CHAPITRE VII
Examen du sentiment des évêques iconoclastes assemblés à Constantinopte l'an 754, sur le sujet de l'Eucharistie.
Le soin que M. Claude a pris de décrier autant qu'il a pu les évèqnes du secoiid concile de Nicée, fait assez voir qu'il n'a pas cru qu'ils lu: fussent trop favorables : au-.si ce n'est que par contrainte qu'il s'arréie à eux, il se défend de leur témoignage, il ne le recherche pas. 11 lui sul'lit de l'éluder comme il peut, et nous avons vu de quelle sorle ii le fait.
Il ne veut considérer que les évê(iues de Constanlinople, et ce sont ces évè(|ues auaihématisés par louie l'Église (lu'il nous donne pour témoins irréprochables de sa doctrine sur l'Eucharistie. 11 n'aurait pas sans doute tant de complaisance pour nous, que je
DEPUIS LE Vil* SIÈCLE JUSQU'AU XI'. 762
veux bien en avoir i oiir lui sur ce sujet; mais comme je ne suis pas d'humcinàeouiester sans nécesilé, je lui accorderai voloniiers que ces évêques assenddés à Conslaiilinople étaient orliiodoxes sur la maiière de l'Eucbarislie, cl qu'ils n'étaient pas dans le fond ù'uu antre senlimenl que ceux de N cée. Ce principe qui nous est conumm , produit d'abord deux argiunenls oppo>és. Car comme je crois avoir droit de raisotmer en celle manière : Les évêques assemblés au second cuncile de ÎSicéc croyaient la présence réelle el la transsubstantiation : or les évêques du concile de Constantinopte avaient la même foi qu'eux ; donc iU croyaient la présence réelle ei la iranssubslonliation ; iM. Claude prétend aus-i de son côlé avoir droit de forti'er un raisouiement contraire; et prenant pour (uincipe que les évoques du second concile de Nicée élaient dans la même foi que ceux du concile de Consianlinop'e, il y joint une mineure toute diiïérenle, qui est que le ccncile de Couslanlinople ne croyait point la présence réelle; d'où il conclut que le second concile de Nicée ne l.i croyait d(mc pasaussi. Ces rais(umemenls sont semblables selon l'apiiarence, et s'il n'y avait rien qui les distinguât, l'auteur de la Perpétuité ne pourrait prétendre aucun avantage sur M. Claude, comme M. Claude n'en pourrait prétendre de son côié sur l'anleur de ta Perpétuité. Mais il y a une difl'érence bien essentielle qui les distingue ; c'est que dire, conune lait M. Claude, que les évêques du concile de Conslantinople n'ont pas cru la présence réelle, c'est un discours en l'air, qui n'est appuyé que sur de petites conjectures; el que dire, Comme fait l'auteur de la Perpétuité, que les évêques du second concile de Nicée ont cru la présence réelle, c'est avancer une vérité de faii, dont on ne peut douter raisonnablement. |
Le concile de Constantinopte déclare que Dieu a voulu que le pain de l'Eucharistie étant ta véritable image de sa clian naturelle , /jU fait le corps de Dieu, ou te corps divin. Toute la question entre nous el M. Claude consiste à savoir en quel sens il faul entendre que l'Eucbarislie soii faite ce corps. Nous nous en rapportons l'im et l'antre aux Pères du seccuid concile de Nicée; nous supposons l'un el l'autre qu'ils ont bien entendu le sens du concile de Couslanlinople, et ces Pères iiousdéclareni qu'ils sont orthodoxes en ce point, c'esl-à-dire, qu'ils ont pris celle proposition au même sens qu'ils la prenaient eux-mêmes; or, qu'est-ce que les Pères du second concile de Nicée entendaient, quand ils di>aient que rtincliarislie était le corps de Jé.-.us-{ihrist? Ils entendaient (ju'dle était le corps même de Jésus-Christ, aùrô tô <rw,u«, qu'elle élaii proprement le corps de Jésus Christ; qu'elle était l'original opposé à la figure, qu'elle n'était point distinguée de cet original : ils enlendaicul que c'élail de ta cliair. Ils oui donc cru que les évê(|ues du concile de Con>* tantinople étaient dans ce mêine sentiment; et, par conséquent, eu les reconnaissant pour juges , voilà M. Claude condamné.
Qu'il ne nous dise pas qu'il expli(iuera de môme toutes ces expressions du concile de Nicée et des au-
très adversaires des iconoclastes par le concile de Con-tanlinople : car on explique les expressions indétcruiinées par les expressions déterminées, les expiassions obscures par celles qui sont claires, les expressions ambiguës par celles qui sont certaines, et non pas les expressions déterminées par les indéterminées, les claires par les obscures, les certaines par les ambiguës. Or l'on ne peut nier sans renoncer à la raison, comme nous l'avons montré, que les expressions des adversaires des iconoclastes ne soient claires, certaines, déterminées pour la présence réelle; él c'est an contraire beaucoup accordera M. Claude, que de reconnaître qu'il y a quelque obscurité dans celles des iconoclastes. Ainsi c'est le sens connu et certain de ceux qui ont combattu les iconoclastes, qui doit expliquer ce qu'il peut y avoir d'ambigu et d'obscur dans leurs paroles.
Mais la vérité est que les iconoclastes n'ont point besoin d'autres interprètes que d'eux-mêmes pour éclaircir ce qu'il y a d'obscur dans les termes de leur concile. Car Nicéphore (in Anlir. 2, apud Allât., p. 4222) remanjuc qu'ils avouent que l'Eucbaristia est véritablement et provrement le corps de Jésus- Christ, /u,oi'w5 Ml àlriOûi, comme nous l'avons montré ci-dessus ; et il est remarquable que ces paroles ne se trouvant pas dans le concile de Constantinople, il faut qu'elles soient tirées de quelque autre écrit des iconoclastes , dans lequel ils avaient peut-être voulu répondre à l'objection qu'on leur faisait sur leur sentiment de l'Eucharistie. Et en tout cas il est clair que ces mots déterminent clairement la manière dont ils voulaient que le pain de l'Eucharistie lut le corps de Jésus-Christ; et qu'ainsi, quand ils disent dans leur concile que le pain était fait le corps de Dieu, c'està*-dire, le corps de Jésus-Christ, il faut entendre, selon qu'ils le disent eux-mêmes, qu'il était lait proprement et véritablement le corps de Jésus-Christ : xupf&Js
xecî è.l-/i65>i.
Quelles preuves ne faudrait-il point pour attribuer un autre sens et une autre pensée à des évêques qui s'expliquent de la sorte, et pour détruire la conjecture que l'on tire de ce que les évêques du second concile de Nicée, qui croyaient très-certainement la présence réelle, comme nous l'avons montré, ont pris les iconoclastes pour orthodoxes dans celte expression ? Il ne faudrait sans doute rien moins que des démonstrations ; et cependant on verra que M. Claude ne produit pas seulement des preuves qui aient un peu de vraisemblance, quoiqu'il les propose avec une hardiesse qui étonne ceux qui ne le connaissent pas. Nous les allons examiner en détail.
M. Claude (p. 570). — c Les Pères de Constantinople (lisent que Jésus-Christ a pris la matière seule ou la substance humaine sans substance personnelle. De même il nous a commandé d'offrir une image , une matière choisie , c'est-à-dire la substance du pain n'ayant pas la forme ou la figure humaine, de peur que l'idolàlrie ne s'introduisît. Quelle apparence y al-il de pouvoir accommoder ces paroles au tens de
transsubstantiation? Ils ne disent pas seulement que VEucharistie est image, ce qui pourrait être tourné au sens de Pascliase, qui a dit que ce mystère est vérité et ne laisse pas d''être figure : mais ils disent que cette image est la substance du pain. Cest, dill''auteur, parce que les dons , lors même qu'ils sont consacrés , retiennent avec raison le nom de la chose dont ils conservent la figure et la ressemblance. Quelle fuite pitoyable ! Quand ils retiendraient le nom de pain , ils ne retiendraient pas lu substance, selon vous ; et si cette expression est bonne, pourquoi ne vous en servez-vous pas comme les Pères de Constantinople ont fait ? Pourquoi avez-vous tant d'aversion pour ceux qui disent que c''est la substance du pain? Quelle étrange explication est-ce, la substance du pain, c'est-à-dire, non la substance du pain , mais une autre substance qui retient la figure et la ressemblance du pain ! Et que deviendra le langage humain, s'il est permis de forcer les termes par ces violentes expositions? i
Réponse. — Un des grands défauts de la rhétorique de M. Claude est que jamais homme no plaça plus mal les exclamations. Il les sème sans discernement, et il s'écrie quand il aurait à peine droit de proposer humblement ses doutes , et qu'il aurait besoin d'une extrême modestie pour empêcher qu'on ne fût choqué de le voir embarrassé de si peu de chose. On ne pensa jamais moins à fuir que lorsqu'il s'écrie que l'on fuit d'une manière pitoyable; jamais on ne parla plus naturellement que lorsqu'il reproche que l'on renverse le langage humain. C'est que M. Claude ne consulte point le sens commun sur ce qu'il doit dire, et que les chicanes de l'école calviniste dont il est plein, l'empêchent de faire réflexion sur la manière dont les autres hommes parlent. S'il avait assez considéré les règles qu'ils suivent dans leurs paroles, et qui sont fondées sur leur nature même, il aurait facilement reconnu que lorsque le jugement de la raison ou de la fol est contraire aux idées qui naissent des sens et de la concupiscence, il se forme par nécessité deux sortes de langage qui subsistent ensemble : l'un conforme aux idées des sens et de la concupiscence ; l'autre conforme à la raison ou à la foi. 11 est certain que la foi change le jugement et les idées qui naissent des sens et de la concupiscence, à l'égard d'une infinité de choses. Elle nous fuit voir que la plupart de celles que nous appelons des biens sont de véritables maux, et que la plupart de nos maux sont de véritables biens. Elle nous apprend que ceux qu'on appelle heu reux sont malheureux, que les riches sont pauvres, que les pauvres sont riches, que les sages et les prudents du monde sont fous et imprudents, oue des savants sont des ignorants; et elle corrige et détruit ainsi la plupart de nos idées. La philosophie humaine renverse aussi souvent les idées communes, et nous en donne d'autres toutes différentes. Qu'y a-t-il de plus éloigné des pensées ordinaires des hommes, que les opinions de ces philosophes qui soutiennent que la matière n'a point d'existence, el que dans la des- Iructiûii de lout corps naturel , tout ce qu'il a d'être