VIE DE NICOLE
NICOLE (Pieurk) naquit à Cliarlres en 1625. Son père, sous les yeux duquel il avait fait ses humanités , l'envoya à Paris pour faire son cours de philosophie et de théologie. Ce fut pendant son cours qu'il connuf; les cénohites de Port-Royal. Ils trouvèrent on lui l'esprit et la docilité. Nicole donna une partie de son temps à l'instruction de la jev nesse qu'on élevait dans cette solitude. Après ses trois années de théologie, il se préparait à entrer en licence ; mais plusieurs de ses sentiments n'étant pas ceux de la faculté de Paris , il se contenta du baccalauréat, quil reçut en 1G49. Alors ses engagements avec Port-Royal devinreniplus suivis ; il fréquenta cette maison, et travailla malheureusement avec Arnauld à plusieurs écrits pour la défense de la doctrine de Jansénius. 11 se rendit avec lui à Chàtillon, près de Paris, et y consacra ses grands talents à écrire contre les calvinistes et les casuisies relâchés. Au commencement de 1676, sollicité d'entrer dans les ordres sacrés, il consulta Pavillon, évêque d'Aleih; après un examen de trois semaines, la conclusion fut qu'il resterait simple tonsuré. Une Lettre qu'il écrivit en 1677, pour les évoques de Saint-Pons et d'Arras, au pape Innocent XI , attira sur lui un orage qui l'obligea de quitter la capitale. A la mort de la duchesse de Longueville , ardente prolectrice des nouvelles doctrines alors en vogue, il se relira aux Pays-Bas. Il revint a Paris en 1683, et entra, à la fin de ses jours , dans deux querelles célèbres , celte des éludes monastiques et celle du Quiéiisme. Il défendit les sentimenis de Mabillon dans la première , et ceux de Bossuet dans la seconde. Il mourut à Paris en 1695 , âgé de 70 ans.
Les nombreux ouvrages sortis de la plume de Nicole sont : Essais de morale, en U vol. in-12 , Paris, 1704, parmi lescjucls on trouve 3 vol. de Lettres; et en 23 vol. in-12 , Paris, 1741 et 1744. Il régne dans cet ouvrage un ordre qui plaît, et une solidité de réflexions qui convainc; son traité des Moyens de conserver la paix dans la soâéié mérile d'être distingué, i Mais cette paix, dit Voltaire, est peut-être aussi difficile à établir que celle « de l'abbé de Saint-Pierre. » Les Essais de morale (première édition) , renferment : les différents Traités de morale, 6 vol. ; Réflexions morales sur les Épîtres et Évangiles de Cannée, en 5 vol. in-12. L'édilion de 25 vol. comprend en outre : Instructions théologiques sur les Sacrements , 2 vol.; sur le Symbole, 2 vol. ; sur le Pater , 1 Yol. ; sur le Décalogue , 2 vol. ; Traité de la prière , 2 vol. ; Lettres diverses, 3 vol. ; Vie de Nicole , par Goui ,
1 vol.; Esprit de Nicole, par Cerveau, 1 vol. ; en tout 25 vol. in-12 ou in-18. Les autres ouvrages de Nicole sont : Traité de la foi humaine, composé avec Arnauld, 1664, in-4'', Lyon, 1693, in-12; pleinde vues vraies et solides; La Perpétuité de la foi de r Église catholique touchant r Eucharistie, Varis, 1670, 1672 et 1674, 3 vol. iu-4°. Les tomes suivants, publiés en 1711 et 1713, sont <le l'abbé Renaudot et autres auteurs dont nous parlerons. Les Préjugés légitimes, contre les calvinistes ; Traité de l'unité de l'Église, contre le ministre Jurieu ; Les Prétendus réformés convaincus de schisme, et quelques ouvrages de controverse , tous infiniment estimables par ]^ profondeur (il h soVidhé; les Lettres imaginaires et visionnaires,^ vol. in-12, 1667, contre Desmarets ce Saint-Sorlin ; un très-grand nombre d'ouvrages pour la défense de Jansénius et d'Arnauld; plusieurs écrits contre la morale des casuisies relâchés ; quelques-uns sur la grâce générale. 11 y en a une édition de 1715 , en
2 vol. in-12 , avec une préface de l'éditeur. On y voit que Nicole n'adopte pas entièrement le système de Jansénius, et qu'il s'en éloigne dans bien des points ; Arnauld lui-même rejetait la doctrine fondamenlale de Jansénius. Un choix d" Épigrammes hl'iues, intitulé : Epigrammatum deleclus, 1659, in-12; Traduction latine des Lettres provinciales, avec des notes publiées sous le nom de Wendrcck. La première édition parut en 1658 ; la quatrième, qui est beaucoup plus ample, est de Tannée 1665. Pascal revit celle version. « Quant aux qualités littéraires, < dit l'abbé Béraull, c'est une des meilleures productions de Port -Royal. » Quant à la charité et à la vérité, elles y sont trop souvent blessées, et l'ouvrage est dangereux à lire; de plus, il est défendu par l'Index et ç:\r les statuts de plusieurs diocèses. Au fond, malgré ses erreurs, l'on ne peut s'empêcher de regarder Nicole comme l'un des moralistes les plus profonds, et des conlroversisies les plus érudits et les plus vigoureux qui aient exisié.