PARTIE DE l'Église, le peuple et une bonne partie des
PASTEURS se contentent DE TENIR LA VÉRITÉ DANS CE DEGRÉ INDISTINCT DONT JE VIENS DE PARLER, et ainsi
il est aisé à une erreur nouvelle de s'insinuer et de s'étiiblir dans les esprits, sous le titre d'éclaircissement domié à la vérité ancienne.
Il est visible par celle confrontaiion. que M. Claude en rapportant ce passage cité dans la Réfutation, en a retranché ces lignes : Or avant qu'une erreur ait fuit du bruit, et se soit fuit remarquer par le combat, la plus grande partie de l'Église, le peuple, et une bonne partie des pasteurs , se contente de tenir la vérité dans ce degré indistinct dontjeviensde parler. Ces lignes se trouvent dans son traité, page 13 : elles sont rapportées dans la Réfutation de ce traité par l'auteur de la Perpétuité , et elles sont retranchées par M. Claude, dans l'endroit même où il fait profession de rapporter ce que l'auteur de la Perpétuité cite de son livre. Il est bien aisé de faire voir maintenant à M. Claude ce qu'il n'a pas voulu voir, ni dans sa première Réponse, ui dans la Réfutation que l'on en a faite. Il décrit fort bien cette créance confuse dont il s'agit : C'est un degré indistinct, dit-il, dans lequel à peine peut-on remarquer quelque différence entre les ovinions contraires .
PRÉSENCE OU DE I/ABSENCE RÉELLE. g.-J!.
pendant qu'elles sont en cet étal. Cst un degré , ditil encore, </rt?js lequel les idées sont si semblables, qu'on ne les peut discerner que très-difficilement. Et, par conséquoni, ceux qui élaienl dans ce degré de connaissance confuse ne savaient pas distinctement si co qu'ils recevaient était ou n'était pas le corps même do Jé.-us-Chribl : car s'ils l'eussent su, leur idée n'aurait élé nullement semblable à celle de ceux qui auraient été dans un antre sentiment.
Mais il ne marque pas moins clairement l'étendua qu'il donne à celle créance coiifnse et indistincte, dans les paroles qu'il a rcirnncliées, el (jue je m'en vas rapjiorler comme elles sont dans son premier traité , parce qu'on y voit encore plus clairement son sens. Je ne doute pas aussi, dit-il, qu'un ne m'avoue de bonne foi qu'avant qu'il y ait eu de la contestation sur une matière, c'est-à-dire qu'avant qu'une erreur ait fait du bruit, et se soit rendue remarquable par le combat, la plus grande partie de l'Eglise, le peuple, et une bonne partie des pasleurs se contentent de tenir la vérité dans ce degré indistinct que je viens de dire. Chacun sait en sa conscience que ce que je dis est vrai, et disputer sur cela, ce serait assurément chicaner. Yoilà le temps bien déterminé ; il comprend tout celui qui est avant la contestation, avant qu'une erreur ait fait du bruit. Il n'y a qu'à compter combien a diiré ce temps; car la raisoa est générale, cl la maxime que M. Claude proposa s'étend à lout le temps qui précède la contestation. Aussi ne la foiidc-t-il pas sur des faits particuliers, et sur quelqces circonstances propres à cci tains temps; il l'établit sur la nature même et sur l'évidence de celle iKaxime. Il s'en rapporte à la conscience de chacun , supposant qu'on la voit par la seule lumière de la raison. Je ne doute point, dit-il, qu'on ne m'avoue de bonne foi, etc. Chacun sait en sa conscience que ce que je dis est vrai, et disputer là- dessus, ce serait assurémcjit chicaner. Ce serait faire tort à M. Claude de douter que lorsqu'il a parlé de la sorte, et qu'il s'en est rapporté à la bonne foi de ses lecteurs, il n'ait prétendu proposer une maxime générale, qui s'élend à tous les temps, el non une maxime particulière, dont la vérité ne dépendît que de certains faits, que chacun ne connaît pas par la bonne foi et la conscience; car il n'y a qu'en cette manière que son discours peut avoir un sens raisonnable. Et, par conséquent, il est clair que le temps qui précède la contestai ion que Bérenger excita sur l'Eucharistie étant de plus de mille ans , celle créance confuse , admise par M. Claude , esl aussi de plus de mille ans, ce que j'avais à justifier.
Ainsi quand M. Claude ajoute ces paroles : Pour appliquer ceci à la matière que nous traitons, je dit qu'avant que la IranssvJjstantiation vînt au monde , chuchun croyait que Jésus-Clirisi est présent au sacrement , et (jue son corps et son sang y sont vraiment reçus par le fidèle communiant ; c'esl une 3i\)phcSii\on qu'il fait de la maxime générale qu'il a avancée, et qui marq.ie même quil l'a prise généralement : car s'il n'avais voulu dire universellement que dans tout le temps qui
e)jg fERPÉTLITE DE LA FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE,
précède les conleslaiions, la vérilé n'éiail connue
qu'en un degré indistinct, il n'aunil eu aucun sujet de conclure de là qu'au temps de Bércnger elle n'était connue que de cette manière confuse, puisqu'il n'apporte en cet endroit aucune preuve pour montrer que cette maxime fût plus véritable en ce tempslà qu'en un autre.
11 est donc certain que ce n'est point injustement qu'on impute à M. Claude d'avoir soutenu que pendant mille ans la plupart des fidèles n'ont eu qu'une connaissance confuse du mystère de l'Eucharistie , puisque cette conséquence se tire si naturellement et si nécessairement de ses paroles, qu'il n'a point trouvé d'autre moyen de s'en défendre , que de dissimuler qu'on les eût rapportées, et de les retrancher lui»méuie de son passage.
Et il ne lui sert de rien de dire que dans d'autres passages de son écrit il applique celte créance confuse au temps de Lanfranc et de Béi enger : car qui doute «jue celui qui soutient généralement qii'avanl les contestations et le bruit que les erreurs excitent , la plupart lies fidèles se contentent de tenir la vérité dans un degré confus, n'ait droit d'en conclure, (ju'un peu avant Bércnger on n'avait dans rÉglisc qu'une connaissance confuse de l'Eucharistie? La conclusion est certaine ; il n'y a qu'à dire que ce temps marqué précède l'erreur , et , par conséquent , qu'il est compris dans le temps de la connaissance confuse. Mais il ne s'ensuit nullement de là que la maxime qui détermine le temps de la connaissance confuse ne soit pas générale, et ne s'étende pas à tout le temps qui précède la contesia- Uou et la naissance de Terreur.
Enfin c'est inutilement qu'il allègue qu'il a marqué dans son premier écrit que ce fut au dixième siècle que se perdit la connaissance distincte de la vraie doctrine sur le sujet du sacrement. Cela ne conclut rien, tant parce qu'il n'est pas fort extraordinaire à M. Claude de se contredire, que parce que cette perle de la connaissance distincte de rEucharislie n'est nullement contraire à la créance confuse que l'on soutient qu'il a admise dans les dix prcmijers siècles : car comme cette créance confuse n'était , selon lui , «[ue dans la plupart des pasteurs et dans la plus grande partie des laïques, il restait encore un petit nombre et de pasteurs et de laïques éclairés , dont il peut entendre sans contradiction ce qu'il dit, que la connaissance distincte du mystère de l'Eucharistie se perdit dans le dixième siècle, c'est-à-dire que, selon lui, il n'y resta plus personne qui connût distinctement la véritable doctrine de l'Église, au lieu qu'il y en avait quelquesuns qui la connaissaient dans les autres siècles.
Voilà comment il peut accorder ses paroles, pour éviter qu'on ne lui reproche qu'il s'est contredit. Mais il n'empêchera pas par là qu'il ne soit très-véritable qu'il a admis la créance confuse et indistincte du mystère de l'Eucharistie, pendant tout le temps qui précède riiérésie de Bérenger, c'est à-dire, pendant plus de mille années. Après cela je ne pense pas qu'il ail grand su>i de se plaindre de ce que l'on a dit dans la Réfu-
tation, en rapportant son sentiment, que, selon lui , l'Église est demeurée dans celte ignorance jusqu'au temps de Bérenger, puisqu'il n'y a rien en cela que de véritable. Que si ces mots ne se trouvent pas expressément dans son écrit, quoique le sens s'y trouve , c'est qu'ils n'étaient destinés que pour représenter son sens, et non ses paroles; et que ce n'est que par une faute d'imprimeur qu'elles sont en italique , comme il est arrivé encore eu quelques autref. endroits. Et ainsi , en les remettant en caractère romain , il n'aura plus sujet de se plaindre de l'imprimeur même ; mais il faudra qu'il fasse bien d'autres changements dans sa Réponse , pour en ôtcr tout ce qui blesse la vérité , la sincérité et la bonne foi.