CHAPITRE XIV
Conclusion de ces preuves : Que toutes les sociétés d'Orient sont tinies avec l'Église romaine dans la foi de la présence réelle et de la transsubstantiation , par le témoignage de M. Piquet,
Je ne puis mieux conclure ce grand nombre de preuves que nous avons rapportées pour faire voir le consentement de toutes les églises d'Orient avec l'Église romaine dans la doctrine de la présence réelle et de la transsubstantiation, que par un témoignage qui les embrasse toutes, parce que la personne qui le rend dépose également toucliant la foi de toutes ces sociétés scliismatiques.
Je ne crois pas que M. Claude ose le rejeter sur celte récusation générale qu'il est catholique. Il lui doit suffire que c'est un homme d'honneur ; que c'est un témoin oculaire ; que c'est un homme qui a demeuré en Orient plusieurs années, et dans une fonction qui lui donnait moyen de s'instruire de la religion de ces sectes autant qu'il voulait, par ce qu'elles étaient souvent obligées de s'adresser à lui pour divers intérêts temporels , et d'avoir recours à la protection que les consuls français ne refusent point au;,- chrétiens d'Orient, de quelque secte qu'ils soient , lorsque la religion catholique n'y est pas intéressée. Enfin c'est une personne qui sait bien qu'il nuirait plutôt à la religion qu'il ne la servirait, s'il pouvait être démenti, et qui n'est pas si peu habile qu'il voulût bien se déslionorer par un mensonge que l'on pourrait faire retomber sur lui.
Il s'appelle M. Piquet, qui a été consul à Alep pendant plusieurs années. Je n'avais pas l'honneur de le connaître, ni d'avoir aucun commerce avec lui. J'avais seulement lu quelques relations manuscrites, dressées par les carmes déchaussés qui demeurent à Alep , dans lesquelles on voit les soins qu'il a pris pour l'établissement d'un évêqne catholique dans cette ville pour les Syriens ou Jacobiles de ce payslà , et la générosité avec laquelle il a soutenu celui
qui avait été établi , contre les entreprises des hérétiques, et lacorrnplion des officiers turcs. Mais comme je ne savais ce qu'il était devenu après qu'il eut quitté cet emploi, je n'avais aucune pensée de m'informcr de lui de l'état de ces sectes d'Orient. On lui a donc cette oljligation , de s'être porté de lui-même à rendre ce témoignage par le seul désir de servir l'Église catholi(ine, ayant écrit de son propre mouvement la lettre suivante, qu'il adressa au libraire qu'il jugea devoir être chargé de l'impression de ce livre. Lettre de M. Piquet , ci-devant consul a Alep POUR les Frainçais.
f A Lyon, le 26 août 1667.
< Monsieur, « Ayant appris que vous travaillez à l'impression
< d'un grand ouvrage pour la défense du très-saint f Sacrement, contre les erreurs et faussetés alléguées « par M. Claude le minisire , dans son livre contre la t Perpétuité de la foi , j'ai cru vous devoir donner « avis qu'une des plus grandes qu'il ait avancées a été € de dire que les chrétiens orientaux ne croient point f la réalité; puisqu'il est certain que toutes les nations « chrétiennes du Levant qui sont dans l'hérésie , c bandées par conséquent contre l'Église romaine , t croient comme article de fol la présence réelle de t Jésus-Clirist , et la transsubstantiation du pain et du t vin au corps et au sang de Notre- Seigneur , au même t temps que les paroles sont prononcées par le prêtre»
< J'ai demeuré huit ou neuf ans parmi eux dans le
< Levant ; j'ai eu des conférences de toutes les bories f avec eux ; j'ai été souvent dans leurs églises , et j'y
< ai vu honorer et adorer le très-saint Sacrement , sou3 « les espèces du pain et du vin , avec les génuflexions, I inclinations et respects que l'on pourrait rendre à
< Dieu même, s'il se présentait en quelqu'autre forme t visible. S'il fallait des attestations de cela , je me c fais fort d'en foire venir de tous les patriarches , € grecs, arméniens, syriens , jacobites ou dioscoriles, t nestoriens, et même des cophtes ou éthiopiens, qui t sont tous de la même créance (1). En sorte que sur € ce qu'ils ont ouï dire que beaucoup de Français
< calvinistes ne sont pas de ce sentiment , ils n'ont € rien de plus atroce à reprocher aux Français, quand « ils les veulent injurier, que de leur dire qu'ils ne f croient pas celte réalité. Je puis encore certifier t qu'd y en a aujourd'hui parmi eux qui reçoivent la t sainte communion sur la main, suivant l'ancienne
< coutume de l'Église. J'ai cru que ce témoignage dû « vérité pourrait être utile à quelque chose , et qu'il I ne serait pas désagréable ni à vous , ni à ces mes-
< sieurs, qui mettent au jour un ouvrage si importanf i à l'Église , auquel tous les enfants de cette sainte € Mère doivent co)itribuer et aider à son triomphe.
« Je suis de tout mon cœur , monsieur,
» Votre irès-humble et obéissant serviteur, < Piquet , prieur de Grimaud. »
(1) Il a en partie accompli celte promesse par des attestations des évêques d'Orient , qu'il a pi'ocurées par le moyen do M. Darou , consul à Alep. Un lea verra au livre Xlt, *' "
657 LIV. VI. CRÉANCE DISTINCTE DE LA PRESENCE OU DE L'ABSENCE RÉELLE. G5S
Voilà ce qu'on a cru devoir rcpréseiiler à M. Claude, tirera dans le X' livre , et en divers lieux du second
pour juslifior le consenlenient des sociétés orientales volume , que ce f;iil est si important , si décisif , si
avec l'Église romaine sur le sujet de la présence propre à dissiper la plupart dos illusions des ministres,
réelle. Je sais que la multitude des preuves qu'on a qu'on me pardonnera sans doute si je m'y suis laal
apportées pourra paraître excessive à plusieurs per- arrêté, sonnes ; mais on verra par les conséquences qu'on en
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