‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 17 sur 335 · PARTIE I. RÉPONSE GÉNÉRALE AUX DIFFICULTÉS CONTRE 1 EUCUAKISTIE · texte numérisé non relu

PARTIE I. RÉPONSE GÉNÉRALE AUX DIFFICULTÉS CONTRE 1 EUCUAKISTIE

Dieu a voulu que le changement qui s'y Tait fût tout invisible , on ne laisse pas quelqr.cfois dans le langage d'en parler selon l'apparence , sans avoir égard à ce cliaDgemenl , et de dire aussi qu'elle nourrit et fortifie les corps; parce qu'en effet les corps qui reçoivent l'Eucharislie sont nourris et fortifiés de quelque manière que cela se fasse. Ils ne s'étonneront point que les bons et les méchants recoivant réellement le corps de Jésus-Christ; mais avec celte différence infinie, que les bons reçoivent en même temps l'impression de sa chair divine dans leur cœur qui les nourrit et les fortifie, au lieu que les méchants n'en reçoivent aucune force, ni aucune nourriture spirituelle. Les Pères <iui nous disent si souvent que les méchants reçoivent et mangent le corps de Jésus-Christ , et que le corps de Jésus-Christ est aussi pour les méchants , nous disent aussi (luelquefois qu'ils ne le mangent pas, parce que leur âme ne s'en nourrit pas, et n'en reçoit aucune vertu ni aucune force, suivant un aulrescns du mot manger, que S. Augustin même, dont les calvinistes tirent ces passages, nous explique : Manducare refici est, manger c'est se nourrir.

Ils ne seront pas plus touchés des conjectures que cet auteur lire de ce que les païens ne se sont point servis de l'Eucharistie pour répondre aux objections que les chrétiens leur faisaient sur leurs fausses divinités, ou de ce que les Pères n'ont point parlé depUisieurs merveilles qu'elle enferme. Car qui ne sait en général combien sont faibles ces sortes de vraisemblances, et qu'il y a une infinité de choses qui ont pu être dites par les païens ou par les pères, qui ne soni pas venues jusqu'à nous ? On découvre tous les jours, par la lecture des livres (jui se trouvent de nouveau, que plusieurs choses que l'on s'imagine n'avoir jamais été dites , ct;iient ordinaires dans les discours des hommes. Qui ne s'étonnerait , par exemple , voyant les écrits des Pères et les canons des conciles, que l'on n'y fasse aucune mention de certains péchés si ordinaires à la jeunesse ? Est-ce qu'on n'en parlait point de leur temps, et qu'on n'y faisait point de réflexion? Nullement. Il n'y a qu'à lire les pénitenliels Grecs que le père Morin a fait imprimer, et qui sont fort anciens, et pour voir qu'ils ont toujours été ordinaires, et que l'on y a toujours fait grande atlenlion, quoiqu'il n'en soit presijue point parlé daiis les écrits des anciens Pères.

Les livres ne contiennent que la moindre partie des discours et des pensées des hommes , et ne contiennent pas même toujours les plus ordinaires de leurs jiensées et de leurs discours. C'est le hasard ou les rencontres particulières <iui les déterminent à conserver à la postérité quelques-unes de leurs pensées, cl ils en laissent périr une infinité d'autres qui leur étaient encore plus ordinaires et souvent plus importantes.

11 ne faut pas s'imaginer que le monde païen ait été détruit par la religion de Jésus-Christ sans beaucoup de résistance. 11 s'est fait de pan et d'autre une infi-

nité de discours. Il a fallu livrer une infinité de combats pour détruire une erreur si ancienne, fortifiée par toute la puissance et la science du monde. Cependant que nous en resle-t-il? Et combien ce que l'on en voit dans Celse et dans les écrits de Julien l'Apostat, et dans quelques apologistes de la religion chrétiemie, est-il peu de chose ?

Peut être n'ont- ils point parlé de l'Eucharistie, et l'on ne s'en devrait pas étonner, puisque c'est le mys tére que l'Église leur a caché avec le plus de soin. Mais peut-être aussi en ont-ils parlé. Et en effet on voit (pie Maxime de Madaiire fait celle demande à S. Augustin ;(^«t'/t'si ce Dieu que vous autres cliréliens vous vous attribuez comme vous étant particulier, et lequel vous dites que vous voyez présent dans des lieux secrets ? i l'A in locis abdilis prœsentem vos videre cotn- « ponitis? i Ces paroles, qui se rapportent visiblement à l'Eucharistie,, font voir d'une part que les païens savaient peu de chose du fond de ce mystère , et de l'autre qu'il y avait un bruit répandu parmi eux, que les chrétiens adoraient un Dieu comme présent et visible dans leurs églises. On a fait peut-être une infinité de semblables questions aux Pères , auxquelles ils ont répondu sans que ni les questions ni les réponses soient venues jusqu'à nous.

Mais rEiicharistie, dit-on, leur aurait fourni beaucoup de moyens pour repousser les objections que les chrétiens faisaient contre leurs dieux de bois et de pierres ? Qui sait s'ils ne s'en sont point servis, et qui s'étonnera s'ils ne l'ont point fait? car combien y at-il d'autres points de notre loi qui leur pouvaient servir de même à répondre avec quelque sorte d'apparence aux objections des chrétiens, sans que l'on voie qu'ils en aient lait aucun usage? Que ne pouvaienl-ils point dire sur ce que l'Église enseigne du péché originel, et de celte inconcevable transmission d'un crime qui est une action spirituelle et involontaire , à tous les enfants de celui qui Ta commis , quoiqu'ils n'aient pu avoir aucune part à sou action, el de celte effroyable condamnation de touie la natMre humaine pour la faute d'un seul homme? Si les pélagiens ont représenté cette doctrine comme l'excès de la cruauté, les païens ne le pouvaient-ils pas faire aussi bien qu'eux , et s'en servir pour rejeter sur les chrétiens les reproches de cruauté et d'injustice qu'Us faisaient aux divinités du paganisme? Ne pouvaientils pas excuser toutes les laiblesses de leurs dieux , les blessures qu'Homère leur attribue , la servitude d'Apollon chez Adnièlc, el un grand nombre d'autres fables, par le mystère de rincarualion , qui nous fait adorer un Dieu naissant d'une vierge , conversant avec les hommes, sujet aux misères de la naiure et mourant sur la croix ? Pourquoi ne proposaient-ils pas de même contre les chrétiens toutes les objections que les sociniens forment aujourd'liui sur la rédemption des hommes par la mort d'un Dieu, et sur l'éternité des peines? et n'en pouvaient ils pas tirer beaucoup d'avantages pour justifier les sacrifices d'hommes qu'on reprochait à leurs dieux, et, pour décrier la

RÉFUTATION DE LA UlilPONSE D'UN MINISTRE.

religiou chrélienne, comme étant innnimenl plus

cruelle que la leur?

On ne voit point qu ils aient rien fait de toutes ces clioseo qai leur auraient été si avantageuses ; mais ce qu'il y a de plus surprenaiit , c'est qu'il ne parait pas qu'ils aient employé, pour se défondre et pour attaquer le christianisme, aucune raison tirée du mystère de la Trinité. Car s'il y a quelque point dans notre foi qui accable et révolte la raison, c'est sans doute la créance de ce mystère. S'il y a des difficultés qui mutera aux yeux , pour user des ternies de l'auteur de la réponse, ce sont celles qu'il fournit, que troii:- personnes réellement distinctes n'aient qu'une même et usiique essence , et que celte essence éiant la même chose en chaque personne que les relations qui ks dislinguenl, elle puisse se communiquer sans que les î-elations qui distinguent les personnes se communiquent. Si la raison humaine s'écoule elle-même, elle ne trouvera en soi qu'un soulèvement général contre ces vérités inconcevables. Si elle préterid se servir de ses lumières pour les pénétrer, elles ne lui fourniront que des armes pour les combattre. Il faut pour les croire qu'elle s'aveugle elle-mcme, qu'elle fasic taire tous ses raisonnements et toutes ses vues, pour s'abaisser et s'anéantir sous le poids de l'autorité divine. Quelle résistance ne devait donc point trouver îa créance de ce mystère dans les esprits des hommes qui n'avaient point ce principe de soumission , et qui prenaient leur raison pour la règle de vérité ? Ne serablc-t-il pas que les païens ne devaient avoir auire chose en la bouche, qu'ils pouvaient couvrir par ce seul mystère toutes les absurdités de leur religion ; qu'ils devaient employer partout les impossibilités que la raison y trouve , pour détourner les hommes de la créance d'une religion qui en fait le premier article de sa fui? Et enfin ne semble-l-il pas que les Pères devaient être plus retenus à traiier la religion des païens de ridicule, et à combattre la pluralité de kurs dieux , dans la crainte qu'ils ne leur fissent les réponses dont ce mystère leur donne occasion? En effet, c'est par où les sociniens commencent d'attaquer la religion chrétienne ; et c'est par là qu'ils attirent les honmies à eux.

To\it cela paraît très-vraisemblable, et cependant il est très-vrai que cela n'est point. On ne voit point que les p.aïens aient combattu parla le christianisme, ni qu'ils aient envisagé les difficultés étonnâmes de ce mystère. 0» trouve bien un petit mot en passant dans un dialogue attribué à Lucien, où il est dit que les chrétiens croient que irois choses ne font qu'un. L'on voit dans S. Allianase que les païens et les Juifs reprochaient aux chrétiens la pluralité des dieux, et dans Tertullien que c'était l'idée que les simples et les ignorants prenaient de la foi des calholiques , s'imaginant qu'ils admettaient plusieurs dieux, parce (pi'ils donnaient à trois personnes le nom de Dieu : Duos et très jam jaclitant à nobis prœdicari; ce qui inaniue seulement que le mystère de la Trinité n'é-

tait point absolument inconnu. Mais on ne trouve point qu'ils aient approfondi et développé les extrêmes difficultés que ce mystère renferme, comme il leur était facile de le faire, et comme les sociniens le font à présent, l'.i qu'ils aient reproché en détail aux cliréliens les impossibilités apparentes, et qui sautent aux yeux, que cet article de notre foi leur pouvait foin-nir. Et de là on doil conclure qu'il y a bien des choses vraisemblables qui ne sont point , et que l'on doit faire peu de fondement sur ces sortes de vraisemblances.

Mais ce qui paraît plus étrange, c'est que, quoiqu'il n'y ait point de mystères dont les Pères aient été plus obligés de parler, que de celui de la Trinité, pinsqu'il n'y en a point qui ait été attaqué par tant d'héréiies, il est pourtant assez rare qu'ils s'arrêtent à en faire remarquer les incorapréhensibililés. Et l'on peut dire qu'ils nous avertissent en plus de lieux de celles de l'Eucharistie que de celles de la Trinité , et que les comparaisons dont ils se servent pour expliquer l'unité de la nature divine dans les trois personnes sont beaucoup plus étranges que celles par lesquelles ils expliquent l'Eucharistie. Saint Ambroise dit, en parlant de l'Eucharistie, qu'il ne faut pas chercher Vordre de la nature dans le corps de Jésus-Christ , puisque Jésus-Chrit même est né d'une vierge, contre l'ordre de la nature. Il se sert des plus grands miracles de Dieu, comme est la création du monde, pour prouver celui de l'Eucharistie. La parole de Jésus-Christ, dit-il, qui a pu créer de rien ce qui n'était pas , ne pourra-t-elle pas changer les choses qui sont, en ce qu'elles n'étaient pas auparavant? Il représente la contrariété de ce que la foi nous fait croire de ce mystère, avec ce que les sens nous eu rapportent : Je crois autre chose, me direz-vous. Comment m' assurer ez-vous que je reçois le corps de Jésus-Christ. Saint Cyrille de Jérusalem fortifie de même notre foi contre nos sens. Et S. Grégoire-de-Nysse exprime en particulier la plus grande des dilficullés de l'Eucharistie. Il faut, dit-il, considérer comment il se peut faire que cet unique corps, qui est toujours divisé à tant de milliers de fidèles dans toute la terre , 50!^ tout entier en chacun d'eux par la partie qu'ils en reçoivent, et demeure néanmoins tout entier en soi. Et S. Eucher de même : Le corps, dit il, qui est dispensé par le prêtre, est aussi bien tout entier dans la moindre partie comme dans le tout, et quand l'Église des fidèles le reçoit, il est aussi bien tout entier en chacun d'eux, comme il est entier en tous. S. Chrysostôme envisage les difficultés de la présence réelle, lorsqu'il s'écrie : 0 miracle! ô bonté de Dieu ! Celui qui est assis dans le ciel avec son Père est touché dans le même moment par les mains de tous, et se donne à ceux qui le veulent recevoir. Et il nous apprend à désavouer et nos pensées et nos yeux sur le sujet de ce mystère : Croyons, dit-il , ce que Dieu nous dit, quoiqu'il nous paraisse contraire à nos pensées et à nos yeux : « Credamus ubique Dco, eliamsi quod dicit videalur contrarium cogitationibus et oculis nostris. S. Jean de Damas recon-

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