‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 200 sur 335 · SAINT JEAN DE DAMAS · texte numérisé non relu

SAINT JEAN DE DAMAS

Les écrivains grecs de ces jours de paix et de bénédiction de M. Claude, ont cela de propre qu'ils attirent d'ordinaire des injures des ministres lorsqu'ils commencent l'examen de leurs passages, tant ils espèrent peu de les trouver favorables à leurs prétentions. C'est ainsi que nous avons vu qn'Aubertin traite Anastase Sinaite et Germain ; et c'est de celle sc-rte que M. Claude traite S. Jean de Damas. Je me plains , dit-il, de l'auteur, de nous alléguer le témoiijnage d'un homme que nous récusons avec beaucoup de raison sur celle matière , puisque c'a été un des premiers qui s'est écarté du chemin battu, et des expressions ordinaires de rÉglise, pour se jeter dans des conceptions imaginaires et singulières. Cependant il est compris dans ces beaux jours pendant lesquels l'erreur nosa se montrer ; il faisait partie de cette Eglise pieuse et bien instruite ; c'est un de ces bons serviteurs de Dieu, qui éclaircissaient et qui ôtaient toutes les difficultés qui pouvaient naître de ce qu'on appelait communément le sacrement , le corps de Jésus-Christ. Aubertin en parle de la même sorte, et le traite partout de novateur. Rivet le met au nombre des ronsubslantiateuis. Les centuriatcurs de Magdebourg, (|ui sont toujours plus simples et plus sincères dans le bien et danss le mal, demeurent d'accord qu'il dit plusieurs choses pour la transsubstantiation: De Iransiubstanliatione habet multa Damascenus (Cenlur. 8, c. 4.).

Et certainement ils ont bien raison de le dire, puisqu'on ne la peut guère enseigner plus clairement qu'il le fait. Il prépare premièrement Tesprit à croire le changement du pain au corps de Jésus-Christ, par les exemples les plus éclatants do rel'ficace de la parole de Dieu. Si la parole de Dieu , dit-il , est vivante et efficace ; si le Seigneur, comme dit fÉcrilure, fait tout ce qu'il veut; s'il a dit : Que la lumière soit faite, et quelle ait été faite ; que le firnmment soit fait , et qu'il ait été fait ; si les deux ont été affermis par sa parole, et toute leur vertu par le souffle de sa bouche ; si le ciel et la terre, l'eau, le ft'u, l'air, et toui ce que le monde a de beau, a été fait et achevé par la parole de Dieu, aussi bien que ^ homme, cette créature si admirable ; si le Verbe de Dieu s'est fuit homme parce qu'il l'a voulu, cl s'il s'est

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formé un corps du sang pur et immaculé de sa Mère toujours vierge, douterons-nous qu'il ne puisse changer le pain en son corps, et le vin en son sang? Il a dit autrefois : Que la (erre produise de l'herbe verte , et étant arrosée des pluies du ciel elle en produit encore tous /is jours, par la vertu et la fécondité que lui imprima ce commandement de Dieu. Ce même Dieu a dit : Ceci est

MON CORPS, CECI EST MON SANG; FAITES CECI EN MÉ- MOIRE DE MOI ; et pour obéir à ce commandement , cet effet s'accomplit jusqu'à ce qu'il vienne, car c'est ce qu'il a dit lui-même , la vertu du Saint-Esprit , qui par la consécration couvre de son ombre vivïfïnnie celte nouvelle moisson , étant cenvne une douce rosée qui la rend féconde et ta fait fructifier. Comme donc autrefois Dieu fil toutes choses par l'opération du Saint-Esprit, de même à présent c'est aussi par la vertu de ce même esprit qu'il fait (dans ce mgslère) des choses qui sont au-dessus de la nature, et qui ne peuvent être comprises que par la foi. Il n'est poini question ici ni de ligure ni de vertu ; et la snile le fait encore mieux vo r. Si vous é:mandez , dil-ii , comment le pain est fait le corps de Jésus-Christ, et le vin et l'eau le sang de Jésus-Christ, je vous reponds que le S. -Esprit survient, et qu'il fait des choses qui surpassent la pensée. Mais quel est cet eïïcl qui surpasse la pensée? C'est celui même qui est compris dans la question , que le pain est fait le corps de Jésus-Christ. Il ne répond point au doute en expliquant la manière de la chose , mais en confirmant la vérité de la chose. El pour nor.s niontrer quel est l'effet de ces paroles divines, et de quelle sorte nous devons regaider l'Eucharistie, il nous dit que c'est le corps vraiment uni à la divinité , le corps pris de la Vierge ; non que ce corps qui est monté aux deux en descende, mais parce que le pain et le vin sont changés au corps et au sang de Dieu. Voila l'eiïel. Mais pour empêcher le soulèvement des pensées humaines , que celle merveille fail révolter, il ajoule encore : Si vous demandez comment cela se fait , qu'il vous suffise d'entendre que cela se fail par le S.-Esprit, comme par le même S. -Esprit le Seigneur s'est fait de la sainte Vierge, sa Mère, une chair pour lui-même. Car nous ne pouvons connaître autre chose en ces mystères , sinon que le Verbe de Dieu véritable est tout-puissant, mais que la manière de C effet est incompréhensible. El comme s'il avait eu dessein de réfuter expressément tontes les délaites des minisires, dont les uns détournent ces paroles à un changement de vertu , et les autres à une union chimérique du S.- Esprit au pain demeurant pain , il exclut l'une et l'autre imagination par les paroles suivantes , qui fonf voir qu'il parle d'un changement réel, dont l'effet est que le pain devient le corps naturel de Jésus-Cluisl et le corps pris de la Vierge. On peut dire néanmoins avec raison , qu'ainsi que le pain qui sert de nourriture à l'homme , et le vin mêlé d'eau qui lui sert de breuvage^ sont changés en la substance de son corps, en sorte qu'ilg deviennent un autre corps que celui quits étaient auparavant , de même le pain et le vin mêlé cTenu sont changés nu corps et au sang de Jésus-Christ d'une manihe udminihle , pur l'invocation et par la venue du S. Esprit;

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et ce ne sont pas deux corps différents, maïs un seul.

Aiilierlin a donc recours à ses chicaneries ordinaires pour éluder la clarté de ces paroles. 11 montre fort au long que Jeai» de Damas établit dans ses livres des maximes de philosophie qui choquent , dit-il , la iranssubslanlialion; mais à quoi peut servir tout cela , qu'à faire voir que les Pères ont parlé en deux manières dans leurs écrits : en pliilosophes et en théologiens ; que contme théologiens ils n'ont point eu égard aux maximes de la philosophie humaine , parce qu'ils ont considéré les mystères dans un ordre élevé au-dessus de la nature ; et que comme philosophi's ils n'ont point eu d'égard aux mystères , parce qu'ils savaient que ces discours philosophiques étaient naturellement bornés dans l'ordre de la nature. Us ont regardé la philosopliie et les mystères comme deux sphères toutes séparées qui n'avaient rien de commun l'une avec l'autre ; et ainsi ils n'ont pas cru être obligés d'user de ménagement dans leurs discours , de peur que ce qu'ils disaient en parlant en philosophes , ne préjudiciât aux mystères.

C'est le sujet d'un plus long discours que nous aurons lieu de faire ailleurs. Il suffit de faire remarquer ici que , comme S. Jean de Damas ne semble pas avoir égard à la transsubstantiation dans ses maximes philosophiques, il ne considère point aussi les maximes philosophiques lorsqu'il établit comme il fait la transsubstantiation. Il ne regarde pas en détail en quoi elle choque ou ne choque pas la raison humaine ; il voit en général qu'elle est au-dessus de la raison ; mais s'arrêtant là, il noie et abîme sa raison dans la foi. Je vous réponds , dit-il , que le S. -Esprit descend it qu'il opère des choses qui surpassent la raison et la pensée. La vertu du S.-Esprit, dit-il encore, fait des choses qui sont au-dessus de la nature , et qui ne peuvent être comprises que par la foi.

Ces maximes philosophiques sont des pensées humaines; mais ce mystère est au-dessus des pensées humaines , et par conséquent des maximes philosophiques , selon S. Jean de Damas. Les maximes philosophiques nous rendent les choses compréhensibles; et ce mystère est incompréhensible , selon ce saint : Modus aulem intellicji non polest; et nous n'en savons autre chose , sinon que la parole de Dieu qui nous en assure est véritable et toute-puissante. Ces maximes philosophiques ne regardent que l'ordre de la nature; mais ce que le S.-Esprit fait dans ce mystère est au-dessus de la nature : de sorte que tant s'en faut que cette contrariété apparente de la transsubstantiation avec la philosophie humaine prouve que S. Jean de Damas ne l'a pas crue , que l'on prouverait fort bien , au contraire, qu'il ne l'aurait pas tenue, si elle ne la choquait point, parce qu'ayant marqué précisément que son opinion sur l'Eucharistie était incompréhensible, et au-dessus de la raison humaine , toute opinion qui n'a rien de contraire en apparence à la raison humaine , comme celle des sacramenlaires, ne peut être cède de ce saint.

A ces objections philosophiques Aubertin en ajoute

quelques autres , qu'il tire des paroles de cet auteur. Les exemples, dit-il , par lesquels il éclairât le changement dont il parle , font voir qu'il ne parle pas d'un changement de substance ; et ensuite il rapporte ce passage de S. Jean de Damas : Parce que les hommes ont coutume de se laver avec de l'eau, et d'oindre leurs corps avec de l'huile , Dieu a joint dans le baptême la grâce du S.-Esprit avec l'eau et avec l'hnile, et il en a fait le bain de la renaissance spirituelle. De même aussi, parce que les hommes ont coutume de manger du pain et de boire du vin et de l'eau , il y a joint sa divinité, et en a fait son corps et son sang. La coutume d'Aubertin est de joindre , dans ses objections, les faux raisonnements avec la sup[>ression infidèle de ce qui les éclaircit. Son infidélité paraît ici en ce qu'il retranche ces paroles qui précèdent immédiatement celles qu'il cite. Dieu a choisi le pain et le vin , parce qu'il savait que les hommes ont de l'horreur des choses auxquelles ils ne sont pas accoutumés ; ainsi usant de sa condescendance ordinaire , il opère par des choses auxquelles notre nature est accoutumée, des choses qui surpassent la nature. Et la raison de ce retranchement est qu'il a voulu couvrir le défaut de son raisonnement, dont ces paroles retranchées découvrent la fausseté : car elles font voir que S. Jean de Damas ne compare en cet endroit le baptême à l'Eucharistie que comme pouvant également servir d'exemple de la condescendance avec laquelle Dieu cache sous des choses ordinaires à la nature ses opérations surnalurelles. II ne considère pas si ce que Dieu, fait dans le b^iptême est égal ou semblable , plus grand ou plus petit que ce qu'il fait dans l'Eucharistie; mais il considère que l'opération de Dieu y est également cachée sous des choses communes.

II semble, selon la philosophie d'Aubertin , qu'on ne puisse comparer deux choses ensemble , si on ne les compare en tout. Cependant il n'y a presque rien que l'on compare de cette sorte, et toutes les choses du monde étant semblables et dissemblables , les comparaisons que l'on en fait sont nécessairement bornées et restreintes par le sujet particulier dans lequel on les compare. Aussi dans ce même lieu où S. Jean de Damas compare l'Eucharistie au baptême, comme étant également des preuves de la condescendance de Dieu , il les distingue dans les différents effets que le S.-Esprit y produit. Dans le baptême , selon ce saint , le S.-Esprit opère seulement que les eaux deviennent le bain de la renaissance spirituelle; mais dans l'Eucharistie , il fait, dit-il, que le pain devient le corps de Jésus-Christ. C'est la Jifférence do l'un et de l'autre.

Le second passage qu'Auberlin objecte est celui-ci : Isaïevit un charbon; or le charbon lî'est pas un bois simple , mais c'est du bois uni au feu ; ainsi le pain de la communion n'est pas un pain simple, mais itn pain uni à la divinité; et le corps uni à la divinité n'est pas une nature , mais ce sotit deux natures : l'une du corps, l'autre de la divinité. Cette objection qui est aussi commune à M. Claude (pag. 781), qui cite ce même pas-

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