VIE D'ARNAULD
ARNAULD (ANTOINE), le 20' des enfants d'Antoine Arnauld et de Catherine Marion, né en 1612, fit ses humanités et sa philosophie aux collèges de Calvi et de Lisieux ; il prit ensuite des leçons de théologie sous Lescot, qui dictait le traité de la grâce. Dans son Acte de tentative, soutenu en 1655, il étala dans sa ihése des sentiments assez opposés à ceux qu'on lui avait dictés, et les défendit avec un peu trop de vivacité. Il prit ve bonnet de docteur de Sorbonne en 1641 ; et, en prèlani le serment ordinaire dans Vé^lhe de Notre-Dame P. DE LA F. 1. (Une.)
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sur l'aulel des martyrs , il jura de défendre la vérllé jusqu'à Teffusion de son sang , promesse que foui depuis tous les docteurs. Deux ans après, il publia, avec l'approbation de quelques évêqucs el do vingi-quaire docteurs de Sorbonne, son livre De la fréquente communion. Ce traité fut vivement attaqué par ceux contre lesquels il paraissait être écrit ; mais il fut défendu encore plus vivement. Les disputes sur la grâce lui donnèrent bientôt occasion de déployer son éloquence sur une autre matière. Un prêtre de Saint-Sulpice ayant refusé l'absolution à M. le duc de Liancourt, qui était personnellement signalé dans la défense du livre de Jansénius, Arnauld écrivit deux lettres à cette occasion. On en tira deux propositions qui furent censurées par la Sorbonne en 1656. La première qu'on appelait de droit, éiait ainsi conçue : « Les Pères nous c montrent un juste en la personne de saint Pierre, à qui la grâce, sans laquelle on ne peut rien, a manqué dans « une occasion où l'on ne saurait dire qu'il n'ait point péché, t La seconde qu'on appelait de fait : < L'on peut
< douter que les cinq propositions condamnées par Innocent X et par Alexandre VU, comme étant de Jansé-
< nius, évéque d'Ypres, soient dans le livre de cet auteur, t Arnauld, n'ayant pas voulu souscrire à la censure, fut exclu de la faculté. Quelque temps auparavant, il avait pris le parti de la retraite; il s'y ensevelit plus profondément depuis cette disgrâce, et n'en sortit qu'à la prétendue paix de Clément IX, en 1678. Il fut présenté au nonce, à Louis XIV, et à toute la cour. On l'accueillit comme le méritaient ses talents et le désir qu'il faisait paraître de jouir du repos que donne la soumission à l'Église. Il travailla dès lors à tourner contre les calvinistes les armes dont il s'était servi contre la Sorbonne. Ces temps heureux produisirent la Perpétuité de la foi, le Renversemeni de la morale de J.-C. par les calvinistes, et plusieurs autres ouvrages de coIU^o^erse qui le •firent redouter des protestants. 11 semblait ijuc la tranquillité fût revenue pour toujours; mais Arnauld, devenu suspect par les visites nombreuses qu'il recevait, et cru dangereux par Louis XIV, se relira dans les Pays-Bas, en 1679 , loin de l'orage qui le menaçait. Son Apologie du clergé de France et des catholiques ^^ Angleterre, contre le ministre Jurieu, fruit de sa retraite, souleva la bile du prophète protestant. Cet écrivain lança un libelle intitulé VEsprit de M. Arnauld, dans lequel il maltraitait étrangement ce docteur, qui refusa d'y répondre, mais qui n'y fut pas moins sensible. Une nouvelle querelle l'occupa bientôt. Le Père Mallebranche, qui avait embrassé des sentiments différents sur la grâce, les développa dans un traité, et les lit parvenir à Arnauld. Ce docteur, sans répondre à Mallebranche, voulut arrêter l'impression de son livre. N'ayant pu en venir à bout, il ne pensa plus qu'à en faire la réfutation ; il commença en 1685. Il y eut plusieurs écrits de part et d'autre, assaisonnés d'expressions piquantes et de reproches très -vifs. Arnauld n'attaquait iias le Traité de la nature et de la grâce , mais l'opinion que l'on voit tout en Dieu , exposée dans la ileclierche de la vérité. Il intitula son ouvrage : Des vraies et des fausses idées. Il prenait ce chemin, qui n'é« tait pas le plus court, pour apprendre, disait -il , à Mallebranche à se délier de ses plus chères spéculations métaphysiques, et le préparer par-là à se laisser plus aisément désabuser sur la grâce. Mallebranche se plaignit de ce qu'une matière dont il n'était nullement question avait été choisie, parce qu'elle était la plus métaphysique , et par conséquent la plus susceptible de ridicule devant presque tout le monde. Arnauld e^i vint à des accusations, savoir, que son adversaire met une étendue matérielle en Dieu, et veut artiticieutiement insinuer des dogmes qui corrompent la pureté de la religion. On sent que le génie d'Arnauld était loul-à-fait guerrier, el celui de Mallebranche fort pacifique. Les Réflexions philosophiques et théologiques sur le Traité de la nature et de la grâce, publiées par Arnauld en 1685, le rendirent vainqueur dans l'esprit île ses partisans; mais Mallebranche le fut aussi aux yeux de ses disciples. Cette dispute dura jusqu'à la mort d'Arnauld, arrivée à Bruxelles en 1694 (1). Mallebranche lui avait déclaré » qu'il était las de donner au monde un spectacle, et de remplir le Journal des savants de leurs pauvretés réciproques, i Les partisans des nouveautés alors en discussion perdirent le plus habile défenseur qu'ils aient eu. Son cœur fut apporté à Port-Iioyal, puis transféré à Palaiseau. Santeuil et Boileau lui firent chacun une épitaphe, l'un en latin , et l'autre en français. Persoime n'était né avec un esprit plus philosophique , dit un écrivain célèbre ; et nous croyons pouvoir ajouter, avec un esprit plus Ihéologique : mais il est malheureux qu'il n'ait pas toujours c >nsacré à la défense de la vérité un génie fait pour éclairer les hommes. 11 vécut jusqu'à 82 ans dans une retraite ignorée, sans fortune, lui dont le neveu avait été ministre d'état, lui qui aurait pu être cardinal.
On a sous le nom d'Arnauld environ 140 vol. en différents formats, dont un grand nombre est l'ouvrage de
(1) Quoique l'on convienne assez généralement qu'il est mort à Bruxelles, il y a des disputes sur le lieu de sa sépulture. Un historien du temps, en parlant de son cœur transporté à Port-Koyal, dit : < Quelque dévotion < qu'où ail pour le cœur, ce n'est que la petite relique ; le corps est la grande : mais tout le monde ne sait pas « où il repose. On en lient le lieu tort secret, sans doute pour empêcher la multitude de pèlerinages qui s'y ( seraient faits, et dont les suites auraient été à craindre, i Le convulsionnaire auteur du Dictionnaire janséniste , en 6 tomes, le dit enterré dans l'église paroissiale de Sainte-Calherine, à Bruxelles, au bas d'une chapelle, près du chœur ; el, par une contradiction singulière, il lui applique ces paroles du Texte sacré au suje: de la sépulture de Moïse : Et non cognovit homo sepulcrum ejus usque in prœsentem diem. ( Voyez des réll^xions lort sensées sur ce sujet dans le Dict. hist. de Ladvocat, préface de l'édition de 17(>i , p. !25.) Des pcrtionnes bien instruites assurent qu'Arnauld est enterré sons le maitre-autel de l'église des Oraloricns de Laclic:,» , p"cs de Bruxelles. Quelques-uns prétendent que le cadavre le Quesnel v est ;iussi.
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ses disciples, qui ont voulu leur assurer i:i vogue par l'aulorité d'un grand nom. On peut les diviser en cinq classes : La première composée des livres <le bellos-lellres et de pliilosopliic : Grammaire générale et raisonnée, avec M. Lancelot, publiée de nouveau en 175G, sous ce titre : Grammaire générale et raisonnée . contenant tes fondements de fart déparier, etc., par MM. de Port -Royal, nouvelle édition, augmentée des notes de M. Duclos, de l'Académie française, et d'iui supplément par M. l'abbé Froment, in -12; Éléments de géométrie; la Logique, ou VArt de penser , avec Nicole , livre fort méthodique, propre à faire saisir les règles d'une bonne logique ; Réflexions sur l'éloquence des prédicateurs, à Paris, en iC95, adressées à Dubois, membre de l'Académie, qui, dans la préface d'un traité traduit de saint Augustin , avait annoncé que les prédicateurs doivent renoncer à l'éloquence. On peut voir l'occasion et le jugement de cet ouvrage dans la Uibiiollièque /■jYmfflJsedc l'abbé Gou jet ; Objectionssur les méditations de Descartes ; le Traité des vraiesel des fausses idé es, îx Cologne, en 1G83. La 2' classe, des ouvrages sur les matières de la grâce, dont on trouve une liste fort longue dans le Dictionnaire de Moréri. Le principal est celui dont nous avons parlé plus haut, sous le titre de Réflexions philosophiques et théologiques. La plupart des autres ne roulent que surdes disputes particulières, si l'on en excepte la traduction des livrL'S de S.Augustin, dch Correction et de la {^rdce, etc. La 5", des livres de controverse contre les calvinistes : La Perpétuité de la foi, ouvrage auquel il avait eu beaucoup de part, et qu'il publia sous son nom, comme Nicole son coopérateur l'avait désiré. Clément IX, à qui il fut dédié, Clément X et Innocent XI lui firent écrire des lettres de remercînient. Plusieurs écrivains ont assuré que cet ouvrage est entièrement de Nicole, ce qui n'est pas, et qu'il ne fut attribué à Arnauld, ainsi que plusieurs autres, que pour rehausser la célébrilé et l'autorité du ciicf du parti ; place qu'il paraissait être particulièrement propre à remplir, étant frère de l'evêque d'Angers, d'Arnauld d'Andilly, de la mère Angélique, et cousin du duc de Liancourt. On ne l'appelait que le grand Arnauld. Le lienversement de la w.orale de J.-C. par les calvinistes, en 1672, in-4°; Vlmpiété de la morale des calvinistes en 1073 ; VApologie pour les Catholiques ; Les calvinistes convaincus de dogmes impies sur la morale; Le prince d'Orange, nouvel Absalon, nouvel Hérode, nouveau Cromivel. L'auleurdu Siècle de Louis XI V prétend que ce livre n'est i)as d'Arnauld, parce que le style du titre ressemble à celui du Père Garasse ; il ne connaissait sans doute pas l'abondance des termes que M. Arnauld trouvait sous sa main , quand son zèle s'enflammait. Cet ouvrage a tout jours passé pour être de lui; on dit même que Louis XIV ordonna qu'on le fît imprimer, et qu'on en envov.àt des exemplaires dans toutes les cours de l'Europe. La 4-% des écrits contre les jésuites, parmi lesquels on distingue la Morale pratique des jésuites, en 8 vol. qui sont presque tous d'Arnauld, à Pexceplion du premier, ( t d'une partie du second. On peut metire dans ceUc V classe tous les écrits contre la Morale relâchée, donti! était un des plus ardents ennemis. La 5", des écrits sur rÉcriture sainte : Histoire et concorde évangélique, en latin, 1G55; La traduction du Missel en langue vulgaire, autorisée par l'Ecriture sainte et par les Pèr, s, faite avec de Voisin. Défense du nouveau Testament de Mons contre les sermons de Maimbourg , avec Nicole; et quelques autres écrits sur la même matière, etc. On a imprimé après sa mort neuf volumes de lettres, qui peuvent bcrvir à ceux qui voudront écrire sa vie. On trouve dans le troisième volume de ses lettres une réponse aux reproches qu'on lui avait faits, de se servir de termes injurieux contre ses adversaires; elle a pour litre Dissertation selon la méthode des géomètres , pour la justification de ceux qui, en de certaines rencontres, emploient en écrivant des termes que le monde estime durs. Il veut y prouver par rÉcriture et par les Pères, qu'il est permis de combaUre ses adversaires avec des traits vifs, forts et piquants.