‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 172 sur 335 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Quel degré de connaissance distincte est nécessaire pour la preuve de la perpétuité.

H est si important de bien établir ce que l'on entend par cette connaissance distincte el déterminée de l'absence réelle que l'on a soutenu se devoir trouver par nécessite dans ceux qui n'auraient pas cru la présence réelle, qu'il est encore nécessaire d'ajouter quelques considérations sur le degré de celle connaissance distincte, parce que c'est de l'abus que M. Claude fait de ces termes, qu'il tire la plupart de ses sophismes.

Croire l'absence réelle, comme nous avons déjà dit, c'est croire que l'Eucharistie n'esl pas le corps de Jésus-Christ, ou que le corps de Jésus-Christ n'est point réellement présent dans l'Eucharistie. Or l'on peut croire ou savoir dislinctement qu'une chose n'est pas une autre, ou qu'elle n'est pas dans une autre, en trois manières différentes : la première, par une réflexion expresse et formelle, mais générale, lorsque l'on nie généralement qu'une chose soit une autre, ou que l'on affirme qu'elle en est absente, mais sans spécifier aucune manière particulière: ainsi, comme nous avons déjà dit, en niant que le roi soit à Paris, on dit qu'il n'y est en aucune manière réelle, quoique l'on n'en spécifie aucune. La seconde, par une réflexion distincte sur toutes les manières différentes d'être (pielque chose, ou d'être réellement présent en un lieu ; c'est comme si l'on disait que le roi n'est à Paris ni visiblement ni invisiblement; et c'est en celle manière que les sacramenlaires nient la présence du corps <!o Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Et la troisième, sans aucune réflexion, et par une simple vue de la nature

6i5 LI\. VI. CRÉANCE DISTINCTE DE LA

des choses, qui enferme lellcniciit l'exclusion de toul ce qui n'appartient point à leur être, que l'esprit sait aussi bien ce qu'elles ne sont pas, que s'il en avait fait cent jugements positifs.

Peut- être, par exemple, que personne ne s'est avisé de former ce jugement exprès, que la ville i!c Paris n'est pas celle de Rome ; que la France n'est l)as la Chine, que le soleil n'est pas la lune, qu'un cheval n'est pas un éléphant, qu'un portrait du roi n'est pas le roi même ; et néanmoins on peut dire véritablement que tout le monde sait distinctement que Paris n'est pas Rome, que la France n'est pas la Chine, que le soleil n'est pas la lune, qu'un cheval n'est pas un éléphant, que le portrait du roi n'est pas le roi même. La raison en est que nous n'avons point d'autres preuves qui nous convainquent de la distinction des choses, que lorsque n®us les concevons par des idées eniièrement séparées, et qui sont ainsi exclusives les unes des autres : de sorte que, lorsque l'idée de l'une n'enferme aucunement l'idée de l'autre dans notre esprit, nous savons que l'une n'est pas l'autre, soit que nous fassions cette réflexion expresse, soit que nous ne la fassions pas.

Cela supposé, on doit remarquer, 1° que l'auteur de la Perpélidlé n'a jamais prétendu prouver que si les fidèles n'avaient pas cru la présence réelle, ils auraient cru l'absence réelle en la seconde manière , c'est-à-dire, qu'ils auraient exclu positivement, et par une rcilexiou formelle, toutes les diverses manières de présence ; 2° que la plupart de ses arguments concluent que si les fidèles n'avaient point cru la présence réelle, ils l'auraient rejetée en la première manière, et par une réflexion générale, qui nie la chose sans songer aux diiférenles espèces ; 3° qu'encore qu'on puisse tirer cette conséquence de plusieurs de ses arguments, il suffit néanmoins, pour son dessein, qu'il fasse voir que ces fidèles auraient rejeté la présence réelle en la troisième manière, c'est-à-dire sans réflexion, et par la connaissance distincte de certaines vérités qui l'enferment selon la manière ordinaire de concevoir les choses.

Car le but général de son traité est de montrer que la foi de la présence réelle n'aurait pu s'introduire insensiblement, et qu'elle aurait fait, par nécessité, un éclat prodigieux , s'il était vrai que l'ancieinie Église eût éié dans une créance contraire. Et pour rendre cette preuve concluante, il n'y a qu'à faire voir que les fidèles auraient été dans la disposition de s'élever contre ceux qui auraient enseigné celle doctrine, et de n'en souffrir pas l'établissement, au cas qu'ils ne l'eussent pas loujoxirs crue. Or il suffit pour cela qu'ils eussent cru que l'Eucharistie n'était pas le corps de Jésus-Christ, comme nous croyons que Paris n'est pas Rome, que la statue du roi n'est pas le roi même, sans qu'il soit nécessaire <pi'ils eussent formé ce jugement positif par une réflexion expresse.

Qui doute, comme l'on a dit dans le traité de la Pervétuité, qu'un homme qui enseignerait que toutes les croix d'argent sont transsubstantiécs au bois de la

Page 1