‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 189 sur 335 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Que le doute que M.Claude attribue à trois de ses ordres, savoir au second, au troisième et au quatrième, a été absolument inconnu aux Pères. i

Nous avons l'obligation à M. Claude de nous avoir appris cette maxime si raisonnable, que c'est un grand défaut de voir ce qui n'est pas, et de ne pas voir ce qui est. Et pour en faire un usage légitime nous en allons faire l'application sur lui-même , dans une matière fort importante , en lui montrant qu'il la fait encore rwieux connaître par son exemple qu'il ne l'enseigne par ses paroles, et qu'il est proprement du nombre de ceux qui voient ce qui n'est pas , et qui ne voient pas ce qui est.

Il voit un doute d'une terrible conséquence dans les fidèles des huit premiers siècles , et non seulement dans un petit nombre, mais dans la plus grande partie d'entre eux ; dans trois ordres entiers des cinq qui composent son système. Ils étaient, dit-il, frappés par l'incompatibilité de ces termes, pain et corps; ils ne comprenaient pas d'abord comment cela s'entendait; mais les uns ne se mettaient pas eu peine de le chercher, les autres le cherchaient, else contentaient d'une lumière confuse et générale ; les autres, après avoir longtemps cherché, en trouvaient le vrai dénoûment. Mais avant de l'avoir trouvé , ils ne le savaient donc pas; ainsi ils étaient longtemps dans l'étal d'ignorance et de doute à l'égard de ce mystère.

Or, comme il y a de diverses sortes de doutes, il est bon de bien pénétrer la nature de celui que M. Claude attribue à ce nombre innombrable de fidèles. Jl y a des doutes dans lesquels on entend la chose et on la conçoit; mais on ne sait si elle est, ou si elle n'est pas ; si elle est possible, ou si elle est impossible. Quand je doute, par exemple, si les bêtes pensent, si le sang a une circulation dans le corps, si deux lignes peuvent être incommensurables , j'entends ce que c'est que penser, ce que c'est que la circulation du sang, ce que c'est que l'incommensurabilité de deux] ligues. Mais il y a des doutes où l'on ignore ce qui fait le doute, comme quand on doute des causes du flux et du reflux de la mer, et que l'on demande (hîj quelle sorte cela se fait ; ou quand on doute du seii d'un passage de l'Écriture, lorsque le sens qui paraii, est faux, et que l'on n'en voit point d'autre.

Je ne m'arrête pas à discuter si cette disposition/ d'esprit doit être appelée doute ou simple ignorance;' il me suffit qu'elle soit différente de la première. Cur dans la première sorte de disposition, où l'on doute si' la chose est ou n'est pas, en rentendanl et en la co;icevanl, ou n'a point besoin qu'on nous l'explique, il suffit qu'on nous en donne des preuves. Mais iase-

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tonde disposition qui enferme une ignorance de la deverlu, en faisant voir que l'on ne prciciid pas que manière, demande par nécessité une explication de ce l'Eucharistie soit le corps de Jésus-Christ autrement qu'on ignore. Je ne sais comment un passage s'enlcnd, qu'en figure ou en vertu.

on ne m'ôlera jamais cette ignorance qu'en me l'cxpliquani. Des termes affirmés l'un de l'autre me semblent inalliables, on ne m'ôtera jamais ce doute qu'en ^'expliquant distinctement l'alliance de ces termes.

Il est important de bien remarquer ces deux sortes de disposiiions si difiërentes; et il est clair que la manière dont un doute est résolu par ceux à qui on

Voyons donc maintenant si les Pères auront connu cette sorte de doute, et s'ils auront pris les voies naturelles pour y remédier; car on voit dans leurs ouvrages qu'il leur est assez ordinaire de supposer qu'il s'en peut élever sur le sujet de rEucharistie, de lâcher de les prévenir, et de fortifier les fidèles dans h fui de ce mystère. S. Hilaire le fait au livre 8 de la

le propose, ou qui entreprennent de le prévenir, nous Trinité, S. Cyrille de Jérusalem dans sa 4' catéchèse ;

donne lieu de reconnaître de quelle nature il est. Car s'ils se contentent d'apporter des preuves sans aucune explication, il est visible qu'ils supposent que l'on entend la chose dont il s'agit, et qu'il n'est nécessaire que de la leur prouver ; mais s'ils se mettent en peine de l'expliquer, on aura droit de conclure qu'ils ont eu dessein d'éclairer ceux à qui ils parlent sur la manière de la chose, et qu'ils ont supposé qu'ils la pouvaient ignorer.

Le doute ou l'ignorance que M. Claude attribue à trois des ordres qui composent ïon syslènte, est entièrement de ce second genre, c'cst-à dire que c'est un de ces doutes qui ont besoin d'éclaircissement et d'explication de la manière de la chobC. Les fidèles qu'il nous décrit étaient tous choqués de l'incompatibilité de ces termes pain et corps, conle;ius dans les expressions de l'Église ; ils ne sa\ aient comment cela s'entendait, et comment il pourrait être vrai que le pain fût le corps de Jésus-Christ, ou fût changé au corps de Jésus-Ctirisl. Les uns demeuraient selon lui dans ce doute, ou dans celle ignorance toute leur vie; les autres en cherchaient l'éclaiicisscment. Mais de quelque manière qu'ils agissent, il est certain qu'on ne pouvait remédier à leur ignorance qu'en leur enseignant la manière donl le pain pouvait être le corps de Jésus- Christ , ci que c'était l'unique voie pour les en tirer.

Et en effet, qu'on envoie des gens dans cette disposition à tous les ministres de Genève, de Suisse, de Hollande, d'Allemagne, d'Angleterre, des Indes; qu'ils leur exposent leur doute dans les termes les plus propres à le faire entendre, et qu'ils leur déclarent (pfils sont choipiés de l'incompaiibililé de ces termes si ordinaires dans le langage de l'Église, que f Euchansiie est le corps de Jésus-Christ ; <iue du pain

S. Grégoire de Nysse propose et résout un doute sur l'Eucharistie dans son Oraison catéchistique ; S. Ambroise en marque expressément un dans le chapitre 9 du livre qu'il a fait pour les nouveaux baptisés, et il les fortifie contre le même doute au livre 4 des Sacrements, chapitre 5; S. Gaudence le prévient et le détruit dans le traité 19 sur l'Exode, et S. Chrysostome dans l'homélie 83 sur S. Matthieu ; Hésychius dans son livre G sur le Lévilique, et S. Eucher dans son homélie 5 de la Pàque, et dans les homélies sur les Évangiles, sans parler des autres.

Ces lieux sont sans doute très- considérables pour nous instruire du sentiment des Pères et des fidèles touchant ce mystère : car , comme nous avons déjà dit ailleurs, on ne parle jamais plus précisément et plus clairement que lorsque l'on veut porter la lumière dans l'esprit de ceux qui sont dans l'ignorance et dans les ténèbres. Mais on reconnaît 1" dans tous ces lieux que le doute que les Pères ont supposé se pouvoir élever dans l'esprit des fidèles, et auquel ils ont lâché de remédier, n'est pas celui que M. Claude attribue aux trois ordres de son système , et qu'il y est entièrement opposé ; car le doute de ces gens qui composent les ordres de M. Claude, naissant , selon lui, de l'incompatibilité des termes pain et corps, ne se pouvait ôler qu'en montrant aux fidèles que le pain n'était le corps de Jésus-Christ qu'en figure et en vertu. El au contraire le doute contre lequel les Pères ont prétendu fortifier les fidèles est détruit par les mêmes Pères, en confirinaut et répct.'>nt plusieurs fois que l'Eucharistie est le corps de Jésus-Christ, qu'elle le contient, sans qu'ils y ajoutent aucune explication ni de figure ni de vertu. De sorte que ce qu'ils disent pour ôter le doute qu'ils supposent ou

est fait le corps de Jésus-Clirist; que le pain est changé qu'ils veulent prévenir dans les fidèles , est justement

au corps de Jésus-Christ, parce qu'ils voient bien que le pain, demeurant pain, ne peut être le corps de Jésus-Christ. Il est certain que tous les ministres du monde répondraient d'une même manière à ce doute, et que jamais instructions ne furent si uniformes que celles qu'ils donneraient sur ce point. Us diraient tons que le pain est et est fait le corps de Jésus- Christ, parce qu'il en est fait l'image, la figure, et qu'il en contient la vertu.

Voilà doi'.c le doute que M. Claude reconnaît, et voilà la manière de le résoudre. H est fondé sur l'ignorance du sens des paroles; et il se résout par l'expliculioii de ces paroles, et par ies doux clés de figure et

ce qui serait capable de faire naître celui qui est marqué par M. Claude.

Car qu'y a-t-il , par exemple , de plus capable do choquer ceux qui seraient déjà frappés do l'incompatibilité des termes pain et corps, <juc ce que dit S. Cyrille de Jérusalem. Puisque Jésus-Christ , dit ce saint (calech. 4), assume du pain que c'est son corps, qui osera désormais en douter? Puisqu'il nous dit du calice que c'est son sang , qui pourra en douter, en disant que ce nest pas du sanq? Et ce qu'il ajoute plus bas: Croyez trcs-ccrtainenient que ce pain qui paraît n'est pa$ du pain , quoique le goût rapporte que c'est du pain , mais le corps de J csus- Christ , el que ce vin qui parait

PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCllAiNT L'EUCIÎAUÎSTIE.

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n'est pas du vin , quoiqu'il semble tel au goût , mai^ le sang de Jésus-Christ ?

Ne scrail-ce pas déshonorer les Pères que de leur ntlribiier une aussi grande folie que celle d'avoir prétendu éclaircir le douie que ces expressions pouvaient faire naître dans l'esprit , en répétant ces expressions mêmes qui étaient capables de le causer, et en y ajoutant encore des paroles plus fortes et plus expresses ? L'on peut voir la même chose dans tous les autres passages que nous avons cités.

2° Le doute de M. Claude ne se peut détruire, comme j'ai dit , que par l'explication de la double dé de vertu et de figure, c'est-à-dire, en faisant voir que \< pain n'est le corps de Jésus-Christ qu'en figure il en vei'tu. El cependant, dans aucun des lieux oîi 'es Pères foriiftent les fidèles contre ce doute qu'ils ont connu, ils n'osit parlé ni de vertu ni de figure ; mais ils se servent au contraire de toutes les expressions qui en peuvent éloigner l'idée , et qui doivent faire croire que l'Eucharistie est véritablement le corps même de Jésus-Christ.

3° Le doute de M. Claude ne demande pas des preuves, mais des éclaircissemenis ; c'est-à dire , qu'il ne s'agit point de prouver que l'Eucharistie est le corps de Jésus Christ , mais d'expiiiiuer en quel sens cela était véritable. Or, dans tous les lieux des Pères oîi ils parlent de doute , ils ne se mettent en peine que de prouver que l'Eucharisiie est le corps de Jésus-Christ, sans donner aucun éclaircissement.

4° Le doute de M. Claude ne peut être détruit par CCS paroles : Hoc est corpus meiim , ou par celles ci : Panis quem ego dabo caro mea est , puisqu'il ne naît que de l'mcoinpatibililé de ces pu'oles; et cependant tous les Pères supposent que le doute dont ils parlent doit éirc étouffé par la seule force de ces paroles de l'Écriture.

5° Enfin le doute conAO parles Pères est détruit , selon les mêmes Pères, par les divers exemjjles de la puissance de Dieu , par la création du monde, par les miracles des prophètes, par celui de l'iiicarnalion. Mais qu'y aurait-il de moins raisoimable que de se servir de tous ces exemples pour détruire le doute que M. Claude met dans la tête de ces trois ordres, et quelle lumière donnerait-on à un homme qui trouve ces termes, pain et corps, vin et sang, incompatibles, et qui ne sait comment il faut enteiidre ces expressions de l'Église oii l'Eucharistie est si souvent appelée le corps et le sang de Jésus-Christ , en lui disant que Dieu est irès-puissaiit, et qu'il a ciéé le inonde, et qu3 ce qui nous paraît impossible est pos- !^ible à Dieu ?

11 s'ensuit de là, clairement et démonstrativement, que les Pères n'uni point connu le doute sur lequel M. Claude établit trois ordres entiers de chrétiens çluranl huit siècles, et que M. Claude ne connaii point

chrétiens des premiers siècles, que tous les Pères qui ont vécu avec eux ; qu'il en sache des nouvelles qu'ils n'ont point sues ; qu'il les accuse ainsi ou de slupidilé ou de négligence ; qu'il leur attribue des discours contraires au sens conunun , puisqu'il n'y aurait rien sans doute qui le fût davantage , que si, les fidèles étant choqués de l'incompatibilité de quelques lernies qu'il serait facile d'accorder par une petite distinction , au lieu de leur donner une lumière si facile , ou augmentait leur doute , en réjjétant simplement devant eux les expressions mêmes qui le causeraient, et en leur alléguant des preuves dont ils n'auraient eu aucun besoin, et qui ne leur auraient apporté aucun éclaircissement.

Vous ne devez point douter, disent les Pères aux fidèles, de la vérité de la chair et du sang de Jésus- Christ; vous ne devez point douter que le pain ne soit le corps de Jésus-Christ ; que du pain on ne fasse le corps de Jésus-Christ. Et pourquoi ? Parce que Jésus- Christ a dit du pain que c'était son corps ; parce que Dieu est tout-puissant; parce (ju'il a fait cent autres merveilles. Mais que voulez-vous dire, auraient pu répliquer ces fidèles, s'ils avaient été tels que M. Claude les représente? Nous savons que Dieu est tout-puissant; nous savons qu'il a dit : Ceci est mon corps ; nous ne douions ni de sa puissance , ni de la vérilé de ses paroles ; mais comme ces termes, (pie l'Eucharistie est le corps de Jésus-Christ , nous paraissent incompatibles , et qu'ils le sont en effet, nous demandons comment cela se doit entendre? Vos réponses ne touchent pas seulement notre difficulté et notre doute ; el vous ne témoignez pas même de l'entendre. Nous vous demandons en quel sens Jésus-Christ a dil que le pain était son corps? Et vous nous répondez qu'il l'a dit. Nous vous demandons de quelle manière Jésus -Christ fait que le pain soit son corps? Et vous nous répondez qu'il le peut faire ; mais nous sommes assurés qu'il ne le fait pas d'une certaine manière, el que le pain n'est pas le corps même de Jésus Chiist. Nous vous d'-mandons donc en quel autre sens ces paroles de Jésus- Christ se doivent entendre?

Il est sans doute que celle réponse de ces fidèles serait infiniment plus raisonnable que le discours de i ces Pères; et c'est ce qui fait voir également , el que les Pères n'ont i>oinl conim ce doute de M. Claude, paicc qu'ils n'auraienl jamais parlé de la sorle, et que ce doute n'a jamais été, puisqu'il serait impossible] qu'il leur eût élé incoimu.

Je pense après cela que l'on m'avouera qu'il n'y a rien qiii approche plus du songe el de la chimère, (:ue trois oidrcs de fidèles qui durent huit siècles, el qui ont pour caractère un doute et une ignorance qui a élé inconnue à tous les Pères.

Il est aisé de conclure de lont ce discours quel

le doute que les Pères ont connu. Cependant cela M. Claude ne peut pas tirer grand avantage du qua-

n'est pas d'une pelite couséiiuence ; car il est bien tricme ordre de son système. 11 a pour caractère un'

étrange qu'il prétende , par ses conjectures , êlre ithis doute inconnu aux Pères , et qui ne pouvait être que

capable de connaître la disposilioa dis esprits des l'orliûé par tous les lieux des Pères où ils combattent

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