‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 202 sur 335 · DEPUIS LE VU' SIÈCLE JUSQU'AU XI · texte numérisé non relu

DEPUIS LE VU' SIÈCLE JUSQU'AU XI

nous y enseigne est que celle double nature de Jésn*- Chrisl a été signifiée par le charbon que vit Isaïe , et que nous recevons ce charbon divin.

C'est pourquoi ce lieu, pris dans toute sa suite, bien loin de détruire la présence réelle, l'établit invinciblement. Car il est clair que ces paroles, honorons te avec une pureté entière de corps et d'esprit, parce qu'il est double, s'entendent de Jésus -Christ, c'est-àdire, du corps de Jésus - Christ joint à la divinité. Il est clair que c'est de ce même Jésus-Christ dont il est dit : Approclions-nous donc avec un désir ardent , et mettant nos mains en croix prenons le corps du Crucifié. Il est clair que c'est ce corps du Crucifié composé de deux natures, qui est appelé ce divin ctiarbon dans les paroles suivantes : Et approcliant de nos yeux, de nos lèvres, de notre visage ce divin citarbon. Il est clair que c'est ce divin cliarbon , qui est appelé le pain de la communion dans le passage qu'on objecte , et par conséquent ce pain de la communion est le corps de Jésus-Christ, c'est le corps du Crucifié, c'est Jésns-Christ composé de deux natures. Et quand S. Jean de Damas ajoute qu'il n'est pas un pain simple , il veut dire que ce n'est pas le corps seul de Jésus- Christ que nous recevons, mais que nous recevons la nature humaine jointe à la divine; ce qu'il renferme dans ces paroles qui font la conclusion de son discours, et que M. Claude supprime : Or ce corps uni à ta divinité n'est pas une seule nature, mais ce sont deux natures : l'une de ce corps , l'autre de ta divinité qui lui est unie. Car ce corps est le corps du Crucifié dont il a parlé auparavant; et tout cela n'est que l'explication de ce qu'il avait dit en un mot, que Jésus- Christ est double, c'est-à-dire, composé de deux natures, et que l'Eucharistie n'est pas la figure, mais le corps même de Jésus-Chrisl uni à la divinité.

C'est ce que S. Jean de Damas explique encore dans un autre lieu, d'une manière qui ne laisse pas lo moindre doute du sens de ce passage, ni de l'opinion de ce saint : Les anges, dit-il (orat. 3 de Imag.), ne sont point rendus participants de la nature divine, mais seulement de son opération et de ses grâces ; mais tes hommes en sont rendus participants, lorsqu'ils reçoivent te saint corps de Jésus-Clirist et qu'ils boivent son précieux sang : car ce corps est uni hyposlaliquement à la divinité. Et il y a deux natures dans le corps de Jésus- Clirist que nous recevons, qui sont unies liypostatiquetnent et inséparablement. Et nous sommes rendus participants de ces deux natures , du corps corporellement , et de la divinité spirituellement ; ou plutôt de l'une et de l'autre et selon l'âme et selon le corps ; non que nous y soyons unis liypostatiquement , car nous subsistons premièrement en nous-mêmes , et puis nous sommes unis , mais par te mélange du corps de Jésus-Clirist qui se fait en not:s. Voilà de quelle manière le pain de la communion n'est pas simple : c'est (ju'il conlient le^deux natures de Jésus-Clirist que nous recevons , et selon l'ânie et selon le corps. Après cela on pourrait espérer que les minisires cesseraient d'alléguer ces passages de S. Jean de Damas, si ce n"éiait leur coutume

PERPËTUiTE DE LA rcu 1

de répéter toujours les mêmes argnmcr.ls , sans faire iDeiilion des réponses qu'on y a faites, et de se vanter ciisuile que leurs livres demeurent sans repartie.

La dernière objection est encore commune à Aubcrtin et à M. Claude (1). Elle est prise de ce (lue S. Jean de Damas écrit que !e corps et le sang de Jésus-

pt~t, passe en la consistance de noire âme et de noire corps; et de là M. Claude conclut brusquement à son ordinaire que cela ruine l'erreur de Rome. C'est un irait du génie de M. Claude, et un exemple de sa manière de raisonner : toutes ces propositions réiléiées qui se trouvent dans S. Jean de Damas, et qui éaiilissent si clairement la présence léelle de la transsubstantiation, ne lui font rien; elles ne mérilent pas seulement (lu'il y fasse la moindre attention ; mais un petit mot en passant, qui lui semble tant soit peu obscur, lui suffit pour conclure tout d'un coup que S. Jean de Damas condamne rerreur de Rome. Mais encore, que dit ce mot si décisif et si convaincant, que le corps de Jésus-Christ in consistenliam animœ et corporis vadit,, passe en la consistance de l^ùme et du corps , et que conclut-il de là? Prélend-il que S. Jean de Damas ail cru que le pain eucharistique passait en notre âme pour en faire partie? Je ne crois pas qu'il en vienne jusque-là. Comment conclura- l-il donc qu'il entre dans notre corps pour faire partie de sa substance? Et comment ne conclut-il point , au contraire, que, comme ces paroles, in consistenliam animœ vadit, ne signifient autre chose à l'égard de l'àme, sinon que le corps de Jésus-Christ s'unit à l'âme pour la conserver, pour la forùlier, pour y opérer des grâces , de même celte expression , in consistenliam corporis vadit, ne signifie autre chose , sinon que le corps de Jésus-Christ s'unit à notre corps pour le conserver, et lui imprimer, selon les Pères, les semences de l'immortalité glorieuse? Cependant, parce qu'on avait négligé dans la première Réfutation celle objection frivole , M. Claude en prend sujet d'insulter, selon sa coutume, l'auteur de la Pirpétuiié. Il dit qu'on lui fait de mauvaises excuses sur le sujet de S. Jean de Damas, au lieu qu'on lui avait seulement épargné les justes reproches qu'on avait sujet de lui faire de la fierté qu'il témoigne dans une si extrême faiblesse.

Cela suffit pour faire voir que S. Jean de Damas mérite aussi bien les injures des ministres, qui rappellent novateur, iranssubstantiateur, consubslantiatêur, qu'il mérite peu, selon l'esprit de M. Claude, d'être compris dans ces beajtx jours de l'Église, où nous devions voir la doctrine calvinienne proposée avec une force invincible, si M. Claude eût été aussi précis dans les effets (lu'il est magnifique dans les promesses.

Je pourrais joindre à S. Jean de Damas un auteur un peu plus récent que lui, puisqu'il a assisté au second concile de Nycée. C'est Élie, évêque de Crète, comnientaleur de S. Grégoire de Nazianze. Mais conmie j'ai déjà allégué en un autre endroit ce qu'il a dit de

(î) M. Claude dans le premier traité, pag. 28

OUCIÎAiNT L'EUCHARISTIE, 740

TEucharislie, il suffit de dire ici que cel auteur (comment, in oral. I Greg. Nazianz. ) assure que les dons sont véritablement le corps cl le sang de Jésus Christ ; qu'ils sont véritablement clmngés au corps et au sang de J ésus- Christ ; que ce sont des types qui égalent l'original; et qu'il explique parfaitement ainsi le sens de cette expression dont il se sert, que Dieu (ait passer le pain et le vin àl? hip-j^lv.-) itcpa,-, c'est-à-dire , comme nous avons montré ailleurs, en sa chair opérante et vivifiante; en un mot qu'il ne favorise en rien l'opinion des sacramentaires, et qu'il la détruit en tout.

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