les pratiques de ce Cyrille auprès du patriarche d'Alexandrie.
11 ne paraît pas qu'elles aient été plus efficaces envers les autres. Mais comme tout dépend en Orient de l'autorité du grand-seigneur, et qu'il est toujours prêt de favoriser sans distinction tous ceux qui lui donnent le plus d'argent, Cyrille se maintint par ce moyen durant sa vie contre l'opposilion de son église; et les autres églises n'eurent pas une liberté entière de faire paraître le sentiment qu'elles avaient de sa doctrine. 11 demeura, tout calviniste qu'il était, patriarche de Conslantinople , comme il y serait demeuré s'il avait été arien. Et quand il plaira aux sociniens de faire patriarche de Conslantinople quelque grec qu'ils auraient empoisonné de leur doctrine, pourvu qu'ils soient résolus de faire la dépense nécessaire, ils y pourront réussir comme les Hollandais y ont réussi.
C'est donc proprement la suite qui doit faire voir si c'est par une tolérance forcée, ou par une persuasion véritable que l'église grecque a souffert Cyrille ; et par cette règle il est bien aisé de juger de son sentiment. Car on ne pouvait pas donner des marques plus éclatantes de détesiation, d'horreur, d'improbation pour la doctrine de Cyrille, que celles qu'elle en a données.
Après la mort de Cyrille Lucar, Cyrille de Bérée ayant été établi en sa place, il crut que, pour réparer l'honneur de l'église orientale , flétrie en quelque sorte par l'apostasie de Cyrille , et par la confession qu'il avait publiée faussement au nom de l'église grecque , il la devait faire légitimement condamner. Il assembla pour cela un synode où se trouvèrent les patriarches d'Alexandrie et de Jérusalem, avec vingttrois des plus célèbres évéques de l'Orient , outr« tous les officiers de l'église de Conslantinople. Dans
^r^ PERPÉTLITE DE L\ KOI
te synode on exnmina la conlossion de Cyrilte , et l'im prononça anallièmc coiilre sr> personne presque Mir tous les cliefs. Kn voici quelciues-uns,
« Analhènie à Cyrille , qui a dit calomnieusemont, •'ans l'inscriplion de ses articles , que loule l'église îrieiitale éiait du sentiment de Calvin. Analhènie à ('Trille, qi!i en-eigne et qui croit que la sainte Église «1(1 Jésus Clirisl peut mentir. > Et lui peu après : « Analhènie à Cyrille, qui enseigne et qui croit, quoi- (prol)scurément et avec un déguisement artificieux, ,jue les saints ne sont pas nos médiateurs et nos intercesseurs auprès de Dieu , en disant que Jésus- (.lirist est le seul Médiateur, et qu'il est le seul qui a soin de son Église. Anatlième à Cyrille, qui enseigne t>l qui croit ((ue tout homme n'est pas lihre, comme !,! est clair par son quatorzième article. Anathème à Cyrille , «pii enseigne et qui croit qu'il n'y a pas sept sacrements dans l'Église. ., et qui soutient f.mssem* ni que J'ésus-Christ ne nous en a hiissé que deux dans l'Évanjîile, savoir le Baptême et la Cène. Analhènie à Cyrille, qui enseigne et qui croit que le pain que l'on offre, ni le vin non plus, ne sont point changent par la bcnédielion du prêtre et l'avènement d;i S. -Esprit, au vrai corps et au sang de Jésus-Christ; puisqu'il est écrit au dix-septième de ses articles héréiiques que ce que nous voyons et que nous prenons n'est point le corps de Jésus-Christ. Anathème à Cyrille , qui transgresse ainsi les oracles certains du S. -Esprit, et qui refuse découler la voix du Dieuhomme , qui a dit à ses di-ciples : Si vous ne mangez i,\ CHAîR du Fils de Hiomme, et ne buvez son sang , vous n'aurez point la vie en vous. Anathème à Cyrille, qui enseigne et qui croit, quoiqu'on paroles obscures, que ceux qui sont morts religieusement dans la pénitence, ne reçoivent aucune assistance des aumônes que leurs amis font pour eux , ni des prières de l'Église ; qui prétend que les justes jo^li^sent d'une béatiiiide parfaite, ei que les méchants sont dans une damnation achevée, et qui détruit le jugement et la récompense qui se doil faire au dernier et terrible jour; ce qui est contraire aux Écrilures inspirées de Dieu, et au consenlement unanime des théologiens. Anatliénie au détestable Cyrille ; anathème au nouvel iconomaque ; anathème à Cyrille, qui rejette l'honneur relatif des saintes images, et qui eût bien voulu le détruire, quoiqu'il n'ait pu. Anathème à Cyrille, qui , dans sa quatrième interrogation, appelle vain et frivole ce qui a été ordonné par les saints synodes louchant les images , et qui méprise ainsi le second concile de Nicée, qu'on appelle le septième synode universel. Anathème à ceux qui lisent les articles pleins de mensonges, écrits sous le nom de l'église orientale par Cyrille , comme contenant une bonne doctrine, et qui puisent dans ces articles le venin secret qu'ils conliennem. Car quoiqu'il y paraisse quelque ciiose de pieux à l'extérieur, néanmoins l'hérésie qui est caciiéc au-dedans se coule dans les esprits sans même qu'ils s'en aperçoivent. »
Tout ce que M. Claude peut alléguer contre ce sy-
TOUCHANÏ L'EUCHARISTIE. SSS
node est que Cyrille de Bérée, sous qui il a élé tenu . était ennemi déclaré de Cyrille Lucar, son prédéces. seur ; qu'il était uik a l'Église romaine? Mais tous ceux qui y assistèrent et qui le signèrent étaient-ils de même ennemis de Cyrille, et partisans de l'Église latine? Métrophane, patriarche d'Alexandrie, Tliéo-r phane , patriarche de Jérusalem , vingt-deux autres évêques qui y ont souscrit, tous les officiers de l'église de Constantinople , avaient-ils tous été g ignés par les Latins? Trahit-on ainsi sa foi sans résistance pour un intérêt de néant? Que pouvait faire Cyrille de Bérée à Métrophane et à Théophane, s'ils n'eussent pas voulu signer? Le peuple aurait-il souffert sans soulèvement que l'on eût ainsi condamné sa foi? Car il ne s'agissait plus d'une déclaration en l'air, comme celle de Cyrille Lucar, qui ne changea lien dans l'église de Constantinople : il s'agissait d'un anathème prononcé juridiquement contre la doctrine de Calvin, et contre tous ceux qui la tenaient, qui o!»ligoail par conséquent tous ceux qui y eussent élé atiachés de se séparer de la communion de Cyrille de Béiée, et de tons ceux qui avaient assisté à ce synode, puisque par-là ces évèiiues les avaient excommuniés. Cependant où sont ceux dans l'Orient qui se sont séparés de lui pour ce sujet? Où voil-on que le peuple et le clergé de Constantinople, d'Alexandrie et de Jérusalem , se soient révoltés contre leurs patriarches? Quel trouble est-il arrivé dans tous les évèchés de ceux qui ont prononcé cet anallièrne? M. Claude a moyen de s'en informer. On sait plus en Hollande des affaires d'Orient qu'en lieu du monde ; mais on peut dire par avance que si ces relations sur ce sujet sont sincères , elles seront assez courtes , et qu'elles se réduiront à un ou deux partisans de Cyrille Lucar, qui ont continué d'avoir commerce avec messieurs de Hollande, peut-être dans l'espérance de parvenir, par leur moyen, au même degré d'honneur où ils ont porté Cyrille Lucar.
Le reproche que l'on peut faire contre ce synode, de ce que Cyrille de Bérée, qui y a présidé, était uni à l'Église romaine, est donc vain et inutile; mais Dieu néanmoins a voulu détruire ce prétexte par une preuve Lien manifeste : car Cyrille de Bérée fut chassé quelque temps après de Conslanlinople par l'évêque d'Andrinople, appelé Parlhénius, qui s'établit en sa place, et qui, ayant fait reléguer son prédécesseur à Tunis, et craignant qu'il ne pût un jour revenir, fit en sorte, par le moyen des Turcs, qu'il fût étranglé. Jamais homme n'eut donc moins d'intérêt de maintenir les décrets de Cyrille de Bérée que ce patriarche, son successeur, qui eût eu intérêt, au contraire, de le faire passer pour un liéréli(iue, afin que son expulsion et sa mort ne parussent pas si injustes ni si criminelles. Cependant sitôt que Parlhénius fut établi datis le palriarcat, il en commença les fonctions en assemblant un synode composé de vingt cin(j évêipies, entre lesquels était le métropolitain de Moscovie. El là, après qu'on eut cxamuié de nouveau les articles de Cyrille Lucar, et qu'on eut découvert le venin de 1 hé-
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résie de Calvin qui y élait caché, ils furent icondainiiés par le jugement de tous ces cvcqncs.
Notis réprouvons, dit ce concile (1), entièremeul et iCun commun consentement ces articles. Nous les reje^ luns bien loin de notre église, comme étant pleins d'hérésie, et toiit-à-[ait éloignés de notre religion orthodoxe. Nous jugeons que celui qui les a écrits na point de part à noire foi : et nous déclarons à tout le monde tjue cet écrivain twus impose faussement, en voulant faire passer sa foi particulière pour celle de l'église grecque d'Orient; au lieu qu'elle eut toute calviniste, et non pas grecque. Nous séparons aussi de la congrégation des fidèles tous ceux qui lisent ces articles comme véritables et comme pieux; qui les soutiennent ou qui les défendent, vu pat paroles ou par écrit, comme étant fauteurs et participants de ces erreurs, et comme ravageant l'Église de Jésus-Christ. Nous les rejetons au rang des païens et des publicains, et nous déclarons qu'ils n'ont aucune communion avec nous, de quelque condition qu'ils soient. Qu'ils soient liés d'un éternel unathème ; qu'ils soient séparés du Père, du Fils et du S, Esprit, un seul Dieu en nature; qu'ils soient maudits, et en ce siècle et en l'autre, et qu'après la mort ils n'obtiennent point de pardon, mais qu'ils soient condamnés pour jamais. Notre église ne s'est jamais laissé emportera ces opinions; et nous prions Dieu que la grâce du S. -Esprit qui la gouverne, fasse qu'elle ne s'tj précipite jamais. Or, en confirmation de ce qui est ici arrêté, nous voulons que le présent décret soit inséré au registre de la grande église, et nous Cavons ici souscrit l'an de mlut 1G42, au mois de mars.
Vil-on jamais un désaveu plus formel et de rimpiéié de Cyrille, et de la hardiesse de M. Claude, qui a hien Oaé écrire que l'on regarde en Grèce comme un martyr un homme anaihémalisé si solennellement comme un héiéiique par toute l'église grecque?
Je ne rapporterai pas de quelle sorte tous les articles de la confession de Cyrille sont condamnés dans ce synode : mais pour celui de l'Eucharistie, voici de quelle sorte on y représente sa doclrine. Il ruine tellement^ dit ce synode, la divitie Eucharistie, qu'il ne lui laisse que la figure toute nue; comme si nous étions encore asservis à l'ombre de l'ancienne loi : car il nie que le pain qui est vu et vuingé soit, après la consécration, le vk ai corps de Jésus-Christ; mais il veut qu'il ne le soit que spirituellement, ou plutôt par imagination : ce qui est le comble d'impiété. Car Jésus- Christ n'a point dit : Ceci est la figure de mon corps ; tuais il a dit : c'est mon cokpb et c'est mon sa.ng ; et il a dit cela en parlant de ce que l'on voit et de ce que l'on reçoit, de ce que l'on mange, de ce que l'on rompt, après qu'il a été sanctifé et béni.
M. Claude ne pouvant désavouer que ces Grecs ii't'nseigneut et la présence réelle et la iranssubstanlialion, se réduira peut-être à dire qu'ils ont condamné l'opinion des calvinistes sans l'entendre ; puis-
(1) Ce synode a été imprimé par Cramoisi, en 16i8, el il est rapporté par Allatius, de Perp. Consens. , o. iU28.
LATINS DEPUIS LE XV SIECLE, etc. 53S
qu'ils ne veulent pas que le pain soit une ligure vide, une simple figure; mais une figure pleine, uno figure cificace, une figure revêtue des droits de Jésus- Christ; une figure inondée do la grâce du S.-Esprit. Pourquoi donc, dira-t-il, nous atlrihucnt-ils et à Cyrille, de n'admettre qu'une figure nue?
C'est la réponse qu'il fait d'ordinaire pour se tirer des passages semblables , où les Pères reprochent à ceux qui ne veulent pas demeurer d'accord que l'Eucharistie soit le corps de Jésus-Christ, qu'ils la réduisent donc à n'en être qu'une figure toute nue, sCinblabl(! à celles de l'ancienne loi. 11 s'imagine éluder la force de ces passages en disant qu'il est très-faux que les calvinistes veuillent (|ue l'Eucharistie ne soit qu'une figure de celte sorte. C'est en partie ce qui l'a porté à inventer tous ces grands mois par lesquels il lâche de relever la figure qu'il admet dans l'Eucharisiie, et de la séparer des figures nues.
Mais tout cela n'est qu'une pure illusion : car ces évêques grecs, et tous les Pères qui se sont servis du même raisonnement, considèrent être figure et être corps de Jésus -Christ comme deux ternies opposés. De sorle qu'ils concluent que ceux qui n'admettent pas que le pain consacré soit le corps de Jésus-Chrisi, ne le regardent que comme une figure loute nue. Et l'oit ne peut jamais éviier de n'y reconnaître que la figure qu'en le roconnaissant pour le corps de Jésus Christ. Il n'y a point de milieu entre ces opinions selon les Grecs : el c'est ce qui fait voir que cette nudité que ces Grecs considèrent dans cette figure , n'est pas la nudité et le vide des grâces; mais le vide et la nudité du corps même de Jésus Christ. Tout ce qui n'est pas le corps de Jésus-Christ et ne le contient pas, est vide du corps de Jésus-Christ et n'en peut être qu'une figure toute nue, semblable en cela aux anciennes figures, qui ne conlenaient point la chose figurée. Qu'on inonde cette figure tant qu'on voudra dos grâces du S.-Esprit, qu'on la revête de tous les droits du corps de Jésus-Christ, elle ne laissera pas d'être nue el vide du corps de Jésus-Christ : ainsi elle en sera toujours en ce sens une figure simple et nue.
C'est la première raison qui ait fait conclure à ces Grecs que Cyrille , ne reconnaissant point que le pain qu'on prenait fût le corps de Jésus-Christ, ne le considérait donc que comme une figure toute nue.
La seconde est qu'il arrive souvent que l'on ne regarde point dans les divisions certaines espèces, parce qu'elles sont chimériques et sans fondement , et que l'on ne s'arrête qu'à celles qui peuvent être appuyées, de quelque raison ; parce que l'on suppose ordinairement que l'on parle à dos personnes qui ne s'écartent de la raison que le moins qu'il leur est possible.
Or il est certain , qu'encore que spéculativement e{ mélapliysiquement on puisse considérer ces quatre notions comme capables de former quatre opinions différentes : figure vide et sans efiicace ; figure plehie de vertu , mais vide du corps de Jésus-Christ; figura remplie du corps de Jésus Christ; corps deJé?>ui-
(Iirist sans figure : c'est-à-dire que Ton peut soutenir que le p:iin consacré est réellement le corps de Jésus- Ciirist joint à une ligure, comme les catholiques le Bi.uliennent; ou qu'il est le corps de Jésus-Christ sans figure, comme quelques-uns l'ont enseigné au neuvième siècle; ou qu'il est la figure simple et sans efficace du corps de Jésus-Christ, comme on accnse Zwinglc de l'avoir enseigné, et comme tous les sociniens et les remontrants le croient; ou qu'il est une (igin-c efficace, comme étant revêtue de ses droits et nous conunimiqnaut ses grâces, comme parle M. Claude; il est certain , dis je, qu'encore que l'on puisse considérer ces quatre opinions selon la subtilité métaphysique, néanmoins dans la vérilé réelle il n'y en a que d.ux qui puissent avoir quelque fondement; la pre* mière et la troisième : colle des calvinistes étant un pur ouvrage de fantaisie, qui n'a aucun fondement ni réel ni apparent dans rÉcrilure, et à laquelle l'esprit ne se porte qu'en lui donnant de violentes contorsions.
La raison est que les paroles des évangélistes qui sont le fondement de la foi de ce mystère ne peuvent avoir que deux sens • l'un réel et véritable , qui est (jue ce qu'on voit et qu'on reçoit est après la consécration le corps même de Jésus-Christ : l'autre qui est faux, mais qui a quelque petite apparence ; savoir que le pain est la figu-re du corps de Jésus-Chri^U ; que le pain signifie le corps de Jésus-Christ. En un mot, Jésus-Christ, en nous disant : Ceci est mon corps, nous apprend ou que c'est réellement son corps , ou que ce l'est significativement. Mais il est ridicule de prétendre qu'il ait voulu nous apprendre par ces paroles que le pain est inondé de la grâce du S.-Esprh, qiCil est revêtu des droits du corps de Jésus-Christ, «lu'il contient l'efficace du corps de Jésus-Christ. C'est un sens que les ministres mêmes ne donnent pas aux paroles des évangélistes, ni de S. Paul, quand il les expliquent. C'est un sens qui ne se peut justifier par aucun exemple de l'Écriture : c'est un sens qui n'est jamais venu dans l'esprit de personne, et que l'on ne peut sans impiété attribuer à Jésus-Christ , puisque c'est vouloir qu'il ait parlé un langage si trompeur, que, dans un mystère nécessaire à croire, il ait dû engager tout le monde dans l'erreur.
Non seulement celle inondation , cette efficace du pain n'est point contenue dans les paroles de l'instiluiion de l'Eucharislie, prises au sens des calvinistes ; maison ne la peut lirer raisonnablement d'aucun endroit de l'Écriture, comme nous lemontrerons ailleurs. C'est une pure fiction, une invention, un caprice, un dogme d'imagination. Et c'est pourquoi il n'est pas étrange que ceux qui parlent de l'opinion des calvinistes, oublient cette circonstance, et qu'ils ne la considèrent que par ce qu'elle a de plus grossier et de j)!us apparent, qui est que le pain est la figure de Jésus-Christ, en négligeant ces additions arbitraires et métaphysiques.
Cela leur arrive à eux-mêmes à tout moment. Us diront cent fois que le pain est le sacrement, le type.
la figure du corps de Jésus-Christ , sans s'expliquer davantage. Ils sont ravis quand ils trouvent quelque passage des Pères qui le dise. Ils expliquent simplement ces paroles : Ceci est mon corps, en disant que le sens est : Ceci signilîe mon corps ; et ils ne se souviennent de remplir cette figure et ce signe, de la revêtir des droits de Jésus-Christ , de tinonder des grâces au S.-Esprit, que lorsqu'on les presse par quelque passage qui parle d'un véritable changement, et d'une opération surnaturelle du S.-Esprit. Voilà ce (pii nous a produit tous ces termes magnifiques. Mais comme c'est la nécessité qui les y oblige , il ne faut pas s'éionner que ceux qui considèrent leurs opinions avec moins de chaleur, et qui n'y regardent que ce (jiii a quelque suite et quelque apparence , ne fassent pas attention à ces bizarres imaginations , et qu'ils les accusent simplement de croire que le pain , n'étant point selon eux le corps de Jésus-Christ, n'est qu'une simple figure et une simple image ; c'est-à-dire de ne le regarder que comme un pain séparé et vide du corps de Jésus-Christ; soit qu'il soit inondé ou non des grâces du S.-Esprit. El c'est ce qui fait voir <nio ces notions de pain inondé et revêtu des droits de Jésus-Christ, sont si peu naturelles et si éloignées du sens commun, qu'elles ne se présentent pas à ceux mêmes qui devaient assez connaître les sentiments des calvinistes, puisqu'ils avaient eu un patriarche calviniste, qui avait tâché de les inspirer à tous ceux qu'il avait pu. Cependant, selon M. Claude , elles devraient être si naturelles et si simples, que les moins éclairés les pussent voir dans les expressions des Pères, qui nous assurent en tant de manières que le pain est changé et converti au corps de Jésus- Christ par l'opération toute-puissante du S.-Esprit.