M LIV. V!!. EXAMEN DES AUTEURS GKECS
degré de clarté: f|u*nn lioinme audacieux ei adroit était capal)lc d'obscurcir loul, de soutenir tout, et de coulbndre lelieineiil toutes les ciioses, que les per- Bonnes du coiniunn eussent de la peine à distinguer la vérité de l'erreur. J'y reconnus d'une manière sensible qu'il est souvent inutile de prétendre convaincre par des argunients ceux qui ne se rendent pas à cette simple lumière de la vérité qui s'aperçoit tout d'un coup, et qui pénètre le cœur et l'esprit des personnes vraiment sincères, sans tant de réflexions et sans cotte suite de principes et de consé(|uences méthodiques, parce que ceux qui sont capables de résister à celte impression que la vérité fait dans l'esprit, se mettent d'ordinaire au-dessus de toute sorte (Je raisonnements.
La raison en est que tous les raisonnements du monde ont besoin de bonne foi, nulle clarté n'étant si pure et si vive qu'elle ne puisse être désavouée, obscurcie et combattue par la mauvaise foi ; de sorte que quelque encbaînenient que l'on fasse de conséquences, il en faut toujours revenir à certaines vérités qui se sentent , et qui ^e se prouvent pas. Et ainsi qusnd la passion nous a fait étouffer ce sentiment simple, et cet aveu sincère que la lumière de la vérité tire de l'esprit, on se joue ensuite facilement de tous les raisonnements. C'est ce qui fait, ce me semble, que plus les choses sont déraisonnables , plus elles sont souvent dilficiles à réfuter; et c'est en particulier la cause qui l'ait qu'il est difficile de répondre à Aubertin : car cette difficulté vient uniquement de ce que cet auteur semet infiniment au-dessus du bon sens, qu'il n'y a aucun égard, qu'il étouffe tous les sentiments que la bonne foi produit, et qu'en désavouant les choses les plus claires, et ne voulant pas voir les l',!us visibles, il prétend obliger son adversaire de les prouver.
Or il est certain qu'il est très-mal aisé de convaincre des personnes qui en sont venues jusqu'à ce point : car les hommes sont ainsi faits, qu'ils croient douteux tout ce qui est contesté; et ils se persuadent que l'on n'a rien prouvé, à moins que l'on ne dise quelque chose de plus clair que ce qu'on a mis en question : de sorte que ce ministre contestant avec une hardiesse incroyable une infinité de choses claires, il embarrasse par nécessité ceux qui veulent lui répondre, parce qu'il y a peu de choses plus évidentes que celles qu'il iiie. Son adresse est, comme j'ai dit, de faire le sujet de la dispute de toutes les notions communes et de toutes les lumières du sens commun , de peur qu'elles ne servent de preuves contre lui ; et ainsi , peur le réfuter, il faut presque trouver un autre sens commun et une autre raison; c'est-à-dire, de nouveaux principes que ses disciples ne soient pas encore accnuliunés à rejeter, pour tenter si quelque reste de bonne foi ne les portera point à en demeurer d'accord.
C'est l'essai que je suis obligé de faire pour réfuter ce merveilleux chapitre de M. Claude, qui contient la quintessence des subtilités d'Auberiin, revêtue de
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tonte la pompe du style de M. Claude; car il est vrai qu'il y avance des absurdités inouies avec une confiance si étrange , qu'il rejette les choses les plus claires avec tant de hardiesse , qu'il embarrasse le tout de tant de détours éblouissants, que je n'ai guère vu de plus bel exemple de ce que peut faire une imagination échaufl"ée et un esprit remuant, pour soutenir la plus mauvaise cause qui fut jamais.
11 est bon pour cela de représenter d'abord ce que M. Claude entreprend de réfuter.
Le second concile de Nicée, pour détruire davantage ce qui avait été fait dans le concile des iconoclastes tenu à Constantinople, en fit lire la réfutation dans la sixième action, par un diacre nommé Épipliane ; cl comme les iconoclastes avaient appelé l'Eucharistie du nom d'image, voici ce qui est dit sur ce sujet dans cet écrit autorisé par le concile : Nul des apôtres ou des p/jis illnstres Pères qui ont élé les trompettes du S.-Espril, n'a appelé du nom d'image du corps de Christ, ce sacrifice non sanglant, qui s'opère en mémoire de Jésus-Chrisl notre Dieu, et de tous ses mystères : car le Seigneur ne leur a pas enseigné de parler ainsi, ni de faire profession de celte foi ; mais il leur dit dans l'Evangile : « Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, et ne buvez son sang , vous n'entrerez point au royaume des cieitx. Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui. El ayant pris le pain, et rayant béni , il le rompit, et dit : Prenez, mangez, c'est mon corps. De même ayant pris le calice, et l'ayant béni, il leur dit : Bunez-en tous ; c'est mon sang du nouveau Testament, qui est versé pour plusieurs en la rémission de leurs péchés. > // ne leur dit pas : Prenez, mangez, c'est mon image // est donc clair, que ni le Seigneur, ni les apôtres , ni les Pères n'ont appelé image le sacrifice non sanglant qui est offert par le prêtre ; mais qu'ils l'ont appelé le corps même, et le sang même.... On appelle les dons types, avant qu'il soient consacrés ; mais après la consécration, ils sont appelés, ils sont, et ils sont crus proprement corps et sang. Mais ces iconoclastes voulant nous ètcr la vue des vénérables images, en ont introduit une autre, qui n'est pas une image, mais corps et sang. Ensuite, abandonnant le mensonge, ils reviennent un peu à la vérité, en disant que cette image est faite le divin corps; mais si c'est l'image de ce corps, il est impossible qu'elle soit elle-même ce même corps.
On trouve dans ces paroles toutes ces propositions : Que l'Eucharistie n'a point été appelée du nom d'image ou de figure par les apôtres et par les Pères, après la consécration; qu'ils l'ont appelée le corps même, le sang même ; que les dons sont proprement corps et sang; qu'ils ne sont pas images, mais corps et sang ; qu'il est impossible qu'ils soient tout ensemble et l'image et le corps de Jésus-Christ, et qu'ainsi étant le corps, ils U'. sont pas l'image.
11 faut remarquer, comme on l'a fait dans le livre de la Perpétuité, que cette doctrine n'est pas particulière à ce concile ; qu'Auastase Sinaïie s'est servi du même r.ùsonnement , pour montrer que l'Eucharistie
n'est pns image. Jésus-Christ dit à ses disciples, dit cet aiiiciir (tracl. ô^v/à;, cap. 25) : Cest mon sang, et il ne leur dit pns : Cest la figure de mon corps et de mon sang, et il confesse que c'est vérilableinent son corps et son sang. Que S. Jean de Damas l'avait aussi employé : .1 Dieu ne plaise, dit-il (de Fide ortl>. 1. A, cap. 14), que nous disions que le pain et le vin consacrés soient la figure, puisqu'il est certain que c'est son propre corps devenu céleste et divin : car le Seigneur n'a pas dit : Ceci est la figure de mon corps, mais mon corps; et il n'a pas dit : Ceci est la figure de mon sang, mais mon sang.
On a encore remarqué que Nicépliore, patriarche de Constanlinople successeur de Tarase, sous qui le second concile de Nicée s'était tenu, avait conclu de même (de Cher., c. 6 ), que l'Eucharistie n'était pas l'image de Jésus-Christ, parce qu'elle en était le corps. Constantin- l'Iconomaque, dit-il, appelle image de Jésus- Christ ce que Jésus-Christ nous a donné à manger ; or comment peut-il accorder que ce soit tout ensemble et l'image de Jésus-Christ, et le corps de Jésus-Christ ? Car ce qui est image d'une chose ne peut pas être son corps, et au contraire ce, qui est le corps ne peut pas être son image; car toute image est autre que la chose dont elle est image. Il est vrai que l'Écriture appelle le Fils l'image du Père ; mais s'il n'est pas distingué de lui par sa nature^ il est au moins distingué par son hypoilase et par sa personne . Si donc le saint corps que nous recevons dans la communion est l'image de Jésus-Christ , on dit par là qu'il est distingué du corps de Jésus-Christ. Que si l'on dit que ce n'est pas une autre chose queJésus~ Christ, mais que c'est une partie de son corps, nous couperons donc ce corps en. deux, et il faudra dire que Jésus-Christ a une infinité de corps. Ce même auteur propose le même raisonnement dans son Aniirretique, comme on peut voir dans ce passage (apud Allât., de Perpet. consens, p. 1212) : Qui n'admirera, dit-il, la sottise et l'inconstance de cet iconoclaste. Il avouait tout à l'heure qu'on i-ecevait proprement et véritablement le corps de Jésus-Christ , et maintenant il appelle ce que nous recevons, image. Or peut-on s'imaginer une plus qrande stupidité, et une impertinence plus ridicule , que ie dire de la même chose qu'elle est proprement et véritablement le corps, et qu'elle en est l'image? Pour nous, nous n'appelons point ces dons images ou figures de ce corps, quoiqu'ils soient faits sous des symboles et des signes; mais le corps même de Jésus-Christ devenu divin Car c'est lui-même qui nous dit : Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, et ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous. C'est ce qu'il donna à ses disciples en leur disant : i Prenez et mangez mon corps , » et non Cimage de mon corps. Car comme il s'est formé lui-même une chair prise de la sninte Vierge, et s'il est permis d'expliquer ces choses par une comparaison humaine, comme le pain et le vin et l'eau sont naturellement changés au corps et au sang de ceux qui mangent et boivent, et ne deviennent pas un autre corps que celui qui était déjà ; de même ces dons, par la prière de celai qui célèbre le sacrifue, et par l'avènement du
S -Esprit , sont changés surnaturellement au corps et au sang de Jésus-Christ. Car c'est ce que contient la demande des prêtres, et nous n'entendons point que ce soient deux corps ; mais nous croyons que ce n'eit qu'un même et unique corps. Que s'ils sont appelés quelque part untitypes , ce n'est pas après la consécration, mais devant la consécration qu'ils sont ainsi nommés.
Théodorus Graptus, qui était du même temps que Nicépliore, et qui fut martyr de la même cause, emprunte de Nicéphore ces mêmes raisons et ces mêmes paroles, comme on peut voir dans un fragment de cet auteur, inséré dans le Recueil que le P. Combcfis a donné au public de diverses pièces d'auteurs grecs, sous le litre de : Manipulus originum Constan'' tinopolitanarum.
Voilà proprement de ces choses où les raisonnements sont inutiles, et où l'impression delà vérité est si vive et si lumineuse, que ceux qui sont capables d'y résister se mettent sans peine au-dessus de tous les raisonnements du monde, parce que n'y pouvant résister sans avoir étouffé en eux toute sorte de bonne foi et de sincérité, ce défaut les met à l'épreuve do toutes sortes de raisons. On y avait joint néanmoins quelques raisonnemenls assez clairs , quoiqu'ils ne le soient |>eut-être pas davantage que la chose même à laquelle ils servent de preuve. On avait dit que le langage des hommes souffre bien que l'on nie l'expression figurée, pour y substituer l'expression simple; mais que c'est une exiravagance sans exemple de nier l'expression simple, pour substituer l'expression figurée ; que l'on peut bien dire : La pierre du désert signifiait Jésus-Christ, mais elle n'était pas Jésus- Christ , mais que l'on ne peut dire sans folie : La pierre était Jésus-Christ , mais elle ne signifiait pas Jésus-Christ; qu'ainsi, si les Pères de Nicée avaient été dans le sentiment des calvinistes, ils auraient pu dire raisonnablement : L'Eucharistie est la figure de Jésus-Christ, mais elle n'est pas Jésus-Christ; mais qu'ils n'auraient pu dire sans un renversement du sens commun : L'Eucharistie n'est pas la figure du corps de Jésus-Christ , mais elle est le corps même de Jésus Christ. On a fait voir que le raisonnement de ces Pères et de ces auteurs serait plein de folie dans le sens des calvinistes, puisqu'il serait réduit à cet argument : L'image n'est pas réellement la chose dont elle est image ; or l'Eucliaristie est en vertu le corps de Jésus-Christ; donc elle n'en est pas l'image. On a demandé à M. Claude en quelle langue ces paroles : Ce n'est pas une image, signifient, ce n'est pas une image vide; et en quelle langue ces paroles : Le pain et le vin sont appelés, sonif et sont crus le corps et le sang de Jésus-Christ, signifient qu'ils sont une image pleine de la vertu du corps d» Jésus-Christ. Cependant M. Claude n'est pas le moins du monde ébranlé, ni par ces raisons, ni par ces passages. Jamais il ne nous regarda plus dédaigneusement. Ce ne sont, dit-il, que des ergotenes de collège , sans fond, sans force, sans solidité. Il faut pourtant reconnaître qu'il joint quelque adresse à cette fierté
7AîJ L.y. YII. K/.AMEN DES x\UTEURS GRECS DEPUIS LE YI* SIÈCLE JUSQU'AU XI*. lié
Et celte adresse consiste à supposer liardimeiit des cIu)S''S lrès-dér;iisoiin.il)Ies, m;»is à n'y arrêter pas longlcuip-; l'cspril doses Iccieiirs; cl ensuite à se tenir a^sez ferme dans ces supposilions, cl à les ap- |tli(incr assez justement : de sorte que les personnes peu iutclligoulcs voyant que, par le moyeu do ses disliiiciions, il se dcnïcle de tout ce qu'on lui oppose, soûl porîcs à rri ire que son opiui(ui n'est pas improbable. Eu un mot, il pourrait acquérir ipielque esiuViC parmi ceux qui mcllcnt leur gloire à bien défendre une thèse, et à ne demeurer jamais court; de sorte qn'encore (|u'il parle avec beaucoup de mépris des ergoierii!^ de I "école, je pense que ceux qui liront bien cecbap Ire demeureront d'accord que c'est en quoi il réussirait le mieux.
la venu, puisque, selon lui et selon l'Eoriiure. le Fils (le Oicii esiTimage de sou Père, et qu'il soiriieul que la disliiicliou de sa personne! siilïit pour lui conserver le titre d"iu)age. Il n'entond donc pas son principe , (pie l'image n'est pas la chose dont elle es' l'unr.çie^ dans ce sens chimérique de M. Claude, (pi-elle n'est pas vhtiiellemeiit la chose dont elle est l'image : car il 6'onsuivrait nécessairement de là que le Fils de Dieu ne serait point du loul image, puisqu'il contienl non seulement la vertu , mais l'essence même de son Pèie, et qu'il esl appelé par l'Écriture lu vertu de Dieu. Ainsi tant s'en faut que Niréphore ail cru que l'iniage ne pût enfermer la vertu de la chose dont elle est l'image, qu'il a cm, au contraire, (pie ce principe était faux et hérétique, pnis(iu'il ôlerait à Jésu-Chrisl la qua-
Mais pour rendre tous ses artifices inutiles , nous liié d'image, qui lui est doiinée par rÉorlture, et qui
commencerons par la réfulaiion du fondement de toutes ses distinctions et de toutes ses réponses. Ce fondement est que lorsque les adversaires des iconoclastes se sont servis de ce principe ; L'image n'est pas la chose dont elle est l'image, ils l'ont entendu en ce sens : L'image ncst pas viatuellemcnt la chose dont elle est l'image; que lorsqu'ils y ont joint cette mineure :
est le caractère de sa personne. Et , par conséquent , quand il a dit que l'image n'était pas la chose dont elle est l'image , il n'a pas prétendu dire qu'elle n'en contenait pas la vertu , mais seulement qu elle n'élaii pas celte cliose, elqu'elle en était distinguée au mruns en hypostasc, comme il parle. 11 n'est pas moins clair (çue le même Nii^.éphore n'a pu entendre par le mot
L'Euchmistie est le corps même de Jésus-Chriit, ils ont de corps un mystère contenant seulement l'efficace du
voulu dire que l'Eucharistie est virtuellement le corps de Jésus-Christ, ou ([n'elleest un mystère qui homs co)«mtinique sa vertu et son efficace ; et que quand ils en ont conclu : Donc l'Eucharistie n'est pas la figure du corps de Jésus Christ, ils onl entendu qu'elle n'était pas une figure vide et sans efficace.
Voilà sur quoi roule tout l'édifice de ce chapitre, et même du calvinisme. Cependant il n'est pas difficile de montrer (|ue depuis qu'on se mêle d'écrire , on n'a guère avancé de chose plus fausse ni plus déraisonnable. Il est Ircs-faux que ces auteurs, qui ont écrit contre les iconoclastes , aieni cru qu'il fût contraire à la notion d'image de contenir la vertu de l'original , ni (pi'ils aient établi ce principe : L'image n'est pas la chose dont elle est l'image, cnce sens-ci : L'image n'est pas virtuellement la chose dont elle esl l'image. La preuve en est claire et démonstrative , puisque M. Claude nous oblige de prouver des choses qui ne seront jamais contestées par un homme raisonnable, c'est qu'au même lieu où ils établissent ce principe : L'imagen^est pas la chose dont elle est l'image , ils apportent des exemples d'images qui contiennent réellement la vertu de l'original , et même son essence. C'est ce que M. Claude a pu voir dans un passage de Nicéphore patriarche de Cousiantinople, cité par Aubertin même, qui réfuie les iconoclastes par le même argument (pie le second concile de Nitée. Ce qui est image d'icne chose , dit ce patriarche , ne peut pas être son corps : car toute image esl autre que la chose dont elle est image. Jt est vrai aue l' Écriture appelle le Fils image du Père; TTûis aussi il est distingué de lui d'hypostase et de per» sonne.
Il est donc clair , selon Nicéphore , que ce n'est point une chose coniraire à ce principe qu'il établit (jue Cimage est autre que l'original , que l'image en contiei)ne
P. DE LA F. î.
corps de Jésus Christ .-car Nicéphore suppose que l'Eucharistie n'est point distinguée réellement du coips de Jésus-Christ, et il prouve par là qu'elle n'en est pas la figure : Si igitur sanctuni corpus quod in commu' ' nione sacra sumitur imago Chrisli est , aliud dicitur esse prceter corpus Christi; c'est-à-dire, si l'Eucharistie était l'image, elle serait réellement distinguée du corps de Jésus-Christ; or elle n'en est pas réellement distinguée; donc elle n'est pas image. Et de là, par une conséquence nécessaire , on peut titrer cet autre argument, appuyé sur le môme principe : Si l'Eucliaristie était seulement un mystère rempli de l'efficace du corps de Jésus-Christ, elle serait réellement distinguée du corps de Jésus-Christ ; or elle n'en est pas réellement disiinguée; donc elle n'est pas simplement un mystère qui contienne l'efficace de Jésus- Christ.
Et que M. Claude ne nous dise pas que ce corps de Jésus-Christ, dont, selon Nicépiiore , l'Eucharistie n'est pas réellement distinguée, n'est pas le corps naturel de Jésus-Clirist, mais son corps symbolique, c'est à-dire, le pain rempli de sa vertu; car il est évident que quand Nicéphore suppose que l'Eucharistie n'est pas une autre cliose que le corps de Jésus-Christ, il entend le corps naturel, el non un corps symbolique contenant sa venu. Cela esl clair de soiniome; mais pour en être convaincu par une démonstration mélliodique, il ne faut que consitlérer que Nicéphore dit ces deux choses, que toute figure est distinguée de son original, et (lue si l'Eucharistie était figure, elle serai: distinguée de son original ; or cet original, dont elle serait distinguée comme (ignre, est sans doute le corps naturel : car c'est du corps naturel qu'on supposerait qu'elle serait figure; el celle dislinciion dépendant de l'opposition entre la
(Vingt-qnalre.)
figure et l'original, ce serait donc aussi du corps naturel qu'elle serait distinguée comme figure.
11 n'est donc encore jusqu'ici question que du corps naturel : cependant, selon le même Nicéphore, TEucharislie n'est point distinguée du corps de Jésus- Christ, dont elle serait distinguée si elle en était la figure; donc elle n'est point distinguée du corps naturel , c'est-à-dire, qu'elle est réellement et véritablement le corps naturel de Jésus-Christ.
M. Claude nous reprochera sans doute encore que nous lui disons des arguments en forme ; car son injustice est telle, que quand on lui propose des choses de sens commun, et qui ont besoin de bonne loi , jl s'en moque ; et si on le presse dans les formes , il se plaint que ce ne sont que des ergoleries de collège. Mais je m'assure que les personnes intelligentes qui prendront la peine d'examiner ce que je dis , prendront plutôt ce raisonnement pour une démonstration que pour une ergoterie d'école.
Pour ceux qui aiment les choses plus sensibles et moins philosophiques, il est aussi facile de les satisfaire ; car il n'y a qu'à demander à M. Claude comment il a pu croire que les évêques de Nicée, et Nicéphore, patriarche de Constantinople, aient établi cet impertinent principe : La figure n'est pas virluellemenl la chose dont elle est figure? Ne savaient-ils pas que l'eau du baptême et le chrême sont la figure du S. -Esprit selon les Pères, ce qui fait dire à Aubertin même : Docent veteres aquam et oleum post consecralionem reprœsentare Spiritum sanctum (1)? Et ignoraient-ils qu'ils en contiennent et en communiquent la vertu ? Ne se servaient-ils pas eux-mêmes des miracles opérés par les images pour en établir le culte ? Et ne pouvaient-ils pas reconnaître par là que Dieu communique à tout ce qu'il veut son efiicace et sa vertu ? M. Claude, qui place au huitième ciècle fauteur de la Théorie des choses ecclésiastiques, n'y al-il pas lu que le pain non consacré, qu'ils appelaient le type du corps de la Yierge Marie, communiquait à ceux qui y participaient une bénédiction ineffable ?
La figure par elle-même se rapporte à l'original , et non pas à la vertu. C'est à l'original qu'elle est opposée ; c'est de l'original qu'elle est distinguée. Souvent elle est privée de vertu et d'efficace, mais c'est par accident, parce qu'elle est séparée de l'original en qui la vertu réside. Elle ne porte point nos esprits à penser à l'efficace; et comme il est aussi indifférent à une figure d'être efficace ou non efficace, que d'être d'or ou d'argent, de bois ou de pierre, il est aussi ridicule de dire qu'une figure cesse d'être figure, parce qu'elle devient efficace, que de dire qu'une statue cesse d'être statue lorsqu'on l'adore. Ce n'est pas seulement là fusage populaire, c'est l'usage universel, c'est Punique usage; principalement quand ce mot est employé dans cette maxime : La figure n'est pas
(1) M. Claude demande dans son livre que l'on lui produise des passages où il soit dit que feau du baptême et le chrême soient la figure du S. -Esprit. Le voilà satisfait.
l'original. Car il est clair que l'on ne considère alors dans une figure que sa qualiié de figure, et que ?'est de l'opposition relative qu'elle a avec foriginal que l'on conclut qu'elle en est distinguée. Aussi, ([ue l'on demande à tous ceux qui sont au monde ce que signifie cette maxime : Limage n'est pas la chose dont elle est rimage, on ne trouvera personne qui l'explique en un autre sens que celui-ci : L'image n'est pas réellement son original; l'image est distinguée de son original. Et celte expression ne donnera à qui que ce soit aucune idée de cette autre proposition : L'image n'a pas la vertu de l'original. Ce sont deux notions, deux idées et deux propositions toutes différentes. La première est fondée sur l'opposition relative de figure à original. La seconde n'est fondée que sur une conséquence fausse, que qui n'a pas fessence dune chose n'en peut avoir la vertu.
Il est donc incroyable que les auteurs du huitième et neuvième siècles, emprunlant cette maxime du sens commun, du langage commun, de la raison apparente de l'opposition de la figure à foriginal, l'aient entendue en un autre sens que dans le sens ordi»aire, qui est que la ligure est réellement distinguée de l'original. Par conséquent, quand ils ont ajouté que si fEucharistie était figure elle ne serait pas le corps de Jésus-Christ, ils ont voulu dire qu'elle serait réellement distinguée de son original. Et ainsi quand ils ont supposé qu'elle était le corps de Jésus-Chrisi, et qu'elle n'en était pas distinguée, ils ont supposé qu'elle n'était pas distinguée de foriginal représenté par la figure , c'est-à-dire du corps naturel de Jésus-Christ.
Mais s'il est sans apparence que jamais aucune personne raisonnable ait pu se mettre dans l'esprit ce prinw cipe extravagant : L'image n'est pas virtuellement la chose dont elle est image , il est encore bien plus ridicule de supposer que l'ayant dans l'esprit, on l'ait exprimé comme on a fait par ces paroles, qui donnent toute une autre idée : L'image n'est pas la chose dont elle est image; et encore plus qu'on ait conspiré à ne f exprimer jamais autrement. Car les Pères de Nicée et Nicéphore, qui le rebat plusieurs fois, ne l'expriment jamais en d'autres termes. N'y avait-il donc point de paroles dans la langue grecque pour exprimer ce principe bizarre : La figure it'esl pas virtuellement son original? Ces auteurs ont-ils dû supposer que l'on entrait sans peine dans cette expression si étrange , et que l'on changerait tout d'un coup toutes ces idées ordinaires , pour deviner un sens si extraordinaire et si inouï? Toute la suite de leurs expressions est extravagante comme celle du principe, ils pensent , selon M. Claude, que fEucharistie n'est pas une figure sans efficace ; et ils disent qu'eiVe n'est pas une figure, aussi raisonnablement à-pcu-près comme si pour dire que la statue de Henri IV n'est pas d'or, on disait que ce n'est pas une statue. Ils pensent, selon M. Claude, que l'Encharislie est un nnjslère qui contient l'efficace et la vertu de la chair de Jésus-Christ, et ils disent que c'est le corps de Jésus-Christ; qu'elle est le corps même de Jésus-Clu\st; qu'elle est proprement et véritablK'
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MEM le corps de Jésus-Chiisl ; qu'elle n'est pas figure , à l'Eucliaiislie pour un changement réel, qui fait que viais COUPS ET SANG. Non seulement ils parlent une fois le pain et le vin sont changés au corps de Jésus-Clirist de celle sorte , mais ils s'accordent à en parler et deviennent un niômc et unique corps avec le corps jamais autrement. Jamais ils ne se servent d'exprès- naturel, siens intelligibles selon le sens des calvinistes- Jamais ils ne nous disent que l'Eucharistie est une figure efficace , un mystère qui contient l'efficace de la chair de .lésus-Clirist. Ces termes, qui contiennent la foi de M. Claude, ne se trouvent nulle part dans les auteurs de ces siècles.
J'ajouierai même que cette expression : l'Eiiehttrittk n'est pas la figure, mais elle est te corps de Jésus-Christ, séparée de tout ce qui la fortifie dans ces auteurs, ne peut avoir d'autre sens, sinon que l'Eucharistie n'est pas la figure du corps naturel, mais est réellement Ainsi l'on trouve toujours dans ces merveilleuses ^^ effectivement ce corps naturel , et qu'elle ne peut
du tout signifier qu'elle est un corps symbolique plein d'efficace. La raison en est (pi'afin qu'elle signifiât que l'Eucharislie est un corps symbolique plein d'efficace, ou que l'Eucharistie est virtuellement le corps de Jésus-Clirist, il faudrait qu'elle fût très-figuree et trèsmétaphorique; or elle ne peut du tout être métaphorique, car la métaphore ne pourrait consister que dans le mot est, qui sert de liaison et d'union, ou dans l'attribut du corps de Jésus-Christ ; cependant on ne la peut mettre ni dans l'un ni dans l'autre. On ne la peut mettre dans le mol est , c'est-à-dire, que l'on ne peut pas dire qu'il signifie est virtuellement, au lieu de signifier est réellement , comme il le sigiiifie d'ordinaire : car toutes les fois que dans une même période le mot est est affirmé et nié tout ensemble , il est toujours affirmé au même sens qu'il est nié. Par cxemide, on dira bien d'une médaille : Ce n'est pas de l'or , c'est du cuivre doré ; ou : Ce n'est pas Anlonin, c'est Mare- Aurèle , parce qu'en l'une et l'autre de ces deux propositions Vesl est pris de !a même sorte dans tous les deux membres : en l'une, pour l'être réel; en l'autre, pour l'être significatif. Mais ce ne serait pas parler raisonnablement que de dire : Celte médaille n'est pas de l'or, mais c'est Antonin ; ou : Ce n'est pas Anlonin, mais c'est de l'or, parce que ce changement de Vest, qui est tantôt réel et tantôt se prend pour signifier , fait une fausse opposition entre les deux membres.
solutions de M. Claude ces trois qualités assez extraordinaires : 1° Qu'afin qu'elles soient vraies, il faut que ions les gens de ces siècles aient pensé d'une manière insensée ; 2° qu'il faut qu'ils aient parlé d'une manière insensée; 5° qu'il faut qu'ils aient conspiré à ne parler jamais raisonnablement. Cependant nous sommes encore dans ces beaux jours de l'Église, où la vérité cal- \inienne devait paraître avec tant de force, d'évidence et de clarté , qu'elle dissipait sans peine toutes sortes de difficultés.
. Ce langage est si étrangement éloigné de la nature et de l'usage , que , pour le rendre intelligible , il eût fallu faire crier ce prétendu sens à son de trompe dans lout l'Orient, et avertir tout le monde que l'on entendait les mots en des sens si extraordinaires, qu'ils n'étaient jamais venus dans l'esprit de personne ; autrcinenl, tons ces auteurs auraient dû passer pour des trompeurs et des fourbes. Néanmoins ils s'imaginent si peu iiiTon aurait de la peine à les entendre, que tout ce qu'ils disent ne peut servir qu'à nous confirmer dans l'idée naturelle de ces termes, et à nous obliger de cidire que quand ils soutiennent que l'Eucharislie n'eût pas (igiiie, mais le corps de Jésus-Christ, ils veulent dire qu'elle n'est pas l'image du corps naturel, mais qu'elle est réellement et véritablement ce même carps naturel.
ils nous disent qu'elle n'est pas figure, parce que Jésus-Clirisi ne l'a pas appelée figure, mais corps. Ils nous disoni donc aussi qu'elle n'est pas une figure ; Idne , une figure efficace , un mystère efficace , un myslèri- inondé, parce que Jésus-Christ ne l'a appelée d'aucun de ces noms. Les lermes précis de l'Écriture auxquels ils s'attachent, excluent toutes sortes de figures, creuses, pleines, inutiles, efficaces, inondées, non inondéea ils bannissent toutes ces idées étrangères, ei ni; laissent que celle du corps naturel de Jésus- Christ Us nous disent que l'Eucharistie n'étant pas la Igure, est proprement le corps de Jésus-Christ; et, p:>(!r nous le faire croire, ils ajoutent que comme le pain et le vin sont changés naturellement au corps de celui qui lei mange, et ne deviennent pas un autre corps que celui qui était déjà , de même les dons sont changés sur naturellement au corps et au sang de Jésus-Christ. Et nous n'enlendpm vas, disent-ils, que ce soient deux corps, mais nous croyons que ce nest quun même et unique corps. Il n'y a là ni trace ni vestige de figure efficace , rien ne nous conduit à cette idée ; tout contribue à nous faire prendre le changement oui arrive
Ainsi, quand je dis que l'Eucharistie n'est pas la figure, mais qu'elle est le corps de Jésus-Christ, comme c'est Vest réel qui est nié dans le premier membre, il faut que ce soit l'est réel qui soit affirmé dans le second, et que la proposition veuille dire que l'Eucharistie n'est pas effeciivenient la figure, mais qu'elle est effoclivemenl le corps de Jésus-Christ.
Il pourrait néanmoins y avoir encore de la ligure dans l'attribut, lors même qu'il n'y en peut avoir dans la liaison. Par exemple, on peut fort bien dire que Socrate, tout sage qu'il était, n'était pas timide, mais qu'il étail un lion dans les combats ; mais c'est ce que l'on ne peui dire de la proposition dont il s'agit. Car le mot de corps de Jésus-Christ étant opposé â figure, ne peut être pris que pour le corps naturel de Jésus-Christ, parce qu'il n'y a que le corps nalnrel qui soit figuré, qui soit l'original de la figure, l'opposé de figure. Quand on dit que l'Eucharistie n'est pas la figure, mais le corps même de Jésus-Christ, on entend donc qu'elle esi l'original de la figure, l'opposé
Toi PERPÉTUITÉ DE LA FOI
de la figure, et par coiiscqiicnl on cnlend qu'elle est Je corjs irtliircl de JésusClirist.
Yoilà encore une crgoterie de cnllége pour M. Claude, qui en jnge p-'.r ses iniérè:s; mais ce sera poul-êlre pour d'autres un raisoiuienicnl très-solide, et qui fait voir (|ue celle expression, que PEucliuristie n'est pas la figure, mais le corps de Jésus Christ, qui est commune aux principaux auteurs grecs du septième, du huitième et du neuvième siècles, comme à ceux de tous les suivants, ne peut signifier autre cliose, sinon que PEucliaristie n'est pas la ligure, mais qu'elle est réellement le corps naturel de Jésus- Chrisl, parce q\ie le verbe est est déterminé à ne signilicr que Vest réel, par la ntgaiion précédente; et que le mot corps, est déterminé à ne pouvoir signilier que le corps naturel, par le mol de figure auquel il est opposé.
Cola suffit pour réfuter ces solutions de M. Claude, et ces nouvelles notions de mots qu'il invente. Nous allons voir maintenant ce qu'il allègue pour les éclaircir et les appuyer, afin qu'il ne se plaigne pas qu'on ne l'écoute pas assez.