PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOI
par le consentement de réglisc dans laquelle il vit. CHAPITRE XIII.
Que les Coplîtes et les Éthiopiens croient la ]nésènce réelle et la transsubstantiation.
Les Cophtes et les Éihiopicns élant Jacobites , ce que nous avons déjà prouvé des Jacobites s'étend naturellement à eux ; néanmoins comme il y a des preu- ■ ves particulières pour ces naiions , j'ai cru en devoir traiter en particulier.
Et premièrement, il est certain que les Cophtes et les Éthiopiens n'ont que la même créance sur les articles de foi , quoique les Éthiopiens aient quelques cérémonies particulières. C'est ce que déclare expressément Técla Maria , prêtre abyssin , envoyé à Rome par les Portugais demeurant en Ethiopie , car étant interrogé par les cardinaux si les Éthiopiens avaient la même foi que les Cophtes, il répondit qu'il n'y avait aucune différence de foi entre eux, puisqu'ils obéissaient au même patriarche. Et en effet , le patriarche d'Ethiopie, nommé Abuna, est toujours élu parles religieux d'Ethiopie qui demeurent à Jérusalem , et doit être même d'Alexandrie ; et son élection est confirmée par le patriarche d'Alexandrie résidant au Caire , à qui les religieux éthiopiens de Jérusalem envoient leurs suffrages. Et ainsi il n'est pas possible que le chef de l'église d'Étliiopie , étant pris de celle d'Alexandrie, et obéissant au patriarche d'Alexandrie, il y ait diversité de créance entre ces nations ; de sorte que les preuves que nous avons de la foi des Cophtes s'étendent aux Éthiopiens , comme celles que nous avons de la foi des Éthiopiens s'étendent aux Cophtes.
Et premièrement, pour les preuves négatives, elles sont aussi «écisives que celles que nous avons apportées à l'égard de toutes les autres sociétés d'Orient. Il est impossible que l'on ignore leur foi sur l'Eucharistie, parce que les religieux catholiques sont mêlés avec eux dans l'église du S. -Sépulcre à Jérusalem ; qu'il y a des religieux latins dans le Grand-Caire; qu'à une lieue du Grand-Caire il y a dans une chapelle deux autels, dont l'un appartient aux Cophtes et l'autre aux cordelicrs, qui y célèbrent souvent la messe ensemble ; que l'on a envoyé diverses missions en Ethiopie ; qu'on a diverses relations de la foi de ces peuples, dressées par des personnes qui vivaient parmi eux, et parmi les Éthiopiens mêmes, et cependant on met en fait que ni les Cop'.ites, ni les Éthiopiens n'ont jamais été accusés par aucun historien, ni par aucune relation, de ne pas croire la présence réelle.
Qu'on voie de même tous les catalogues dressés par les calvinistes , des opinions dans lesquelles ces peuples s'éloignent de la créance de Rome; quelque passion qu'ils aient de les multiplier autant qu'ils peuvent, on n'en trouvera aucun qui les en dislingue sur le sujet de l'Eucharistie. On peut voir ce qu'en disent Hornbec, Brérewod et Hottinger. Le prêtre élbiopieii Técla, interrogé parles cardinaux en quoi les Éthiopiens étaient différents de la foi de l'Église
JCHANT L'EUCHARISTIE. 628
catholique, ne fait aucune mention de la présence réelle ni de la transsubstantiation , quoiqu'il paraisse qu'il était catholique, et qu'il ne pût ignorer la doctrine de ceux de son pays. L'an 1441 , les Jacobites d'Egypte et d'Ethiopie , l'empereur d'Ethiopie et les Éthiopiens de Jérusalem , envoyèrent rendre obéissance à Eugène IV. L'année d'après ce pape, ayant transféré le concile de Florence à Rome > reçut à sa communion Jean , patriarche des Jacobites ; et après avoir fait examiner André , député de ce patriarche , il lui donna une confession de foi opposée aux erreurs des Jacobites et des Éthiopiens. Or il est à renuirquer que , dans cette confession de foi , il n'y a aucun article exprès sur la présence réelle, quoiqu'elle y soit exprimée indirectement , pour condamner une superstition de ces peuples , qui croyaient qu'il fallait que le pain dont on se servait pour consacrer , lût nécessairement cuit du jour même , ce que ce pape rejette en ces termes : Panis verb iriticeus in que sacra^ tnenluni conficitur, an eo die aut antea cactus sit , niliil omninb refert ; dummodb enim panis substantia maneat, nullatcnùs dubitandum est quin post prœfata verba consecrationis , à sacerdote cum intentione conficiendi prolala, mox in verum Christi corpus transsubsian" lietnr.
Ce n'est point ainsi que l'on instruit des peuples qui auraient douté de la transsubstantiation même ; on ne la suppose point , on rétablit , on la prouve ; on ne l'insère point dans un autre ai ticle, ou en fait un dogme capital.
Ce décret et cette confession d'Eugène, contenant la transsubstantiation , coinine nous l'avons vu, usais la contenant indirectement, furent solennellement approuvés par André , tant en son nom qu'en celui de tous les Jacobites d'Egypte. Ils furent même portés en Ethiopie, et l'empereur David en fait mention dans ses lettres à Clément VU , rapportées par Damien Goez.
On voit encore dans Raynaldus une autre légation des Éthiopiens à Sixte IV, l'an 1482; une autre à Enimaïuiel, roi de Portugal, en 1514 sur le sujet de laquelle Orozius, qui la rapporte, prend occasion de dire tout ce qu'il savait de la religion des Abyssins. L'an 1553 , François Alvarez , aumônier du roi Jean de Portugal , qui avait été envoyé en Ethiopie par le roi Emmanuel , revint à Rome comme ambassadeur de l'empereur d'Ethiopie, et rendit obéissance au pape au nom de cet empereur , en lui présentant des lettres, dans lesquelles ce prince embrassait absolument la foi de l'Église romaine. Il ne pouvait ignorer quelle était sa doctrine sur l'Eucharistie , ayant eu si longtemps Alvarez dans sa cour; et néanmoins il n'est remarqué par aucun historien , ni par Alvarez même, qu'on ait été obligé de l'instruire de la présence réelle et la transsubslanliation , qui sont des opinions si surprenantes pour ceux qui n'en auraient jamais ouï parler, qu'il est difficile qu'on les reçoive tout d'un coup , et (jue l'on n'y fasse quelque résistance. Ce silence entier de tant d'historiens et de relations,
sur un point aussi important qu'est la doctrine do la présence réelle, et encore en tant de rencontres différentes qui obligeaient d'en parler, accompagné de plus d'une impossibilité entière que les Éthiopiens aient ignoré la foi des prêtres latins qu'on leur envoyait, et les prêtres laliiis celle des Éthiopiens , est une preuve convaincante de leur union avec l'Église romaine dans cet article. Mais si on désire néanmoins des preuves positives, en voici qui ne reçoivent point de repartie.
DamienGoez, qui, étant encore tout jeune, avait été présent à une conférence , dans laquelle le roi Emmanuel voulut s'informer d*un ambassadeur d'É- Ibiopie nommé Matthieu , quelle était la foi de ces peuples , en présence de plusieurs personnes savantes , rapporte , dans une lettre qu'il écrivit depuis à l'archevêque d'Upsal en Suède , les articles de cette coniérence , qui furent écrits alors par le secrétaire du roi, nommé Antoine Carneir. Or, entre ces articles, celui de rEucharisiie est conçu en ces termes : Que les Élhiopieus tenaient la très-sainte Eucharistie pour le plus grand des sacrements , et qiCils faisaient profession de croire d'une foi sincère que c'était le vuai COUPS ET LE VRAI SANG de Jésus-Clirist. i Indlbitatum Christi ccm corpus tuji sanguinem esse sincerà fuie profitentur.} La traduction que le n)ême Damicn Goez a faite en latin de la profession de foi qu'il engagea Zagazabo , évoque d'Ethiopie , de faire en sa considération , fait encore voir très-clairement la foi des Éthiopiens sur ce mystère. Il faut remarquer que Zagazabo, était , selon le témoignage de Goez, un homme savant dans sa religion, et habile dans les langues syriaque et arabique ; qu'il était ambassadeur de l'empereur d'Ethiopie auprès du roi Jean III ; qu'il avait un ordre exprès de conférer de la foi avec tous ceux qui voudraient être instruits de la créance des Éthiopiens, et qu'il en avait effectivement conféré avec plusieurs docteurs portugais : Crebras disputaliones ac contenlioncs ciun doctoribus quibusdam habuimns. Ainsi il est sans aucune apparence qu'il ne sût pas quelle était la créance des catholiques sur rEucharisiie , ni qu'il prît les termes dans un autre sens que celui où on les prend dans l'Église romaine , à qui il voulait faire connaître les sentiments de son église , et, par conséiiuent, quand il dit que les enfants des femmes chrétiennes sont consacrés par la communion du corps et du sang de Jésus-Christ ; quand il dit que cest la coutume des femmes d'Ethiopie , lorsqu'elles sont grosses , de se confesser, et de recevoir le corps du Seigneur quand elles sont proches de leur terme; quand il dit que les malades ne reçoioenl point le corps du Seigneur sinon après qu'ils sont revenus à convalescence , et que la raison en est que tous les fidèles d'Ethiopie, tant laïques qu'ecclésiastiques , communient au moins deux fois la semaine ; ce qui fait qu'ils ne jugent pas nécessaire de communier durant la maladie , l'ayant fait déjà par avance avant de tomber malades; il est clair qu'il parle du vrai corps de Jésus-Christ , et non pas d'une figure, et qu'il ne prend pas les mois de corps
de Jésus-Christ dans la nouvelle signification que les calvinistes y veulent donner.
Toutes les petites différences qu'il remarque sï exactement entre ce qui se pratiquait en son pays, et ce qu'il voyait observer en Portugal, font voir aussiqu'il ne connaissait point celte dilTérence essentielle de créance, que M. Claude voudrait bien supposer entre l'Église romaine et celle d'Ethiopie, laquelle néanmoins il n'aurait pu ignorer si elle eût été. 11 remarque qu'on ne disait qu'une messe chaque jour dans leurs églises, et qu'ils tenaient celte messe pour un sacrifice, quant sacrifiai loco habemus. Assurément que M. Claude est moins flallé de cette différence qu'il n'est choqué de cet aveu si exprès, qu'ils tiennent la messe pour un sacrifice. Il remarque que tous les prêtres, diacres, sous-diacres et lous ceux qui venaient à l'église, y recevaient le corps du Seigneur. M. Claude aura de la peine à faire croire qu'il n'ait entendu par là que la figure du corps du Seigneur, et (lu'il voulût tromper celui à qui il parlait, dans cet écrit, par une équivoque si peu sincère. Il remarque que durant la messe on ne montrait pas l'Eucharistie : In quo minislerio sacramentum Eucharistiœ non ostenditur; mais il ne remarque point que l'on ne crût pas que ce fût le corps de Jésus-Christ, que l'on ne l'adorât point; el e'èlail néanmoins la première remarque qu'il eût falle, s'il cQï eu sujet de la faire. Il remarque même qu'il était défendu en son pays à tous ceux qui avaient communié, de quelque condition qu'ils fussent, de cr.ichcr depuis le matin jusqu'au soir; ce qui ne convient point du lout à la créance calviniste ; et cependant ce respect est si inviolable parmi eux, que Zagazabo ajoute que quiconque y manquerait serait très-sévèrement puni.
Après cela on n'aura pas de peine à déférer au témoignage de trois Abyssins, rapporté par Barlolde Nihusius, dans son Programme, imprimé à Mayence, l'an 1653, page 43, et qui est conçu en ces termes . Nous Ethiopiens, nous témoignons dans la vérité f,ue notre nation honore les images des saints, et qu'elle croit f/ueLE CORPS ET LE SANG de Jésus-Christ, Notre-Sauvcur, SONT PRÉSENTS daus l'Eucharistie : t Nos J^ihiopes in veritate atteslamur gentem nostram venerari imagines sanctorum, et crcdere corpus et sanguinem Jesu Chrisli pu.€:senïialiter adesse in sanctà Eucharistiâ. » Ce témoignage est signé de trois Éthiopiens, et fut donné à Rome l'an 1651.
Je ne veux pas croire que M. Claude coniiiiue de contester sur ce point, et je sais bien au moins qu'un homme raisonnable ne l'entreprendra jamai;;; de sorle que ce n'est plus pour le convaincre, mais pour faire admirer à lout le monde combien la foi de la jirésenee réelle est vivement imprimée dans l'esprit des Cophtes el des Klhiopiens, que je rap|iorlerai l'extrait de leurs Liturgies, qui sont aussi précises sur le point de la présence réelle que s'ils avaient eu en vue de condamner par avance l'erreur des sacramenlaires. Il ne faut pas s'élonner que l'on en voie de diverses sortes ; car outre que les Cophles, les Éthiopiens, les Jaco^ biles d'Egypte et dÉihiopie sont de grands peuples
qui, quoique unis dans les dogmes, oni néanmoins car qui serait le cailioiique romain qui s'avisât de dire
leurs églises à part, et peuvent ainsi avoir différentes Liturgies, il est aussi Irès-possible que, dans une jiiênie église, il y en ait de diverses pour les jours diflëronts, comme on voit que, dans l'église grecque, î! y en a de deux sortes, celle de S. Basile et celle de S. Chrysosiônie, dont on se sert en différents jours. On trouve donc sur le sujet de ces Liturgies, premièrement une Liturgie de Sévère, patriarche d'Alexandrie, eulychien, imprimée en syriaque, en chai iJéen et en latin, à Anvers, l'an 1572, et depuis réimprimée en latin seulement, dans le sixième tome de la CiJjlioilièque des Pères. Secondement, une autre Liturgie plus longue, intitulée : Canon generalh MUitopmn, parce qu'elle est plus longue que toutes les autres. Elle est cilée par Auberiin même. Mais M. Claude, qui sentait qu'elle ne lui élait pas favorable, a trouvé plus à propos de la traiter de pièce supposée sur des raisons frivoles, qui sont: 1° qu'il est dit dans cette Liturgie que l'on élève le corps de Jésus Christ, au
de Jésus-Christ qu'il est le Fils du Père et du S. -Esprit : Tu es Filius Patris et Spirilùs sancti, pour dire qu'il est Fils du Père, et qu'il a éié conçu p.ir le S.- Esprit. Cela ne sent point du tout la supposition. Mais l'on verra que M, Claude ne s'est porté à celte accusation téméraire que par intérêt, et par l'impuissance où il était de se défaire d'une autre sorte de cette Liturgie.
On voit aussi plusieurs passages de la Liturgie des Cophtes , et de celle des Éthiopiens , dans le livre d'Anastase Kirkérus, intitulé : Prodronius Copliiicus, Outre cela, il y a trois Liturgies dans la Bibliothèque des Pères, sous le nom de S. Basile, de S. Grégoire et de S. Cyrille, qui sont iradiiiies de l'égyptien. L'original en avait éié envoyé à Yelsérus à Aiigsbnurg par Joseph Scaliger. Velsérus l'ayant envoyé à Rome, on les y lit traduire par un Maronite, avec l'aide d'autres exemplaires égyptiens aue l'on y trouva. Et toutes ces Liturgies s'accordent parfaitement sur le
lieu qu'Alvarez et Zagazabo témoignent que l'on ne sujet de l'Eucharistie. Dans la Liturgie de Sévère, l'élève point; 2° que l'on ne l'y montre point, non os- lorsque l'on divise l'hostie, il est marqué que quel-
tendiiur; comme s'il n'était pas très-possible que, dans un si grand empire, composé de quarante royaumes, il y eût quelque diversité de cérémonies en quelques endroits, et qu'Alvarez et Zagazabo eussent parlé de la coutume de certains Ethiopiens, et non pas de la coutume générale de tous les peuples d'Ethiopie ; et comme s'il n'y avait pas aussi une manière d'élever le corps lie Jésus-Clirist si peu remanjuable, qu'elle donne sujet, à ceux qui en font comparaison avec la manière dont on l'élève en l'Église romaine, de dire qu'on ne l'élève pas en Ethiopie, c'est-à-dire, que l'on ne l'y élève pas jusqu'à le faire voir, comme on fait parmi les Latins, quoiqu'il y ait pourtant quelque es-
quesuns disent : Vous êtes cet agneau de Dieu qui portez les péchés du monde; et ensuite on dit : Nous croyons et nous confessons que c'est là le corps de ce sung, et que c'est là le sang de ce corps : t lia crcdimus et ita affirmamus hoc esse corpus hujus sniiguinis , et hune esse sangninem hujus corporis. > 11 y est dit qu'il est raisonnable de (aire commémoration de ces morts qui ont mangé le corps, et bu le sang de Jésus-Christ. On y prie Dieu en ces termes : Que voire sang soit la garde de mon âme qui est votre image. Toute la Liturgie ialiiulée : Canon generalis JUthiopum, est pleine de prières qui marquent la présence réelle ; mais je m'arrêterai seulement à celles <\u\ sont conformes
pèce d'élévation, qui esl celle qui est marquée par la ^^"^ autres Liturgies cophtes et éthiopiennes. On y
Liturgie. adresse à Jésus-Christ celte prière conforme à toutes
C'est ainsi que quoiqu'il y ait certainement parmi ^^^ Liturgies : Seigneur oésus, amateur des hommes,
les Grecs une espèce d'élévation, qui est marquée par "''"^ implorons humblement voire bonté, afin que vous
S. Maxime dans son Commentaire sur S. Denys, par tourniez voire visage sur ce pain cl sur ce calice qui sont
Germain, patriarche deConslanlinopIe, et par les Li- *"'" c^' «"'^' •' bénissez- les , sanclifîcz-les , purifiez-les;
turgies mêmes, néanmoins le P. Goar remarque que et changez ce pain en votre chair sans tache ;
l'on n'élève pas l'hostie assez haut parmi les Grecs pour la faire voir au peuple.
Mais la \ érité de celte Liturgie paraît assez par la conformité qu'elle a avec les autres Liturgies de ces mêmes peuples dont nous parlons, surtout en ce qui regarde l'Encliaristie, où elle ne contient rien qui ne se trouve expressément dans les autres. Et d'ailleurs, c'est un si étrange dessein que celui de l'aire une Liturgie à plaisir, et ce serait un si extrême hasard, qu'un faussaire, qui l'eût voulu inventer, se fût trouvé conforme aux Liturgies certaines, et qui sont encore en langage coplite et éthiopien, comme celle que cite Kirkérus, ou celles que nous citerons ensuite, que c'est n'avoir aucun égard à la vraisemblance, que de vouloir rendre cette Liturgie suspecte de supposition. Les expressions mêmes extraordinaires qui s'y trouvent font voir que ce n'est pas un ouvrage de Latins;
et ce vin en votre sang précieux. Après que le prêtre a prononcé les paroles de la consécration , le peuple dit : Amen, amen, amen ; crcdimus, et confidimus, et laudamus te, Deus nosler : Hoc verè corpus tuuh est ; c ceci esl véritablement votre corps, i Et après la consécration du calice il dit : Amen, amen, amen; credimus et confilemur, et laudamus le : Kic YERE SANGUis Tuus EST ; C c'est véritablement volrô sung. » Le prêtre dit et)suile : C'est le corps saint, digne d'honneur, et plein de vie de notre Seigneur et Suw veur Jésus-Christ, qui a été donné pour la rémission des péchés, et pour faire obtenir la vie éternelle à ceux qui le prennent vérilablemenl, Amen. Il dit ensuite le même du sang. Et puis parlant conjointement de l'un et de l'autre, il dit : Ceci esl iraimeiil le corps, ceci esl vraiment le sang d' lîmmanncl notre Dieu. Je le crois, je le crois, je le crois, dès rtiiinlenanl et pour jamais, Amen,
633 LIV. V. Cr.ÉANCE DES OniENTAUX TOUCHANT LA PRÉSENCE RÉELLE.
C'est le corps, c'est le sniuj de notre Seigneur cl Sauveur Jésus-Christ, qu'il n pris dans les entrailles de la bienheureuse et immaculée Vierge Marie, et qu'il a unis avec sa divinité.
Un voit par ces paroles que ce n'est pas sans sujet que M. Claude aurait bien voulu faire croire que ctiie Liturgie est supposée, et que s'il n'a pas raison de lo soutenir comme il fait, parce qu'il ne faut pas régler ses seiilinients par ses intérêts, au moins al- il (piolque raison de le souhaiter ; car je ne crois pas (pi'il trouve bien des gens qui se |)uisseut seulement imaginer (lue des préires et des laïques, (pii parlent de celte sorte dans leur Liturgie, c'est-à-dire, dans l'action la |)lus solennelle et II plus sacrée, puissent croire, après tant de protestations, que rEucliaiislie n'est pas véritablement le corps de Jésus- Christ , mais seulement sa ligure, vide on pleine Mais on va voir par les passages suivants que ses souhaits lui sont inutiles, et qu'il ne lui sert de rien d'alléguer (pron ne connaît point le iraducleiir de celle-là, puisipi'oii trouve les mêmes choses dans les Liturgies dont on sait les traducteurs, et dont on cite même les originaux en langues cophlicpie et éthiopienne.
Anaslase Kirker rapporie en éthiopien les paroles de la Liturgie éthiopienne, que le peuple dit après la consécration du pain et du vin , qui sont à peu piès les mêmes que celles que nous avons déjà citées : Amen, amen, amen; credimus, et confidimus, et laudamus te; hoc est, in veritale credimus, caro tua. Et de même, après la cimsécration du calice, le peuple dit : Amen, amen, ainen ; credimus, et confidimus, et laudamiis le, à Domine Deus noster ; hoc est, in veritale credimus, sanguis luus. Comme il ne rapporte ce passage que par rencontre, il y a de l'apparence que s'il avait continué de citer le reste de ce qui est dans la Liturgie, on y aurait vu tout ce que nous avons cité de la grande Liturgie intitulée : Canon generalis. Ce
inier nos. » Et cnsiiile il dit : Envoyez sur nous la grâce de voire S.-E.-prit, qui purifie et change cks
Oni.ATIO.NS, Qlll SO.NT DEVANT NOUS, AU CORPS ET AU SANG QLI .VOIS A DÉLIVRÉS. QlJE CE l'AIN SOIT FArr VOTRE SA- CRÉ cours, ô notre Seigneur, notre Dieu, et notre Sauveur Jésus-Christ ! qu'il soit donné pour ta rémission et la vie éternelle à ceux qui le reçoivent. On y adresse à Jésus-Christ cette prière : Déni soyez vous, ô Jésus- Christ, notre Dieu lonl-puissanl , Sauveur de votre Eglise, Verbe spirituel, qui vous êtis fuit homme, qui avez conversé avec les hommes, et qui, pur votre uicarnalion incompréhensible, nous avez préparé ce pain céleste QUI est VOTRE CORPS TRÈs-SAi.NT, mystère vraiment sacré ; qui nous avez préparé ce calice tiré de la
VRAIE VIGNE, C'eST-A-DIRE, DE VOTRE DIVIN CÔTÉ. On y
voit aussi à peu prés les mêmes paroles que j'ai déjà rapportées de la Liturgie égyi tienne dile de S. Basile. Le prêtre dit : Corpus sacrosanclum et sanguis pretiosus Filii Dei. Le peuple répond : Amen : Sacrosnnctum et pretiosum corpus, et sanguis rerus Jesu Chrisli ; corpus et sanguis Emmanuelis Dei nosiri hoc est in veritate. Amen. Credo, credo, credo, et confileor usque ad extrenium spiritum : Hoc est corpus vivifieum quod accepisli, Christe Deus noster, à domina noslrà Deipurà, sanctâ semperque virgine Maria , et copulàsli cum divinitatt tuâ. sine commixtione et confusione, et sine mututione. Tu confessas es confessionem bonam sub Pontio Pilato^ et Iradidisli illud pro nobis ommbus spontè in iigno sanctœ crucis, uuus pro nobis omnibus. Verè credo humanitulem tuam ne ad momentum qu'idem temporis relictam à divinitate tuâ; Iradidisse aulem corpus idem tuum pro noslrà sainte in remissionem peccalorum , et in vitam œternam sume)ttibus ipsum cum fidc. Credo, credo, credo hoc reverà ita esse. II n'y a qu'à conférer cet endroit avec celui que j'ai rapporté de la Litugie appelée : Canon generalis, et avec celui de la Liturgie égyptienne dite de S. Basile, pour reconnaître que c'est qu'il cite de la Liturgie des Cophtes n'est pas moins absolument la même chose dans le sens, et que ces
exprès; car les prêtres, après la consécration, y pro noucent ces paroles : Je crois , je crois, je crois, et je confesse de toute mon âme que cette chose même que je liens en mes mains est le corps de votre Fils unique notre Seigneur et noire Sauveur Jésus-Christ. Dans la messe égyptienne dite de S. Basile, le iirêlrc confesse sa foi sur ce mystère par ces paroles : C'est le corps sacré et le sang précieux de Jésus-Christ, Fils de Dieu. Le peuple répond ; Amen : C'est le corps sacré et éternel, et le sang vé.ilable de Jésus-Chrisi, Fils de Dieu, Amen. C'est véritablement le corps d'Emmanuel noire Dieu, Amen. Je crois, je crois, je crois, et je confesserai jusqu'au dernier soupir de ma vie que c'est là le corps vivifiant que votre Fils unique notre Seigneur, notre Dieu et, notre Sauveur Jésus-Christ a pris delà très-sainte, trèspure Marie, mère de Dieu, noire mailresse commune, et qu'il a joint à sa divinité. Dans la messe égyptienne dite de S. Grégoire , le prèire dit : Seigneur, par voire parole vous changez les choses qui sont devant nous en vous-mêmes, i verbo luo in leipsum commutas quœ sunl propûsita; > vous habiltz parmi nous, < tu habitas
passages ne sont dilférenls qu'en quehjues termes; car il laut remarquer (|ue tout ce qui est dans ce passage depuis ces paroles : Et copulàsli cum divinilate tuâ, est aussi dans ces autres Liturgies : ce qui fait voir que comme dans les diflërenles messes que fou célèbre dans l'Église laiine il y a certaines oraisons communes, qui ont à peu près le même sens, de même ces dilférenles Liturgies égyptiennes et éthiopiennes conviennent dans ces mêmes tonlessions de foi qu'elles joigiieal toujours à la célébration des mystères.
Dans la dernière Liturgie, ailribnée à S. Cyrille, le prêtre y prie Dieu coniine dans les aiilres, qu'il fasse du pain le saint corps de son Cliiisl ; et il lui adresse ces paroles : Daignez, Seigneur, nous accorder ce charbon véritable qui vivifie nos entendements , nos corps et nos âmes, qui est le corps sacré , et le sang précieux de votre Christ ; que nous ne le recevions point à notre condamnation et à notre ruine. Et comme il est manpié à la tin que l'on devait prendre le reste de la messe de S. Basile, reliqua ex missà S. Busilii , il est clair que l'on y répétait aussi ces actes de loi, cl ces cou-
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fessions de la vérilé du mystère, qui se Irouvent dans la Liturgie égyptienne de S. Basile, ef. dans toutes les autres Liturgies cophtiques et éthiopiennes.
Je crois que toutes les personnes équitables qui liront ceci seront touchées d'admiration de voir que toutes ces Liturgies orientales sont beaucoup plus expresses pour la présence réelle que celles même de l'Église latine; et qu'ils reconnaîtront que c'est par un effet visible de la providence de Dieu, qui, voyant que ces nations étaicr.t comme privées des autres secours que l'on lire de la lecture des livres des Pères pour conserver la vraie foi de ce sacrement, a voulu qu'elle fût si expressément marquée et exprimée par leurs Liturgies, qui sont des livres perpétuels et communs, et qu'il fût impossible de l'altérer parmi elles, afin qu'elles servissent ainsi de témoins perpétuels cûntre l'innovation criminelle que les sacramentaires ont voulu faire dans la créance de ce mystère.