PRÉSENCE OU DE L'ABSENCE RÉELLE, GS
P is dire quêtant dans le corps elles ne sont pas dans le corps ; mais il veut dire que paraissant être dans le corps, elles n'y sont pas, mais dans l'âme seulemeni. II n'y a point d'esprits si bornés qui n'entrent tout d'un coup dans ces expressions ; ot, par conséquent, quand on a dit aux fidèles que le pain de l'Eucliarisiie était le corps de Jésus Christ, l'idée qu'ils devaient prendre nalurelloment de ces paroles, eu les expliquant en la manière ordinaire , était que paraissant pain il ne l'étail pas; mais que c'était le corps même de Jésus-Christ ; et par-là il est visible que c'est renoncer à toutes les lumières de la raison, que de prétendre, comme fait M. Claude, que ce sens si ordinaire, si simple, si autorisé par l'usage, n'est jamais venu dans la pensée de personne durant huit cents ans, et que les fidèles n'ont vu dans ces propositions que la seule uniié de ces deux termes subsistants, qu'ils ont rejeiés comme incompatibles; au lieu que ce sens est beaucoup plus extraordinaire et moins naturel que celui de la transsubstantiation.
Et c'est au,si ce que les principaux ministres et les principaux docteurs des sacramentaires, n'ont pas fait difficulté de reconnaître, quand ils n'ont pas été aveuglés, comme M. Claude, par la passion de contredire les catholiques, et qu'ils ont buivi simplcmenl ce que la raison leur faisait connaître. C'est cette vue simple de la raison qui a fait dire à Calvin {\) que le sens simple des paroles ne peut subsister si le pain n'est changé au corps. Et ainsi il appelle le sens de la transsubstantiation le sens simple des paroles ; Non consistcret verborum simplicitas , nisi panii, confletur in corpus Ctiristi. Béze , écrivant contre Westphalus, dit (page 215) qu'on ne peut s'attacher à la lettre dans ces paroles : Ceci est mon corps, que l'on n établisse la transsubstantiation ; et dans la page 216 : Je l'ai souvent dit, et je le répète encore , quon ne peut conserver le sens littéral des paroles : Ceci est mon corps, qu'en établissant la transsubstantiation des papistes. Uoapinieu, dans la préface de la seconde partie de l'iiistoire sacranicnlaire, après avoir rapjiorté les différentes opinions qu'il dit s'être élevées après celle de Bérenger, savoir celle des consubslantiateurs et celle de l'inipanation du Verbe, qu'il attribue à Rupert, les comparant avec la doctiine de la transsubstantiation , en porte ce jugement : II œ tamen senlenliœ omnes longius quàm Iranssubstantiatorum à Christi verbis recedunt , si tel littera spcctelur, vel sensus. C'était aussi l'argument queZwiiigle faisait ordinairement contre Luther, pour réfuter ce qu'il disait, qu'il ne fallait point admettre de fropc dans ces paroles : Ceci est mon corps. Il s'ensuii , dit Zwingle , nécessairement , que le pain est le corps même de Jésus Christ ; et qu'ainsi le pape a raison d'enseigner que le pain est changé au corps de Jésas-Chrial. ( Vid. Ilosp., |)art. i, pig. 49.)
On voit le même aveu dans un livre imprin:é en Hollande, dans l'année 1GG8, sons ce litre: Philoso-
(\) Defens. 2 pi;r ot ortli. de Sacrnm. fideî, l. 7, p. 7, col. 1, cdil. Gen., 1017.
fVinrjl-dcux.J
PERPETUiTÉ DE LA FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE. C84
et embrassco , rauioriîé de Dieu et de l'Église, et Vh\bilnde qu'ils auraient eue de soumettre leur raison aux mysières, ayant plus de force sur l'esprit des fidèles , que ces répugnances de la raison et des sens ; 5° que ceux mêmes qui auraient conçu l'unité des deux termes subsistants, pain et corps, n'auraient point rejcié celle unité, mais seraient tombes naïurellemeni dans la créance des lulbériens, c'est-à-dire delà consubstanliation, el qu'ainsi ils auraient cru la présence réelle; V que ceux qui, par attache à lour propre sens, auraient rejcié celle unité de deux idées comme incompatibles, auraient eu l'idée distincte el expresse de l'absence réelle, parce qu'ils auraient entièrement et absolument séparé le pain du corps ; 5" que toute la pliilosopliie de M. Claude, qui soutient qu'en concevant l'incompatibiliié de deux idées affir-
phia Scrîplurœ înterpres. Dans le cha [titre o , l'auteur dit qu'il faut distinguer deux sortes de sens dans les propositions de l'Écriture : l'un , qu'il appelle sensus simpUcîter dicins , qui est celui qui se prend de la signilicalion naturelle des termes; et l'autre, setisus verus, qui est celui que le S. -Esprit a voulu marquer. Eî il prétend que pour n'avoir pas bien distingué cela, on est tombé en beaucoup d'erreurs, parce qu'on a pris pourclairs des passages qui étaient fort obscurs au regard du vrai sens, et qui n'étaient clairs qu'au regard du sens simplement dit. Ainsi, dit-il, pour êclaircir cela par des exemples, les papistes crient bien haut, en soutenant dans tous leurs livres que les paroles de Jésus- Christ dans rinslitulion de la cène : Pkenez , mangez , CECI EST MON CORPS, sont cloircs et manifestes, comme ELLES LE SONT EN EFFET, et en tirent sans peine le sens qu'ils y donnent , comme tout le monde le peut faire mées l'une de l'autre dans une proposition, on ne con-
aussi bien qu'eux. Mais ce sens n'est que le sens simplement dit, et non pas le véritable sens, comme les réformés le prétendent et le montrent fort bien. De sorte que ce passage est clair au regard du sens simplement dit, et non du vrai sens, au regard duquel il est obscur (1), M. Claude dira peut-être que cet écrivain est un liomme hardi , qui n'a pas voulu se nommer, parce qu'il avance beaucoup d'erreurs dans ce livre. Mais cela ne sert de rien : car quelques autres erreurs qu'il ait avancées, il est certain, d'une part, qu'il est grand ennemi des catholiques; el de l'autre, qu'il est de l'opinion des calvinistes touchant l'Eucharistie, comme ce passage même le fait voir. Or cela étant, il est clair qu'il n'y a eu que la vérité qui l'ail pu f.>rcer d'avouer que le sens des catholiques que M. Claude nous veut faire croire n'avoir jamais pu venir pendant huit cents ans dans l'esprit de personne, est le sens clair et naturel des paroles de Jé^us-Clirist, quoiiiuil prétende en même temps , comme calviniste , que ce n'est pas le vrai sens.
Voilà coirmientdoiventparler tous ceux qui conservent quelque sincérité, quoique engagés dans rhérésie des sacramenlaires. Et ainsi ce que la raison nous oblige de conclure à l'égard de ceux qui , n'étant point instruits des distinctions des sacramenlaires, auraient entendu ces expressions, que r Eucharistie est le corps de Jésus-Christ; que le pain est changé au corps de Jésus-Christ , est , 1° que le sens qu'ils y auraient ordinairement connu n'est pas l'unité de ces deux termes subsisianls , mais la vraie doctrine de la ranssubslanliation, qui consiste à croire que ce que nous recevons à la communion n'est pas du pain, mais le corps de Jésus-Christ; 2° qu'ils auraient non seulement conçu cette idée, mais qu'ils l'auraient suivie
(1) Sic ponlificii, ulexemplis rem illuslrcmus, verba Cbristi quibus S. cœn:im insliluil, clara el pe'spicua esse clamitanl et scriplilant, ut ciiain sniit, ac i^de sensum coniicinnt imilo negotio, quemadniodùm id cuilibet licel. Al hic sensus est tanlùm simpliciler diclus, non autem verus, quemadmodùm i-d contendnnt atque ostendunt relbrmali; adeôque bic locusqnidem est perspicuus in sensu simplicilcr sic dicto, non vero, in quo est obscurus. Pag. 9.
çoit aucun sens ni vrai ni faux, et que l'on ne rejette pas pour cela la présence réelle, est une fausse subtilité, qui ne méi'ite que le nom d'une chicanerie scolastiqne ; 6° que dans l<iut ce second ordre, M. Claude ne trouve point sa créance confuse; mais que l'on y trouve une créance disiincie, ou de l.i présence ou de rabsencc réelîc.