‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 205 sur 335 · CHAPITRE \I · texte numérisé non relu

CHAPITRE \I

Examen des exemples et des autorités dont M. Claude se sert pour éclaircir et pour appuyer ces significations extraordinaires, des mots de figure et de corps; et de la maxime, que limage n'est pas la cliose dont elle eslimage.

M. Claude, (p. 592.) c Mais enfin, direz-vous, s'ils ont été d'accord dans le fond avec les iconoclastes, pour ne croire ni la transsubstantiation, ni la présence réelle, pourquoi ont-ils censuré le terme d'image ? Pourquoi ronl-ils censuré par ce raisonnement : Si imago corporis est, non potest esse hoc divinum corpus . « Si c'est l'image du corps, ce ne peut pas être ce divin corps? » Lt quelle est l'apparence qui les a séduits? Il ne faut pas rêver longtemps pour la trou ver. Le pain de l'Eucbarisîie a deux qualités : l'une, qu'il nous représente le corps de Jésus-Christ par la vertu qu'il a de nous nourrir, et par toutes les autres ressemblances que l'on y peut découvrir; l'autre, qu'il en contient l'efficace et la vertu, la communiquant à nos âmes par le ministère de la foi et de la dévotion. Selon la première de ces qualités, il est ordinairement appelé image, type, figure, représentation, mémorial, expression et autres termes de même force. Selon la seconde, il est plus particulièrement appelé corps de Christ, corps mystique, corps sacr;m\enlal, corps par grâce. Ces bons Pères se sont imaginés que de l'appeler image après la bénédiction, c'était anéantir l'efl'et de la 3onsccration, et en parler trop bassement, à peu près commî cet Israélite dont il est parlé dans l'histoire de David (I Sam. 20), qui pour détourner le peuple do l'dhéissancc qu'il devait à son roi, l'appelait David, et le fils d'isaï , voulant par celle expression méprisante lui ravir le litre glorieux de roi d'Israël où Dieu l'avail élevé, et qui par là élait sans doute diijne de rcnréhension et de punition. Ou comme un -

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historien outragerait la majesté impériale, si parlant d'un duc de Saxe et d'un archiduc d'Autriche élevés à l'empire, il les appelait encore simplement le duc de Saxe et l'archiduc d'Autriche. Car, en eiïet, la forme du langage humain veut que quand une persoinie ou une chose change de condition, les noms et les litres moins nobles soient en quelque! sorte ab'iorbés par les plus nobles, encore que la chose au fond ne laisse |ias de rester. C'est en cela que consiste la force de celle censure, que les évêiiues de Nicée font par la bouche du diacre Épiphane aux Pères de Conslantinople. Us croient que c'est choquer l'honneur dû à rEucliaristie après la conséiralion, que de l'appeler encore image, pnis([ue ce nom appartenait déjà aux dons avant (|u'ils fussent sanctifiés. C'est ce qui les oblige de raisonner do celle sorte : Si c'est l'image du corps, ce ne peut pas être ce divin corps ; comme s'ils disaient : Si >ous appelez encore les dons après la consécration, image, la consécration ne leur a donc rien apporté de nouveau, ils sont encore dans leur élai naiurel, cl par conséquent ils ne sont pas le corps de Jésus-Chrisi, comme nous le croyons, cl comme vous mêmes le confessez. »

Réponse. — S'il ne faut pas rêver longtemps pour trouver ces solutions, il ne faut pas rêver longtemps pour reconnaîire que ce ne sont que de pures rêveries, et que quand M. Claude s'en entretient, il faut que ce soit son imagination seule qui agisse, sans que sa raison y ait de part. Car la raison nous découvre tout d'un coup qu'il y a des états incompatibles, comme ceux de marié, de non marié; de laïque, d'ecclésiastique; d'esclave, de libre; de sujet, de roi ; et qu'il y en a aussi de compatibles, comme ceux d'archiduc d'Aulriche et d'empereur, de comle de Provence et de roi de France; de roi d'Espagne et de duc de Milan, de fils selon la nature et de fils par adoption. Or, dans les étals incompatibles, on peut forl bien, à la vérité, raisonner de raflirmali(mde l'un à la négation de l'autre : Il est marié, il n'est donc pas à marier; il est Iaï(|ue, il n'est donc pas ecclésiastique. Mais dans les états compatibles, ces sortes do conséquences sont ridicules : Il est archiduc d'Aulriche, d(Mic il n'est pas empereur; il est comle de Provence, donc il n'est i)as roi de France.

Il est bien vrai que lorsque d'une moindre qualité on passe à une plus grande, quoique compatible, l'on nomme d'ordinaire les personnes par la grande; mais ce n'est pas en niant la moindre, si ce n'est par une espèce de figure. On apj elle l'empereur, empereurj et on ne le nrnmie pas archiduc d'.Auiricho; mais on ne nie pas qu'il soit archiduc d'Aulriche; et on se moquerait d'une personne qui coucluerait : Il est empereur, il n'est donc plus archiduc d'Autriche.

Quant à ces sortes de discours pir les(piels on pourrait dire d'un archiduc élu : (-e n'est plus un archiduc d'Antric!.e, mais c'est un enqicreur; ou du fils d'un bourgeois adopîé par un roi : Ce n'est plus le fil-> d'un bourgeois, mais le fils d'un roi, car c'est fc. encore un des exemples de M. Claude; on ne le fait

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jani.iis que par une espèce de figure, qui veut dire quu cet archiduc ne serait plus simplement archiduc, mais qu'il serait de plus empereur; cl que ce fils de bourgeois ne serait plus seulement (ils do bourgeois, mais qu'il serait de plus fils de roi. Mais cela n'empéclicraii pas qu'il ne fût très-permis de dire que cet archiduc élu empereur, serait en même temps archiduc et empereur; et que ce fils d'un bourgeois adopté par un roi sor;iit en même temps fils d'un bourgeois et fils de roi, et qu'il ne fût ridicule de contredire série;isement ces propositions. C'est pourquoi l'empereur s'oirenserait peut-être bien d'ime personne qui l'appellerait seulement archiduc sans le nommer empereur; mais il ne s'offenserait jamais d'une personne qui lui donnerait l'une et l'autre qualité. Il ne prendrait jamais pour principe : II est impossible d'èire tout ensemble empereur et archiduc; il ne dirait point que ce fût une folie de croire ces deux états Compatibles. De même, si la vanité d'un fils de bourgeois adopté par un roi allait jusqu'à lui faire désirer qu'on oubliât sa première condition, elle ne pourrait sans folie aller jusqu'à ce point que de lui faire faire un axiome philosophique de cette extravagance : Un fils de bourgeois ne peut pas être fils adopté d'un roi. Et ce serait lui excès qui passe l'imagination, s'il s'élevait contre des personnes qui lui auraient donné Tune et l'autre qualité, connue contre des fous et des insensés qui allieraient des choses incompatibles.

II n'y a qu'à faire l'application de ces exemples au sujet dont il s'agit, pour reconnaître que M. Claude n'en pouvait guère choisir de plus propres pour découvrir sou illusion : car l'état d'iniiige , dans letpiel les Grecs ont considéré les dons avant la consécralioir, n'a de soi aucutie incompatibilité, ni réelle ni apparente, avec une conséciaiioM qui remplir.iit le pain et le vin de la vertu du corps de Jésus Christ ; comme l'eau du baptême n'est pas moins figure du S. -Esprit lorsqu'elle est remplie de sa vertu, que lorsqu'elle ne rélait pas. Quand le pain deviendrait donc, comme M. Claude se l'imagine, de simple figure, rempli de la vertu du corps de Jésus-Christ, il aurait bien une nouvelle dignité, mais 11 ne perdrait pas l'ancienne; ce serait, selon la belle comparaison de M. Claude, un duc de Saxe élu empereur. Mais comme on ne dit pas sérieusement qu'un empereur ne soit p'us duc de Saxe, parce qu'il est empereur, et qu'on ne pourrait, sans se faire déclarer insensé, faire un crime à un homme d'avoir donné eu même temps à ce duc de Saxe élu empereur, les qualités d'empereur et de duc d< Saxe, ni le réfuter par ce principe ridicule : Un duc de Saxe ne peut pas être empereur; de même les Pères du seciind concile de Nicée et le patriarche Nicéphore auraient été les pins impertinents de tous les honuiies, si les iconoclastes ayant dit également, et que l'Kucharislie e^l figure, et qu'elle est le mystère du îorps de Jésus-Christ, ils avaient voulu les réfuter par cet argument : Ce qui est figure du corps de Jésus- Christ ne pmt pas être le mijslère qui contient son efficace et sa vertu ; or l' FAicliaristie est un mystère qui con-

tient son efficace et sa vertu; donc elle n'est pas sa figure.

Que dirait M. Claude lui-même d'une personne qui, parlant contre une autre qui aurait dit ces deux choses d'un fils de bourgeois adopté par un roi , qu'il est proprement et véritablement fils adopté du roi, et qu'il est néanmoins fils d'un bourgeois, le réfuterait en cette manière : Qui n'admirera la sottise et rinconstanci de cet homme , qui avoue d'un côté que cet enfant est proprement et véritablement fils adopté du roi, et qui ne laisse pas de dire qu'il est fils d'un bourgeois ? Car peut-on avancer une plus grande folie, et ime sottise pins ridicule, que de dire que le même enfant est fils adopté du roi, et qu'il est néanmoins fils d'un bourgeois? Ce discours semble-t-il fort raisonnable à M. Claude? N'est-il pas au contraire dans le comble de la folie? Pourquoi n'avoue-t-il donc pas qu'il n'y en a pas moins dans les paroles suivantes de Nicéphore (in Antir. 2, apud Allai., p. 122-2), si on les prenait en son sens? Qui n'admirera la sottise et l'inconstance de cet homme? Il avouait tout à l'heure qu'on recevait proprement et véritablement le corps même de Jésus-Christ ; et maintenant il appelle image ce que nous recevons. Or peut-on s'imaginer une plus grande stupidité et une impertinence plus ridicule, que de dire de la même chose qu'elle est proprement et véritablement le corps de Jésus-Christ, et qu'elle en est néanmoins l'image? Non seidcmenl il j aurait autanl de folie dans ce discours que dans l'autre, mais il y en aurait inliniment davantage; car, outre rexlrav;igance du raisonnement, qui serait égale il y aurait de |)liis une extravagance dans les expressions de ce dernier discours, dont les hommes ne sont pas capables. Celui qui avancerait sérieusement celle maxime ridicule, que le fils d'un bourgeois ne peut pas êlre le fils adojjtif d'un roi, penserait cxlravagainnient, mais il s'exprimerait raisonnahleinenl. Mais celui qui peiisaul qu'il est impossihie qu'une chose soit l.i ligure dj Jésus-Chrisl, et qu'elle soit en même temps un mystère qui contienne sa venu, exprimerait cette pensée en ces termes: Il est impossible (pie la même chose soit la ligure de Jésus-Christ, et (iu'elle soit proprement et vérilaldenieiil le corps de Jé^us- Christ, serait également inseu-.é, ei dans les pensées et dans les expressiiuis.

C'est à quoi se terminent ces beaux exemples que M. Claude nnus propose avec; Lmt de pompe et tant d'appareil, et je loi puis dire de plus que de préiendre d'expliquer l'argument des Pères de Nicée et de Nicéphore par ce double éial de figure et de mystère efficace d(; Jésus-Chrisl, l'ini moins noble, Tautre plus noble, c'est encre ini songe très-mal conceilé • car il est clair que ces évêipiesdu second concile de Nicée et Nicéphore ne fondent |)oint leiw raisonnrmi-nt sur la diversité de ces états , et snr l'excellence de l'un au-dessus de l'autre : ce sont des visions de M. Cl.inde. Mais ils le fondent uni(|ucment sur l'o] position qu'il y a entre la figure ci l'original ; et ils élendenl si loin la maxime dont ils se serve.'.t, qu'ils veulent mèm«; qu'elle ait lieu dans la Triuiic, et que l'aitribui per-

vrt ï

sonnel d'image, qtii conviciii au Fils, suppose la dislinciion eiilre le Père et le Fils, comme Nicéphore !e marque expressément, quoiqu'il ny ail aucune inégalilé enire les personnes divines. Or celle maxime générale, que la figure est distinguée de l'original ou de la chose dont elle est figure, ne sépare par ellemême de la ligure que l'original ; et elle ne donne droit que de conclure que ce qui est l'original n'est pas la figure. Et de là il s'ensuit que les Pères du second concile de Nicée, concluant sur celle maxime que l'Eucharistie n'est pas figure, ne l'ont pu faire

sent ailleurs : Un homme bien sensé ne rechercneraja mais dans une image /es propriétés de r original ; or la vertu d'opérer esi une propriété de l'original. »

Réponse. — Un homme bien sensé ne prétend pj»s à la vérité qu'une image, comme image, doive avoir les propriétés de l'original, et que l'on puisse conclure : C'est une image; donc elle a les propriétés de l'original ; cela n'est Mullement enfermé dans la nature d'image, et c'est ce que disent les Pères de Nicée dans celte réfutation. Mais il n'esi nullement contraire à la nature d'image, de participer à quelqu'en supposant que l'Eucharistie est l'original. Qu'elle ques-unes des qualités de l'original. Les images n'en

contienne ou ne contienne pas la vertu de Jésus-Christ; qu'elle soit plus noble ou moins noble; qu'elle soit dans un autre état qu'elle n'était auparavant ou qu'elle n'y soii pas, tout cela ne fait rien : il n'y a que l'unité avec l'original qui puisse faire conclure qu'elle n'est pas la figure, par cette maxime générale, que la figure n'est pas l'original.

M. Claude n'est donc pas heureux en exemples. Il faut voir maintenant s'il sera plus heureux en preuves. Voici celles que je trouve sur ce sujet dans son livre.

M. Claude (pag. 596).— t Qu'ils aient pris le mot d'image en ce sens, on ne le saurait contester après ce qu'ils nous ont dit eux-mêmes : Quant à l'image, nous n'en savons autre chose, sinon que c'est une image qui montre une copie, ou une ressemblance de son original; d'où vient qu'elle en prend aussi le nom , et qu'elle n'a rien que cela de commun avec lui. Ils ne pensaient donc pas qu'elle en eût la vertu et l'efficace, étant évident que cette vertu est autre chose que le nom de l'original, i

Réponse. — M. Claude ne conclut bien que lorsqu'il ne conclut rien à son avantage. Il est certain que l'auteur de celte réfutation ne prétend pas que l'image, comme image, contienne la vertu de l'original : car c'est l'image, comme image , qu'il définit en ce lieu , sans avoir aucune vue de l'usage que les iconoclastes en faisaient sur le sujet de l'Eucharistie. Mais il ne prétend pas aut^si qu'elle l'exclue, et il ne dit nullement qu'il soit contraire à la nature d'une image que l'original lui communi(iue sa vertu, ni qu'elle cessât d'êlre image siiôi qu'elle participerait à celle vertu. Il est donc vrai, conmie dit cet auteur, que l'image, comme imagiï, n'a que le nom commun avec son original, et que l'on n'a pas droit de conclure : C'est l'image d'une telle chose; donc elle en a la vertu. Mais il est faux , et contre le sens commun, de dire que d'avoir la vertu de quelque chose, empêche qu'on n'en soil l'image ; et il n'y eut jamais de personne assez insensée pour conclure de cette sorte : L'eau du baptême a la vertu du Saint-Esprit ; donc elle n'en est

sont pas moins images, lorsque Dieu opère par elles des miracles. L'eau et le chrême ne sont pas moins figures du S. -Esprit, lorsque Dieu leur communique la vertu du S.-Esprit. Et c'est aussi ce que ces Pères ne nient point, et qui ne peut êlre nié par des per-^ sonnes raisonnables.

M. Claude (ibid,). — t Si l'auteur veut qu'ils aient pris le mot d'image en un sens qui exclut la vérité de la substance, pourquoi ne voudrais -je pas qu'ils l'aient pris en un sens qui exclut la vérité de l'efficace? » ;

Réponse. — C'est que ces choses ne dépendent point de la volonté de qui que ce soit, mais de la vérité et de la raison. Il semble à M. Claude que l'on dispose des faits passés comme des aventures des romans, où le caprice et la fantaisie de chacun a autant de droit que celle d'un autre. L'auleur de la Perpétuité dit que les adversaires des iconoclastes ont pris le mot d'image en un sens exclusif de la substance, non parce qu'il le veut, mais parce qu'il est vrai, puisqu'ils se fondent uniquement sur cette maxime : L'image n'est pas l'original, et qu'ils prétendent qu'il faut qu'il y ait une distinction réelle entre la figure et l'original. Mais M. Claude ne doit pas vouloir qu'ils aient pris le mot d'image en un sens exclusif de la vertu, parce qu'il doit accommoder sa volonté aux choses, et qu'elle n'en est pas la règle; or, comme il n'y a nulle opposition entre figure et vertu ; que vertu et figure sont des termes non opposés, mais simplement différents; qu'il est ridicule de dire qu'il soit contraire à la nature de la figure de participer à la vertu de l'original, il agit contre la justice et la raison, en attribuant sans fondement une pensée si peu raisonnable à tant de grands personnages, puisqu'elle est même contraire, comme je l'ai fait voir, à leurs paroles formelles, et qu'ils avouent que le Fils de Dieu esl l'image de son Père, quoiqu'il en contienne la vertu qui n'est point distinguée de son essence.

M. Claude (p. 597). — i L'auteur nous demande en

pas l'image. Ce sont deux propositions Irès-diiréienles quelle langue nous avons trouvé que ces mots : Ce que de dire : L'image n'enferme pas la vertu de l'original, ou de dire : L'image exclut la vertu de l'original.

L'une esl vraie el solide ; l'aulre fausse et ridicule. Les évè(pu'S de Nit éc enseignent la première : j'ersoime n'a songé à la seconde.

M. Claude (pag. 59G). — t Ces mêmes Pères di-

n'est pas une image, signifient, ce n'est pas une image vide"! Je réponds que nous l'avons trouvé dans la langue deRessarion, grec de nation, évêque fleNiréc, el enfin c-rdinal de l'Église romaine. Car, expliquant ces paroles de Jean Damascène : Le pain et le vin ne sont pas la figure du corps et du sang de Christ, ainsi

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n'advieimc , mais le corps même déifié du Seigneur, il dit CCS paroles : Par la pijure dont il parle en ce lieu, il entend une ombre, qui n'est tn tout qu'une figure, signifiant simplement un autre sujet, sans avoir pour tout aucune puissance d'agir, comme les sacrifices du vieux Testament, qm étaient les figures des sacrements du nouveau. > Réponse. — Il ne faut presque rien pour éblouir M. Claude, et pour lui làire tirer de fausses conclu-

AinGi, selon Bessarion, il est vrai que S. Jean de Damas, en niant que l'Eucliarislie soit la figure de Jésus- Christ, entend par le mot de figure une ombre et une figure sans cflicace, parce qu'en effet si l'Eucharisiie était simple figure, elle sérail une figure sans efficace, et il n'y aurait aucun passage de rÉcrilure quipûtprouvcr celle efficace, comme nous le montrerons ailleurs. Celte proposition est donc vraie en un sens : Si l'Ëuclia-

Bioiis : il est certain qu'ainsi que la figure, comme fi- ristie n'était qu'une figure, elle serait une figure vide ; gure, n'exclut point posiiiveineni l'efficace, aussi elle ne l'enferme point, et que l'elficace et la vertu ne lui COnvieimont point comme figure. Si elle en a, il faut qu'elle l'ait par quelque autre qualité; de sorte que lorsqu'elle n'a point d'autre qualité que celle de figure, il faut que ce soit par nécessité «ne figure sans efficace. C'est i)ar un argument fondé sur ce principe qu'on a droit de conclure que ceux qui expliquent ces paroles : Ceci est mon corps, par celles ci : Ceci est la figure de mon corps, ne peuvent admettre dans l'Eucliaristio qu'une (igure nue, sans et'licace, et que s'ils lui donnent une vertu et^une efficace, c'est par fantaisie cl par caprice ; et c'est pourquoi les sociniens se moquent de toutes ces additions calvinistes et sans autorité de l'Écriture. L'Écriture ne dit autre chose, selon eux, sinon que le pain est la ligure du corps de Jésus-Christ, comme la pierre l'était. Ainsi comme on n'aurait p;is droit de conclure : La pierre était la figure de Jésus-Clirist ; donc elle avait la vertu deJésus- Clirisl; les sept vaches signifiaient sept années, donc elles avaient la vertu des sept années ; ils n'ont aucun droit aussi, en vertu des paroles do l'Évangile expliquées selon leur sens, d'attribuer aucune vertu et aucune efficace à l'Eucharistie.

Je conclurai donc légitimement contre eux , que

mais celle-ci n'est vraie en aucun sens : Si l'Eucharistie était une figure efficace, elle ne serait pas figure.

M. Claude ( pag. 596). — «11 n'y a point aussi de raison qui nous empêche de croire qu'ils ont pris le terme de corps pour un mystère qui nous communique la vertu et l'efficace du corps de Jésus-Christ. Et il y en a qui nous obligent de le croire, puisque, comme je l'ai déjà dit, ils le prennent au sens que leurs adversaires l'avaient pris, pour le corps de Jésus-Christ par sanctification de grâce, distingué de son corps naturel, et qui est encore la substance du pain. >

Réponse — Nous ferons voir à M. Claude qu'il se trompe dans cette supposition, que les iconoclastes , par le corps de Jésus-Christ, aient entendu une figure pleine, un mystère efficace, etc. Il suffit de lui dire ici que les adversaires des iconoclastes n'ont pas cru qu'ils l'aient pris en ce sens, et de lui en alléguer pour témoin Nicéphore, qui dit expressément que les iconoclastes reconnaissaient que l'Eucharistie était proprement et véritablement le corps de Jésus-Christ,

M. Claude (pag. 597). — t II nous demande en quelle langue nous avons trouvé que ces mots : Le pain est appelé, est en effet, et est cru le corps de Jésus- Christ, signifient que l'on pense à Jésus-Christ en

suivant leur principe de n'admettre rien sans l'auto- prenant le pain, et que Jésus-Christ agit sur ceux qui

rite de l'Écriture, ils ne doivent reconnaître dans l'Eucharistie iqn'une figure nue, sans efficace, sans action et pareille aux sacrements de l'ancien Testament. Mais je le conclurai, non en prétendant qu'il répugne à la natured'nne figure d'être efficace, mais en supposant que celle qu'ils admettent n'étant pas efficace par sa nature, n'a rien qui lui communique cette efficace, et qui la fasse sortir de la nature de simple figure. Il est donc vrai en ce sens qu'en disant que rEncliaristie est figure du corps de Jésus-Christ, et ne disant point qu'elle est le corps même de Jésus-Ciirisl, on entend qu elle est une figure sans efficace cl pareille à celle de l'ancienne loi; mais c'est par une suite de l'opinion, et non par une suite de la signification du mol de figure. C'est pourquoi le cardinal Bessarion a raison de dire en ce sens que S. Jean de Damas, on niant que l'Eucliarislie soit une figure, entend une (igure nue et sans efficace: car ce n'est pas (pi'il pi étende i|u'ime figure efficace ne fût pas une figure; usais c'est (|u'il euppose que dire que l'Eurharisiie est figure de Jésus- Christ cl non sou corps, ce serait dire qu'elle est une sunple figure, sans venu et sans efficace, parée que la qualité de figure n'enferme point de vertu, et qu'elle n'en aurait point d'autre qui lui donnât cette vertu.

le prennent. Je réponds qu'il ne saurait lui-même trouver en aucune langue que ces mois : Le pain est appelé proprement, est, et est cru le corps de Jésus-Christ, veulent dire que le pain est réellement transsubstantié au corps de Jésus-Christ. On ne s'exprime de celle manière que depuis qu'on s'est engagé à soutenir une doctrine incoimue à toute la terre, et qui, n'ayant poinl d'exemple, oblige ceux qui la défendent à donner aux paroles un sens aussi sans exemple. Cependant messieurs les catholiques romains trouvent leur explication fori raisonnable, et leurs distinctions fort jusies. Ils se les redisent |ierpétuellement à euxmêmes, et à force de les rebatlre ils deviennent incapables d'en reconn;:î(re la fausseté. »

Réponse. — M. Claude est de ces gens qui croient que pour faire des parodies il n'y a qu'à répéter sans raison ce qu'on a dit contre eux avec beaucoup de raii-on, et eu changeant de personnes, faire seulement les mêmes reproches, sans regarder s'ils ont quelque vraisemblance étanl changés de la sorte : car quelle étincelle de bon sens y a-t-il dans la question qu'il l'ail, et dans le discours qu'il y joini, qui est une imitation peu judicieuse d'un discours très-judicieux de l'auteur de la Perpétuité.

Il demande en quelle langue ces paroles : Le pain esl le corps de Jésus-Christ, signillenl qu'il csl Iranssubslarilié au corps de Jésus-Chrisl ? On ne fait ces questions que lorsque la réponse est difficile ; et cependant, il n'y en eut jauiais de si facile que celle qu'on a raison de lui l'aire : car je lui réponds que c'est en la langue des Latins, des Grecs, des Arméniens, des Syriens, des Clialdeéns, des Coplites, des Éihiopiens, des Indiens, qui ont tous pris celte expression dans le sens de la iranssubsiaulialion. Je lui réponds que c'est dans la langue de Zwingle, de Calvin de Bèze, d'Hospinien, des anciens et des nouveaux calvinistes, qui avouent que c'est le sens simple, propre et litiéral des paroles de TÉcriiure, n'y ayant qu'un petit nombre de nouveaux ministres, sans sincérité et sans bonne foi, ou qui se sont corrompu la raison par leurs basses chicaneries, qui ne veulent pas voir ce sens, et qui parlent comme M. Claude. Mais venons à ses réponses réelles.

M. Claude (p. 598). — « Mais , outre cela , dit-il, je réponds que Paschasc même, qui vivait environ trente ans après le concile de Nicée, nous témoigne que ceux qui n'approuvaient pas ses nouveautés prenaient ces mois : Le corps de Christ, en ce même sens que l'auteur trouve si nouveau, pour un mystère qui a la verlu et l'efficace du corps de Christ. >

Réponse. — Il est vrai que Pascliase remarque qu'un petit nombre de gens qui n'osaienl se nommer, et qui séloignnient de la doctrine de l'Église (ce qui les a fait traiter, par Pascliase et par liincniar, de novateurs) disaient que l'Eticharistie n'élait le corps de Jésu— Cllri^t qu'en ligure et en vertu ; mais ces gens ne liisaicut pas , comme les adversaires des icoiiociaslos, (|ue l'Eudiarislie fût proprement et vrainic.it le corps de Jésus-Clirisl ; au conirairt;, ils (lisaient : Non in re esse verituteni carnis Chrisli vel snn~ guinis, sed in sacramcnto virlutem quamdnm carnis. Ils ne disaient pas (pie l'Eiicliarislie ne fût pas la figine et l'image du corps de Jésus Ciirisl, mais (ju'elie éiait le corps même, aOiJ tô aw/za. Ils ne se servaient point de ce principe : La figure n'est pas l'original , pour montrer (pie rEucharisiie était l'original, non pas la flgiire. Ils ne faisaii-nt pointée ridicule argument que M. Cl ude lait faire aux évêqiies du second concile de iNicée : L'Eucharistie a la verlu du corps de Jésus- Christ; donc elle n'eu est pas figure.

Si leur erreur les portait à entendre par les mois de corps de Jésus-Christ, la figure et la verlu de Jésus- Christ, le sens commun les portail à s'expliquer en des termes propres pour se faire entendre. S'ils corrompaient les expressions de l'Église par des sens extraordinaires, ils exprimaient ce sens par des termes ordinaires, cl ce n'éiaii que par contrainte qu'ils se servaie.t de ceux de l'Église.

Cet exemple prouve donc bien que l'erreur des hommes , pour éviter les difficuliés de l'Eucharistie, peut aller jusqu'à corrompre le sens de ces paroles : Le corps de Jésus-Christ., en les expliquant de la vertu û(i .iésus-ChrJst ; mais il ne prouve point qu'elle

puisse aller jusqu'à n'employer que ces termes pour se faire entendre ; jusqu'à supposer que le commun des hommes les entendra sans explication ; jusqu'à dire que l'Eucharistie est proprement et véritablement le corps de Jésus-Christ, en n'entendant autre chose, sinon qu'elle en contient la venu ; jiis(|u'à l'appeler le corps même de^ Jésus-Cluist , par opposition à figure ; jusqu'à prouver qu'elle n'est pas figure, parce qu'elle n'est pas distinguée de l'original. Les simples erreurs humaines ne vont point jusqu'à cet excès de folie, et c'est néanmoins ce que M. Claude aitribue au second concile de Nicée et aux auteurs de ce temps-là.

H. Claude (p. 598). — < Facundus avait dit longtemps auparavant que le pain esl appelé le corps de Jésus-Christ, parce qu'il en contient le mystère ; et Cyrille d'Alexandrie avait dit, avant Facundus, que Dieu verse dans les choses offertes une force de vie, et les change en l'efficace de sa chair, i

Réponse. — Il faut que le passage de Facundu!> se trouve partout à quelque prix que ce soit, fût-ce sans occasion et sans raison. Ce n'est pas de quoi messieurs les miiiisires se mettent en peine; il leur suffit qu'ils le client, et certainement on ne le pouvait guère alléguer plus mal-à-propos que .M. Claude le fait ici. Il s'agit de savoir si les mots de corps de Jésus-Christ peuvent être pris pour l'efficace et la vertu de ce corps, et c'est de quoi Facundus ne parle point. A quoi sert donc celte citation de M. Claude? A citer le passage de Facundus : c'est son uni(pie fin. Il l'a voulu placer là : ne lui en demandez pas d'autre raison. Facundus considérant l'Eucharistie par sa partie extérieure , dit qu'on l'aipelle le corps de Jésns-Clirist , parce qu'elle eu contient le mystère. Ce mystère, si vous voulez, est le corps de Jésus-Christ intéri i'urenient présent. C'est, si vous voulez, la ligure du corps de Jé^us-Christ, exprimé par la partie sensible dt: l'Euchari.-tie, et (|ui l'ail que(e:ie partie sensible peut être appelée corjis de Jésus-Christ coumie son mystère. Cela ne conclut pas que le corps de Jésus-Clirist ne soit pas ré llemeni présent. Il faut voir quelle était la docliiiie de ce temps-là , et examiner s'il n'est pas vrai que l'on y croyait (|ue la figure, le sicrement, le mystère extérieur contenait réellement le cor,)S de Jcsuîî-Christ iiiiériciu^einent présent. C'est par cet examen qu'il faut expliquer la pensée de Facundus ; mais il est clair qu'il ne parle ni de près ni de loin d'efficace ni de vertu, et c'est de quoi il s'agit présenlement.

Le passage de S. Cyrille a déjà été expliqué auparavant, dans l'examen de Théopliylicie, où l'on a fait voir que ces paroles, que Dieu change les dons en l'efficace de sa chair, signifient (ju'il les change en sa chair pleine d'efficace , comme (juand S. Grégoire de Nysse dit que Jésus-Christ changeait le pain qu'il mati' geait en la verlu de son corps, cela voulait dire qu'il le changeait en son corps plein de verlu. Il ne faut que lire le passage de S. Cyrille tout entier pour en être convaincu. Et c'est un procédé peu sincère de

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