‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 166 sur 335 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

En quel sens on a entendu celle proposition.

On ne doit pas toujours conclure qu'une vérité ne soit pas claire ou certaine d'elle-même, de ce qu'on fait de longs traités pour la défendre ; celle longueur vient souvent de l'abondance des preuves , et non de la dif'ficnlté de la matière; et quelquefois aussi elle est causée par l'opini.îtreié déraisoiinable de ceux qui la comballenl, que l'on est obligé de suivre dans leurs égarements , mais qui n'obscurcissent pas néanmoins l'évidence de la vérilé qu'ils attaquent.

Si nous avons traité avec étendue la première supposition toiiclianl la foi de toutes les sociétés d'Orient, ce n'est qu'en la première manière : car ciiacun a pu voir que les difliculiés de M. Claude ne nous ont pas beaucoup arrêtés. Nous l'avons rencontré assez rarement dans notre chemin , et encore rendait-il si peu de combat, qu'on ne lui doit rien imputer de la longueur de ces livres. On a donc eu dessein d'y traiter à fond une matière importante, et non do le réfuter simplement, ce qui se pouvait faire en beaucoup moins de paroles.

Mais il sera un peu plus coupable dans la seconde supposition, parce que ce seront ses fausses subtilités qui nous obligeront de nous y arrêter plus ([ue nous ne voudrions. Elle consiste, comme nous avons déjà marqué, en ce que l'auteur de la Perpéiidié a avancé dans son premier traité que le mystère de l' Eucharistie n'est pus du nombre de ceux qui ne sont connus distinctement que de peu de personnes plus instruites dans la science de l^ Église, et que, pour ne parler que de la présence réelle, comme tous les fidèles participaient à l'Eucharistie , ils devaient, par conséquent , savoir si ce qu'ils prenaient était le corps de Jésus-Christ, ou ne Niait pas.

On avait cru que cette supposition était assez claire pour n'avoir pas besoin de preuve; et, en effet, elle Test, et jamais une personne vraiment sincère n'en disputera, au moins à l'égard des fidèles qui ne sont pas entièrement dans l'état que S. Paul appelle animal, et qui ont une connaissance médiocre des mystères. Cependant c'est contre celte supposition que M. Claude fait ses plus grands efforts. Il appelle au secours tout ce qu'il sait de philosophie et de chicane; il a recours aux ténèbres delà plus fine mélhapbysique pour l'obs-

curcir, et enfin jamais homme ne témoigna plus d'envie de se défaire d'un argument qu'il en fait paraître à l'égard de celui-là; de sorte que dans le dessein que l'on a de lui répondre, il faut par nécessité s'arrêter encore assez longtemps à ce point, pour dé-^ mêler ce qu'il embarrasse.

Néanmoins, comme dans les défauts mêmes il y a toujours quelque chose de louable, je ne veux pas priver ici M. Claude dos justes louanges qu'il mériîe, eu la manière que le Père de famille loue dans l'Écriture son intendant d'avoir agi finement dans sa malice; car il est louable d'avoir reconnu l'importance de cette supposition, et d'avoir bien vu que si tous les fidèles qui ont précédé Bcrenger ont toujours eu une créance distincte que l'Eucharistie fiU réellement le corps de Jésus-Christ , ou qu'elle n'en fût (]ue le mémorial et le gage , le changement insensible dans la doctrine de rEucharistie, sur lequel l'opinion des ministres est établie, est entièrement détruit, puisque si les fidèles ont toujours cru la présence réelle, il est clair par là qu'ils n'ont point changé de sentiment; et s'ils avaient toujours cru dislinclcment l'absence réelle, il serait impossible qu'ils eussent souffert sans opposition l'établissement de l'opinion contraire. M. Claude a donc eu raison de juger que la chose valait bien qu'il employât toute l'adresse de son esprit pour se démêler de cette difficulté.

Il est louable encore pour la subtilité, non solide, mais éblouissante qu'il y fait paraître ; car il faut reconnaître que c'est avec assez d'adresse qu'il fait perdre de vue le point de la question, qu'il mène les gens en des pays inconnus, et qu'il les engage en un nouveau monde d'hypolhèses fantastiques, après lesquelles il les oblige de courir. Et par ces moyens ingénieux il amuse les esprits, et les détourne de la vue de ce principe incommode , qui persuade de soimême ceux qui le considèrent attentivement.

Enfin, pour achever son panégyrique, rien n'est plus admirable que la confiance qu'il y témoigne. Il regarde les gens de haul en bas, et avec un tel mépris, ([u'il semble qu'il ail ])eine à s; rabaisser jusqu'à leur répondre. Si on l'en vent croire sur sa parole, toutes les raisons qu'on a alléguées pour soutenir ce qu'on avait avancé sur ce sujet ne sont que de faibles subtilités, oit il y a autant de fautes que de paroles ; ce ne sont que des sophisnies inditjnes d'entrer en det

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disputes sérieuses. 11 ne répond p;is aux raisonnements Car encore que loutes les vérités de la foi soient

de son adversaire, i'I les abat; et pour ne lui laisser ëgalomenl certaines, et qu'elles soient niênie luiies et

rien du lonl, // le surprend, si on l'en croit, dans une inséparables en elles mêmes, elles ne sont pas néan-

dépravaiion visible de son sens et de ses paroles, dans moins tontes établies snr les mêmes pi-enves, cl il se

une insigne mauvaise foi, et dans un manquemenl peut fort bien faire qu'un argimienl, qui sera convaiii.

î«cj;cHs«6/e i/e s/HceVi/e'.Enlin dans ce long discours, de cant pour la pienve de l'une, n'aura pas la même

près de quatre-vingts puges (jn'il emploie sur ce sujet, force pour l'élablissement de Taulre.

il paraît leliemeiit content de lui-même, que ceux (|ui Ainsi ions les passages de l'Écrilnre qui prouvent

ne jugent pas des clioses par le fond, mais par la bar- que le Verbe était avant Marie, avant Abrabam, avant

diesse de ceux qui eu parlent, lui seront sans doute le monde, sont absolimient décisifs contre les soci-

lrès-favoral)l('S ; el ceux-mêmes qui couiiaîlronl bien niens , (pii soiiliennenl que Jésus-Clirist est un pur

la faiblesse de sa cause, ne laisseront pas déjuger liomme, et qui nient ce que l'on appelle Tr,coJTra^:ÇiJ

qu'il faut (pielque force d'esprit pour pouvoir soutenir Aoyou, rexistence du Verbe, avant la naissance tempo-

avec un visage si assuré de si mauvaises raisons. relie de Jésus-Christ ; mais ils ne coMchiL-nt pas de

C'est tout ce que Ton peut dire à son avantage. même contre les ariens, qui admetlaienl que le Verbe

Mais pour cmpêelier l'abus qu'il fait de ions ces arli- avait été avant le monde, quoiqu'ils riiassenl qu'il fût

fices au préjudice de la vérité, il suflil de prier ceux éternel.

qui liront ceci d'avoir dans l'esprit un principe , que tout ce (pi'on a vu de M. Claude leur doit rendre trèscroyable, et(|ui le deviendra toujours de plus en plus, à mesure (pie nous avancerons dans l'examen de son livre. C'est que jamais il ne fait plus de bruit que lorsqu'il a le plus visiblement tort ; qu'il n'accuse jamais les gens avec plus de (ierlé d'une insigne mauvaise foi que quand il blesse la sincérité d'une manière plus inexcusable; qu'il ne leur reprocbe jamais plus bardiment de corrompre ses paroles que lorsqu'il corn)mpt les leurs avec plus d'infidélité; enlin qu'il n'est jamais plus faible que lorsqu'il affecte plus de paraîlre fort.

Il se pourrait donc faire aussi que la créance des fidèles eût toujours été claire el distincte sin- le sujet de la présonee réelle , et que néanmoins la raison seule qui suffit pour nous assurer qu'ils oui toujours élé dans celle disposition, ne fit pas voir avec îa même évidence qu'ils aient tons connu expressément el universellement si le pain demeurait ou ne ileineurait pas dans le sacrement. El en effet il y a cette diflérence entre l'un et l'autre de ces articles de foi, que l'tm en est le premier objet, et qu'il est direclenient exprimé par les paroles de Jé>us-Cbrist; l'autre nen est que le second , que l'Église a reçu par une tradition constante , et qu'elle tire des paroles de Jé-

C'est une règle qui ne les trompera guère ; et en sus-Christ par une conséquence nécessaire. L'un est

attendant qu'on leur en produise de nouvelles preu- le premier objet de la dévotion des fidèles, auquel

ves, qu'ils s'en servent seulement pour ne se laisser toute leur ailention se rapporle, et au(|ue} ils sont

pas étourdir par les déclamations impétueuses de obligés nécessairement de faire réflexion ; l'autre est

M. Claude ; ce qui est toujours raisonnable.

Cependani comme cette matière est importante, et qu'il est bon de dissiper ces nuages dont il a tàclié de couvrir une vérité très-claire d'elle-même, il faut tâcher d'abord d'établir si précisément l'état de la question , qu'il ne soit pas facile à M. Claude de le déguiser par un embarras de paroles, et que chacun puisse discerner sans peine de quel côté est la vérité.

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