S! P; RPÉTUITÉ DE LA FOI
Hiièrcs du se|iliè!Tie el du liiiiliènie siècle qu'au seul article de ri^ucharislie , el qu'il prélend seulement f]iie les pasteurs de ce tcuips-là étaient de bons serviteurs à régtrd de ce mystère, et non à l'égard des aulres. Mais s'il nous lait celle réponse, ou le piiera de considérer qu'il n'a pas droit d'introduire dans le monde un langage si élrange et si trompeur , et que par celte règle , il appellera quand il voudra les sociniens et les irembleurs de bons serviteurs de Dieu , parce qu'ils ont la mèuie opinion que lui sur la présence réelle el la Iranssubslantiation.
Tuul ce (ju'on doit conclure de là est , comme j'ai dit, que M. Claude n'a nul égard à la vérité, ni même à la vraisembl;uice dans les choses qu'il avance, et qu'il n'a pour but que de Iromj)! r ceux qui le croient sur sa parole. Nous verrons dans la suite que ses jours obscurs et lénébreux sont aussi chimériques que ses beaux jours.
Cependant, pour ne pas le presser davantage sur ce transport de sa rélhoriquc , on veut bien même se resserrer dans la seule malière de l'Eucbarislie , eu examinant si l'on trouve dans les auteurs du septiéuie et du huitième siècle ces lumières si vives el si favorables aux calvinistes , qui dissipent loules les ombres des dillicultés ; ou si l'on doit prendre encore ce discours pour un eiïot de cet emportement ordinaire à M. Claude , qui l'empêclie de prendre garde à ce qu'il dit.
CHAPlTUi: II.
Examen du seutiment de fécjlhe grecque sur Œuclia-
rislie pendant le septième siècle.
Anastase SiNAÏTE , et quelques conciles de Constan-
linvple.
Les preuves réelles q>ie nous avons apportées de la foi des chréiiens de toute la terre , depuis le onzième siècle , sur la piésence réelle et la transsubstantiation , élant aussi claires et aussi convaincantes qu'on l'a pu voir, il est juste et naturel d'en conclure que ceux qui les ont instruits ont eu la même foi qu'eux , et qu'on a cru dans les siècles précédents ce qui s'est trouvé élabli dans loules les sociétés chrétiennes dans le siècle de Bérenger.
Il ne suffit pas pour désunir les maîlrcs d'avec les disciples d'apporter seulement des preuves douteuses el auibiguës ; car il est clair que toutes les expressions éiiiiivdques doivent se déterminer par ce consentement consiant cl prouvé , et qu'on a droit de supposer qu'ils les ont entendues dans le sens que l'on voit avoir subsisté dans la créance de tous les peuples.
11 n'y aurait donc que des preuves démonstratives qu'on pûl justement opposer pour montrer qu'on a eu dans le sepiième et daiis le huitième siècle uneaulre créance sur l'Eucharistie que celle qui se trou\e uuiveiSillement ëlablie dans le onzième siècle en tous les endroits du monde et dans toutes les conmiunions chrétiennes. Aussi M. Claude , (jui sait assez ce qu'on doit promettre , (!uoi(iu'ii no s'acquitte pas trop bien de ce qu'il piomci , ne nous en fait at-
TOUCÎIANT L'EUCilARISTiE. 712
tendre que de ce geiu'e , puisqu'il nous assure que la docirine qu'ils souiieuncut y était enseignée d'une manière si forte , si claire el si distincte , qu'elle dissipait toutes les difficultés qui pouvaient naître de ces expressions : < Le pain est le corps de Christ. »
Et comme celle vérité , selon lui , est que le pain est, non la (igure vide, mais la ligure pleine el ellicace du corps de Jésus-Christ qui demeure dans le ciel , on a droit de s'altendre qu'il nous fera voir celle prétendue vérité en la manière qu'il le promet; autrement on ne peut prendre tous ses discours que pour des preuves de sa mauvaise loi el de sa téniérilé.
Ainsi l'examen de ces siècles se doit réduire à ce point : Si la doctrine calvinienne de lu figure pleine est exprimée par les auteurs du septième et du huitième siècle, de celte manière claire, furie el distincte, qui est seule capable de nous laire douter si i'on croyait dans ces siècles la même chose que dans le onzième. C'est aux calvinistes à pri)uver ce qu'ils avancent. Les calh(-li(iues ne sont point obligés de montrer positivement l'accord de ces siècles avec celui de Bérenger, parce que la présomption (|ue l'on avait, dans les siècles qui ont précédé le onzième, la même foi que celle (jui s'y est trouvée, est d'une telle force, qu'il y a peu de preuves qui soient capables de l'égaler.
Que dira-t-on donc s'il se trouve que les auteurs d^ ces siècles, au lieu de déposer clairement et distinctement pour M. Claude, déposent si clairement et si distinctement contre lui, que toutes les distinctions des ministres leur sont inutiles pour se mettre à couvert d'une lumière si vive? Et c'est néanmoins ce qu'on verra clairement par l'examen de ce qu'ils ont dit de l'Eucharistie.
Nous conmiencerons par ceux de l'église grecque. Celui qui se présente le premier, et qui fait l'ouverlurc de ce siècle , a donné lieu à beaucoup de questions de critique, pour niarquer précisément le temps auquel il a vécu , et la qualité qu'il a eue dans l'Église. 11 s'appelle Anasiase Sinaïie, auteur d'un traité iiilitulé ùôrr/àg , c'est-à-dire, le Guide de la vraie foi; et, selon plusieurs, d'une Oraison sur la communion, imprimée dans l'Auctarium de la Bibiiotiièque des Pèies , (I pari., col. 882). Bloudel le place vers l'an G3d , sur des raisons qui paraissent vraisemblables, et ne lui domie que la qualiié de simple religieux du mont de Sina. Mais sa qualité el son époijue sont assez indifférentes pour le sujet sur lequel nous l'alléguons , puisque nous le considérons seulement comme témoin de la docirine de l'église oricnlale, dans une matière dont le monde devait être instruit, et dont il est certain qu'il était très- bien inloruié; puisqu'il paraît qu'il avait été en divers patriarchals , et qu'il avait éié souvent aux mains avec les hérétiques de diverses sectes de ce temps-là.
On hc cite ordinairement ([u'un passigc de cet auteur , quoiqu'il ait parié de l'Eucharistie en quatre lieux diiîcients de son traité intitulé ; Guide de la foi, el qu'il y en ait encore d'auiros dans sou Orahon sur
713 r,IV. Ml. EXAMEN DES AUTi^URS GRECS DEPUIS LE Yir SIÈCLE JUSQU'AU XI'. 7U
la messe. Voici le passage célèbre qui se Irouve dans le chapitre 25 du traité du Guide. Ce ciiapilre cotilienl une dispute avec certains liéréliqnes eiilyciiiens, iioinmés gaianiles , dont Terreur particulière qui les distinguait des autres était qu'ils soutenaient que le corps de Jésus-Christ avait été incorruptible dès le moment de l'union. Anaslase , pour les convaincre d'erreur en ce point, les presse de celte sorte : Puisque vous dites que le €orps de Jésus-Clirist a été incorruptible dès le viouienl de l'union, aussi bien que ta divinité, dites moi, s'il vous pluit, si ta communion du sacré corps el du sang de Clirist, que vous offrez, et à laquelle vous participez , n'est pas véritablement le vrai corps et le sang de Jésus-Clirist, Fils de Dieu; ou si c'est de simple pain, tel que ton en vend dans te marché; ou une figure du corps de CItrist, tel qu'était le sacrifice du bouc qui était offert peur tes Juifs.
A cela le gaïauite répond : A Dieu ne plaise que nous disions que la sacrée communion est la figure du corps de Christ, ou de simple pain; mais nous recevoits véritr.ble' ment le corps même et le sang même de Jésus-Clirist , Fils de Dieu, qui s'est incarné, jt qui est né de la sainte Mère de Dieu, Marie toujours vierge.
L'Orthodoxe répli(iup, : C'est ce que nous croyons, et que nous confessons aussi , selon ta parole que Jésus- Chiist dit à ses apôtres dans la cène mystique^ lorsqu'il leur donna le pain vivifiant, t Prenez, dit-il, et mangez; ceci est mon corps. > Et en leur donnant le calice il leur dit : « Ceci est mon sang. > // ne leur dit pas : Ceci est la figure el l'anlitype de mon corps cl de mon sang. El de même en plusieurs autres lieux : c Celui, dit il, qui mange ma cliuir et boit mon sang, a la vie éternelle, t Puisque J ésus-Clirisl déclare donc que c'est son corps el son sang qui est reçu par nous autres fidèles, apportez-moi quelque chose de la communion de l'otre église, que vous croyez ta plus ortliodoxe de toutes, el nous mettrons dans un vase , avec toute sorte de révérence , ce suint corps et ce sacré sang de Jésus-Clirist ; et si dans l'espace de qui Iques jours il ne reçoit aucun changement ni altération, il paraîtra que c'est avec raison que vous dites que le corps de Christ a été incorruptible dès le moment de son incarnation ; mais s'il est corrompu et altéré , il faudra par nécessité que vous disiez l'une de ces choses : ou que ce que vous prenez n'est pus le vr'ii corps de Jésus-Clirist, mais une simple figure; ou qu'à cause de votre mauvaise doctrine, le S.-Esprit n'est point descendu sur les dons ; ou que le corps de Jésus- Christ , avant ta résurrection, était sujet à ta corruption, puisqu'il a été immolé, mis à mort, blessé, divisé et mangé; au lieu qu'une nature immortelle ne peut ui être divisée , ni recevoir des plaies dans ses mains et dans son côté, ni être mise à mort, ni être mangée; on ne peut la tenir entre les mains, ni la toucher, comme il parait par les natures iîicorruptibles de l'àme et de l'ange. C'est ce que nous dit ce premier témoin de la loi de l'église grecque dans ?e septième siècle; el je pense
calvinienne exprimée d'une manière si claire, «t distincte , si forte , qu'elle dissipe toutes sortes de difficultés. Car il n'est guère possible, au contraire, d'expliquer plus confusément, plus obscurément et plus faiblement cette doctrine , que t'Eucliaristie n'est pas véritablement le corps de Jésus-Clirist , mais seulement la figure moralement remplie de sa vertu, qu'en disant, comme fait cet auteur, que c'est véritablement le vrai corps de Jésus-Christ, et non en figure.
Non seulement il exprime fort obscurément la doctrine des calvinistes, mais il exprime très-clairement celle des catholiques : car il faut renoncer au sens commun pour s'imaginer qu'un homme qui dit que co que l'on reçoit dans la communion est véritablement te vrai corps de Jésus -CItrist, et non la figure de ce corps, ne veuille dire autre chose par-là, sinon que ce pain est rempli de la vertu du corps de Jésus-Christ, et (pie ce n'est pas une sim|)le ligure. 11 ne sert plus de rien, ni de parler, ni d'écrire, pour faire connaître ses sentiments, si l'on peut soutenir qu'un homme qui parle de cette sorte ne croit pas la présence réelle.
Pour comprendre l'absurdiié de cette prétention, il faut considérer qu'il n'y a rien de plus éloigné de cet esprit qui porte aux fig'.u'es et aux expressions extraordinaires, que ce discours d'Anaslase. C'est un discours tout simple, tout dogmatique, sans chaleur, sans éloquence, sans ornenieni, sans élévation. Cependant Anastase n'y dit pas seulement une fois que l'Eucharistie est le corps même de Jésus-Christ, et non la figure ; il le répèle quatre fois ; il le dit en inlerrogeanl, en répondinl; il le dit en sa propre personne, et il le fait dire à son adversaire.
Et c'est ce <iui fait voir qu'il s'exprime en cet endroit de la manière dont on s'exprimait ordinairement dans l'église grec<iue, et dans les pairiarchals d'Alexandrie et d'Antioche; et qu'ainsi le langage commun, tant des catholiques que des eulychiens de ce temps-là, élait que l'Eucharistie était véritablement le vrai corps cl le vrai sang de Jésus-Christ, el non la figure de ce corps.
Or, si c'était en celle manière que l'on parlait en ce siècle-là, peut-on douter que Ton y crût la présence réelle? car le moyen que les simples aient pu entendre autre chose p;ir ces paroles, sinon que c'était vérilablemenl le corps de Jésus -Christ? Le moyen que les savants fussent assez insensés pour y enfermer un autre sens, et assez imprudents pour ne pas voir que s'ils y eussent entendu aulre chose que ce que ces paroles expriment, il fallait par nécessité qu'ils trompassent tous ceux qui n'auraient pas été avertis de ce sens si extraordinaire el si inouï?
Y a-i-ildaus la raison de l'homme la moindre lue^ qui puisse porter une personne qui croirait que l'Eucharistie n'est qu'une figure efficace du corps de Jésus- Christ, et que ce n'est pas véritablement le vrai corps de Jésus-Christ, à exprùuer cette pensée par ces ler-
Gu'il n'y aura guère de personnes qui ne demeurent mes : L'Eucliaristie n'est pas la figure, mais c'est vériia-
d'accord qu'il répond assez mal à la promesse que blement le vrai corps de Jésus-Christ? Y a-t-il un seul
11. Claude nous fait , de nous y moniror la doctrine calviniste qui ne sente, malgré qu'il en ait, que ce dis- P. DE LA F. I. (Vingi-trois.J
PEUI'ÉTUITÉ DE LA I 01 TOUCHANT L'EIICHARISTIE TÎÇ
«ours renverse toules ses idées? La folie humaine ne vj pas nicnie jusqu'à ce point : les fous pensent d'une Tnanière insensée, mais ils disent ce qu'ils pensent (l'une manière ordinaire. Le dérèglement n'est que dans leur esprit, et non pas dans leurs paroles; et c'est la dernière chose qui se renverse dans l'homme, que cell'î union et ce rapport des paroles avec les pensées. v
C'est donc un excès de folie dont les hommes ne sont pas capables, que celui que les ministres attribuent non seulement à Anaslase, mais aussi à toute réglise grec(iue de son temps, dont il est clair qu'il n'a fait en cet endroit qu'emprunter les expressions et les termes.
Mais cela paraîtra encore plus clairement par la faiblesse de tout ce que les minisires allèguent pour obscurcir ce passage, et pour montrer qu'il n'y enseigne pas la présence réelle. Aubertin (1. 3, p. 905) objecte premièrement que les anciens ayant souvent appelé l'Eucharistie du mot d'anlitype, ou image, cet auteur niant qu'elle soit antitype ou image, ne peut être qu'un novateur. Nonne ercjo diceudum est, eum qui nlUer seutiendum esse docel, novalorem esse? Mais on a déjà fait voir dans le traité de la Perpéluité, que les mots d'image et d'anlitype ont un double sens : l'un populaire, exclusif de la réalité de l'original, selon lequel on conclut que si c'est l'image, ce n'est donc pas l'origina!; si c'est l'image de Christ, ce n'est donc pas son vrai corps; l'autre naturel, qui est compatible avec la vérité de l'original, et qui marque seulement ([ue l'original n'est pas présent d'une manière sensible.
Lorsqu'une chose est vérité intérieurement et figure extérieurement, comme les catholiques l'enseignent de rEncharisiie,on peut dire qu'elle est et qu'elle n'est pas image, sans aucune contradiction : car elle n'est pas image dans le sens exclusif, el elle est image dans le sens naturel. Mais il est clair que quand on oppose image à original, et que l'on demande si c'est l'image «le Jésus-Christ, ou le corps de Jésus-Christ, on prend ce mot d'image dans le sens exclusif, et ainsi Anaslase Sinaïte, ayant employé le mot d'image dans cette opposition, l'a pris dans le sens exclusif, et il a dû dire, comme il a fait, que l'Eucharistie n'est pas une simple image, mais que c'est le corps même de Jésus- Christ. Les catholiques avouent sans peine que l'Eucharistie est figure cl vérité tout ensemble; mais néanmoins si on leur demandait si le pain consacré est la ligure du corps de Jésus-Christ ou son véritable corps, parce qu'il paraîtrait que l'on prendrait alors le mot de figure avec opposition à ce véritable corps, il n'y eu a aucun qui ne répondît, comme Anaslase, que c'est le véritable corps, et non la ligure.
Aubertin ne prouve donc pas même que cet auteur soit contraire en rien au langage des anciens Pères , à moins qu'il ne prouve que les anciens Pères ont appelé l'Eucharisiie image du corps de Jésus-Christ en un sens exclusif, cl c'est ce qu'il ne prouve point du
ICUl.
Mais quand il sérail vrai qu'il y aurait quelque cobirariélé de termes entre cet auteur el les anciens, ou n'en pourrait conclure autre chose, sinon qu'il n'était pas ordinaire du temps d'Anastase qu'on appliquât à l'Eucharistie le mot d'image et d'anlitype; que ces fermes étaient comme abolis dans l'usage commun de rÉglise ; et la consé(iuence qu'on devrait tirer de là est qu'il est possible que l'on ait conçu l'Eucharistie en ce temps-là en la manière que les calvinistes la conçoivent : car il faut remarquer que quand un terme a un double sens, l'un compatible, et l'antra incompatible avec une certaine doctrine, il peut airiver qu'il s'abolisse dans un de ces sens, s'il ne manpie pas ce qu'il y a do principal et de plus essentiel di.rs cette doctrine ; s'il n'est pas propre el unique, et qu'il se puisse facilement suppléer par d'aulres. Ainsi, suivant l'hypolhèse des catholiques, le mol d'image étant contraire à la présence réelle dans le sens exclusif, el compatible avec cette présence dans uti autre sens, il est très-possible et irès-nalnrcl que ce terme se soit aboli peu à peu à l'égard de ce mystère, dans le sens qui est compatible avec la présence réelle ; que l'ois n'ait plus appelé l'Eucharistie ni signe ni image, cl que l'on ail choisi, pour exprimer ce que l'on marquait par ces mots, d'autres termes qui n'étaient point sujets aux mauvais sens que ceux-là pouvaient avoir. II est donc très-possible que les anciens Pères, qui ont appelé l'Eucharistie image , et les auteurs du septième siècle et des autres suivants, qui ne lui oui point voulu donner ce nom , soient de même sentiment.
Mais quand un terme exprime naturellement el siuiplcment la vérité d'un mystère; quand il est tellement propre, qu'il doit êlie subslitué par l'esprit à tontes les expressions métaphoriques; quand il n'y en a point d'aulres dans la langue pour exprimer celle idée, il n'est pas possible que l'usage s'en abolisse j mais, à moins que l'opinion qu'il exprime ne s'abolisse, ni qu'il vienne un temps, où sans avoir changé de sentiment, l'on en puisse être choqué, el oîi l'on le rejette comme faux , pour substituer en sa place une expression métaphorique. Ainsi, parce que le mot de Dieu convient proprement el essentiellem'^nl à Jésns- Clirisl, el qu'on ne peut entendre ce qu'il est véritablement sans se servir de ce terme, il est impossible qu'il vienne un temps oi!i l'on dise dans l'Église (pie Jésus-Christ n'est pas Dieu, à moins que la doctrine de sa divinité ne s'abolisse : ce qui ne saurait jamais] arriver. Or, si l'ancienne Église avait élé dans la créance des calvinistes, les termes d'image, de figure cl (Tanlilypes auraienl proprement élé de ce nombre, c'est à-dire, que ç'auraient élé les termes les plus propres , les plus simples et les plus naturels qui fussent dans la langue pour exprimer ce qu'on aurait cru de rEucbarjsiic; ç'auraient été les termes que l'espril aurait substitués à tous les termes métaphoriques, el il aurait fallu que tojs ceux qui auraienl eu une connaissance distincte et claire de la nature de l'Eucharistie , y eussent toujours employé , au moins dans
Vi7 LIV. VII. EXAMEN DES AUTEURS GRECS
leur esprit, le mot d'image, de ligure, d'aniitype, de reprcsenlalion; et, par conséquent, il aurait été impossible que ces termes se fussent abolis daiis l'usage ordinaire sans rextinclion de celle doctrine.
C'est pourquoi, de ce qu'on voit par Anastase Sihù'ilc, et par plusieurs auteurs que nous citerons dans la suite, que les mois d'image et de figure ne s'appliquaient plus ordinairenienl à l'EucIiaristie dans le septième, le huitième et le neuvième siècle , on en conclut nécessaireuïcnt qu'on n'y était pas calviniste, ces termes étant trop nécessaires, trop essentiels, trop propres à ces idées calviniennes, pour pouvoir jimiais ou s'abolir, ou devenir moins ordinaires, tant que ces idées eussent subsisté.
Il est donc visible qu'à moins de supposer que cet auteur était plus insensé que ceux qui ont enlièrement perdu la raison, on ne peut nier qu'il n'ait cru que l'Eucharislie était réelliinont et véritablement" le vrai corps de Jésus-Christ , et qi.e l'on ne peut nier non plus que ce n'ait été la doctrine de son temps.
Ou peut voir, dans les autres raisonnements qu'Auberliii fait sur cet auteur, ce dérèglement d'esprit qui fait le caracière des hérétiques , qui les engage dans les erreurs, et qui leur fournit des armes pour les défendre. •
I! y a dans toutes sortes de livres . et souvent même dans les mêmes passages , des choses claires et des choses obscures , et la justesse de la raison va à s'attacher à ce (jui est clair, et à ne pas l'abandonner sous prétexte que l'on trouve dans le même auleur ou d.ins le même passage quelque chose d'obscur et d'embarrassé ; au lieu que c'est agir d'une manière déraisonnable que de se servir de ces obscurités pour détruire les clartés. C'est néanmoins ce qu'Auberlin lâche de faire partout, et particulièrement sur le sujet d'Aiiastase. On doit reconnaître qu'il y a queli]uo obscurité dans le raisonnement qu'il fait à la (in de ce passage que nous avons rapporté, en ce qu'il prouve , par la corruption que l'on voit dans l'Eucharistie, (jue le corps de Jésus-Christ était corruptible avant sa passion ; mais celle obscurité n'empêche pas que l'on entende très-clairement ce qu'il dit auparavant , que le pain de l'EucIiaristie n'est pas la figure, mais le corps même de Jésus Christ ; et la clarté de ces paroles ne peut être étouffée par l'obscurité des autres. Cependant Aubertin s'attache à la fin de ce passage : il y fait faire à Anastase Sinaïte un raisonnement qu'il avoue lui-même être extravagant, et par là il prétend détruire le commencement du passage, dont les paroles sont claires et intelligibles. Puisqu'il est impossible, dit-il , qu Anastase ail cru que le corps de Jésus-Cliiist fùl réellement corrompu dans r Eucharistie, il faut qiiil ait fait ce raisonnement : Ce qui arrive à la (iqure du corps de Jésus-Christ est arrivé à son corps avant sa passion ; il arrive an pain de se corrompre ; <J:,in- le corps de Jcsus-Cltrisl cltnl cormiiiible avant sa pas&ion Or cet argument , dit- il, ne conclut rien qu'au