D'UN MINISTRE
que la sûrclé de sa coiiscience , voultii mourir dans la foi des catholiques , ce qui rcsseml^le bien mieux à un iiéréliquc converii qu'à un apôtre perverti, étant ])ien étrange qu'un homme que Dieu ;iurail suscita oxtraordinaircment pour renouveler rancicnn;^ foi fût tombé et mort dans l'apostasie, non par crainte , mais par délibération et par clioix ; s'il considère que l'on voit entre les défenseurs de la doctrine de l'Église romaine tous ceux qui ont été émincnts en piélé dans le monde, et dont la sainteté a été confirmée par une infinité de miracles , tous ceux qui ont honoré le christianisme par une vie conforme aux conseils du Fils de Dieu, comme ces troupes innombrables de religieux et de religieuses de divers ordres, que l'on ne peut nier avoir mené, dans la ferveur de de leur première institution, une vie tout angélique ; enfin quo l'on y voit tout ce que Ton peut prendre avec quelque apparence pour l'Église de Jésus-Clirist et pour cet héritage éternel avec lequel il a promis de demeurer jusqu'à la consommation des siècles, au lieu que l'on ne voit entre ceux qui la combattent que des hommes remplis d'erreurs et combattus par des saints , que des troupes de vagabonds et de schismatiques , que des gens sans mission el sans aveu , que des furieux et des fanatiques, que des moines apostats , des corrupteurs de religieuses , des docteurs de chair et de sang , des prédicateurs armés, et qui ont bien plus excité les peuples aux séditions et aux révoltes qu'à l'obéissance, aux souffrances et au martyre ; enfin , s'il considère que quelque effort que fassent les calvinistes pour faire passer leur doctrine par les péirobusiens , les henriciens, les vaudois, les albigeois, les hussites, les taborites, et autres gens qui composent leur pitoyable tradition, ils demeurent courts en plusieurs endroits , et sont obligés de reconnaître que leur église s'est souvent entièrement éclipsée et dérobée à la vue des hommes : c'est-àdire, qu'ils sont obligés de prétendre que celte cité sainte que Jésus-Christ a établie sur la montagne, afin d'être exposée à la vue de tous les peuples , s'est enfoncée quelquefois en des abîmes inconnus, et est disparue de dessus la terre.
Certes il faudrait être bien ennemi de son salut pour n'aimer pas mieux être avec S. Bernard, S. Malachie, S. Louis, sainte Elisabeth de Hongrie, sainte Thérèse , qu'avec les henriciens el les vaudois ? Il faudrait être bien téméraire pour démentir si ouvertement toutes les promesses du Fils de Dieu, en s'imaginant que son épouse, à qui il a promis de don • ner toutes les nations de la terre , ait été réduite à ce prodigieux anéantissement, et qu'elle se soit cachée dans ces retraites ténébreuses, dans lesquelles les calvinistes sont contraints de la chercher. Enfin il hadrait être bien opiniâtre pour ne pas soumettre son esprit à des lumières si vives et à une autorité si puissante.
Que l'auteur de celle réponse propose, à îa bonne heure, ses difficultés et ses conjectures à ceux qui auront considéré toutes ces preuves de la religion catho-
lique dans leur entière majesté ; ils témoigneraient qu'ils ont bien peu de sens, s'ils étaient capables d'en être touchés, el s'ils les considéraient autrement que connue de légères ombres qui doivent être jointes dans l'ordre de Dieu avec la clarté de nos mystères. La première conclusion , au contraire , que la raison leur fera tirer , est que soit qu'ils voient , soit qu'ils ne voient pas le moyen de résoudre ces difficultés, ils doivent demeurer inviolablement attachés à celte foi , qui est confirmée par tant de preuves et environnée de tant de lumières. Et, étant ainsi établis sur ce principe immobile, ou ils ne se mettront pas en peine d'en chercher l'éclaircissement comme ne leur étant pas tiécessaire , ou ils le chercheront avec indifférence et comme une chose d'où leur foi ne dépend point. Que s'ils entreprennent cette recherche dans cet esprit, ils verront bientôt disparaître la plupart, de CCS difficultés dont l'auteur de la réponse prétend les épouvanter. Car ils ne s'étonneront pas que les Pères qui nous avertissent si souvent que le pain et le vin sont faits le corps et le sang de Jcsus' Christ par la consécration ; qiCils sont crus ce qu'ils ont été faits , el qu'ils sont ce qiCils sont crus, et que le Créateur de la nature qui produit le pain de la terre , fait de rechef du pain son propre corps , parce qiCil le peut , et l'a promis ; ils ne s'étonneront pas , dis-je , de ce qu'ils ne laissent pas de donner aux symboles le nom de pain et de vin, puisque , les noms suivant ordinairemenî l'apparence extérieure et sensible, la nature du laiig.ige humain nous porte à ne les pas changer, lorsque ces apparences ne sont pas changées. Ils ne s'étonneront pas que l'Eucharistie étant composée de deux parties, l'une extérieure et sensible, l'autre intérieure et intelligible , les Pères se servent souvent d'expressions qui ne lui conviennent que selon ce qu'elle a d'extérieur, comme on dit une infinité de choses des hommes qui ne leur conviennent que selon leurs vêlements. Us ne s'étonneront pas que l'Eucharistie étant essentiellement vérité et figure, image et réalité, ces Pères la considèrent selon l'une et l'autre de ces qualités qui lui conviennent véritablement. Ils ne s'élonneront point que les Pères nous disent quelquefois, que manger le corps de Jésus- Christ, c'est participer à ses soulfranccs, puisque l'on trouve ces mêmes paroles dans S. Bernard, que les calvinistes doivent regarder non seulement comme nn ennemi de leur doctrine , mais comme leur persécuteur en la personne de Henri et de ses sectateurs, qu'il poursuivit après les avoir convaincus par des miracles. Qu'est-ce, dit-il, que manger sa chair et boire son sang , sinon communiquer à ses souffrances et imiter la vie qu'il a menée dans son corps mortel ? t Quid est manducare ejus carnem et bibere ejus sangui' < nem, nisi communicare passionibus ejus , et eam con- « versalionem imitari quam gessit incarne? » Ces explications morales ne détruisant point l'intelligence naturelle et littérale, ils ne s'étonneront point que nos corps recevant les mêmes impressions de l'Eucharistie que du pain matériel et terrestre, parce que