‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 146 sur 335 · CHAPITRE Yin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Yin

YiNGT-SEPTiÈME PREUVE, par le livre d'Agapius, religieux du mont Alhos.

Quoique ces deux conciles si authentiques et si précis, soient plus que suffisants pour justifier que l'église grecque n'a point consenti aux erreurs de Cyrille, je crois néanmoins qu'on sera bien aise de voir quelques preuves de sa foi , du temps même qu'elle était sous la domination de ce patriarche ; et l'on n'en peut pas désirer un témoignage plus considérable que celui qur je m'en vas rapporter.

Ceux qui sont informés de l'état de l'église grecque , savent que ce qu'il y a de moins corrompu , c'est l'ordre des religieux de S. Basile, que l'on appelle en Orient Caloyers , du mot grec x-xlôy-npot.. El comme il n'y en a point qui s'appliquent plus à la religion qu'eux , puisqu'ils quittent toutes choses pour cela , il n'y en a point aussi qui soient plus attachés à ce qu'ils croient appartenir à la foi. Il est vrai que cette attache les porte quelquefois à m:iintenir les erreurs lorsiju'elles sont établies, et qu'ils les prennent pour des vérités , et que ce sont ceux qui se sont le pins opposés à la réunion des églises sur la procession (lu S.-Esprit ; mais ils ne doivent être nullcmc-til

LIY. IV. ACCORD DES GIŒCS ET DES LATINS DEPUiS LE XV SIÎCLE, etc.

suspects d'embrasser lout d'un coup des opinions nouvelles. Et c'est pourquoi , s'ils ne sont pas toujours bons témoins de la véiité , ils sont toujours des létioins incontestables des opinions de Téglisc grecque, el de celles ([ui ont cours dans leurs monastères.

Or entre les monastères de Grèce, cbacun s;iit que fes plus célèbres sont ceux du mont Aihos, que l'on appelle la sainte moHtagne, parce qu'elle n'est occupée que par des religieux. Il y en a qui disent que leur nombre est encore de quatre mille : les autres y en niellent jusqu'à six mille, distribués en divers monastères; el la discipline y est si exacte, que c'est mi très-grand honneur à un religieux d'avoir fait son noviciat au mont Athos. De sorte que l'on peut dire que c'est comme le noviciat et le séminaire des religieux de lout l'Orient; parce que ceux qui y ont été élevés se répandent ensuile dans toutes les provinces du pa- Iriarcliaide Conslanlinople, et y sont d'ordinaire établis supérieurs.

Ainsi la foi du mont Atbos élaiil celle de tons les religieux d'Orient, et la foi des religieux d'Orient étant celle de tous les évcques, qui sont tous tirés de cet ordre, el de tous les peuples qui suivent leurs évè- <|ues, et qui ont tous ces r<;llgieux en une particulière vénération, c'est faire voir h\ fui de toules les églises grecques, que de produire un témoin de celle des reli^^ieux du mont Atlios.

C'est pourquoi j'ai été bien aise d'avoir rencontré depuis peu un livre écrit en grec vulgaire por un religieux élevé sin- celle montagne, comme il est mar- ([lié même dans le tiire. !t s'appelle Agnphis , et le tilre qu'il a donné à son ouvrage est : Le Sftlut des ■pécheurs : Â//apTco/ûvi Surv-ptK. Il contient des inslruclioiis sur toutes les verius, et des remèdes contre les vices. Il truite de l'usage des aiilictions, et de plusieurs choses très- utiles; et il fait voir qu'il y en a parmi ces religieux que l'on iraiie d'ignorants et de barbares, qui sont foit éclairés sur la pbipyrl des matières spiriluelles. Et comme la sainlo communion est un des principaux devoirs de la piélé , il en parle avec étendue, el il donne des instruclioiis importantes sur celle matière, qui font voir la conlormilé de l'église grecque avec la laline, non seulement sur la substance du uiystère, mais aussi sur les dispositions nécessaires pour sepréparer sainlcmentà le recevoir ; cl qui montrent que cette partie de la tradition qui regarde la [réparation à co sacrement, s'est conservée dans l'église grecque, aussi bien que celle qui regarde la foi même du saciement. Mais parce que ces chapitres sont assez longs, je n'en rapporterai ici que quelques eisdroits , en réservant le reste pour l'insérer au douzième livre, parmi les autres preuves de la foi des églises orientales.

Que M. Claude se souvienne donc, s'il lui plaît, que c'est un Grec fort attaché aux opinions des Grecs qui Boumot son livre, dès l'entrée, à Céglise catholique des Grecs: qui témoigne en quelques endroits de Téloignenient des Latins; que c'est un religieux du mont Allios, qui rnpporte ce qu il y a vu cl ce qu'il y a ap-

pris; cl enfin que c'est un religieux qui éiait apparemment au mont Adios du temps de Cyrille, et qui a certainement vécu de sou temps, et a peut-être composé son livre durant qu'il était encore patriarche, puisque Cyrille n'est mort qu'eu 1008, et que le livre de ce religieux n'est imprimé à Venise (|u"en IG41. De sorte qu'il y a assez d'apparence qu'il est fait durant la vie même de Cyrille.

Il est bon de l'avertir de lonios ces choses, parc<! qu'il pourrait dans la suile prendre ce que je m'en vas rapporter pour l'écrit de quebjue religieux latin, des plus dévots cà ce mystère adorable.

Extrait du livre d'Ag\pius, iniUiilc .-Le salut des pécheurs De la préparation à la sainte communion. I Lorsque le divin Moïse, qui avait été honoré do la vue de Dieu même, descendit de la mmilagnede Sinaï, les Israélites ne purent supporter l'éclat de son visage, qui jetait des rayons comme le soleil; et il fut obligé de le couvrir, afin que chacun le pût aborder. C'est ce qu'a prali(|ué le céleste Moïse, Noire-Seigneur Jésus- Christ. Il nous a retirés comme Moïse de la cruelle servitude de l'Egypte, e/ il a couvert ensuile sa substance toute divine et toute brillante de lumière, sous ces accidents et ces apparences du pain et du vin, afin que nous ne fussions pas épouvantés de l'immense clarté el de la gloire infinie de sa divine grandeur. 0 don sans bornes et saws mesure! 0 bienfait ineffable! 0 inépuisable source d'une joie qui ne se peut exprimer! C'est avec raison, ô Sion spirituelle, noire véritable mère, (pie vous vous glorifiez d'un si grand el si admirable présent que le ciel vous fait. Quelle sera donc la magnificence de voire appareil ; quels seront vos ornemenis? Il seiait juste que vous bâtissiez de superbes temples, de riches tabernacles, des trônes et des colonnes dorées; que vous préparassiez des tables d'un prix inestimable ; que vous couvrissiez vos murailles de broderies d'or; que (oui fût éclatant de lumière, et que vous fissiez les plus grands et les plus riches préparatifs qu'il soit possible de s'imaginer, pour honorer ce saint el adorable mystère. Il n'y a point de magnificence dont il ne soit digne. Mais encore que vous fassiez tout ce que vous pourrez, ce ne sera rien au prix de ce qu'il mérite. Quand vous épuiseriez tout ce que l'art des hommes peut inventer, vous n'augmenteriez de rien la grandeur el le prix infini de ce pain. Il tire son prix et sa grandeur de lui-même : il la communique à toules choses, el n'en reçoit aucune de ce qui est hors de lui. C'est ce pain qui sanciifie et qui honore les prêtres, les tables et les ciboires. Et (pii s'en étonnera, puisque ce mystère contient en soi celui qui a créé tout le monde, et qui est une mer infinie de perfection? >

Après avoir traité amplement dans la suite des dispositions à la sainte communion, et proposé des exemples d'oraisons que l'on peut faire devant et après, qui sont très-vives et très- animées, el qui marquent partout la foi de la présence réelle et de la iranssubsianliaiion, il rapporte divers Cicmpks des juçemenls quft

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[)ieii a exerces contre des prèires qui avaient sacriOé indignement, on des laïqnes qui avaient communié en mauvais élat. Et il coiiclut tout ce discours en ciouffant les doutes qu'on pourrait avoir sur la vérité de ce mystère.

récris ceci, dil-il, afin de convaincre ces ennemis de la vérité, ces accusateurs pleins de mensonges, et ces calomniateurs envenimés, qui ne craignent pas de décrier c? nnjsière, en disant : Comment se peut il [aire qu'un Dieu tout entier soit enfermé dans un si petit morceau de pain? El comment est il reçu de tous également, soit qu'on en prenne une grande ou une petite partie? Et comment n'est-il point souillé par les pécheurs? Et autres objections semblables. Voilà les objections ordinaires des calvinistes, et voici les réponses des Grecs :

JSous repondons à cela, dit-il, nous autres orthodoxes, premièrement en alléguant la force toute-puissante de Dieu, qui ayant créé le ciel et la terre par sa seule parole, et ayant produit tant de créatures visibles et invisibles, les change maintenant et les transforme comme il vent.

Secondement, nous leur montrons quil se fait quelque chose de semblable dans les plus petites choses : car le pain que nous mangeons chaque jour, est changé et devient chair, et le vin devient sang. Et ainsi le simple piiin, par la grâce de Jésus-Christ, qui opère ce mystère, DEVIENT LE CORPS DE Christ. La verge de Moïse fut changée en serpent, et de serpent en verge.

Il explique ainsi, par diverses autres comparaisons naturelles, les merveilles de l'Eucharislie, qui, quoique disproportionnées à la grandeur de ce mystère, comme il le reconnaît lui-même, ne laissent pas de faire voir que jamais les Grecs n'ont songé à un simple cliangenientde vertu; puisque comme il faudrait avoir perdu le sens pour proposer ces difficultés contre un changement de cette sorte, il faudrait aussi avoir perdu le jiigemcrît pour y répondre comme cet auteur a fait.

Je ne veux pas faire ce tort à M. Claude que de supposer qu'il puisse douter que ce religieux n'ait cru la présence réelle et la transsubstantiation, et je me contenle seulenienl de le faire souvenir qu il ne propose, dr.ns ce livre, que la doctrine commune, dont il a été instruit sur le mont Athos ; c'est-à-dire, celle des religieux grecs, et par conséfjuent celle de l'église grecque, dont ils font une des plus considérables parties.

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