‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 182 sur 335 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Examen du second ordre du syslcme de M. Claude, que l'un peut appeler des igsora.nts paresseux.

Les faiseurs de romans , qui placent de grands événements , des guerres sanglantes , de grands princes , et de grandes monarcliies dans des temps connus, ne furent jamais si embarrassés, et ne choquèrent jamais si visiblement la vraisemblance et la vérité de l'iiistoire , que M. Claude lait en plaçant son église fabuleuse , composée de cinq ordres , dans l'Eglise des huit premiers siècles.

On a vu combien le premier ordre, qu'il fait consister en une multitude de contemplatifs stnpides, enfermait de suppositions insensées; mais le second ne le cède pas au premier en absurdités. M. Claude le compose de ceux qui allaient , dit-il , jusqu'à la question; mais trouvant de Cincompalibiliié dans les termes de pain et de corps , leur esprit s'arrêtait à la s(ule difflcullc , sans entreprendre de la résoudre.

Les ordres de M. Claude ont cela de rare , qu'ils sent tous composés d'hommes extraordinaires , et qui lie sont connus que de lui. 11 est bien certain au moins que les Pères n'ont point connu ces sortes de gens : car s'ils se lussent seulement doutés qu'il y eût eu dans l'Église un grand nombre de personnes qu ne savaient point du tout ce que c'était aue l'Eucha-

TOUCHANT L*EL'CnARÎ5TîE.

ristie , et qui entendant dire qu'elle était le corps de Jésus Christ, rejetaient l'imique pensée qui leur ea venait dans l'esprit, sans en former aucune autre, ils auraient tâché de les instruire ; ils nous auraient marqué leur doute; ils y auraient remédié; ils leur auraient fait des reproches de leur négligence, et ils les auraient fortement repris de ce ([u'ils ne se meltaienl pas en peine de s'instruire d'un mysiére dent le bon ou le mauvais usage était une des causes les plus ordinaires de la vie ou de h\ mort des chrétiens; d'un mystère (|u'ils appelaient le bien , la vie, la perfection, parce qne c'était le principal objet de la piété chrétienne sur la terre.

Conmient ces gens-là discernaient-ils donc le corps du Sauveur, eux qui ne se souciaient pas seulement de le connaître et de savoir pourquoi l'Eucharistie en portait le nom? Quelle dévotion pouvaient-ils avoir pour ce uiyslère, |)uisque la dévotion suppose rinslruclion? Voilà donc des gens dans un très-mauvais état. Cette paresse leur était très-dangereuse ; ils étaient do ceux qui mangeaient le corps du Seigneur par ignorance, parce qu'ils n'en connaissaient ni la vertu ni la dignité : Per ignorantiam percipil qui vivlulem ejus et digiiilateni ignorât, comme dit liésythius (lib. 6, in Leviiic. ). Ils s'en approchaient donc témérairement, comme dit le même auteur, et ilscomnietlaienl un très grand péché : Ad quem qui temerè accédant, non simpliciier peccant, sed iniquilatem delicli sui porlare dicuiitur. Et comme cette mauvaise disposition durait toute leur vie, c'était une espèce d'impénitence et de péché contre le S.-Esprit. Elle devait anssi être fort commune, puisque, selon M. Claude, elle laisait une classe entière de l'Église de ces siècles. D'où vient donc (jue les Pères ne nous parlent point do ces ignorants pureiseux? D'où vient qu'ils ne les chargent point à tout moment de reproches? D'où vient qu'ils supposent que jusqu'aux enfants tous les fidèles étaient instruits de la vérité du corps et du sang de Jésus-Christ, comme S. Lé^u la témoigne en parlant aux eutychiens ? En quelles profondes ténèbres d'ignorance, dit-il, en quel engourdissement de paresse faut-il que cet, gens aient été ensevelis, pour n'avoir pas entendu dire, ou n'avoir pas appris par la lecture, ce qui est tellement dans la bouche de tous les fidèles de l'Église, que les enfants mêmes, dans la célébration de ce sacrement , rendent lémoignuge à la vérité du corps et du sang de Jésus-Christ ! Germain, patriarche de Constanlinople, déclare de niéme, dans sa Théorie des mystères, qne les peuples les plus éloignés, comme les Indiens, croyaient que l'Eucharistie était te corps de Jésus-Christ, c'est-à-dire, qu'ils le croyaient comme il le croyait lui-môme : Qui in Indiù perficiunt magnum hoc myslerium, crcdunt illud corpus Chrisli et Dei esse noslri. Or nous prouverons qu'il croyait la présence réelle et la transsubstantiation.

Il est doue bien étrange que M. Claude sache louclianl ces siècles ce qui a été inconnu à tous ceux qui y ont vécu; car d'où a-t-il appris ces nouvelles étonnantes qu'il nous en conte? C'est, dira-l-il, de la raison et du se::s commun. Pourquoi donc ccUc mcma

677 LIY. VI. CRÉANCE DISTIiNCTK DE LA

raison el ce même sens commun ne faisaient-ils pas comprendre aux Pères qu'il pouvait y avoir un grand jiombre de personnes dans une si cxlrêilie paresse, qu'ils ne savaient antre chose du sacrement, sinon qu'il était impossible que le pain fût le corps de Jésiis- ( ihrist, sans se mcUre en peine d'en rien savoir davantage?

Mais comment le sens commun de M. Claude lui at-il fait croire une chose si contraire au sens commun de Ions les autres? Cette paresse dont il fait le caractère de son second ordre, était une paresse qui durait toute la vie, et non pas seulement quelque petit espace de temps. C'était une paresse qui regardait la chose du monde la plus importante, et dont on faisait plus appréhender aux chrétiens le mauvais usage. C'était une paresse qui avait de très-grandes suites pour le règlement de la vie et de la i)iéié iniérieure, puisqu'une connaissance si imparl'aiie de ce sacrement pouvait être la source de beaucoup de sacrilèges. Celait une paresse dont on pouvait se délivrer par le moindre petit effoi t, par la moindre question l'aile à un prêtre ou à un laïque un peu- éclairé. Enlin, c'était une paresse dont il élail impossii)le qu'on ne fût délivré, et par les instructions que les pasteurs donnaient à ceux qui étaient admis à la communion, et par celles qu'ils donnaient tous les jours au peuple sur ce mystère. Qu'on j<tigne ensemble toutes ces conditions, el qu'on juge après cela s'il y a rien de plus chimérique que cet ordre prétendu de paresseux.

Non seulement il faut que ces geiiS eussent le cœur autrement fait que les autres, pour demeurer toute leur vie dans cet état, mais il fallait aussi qu'ils eussent un autre esprit et une autre lumière que les antres, pour y pouvoir seulement entrer un moment. Car il faut remarquer que M. Claude attribue deux qualités à cet ordre de paresseux : la première, de n'avoir aucune idée de la présence réelle, pour la rejeter ou pour l'admettre; la seconde, d'être choque de l'inconipatibililé des termes, jiain et corps, qu'il suppose être affirmés l'un de l'aulre dans cette proposition : Ceci est mon corps, sans néanmoins y concevoir aucun sons.

Or, pour comprendre la bizarrerie de la première supposition, il n'y a qu'à considérer que ces pan.les : Ceci est mon corps, ou celles-ci dont on se servait eu communiant : Corpus Cliriuli, el les autres semblables, qui étaient dans la bouche de tons les fidèles, peuvent former trois idées différentes, outre les explications figuratives. L'une est celle qui est marquée par M. Claude, que le pain demeurant pain, était le corps de Jésus- Christ, demeurant dans son idée ordinaire de corps de Jésus Christ tel que nous le concevons. La seconde, ([ue le pain, demeurant pain, contenait el enlermaiten soi le corps de Jcsus-Chrisl, et était ainsi le corps de Jésus-Christ, comme le vase du vin est du vin. La troisième, que ce sujet qu'on appelait pain n'était plus du pain, mais le corps même de Jésus-Christ.

Nous avons fait voir que la dernière se trouve suivie uniformément depuis six cents ans par tous les chrétiens de toutes les sociétés, à l'exception des sa-

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