‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 162 sur 335 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Que les Jacobiles croient la présence réelle el ta trans^ substantiation.

Il n'y a qu'à appliquer aux Jacobites les preuves' dont nous venons de nous servir à l'égard des nestoriens, pour en conclure de même qu'ils ont toujours été d'accord avec l'Église romaine sur ces deux points. Nul des anciens auteurs qui ont parlé de leurs erreurs, comme Jacques-de-Yitry, Matthieu Paris, Sanut, ne leur en impute aucune sur le sujet de l'Eucharistie. Nul des nouveaux auteurs qui ont parlé des religions, ou dans des histoires, ou dans des relations de voyages , n'attribue aux Jacobites de ne pas croire la présence réelle et la transsubstantiation. Nul des auteurs catholiques qui ont écrit des hérésies, ne met cette erreur entre celles qu'ils imputent aux Jacobiles. Nul des auteurs calvinistes qui ont traite ce mémo sujet, et qui font profession de marquer en quoi les autres sectes diffèrent de l'Église romaine, n'a osé avancer que les Jacobites fussent d'un autre sentiment que cette Église sur ce mystère , et n'a même a'iégué aucune conjectura pour en faire seulement naître le soupçon.

Que M. Claude ne s'imagine pas qu'on avance en l'air ces négatives si précises ; on ne dit rien qu'on n'ait très-bien examiné sur tous les auteurs qu'on a pu trouver. Qu'il en fasse l'essai, et je n'appréliende pas qu'avec toutes les recherches qu'il en pourra faire, il ait lieu de me démentir.

On ne peut supposer sans extravagance, que les Jacobites aient ignoré les sentiments de l'Église romaine , ni que l'on ait ignoré dans rÉglise romaine les sentiments des Jacobites. La Palestine, si longtemps possédée par les chrétiens, et où il y avait tant d'évêqucs catholiques , était remplie de Jacobites. Jacques-de-Vitry même témoigne dans son Histoire , en rapportant leurs erreurs, qu'il avait eu soin de s'en instruire lui-même en conférant avec quelques-uns d'entre eux , et que les ayant interrogés sur l'erreur d'une nature, qui leur était imputée par les Grecs et par les Syriens, ils l'avaient désavouée. Il paraît j aussi, par le même Jacqucs-de-Yilry, qu'ils honoraient

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le S.-Sacrcmciil quand les prclics catlioliqucs le portaienl aux inahicics ; car il ne rcpn;chc (pfaux seuls Syriens, Grecs de religion, de refuser de rendre cet lion (leur à l'Eucliaristie consacrée par les prêtres catholiques , par une erreur particulière qu'ils avaient avec plusieurs auircs Grecs , que le S. -Sacrement ne se pouvaii consacrer avec du pain sans levain. El de ccUc renian|ue il s'ensuit que les autres sectes dont il parle ensuite ne commellaient pas la même irrévérence emcrs noire sacrement, et qu'ils ne croyaient pas, comme ces Syriens, qu'il ne fût le corps de Jésus-Clirist quand il était consacré avec du pain sans levain.

11 y avait aussi des Jacobiles à Antioclie, à Tripoli et en |)lusieurs autres lieux de la Syrie, qui ont éié possédés par les Latins durant un long temps. 11 y en a t(!uj()urs eu en Chypre, pendant qu'elle a été soumise à des rois catholiques, et ensuiie aux Vénitiens. Les papes ont envoyé aux Jacobiles, aussi bien qu'aux nestoriens et aux autres sectes , un grand nombre de missionnaires pour traiter avec eux de la religion, et pour les porter à se réunir avec l'Église romaine. Car dans toutes ces missions, envoyées par les papes aux nations et aux sectes orieniales que nous avons manpiées ci-dessus , les Jacobiles sont toujours expressément nommés. Ces missions et ce mélange de catholiques avec eux, en ont converti sans doute un grand nombre, qui ne pouvaient manquer d'apprendre parmi les calholitpies quelle était leur foi sur l'Eucharistie, et qui n'auraient pas manqué d'avertir les minisires de l'Église catholique, qu'ils n'avaient pas toujours été de ce sentiment s'ils n'en eussent p.as été en effet. La transsubslanliaiion même leur a été souvent déclaré'^ ; les missionnaires qu'on leur envoyait portant d'ordinaire en ce lemps-là la Confession de foi de Clément IV, qui la contenait ; et le pape Nicolas IV l'envoya en parlicnlier au patriarche des Jacobiles , l'an 1299, par un frère mineur, en rexbortaiit de se réunir à l'Église romaine.

il était donc impossible que la foi de l'Église romaine ne leur lut connue, et que les papes ne fussent aussi avertis i.ar tant d'inquisiteurs de leurs erreurs sur l'Eucharistie, s'ils en eussent eu quebiucs-ums. Cependant on voit que dans toutes les réunions qui se sont faites des Jacobiles avec le paps, il n'a rien exigé d'eux sur ce point, et ils ne se sont point aussi avisés d'en rien insérer dans leur confession de foi.

Raynaldus en rapporte trois en l'année 1247, qui ne contiennent rien du tout sur rEucharislie. Cependant on les recevait sur ces confessions, et elles étaient procurées par ces missionnaires, qui, éiant avec eux, et ne pouvant ignorer leurs sentiments, ne croyaient pas néanmoins qu'ils ensscnl besoin d'abjurer leur doctrine touchant l'Eucharistie; ce qui marque qu'ils la croyaient orthodoxe. Jean XXII écrivit l'an 1526 au patriarche de Jérusalem, qu'il eût à réprimer les Jacobiles de Chypre. 11 marque expresscmciit les erreurs qu'il leur impute; mais il ne fait aucune mention de ia tr.inssubstantiaiion. On

irouve encore dans la Bibliollièijuc des Pères nue confession de foi d'un Jacobile, jionnné Moscs Blardénus, qu'il (it à liome sous Jules 111, l'an 1552, dans laquelle il n'y a pas un seul mot de l'Eucharistie. Les missionnaires catholi(iucs d'Orienl conlercnt tous les jours avec des Jacobiles. sans (jue jamais l'Eucharistie soit le sujet de la dispute, ni serve d'obslaclc à la réunion. Les dernières relations mamiscriles des carmes déchaussés de la mission d'Alcp (1), font voir ce qui s'est passé dans celte ville à l'établissement, d'un archevêque des Syriens jacobiles de la communion du pape, nommé André, cl la réunion de deux autres patriarches des Arméniens et des Greci avec l'Église romaine. On y décrit plusieurs conférences entre les catholiques et les schismatiques ; mais elles ont toutes pour sujet la (|ueslion des deux natures, et le concile de Calcédoine; et quand on les a convaincus sur ce point, ils s'unissscnt à l'Église, sans qu'il soit jamais besoin de leur donner aucune instruction sur la réalité du corps de Jésus-Christ en l'Euchalistie, comme on en donne aux mahomélans qui se font chrétiens.

Il y a dans Paris cent personnes qui ont été à Alep, où il y a quantité de ces Syriens jacobiles. Il y a des carmes déchaussés qui y ont correspondance. Jai eu soin de m'en inlormer, le plus exactement que j'ai pu, de diverses personnes qui y ont été, et je n'en ai point trouvé qui ne m'ait assuré posilivemenl, que tous ces Syriens jacobiles tiennent la même doctrine que nous sur l'Eucharistie. Que M. Claude prenne la peine de faire la même enquête. Elle lui sera facile par le moyen des Hollandais qui font un très-grand trafic en celle ville-là ; et l'on est certain que s'il y ;igit sincèrement, les Hollandais mêmes l'assureront de la vérité de ce que je dis.

La lettre de M. Piquet, qui a été consul à Alep, et que j'insérerai ci-après, outre le témoignage qu'elle rend de toutes les sectes d'Orient, est encore parliculièrement considérable sur le sujet des Jacobiles , parce que ce sont ceux avec qui il a eu plus de démêlés pour les empêcher de troubler le patriarche catholique, dont il a lieureusement procuré l'établissement, avec un zèle qui mérite que tous ceux qui aiment l'Église lui en aient obligation.

Enfin, pour conclure toutes ces preuves par un témoignage positif, aussi formel qu'on en puisse désir rer, on peut voir dans les notes d'Éclicllensis, page 52, sur le Catalogue de Il<;bedjésu, ce passage de Denys Barsaliby, évêque d'Amed, tiré du chapitre premier de ses Commenlaires sur la Liluigie de S. Jacques : Nous disons que ce pain céleste est dans la vérité el en effet le corps du Fils de Dieu ; que c'est le même corps que celui de sa personne, qu'il a pris de Marie, et qui a été offert en sacrifice pour nous : i Dicimus panem hune cœlestcm in verilale et effectu esse corpus Filii Dei, el illud idem esse corpus personœ ipsins quod assianpsit

(1) On les voyait au dernier siècle dans la maison des carmes déchaussés du faubourg S.-Gennain,

{Note des Éditeurs.)

PEaPÉTÙlTÉ DE LA FOI TOUCHANT L^EUCIIARISTIlL

ex Maria, et factiim est sacrificium in cruce pro nobis. i Et dans le chapitre 13, qui a pour litre : Pourquoi tes sacrements sont appelés corps et sang : Les sacrements, dit-il , soiil appelés corps el sang, parce qu'ils ne sont pas ce que l'on voit, puisque l'on ne voit que pain el vin; mais qu'ils sont reconnus el sont le corps el te sang de Dieu : « Sacranienin autem vocanlur corpus et snnguis.

frrcur capitale dans l'oiiinion d'une seule volonté en Jésiis-Cliiist, coiulaiiinéo par le sixième concile, el ne fail aucune mcnlion de l'Euch:irislie. Jacques-de-Vitry, évoque de Ptiilémaïde , parle des Maroiiiles au cliap. 77 de son premier livre , où il ne les réfute de même que sur le sujet de Terreur des monoihélites. II remarque même que leur patriarche assista au

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quonium nonillud quod videlur sunt; secundiim speciem concile de Lalran sous Innocenl 111 , où la iranssub-*

aulem punis el vinnm sunt , sed agnoscunlur atque sunt corpus sanguis Dei. >

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