‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 218 sur 335 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Que la question qui reste touchant la créance de l'Église

latine depuis le septième siècle jusqiC au onzième,

est déjà décidée par ce que l'on a établi jusqu'ici.

L'ordre que nous nous sommes prescrit demande

que nous fassions le même examen de la doctrine de

l'Église laline depuis le septième siècle jusqu'au ou

zième, que nous avons déjà fait de celle de l'église grecque ; afin de voir si nous n'y apercevrons point ce merveilleux changement dont les ministres nous apprennent les nouvelles. Mais si l'on vcul se servir, connue la raison l'ordonne, des lumières que l'on doit tirer de ce que nous avons établi juS()u'ici, on verra que la seule propo ition de la queslion esl ce qiîi ia

7i>7 LiV. Ylll. EXAMEN DES AUTEURS L

doil décider : car il s'agil en un mol de savoir si, él;inl cenain que l'église grecque a cru la présence réelle et la Uanssubslanliali<»n depuis le scplicnie s^iècle jsisqu'au onzième, cl depuis le onzième jusqu'à noire temps, comme nous l'avons montré dans les livres précédents; cl élaiil certain encore que l'Église latine s\-sl trouvée dans celle créance dans le onzième siècle, cl que Ucrenger qui la voulut comballre fui regardé comme un novaleur et un hérétique par toute l'Eglise de ce siècIc-là, ainsi que tout le monde en demeure d'accord, il est (iueslion, dis-je, de savons'il est possible qu'il y ail eu une antre créance dans l'Eglise latine au septième, au huitième et au neuvième siècles et dans une partie du dixième, cl si l'on peut croire raisonnablement que (oui l'Orienl croyant que Jésus-Cbrisl éiail réellomenl el vérilabl .nicnl préîCnl sur les autels, el que rEueliarislie était le for|)S même de Jésus-Christ, rOcoidonl ait cru durant ces mêmes siècles que Jésus Christ n'y éiail piéseut qu'on figure cl en vertu, el qu'il ail ensinle changé i.'isensihlemenl de senliment, pour se reirouver au onzième sièc!e dans la di!)Clrine de la iransbubslanliation.

Quelque hardis que soient les niinislrosà soutenir leurs plus déraisonnables fantaisies, ils ne l'ont pas encore été jusqu'à ce point de séparer les sentiments de ces deux égUses durant ces qualrcs siècles. Ils ont, au contraire, pris pour principe ([u'eiles avaient alors la même doctrine sur riiucharisl'e, et comme ils alti ibuaicnt à l'Église latine la créance des protestants, ils ont conclu le même de la grecque. Ils n'ont donc, en demeurant dans le même principe fondé sur la raison et sur le bon sens, qu'à changer seulem ni de conclusions ; el puisqu'on leur a fait voir claircmenl |»ar des preuves positives que l'église grecque a cru la présence réelle et la transsubstantiation durant le septième, le huitième, le neuvième el le dixième siècles, ils ne peuvent attribuer uiîc autre créance à l'Église h.line avec la moindre apparence. Ces églises étaient trop liées ensemble, elles avaient entre ellos trnp de conunercc, le; papes prenaient trop de soin d'y entretenir l'uniformité d'une même foi, pour s'imaginer qu'elles aient pu être divisées de sentiments sur un dogme aussi essentiel et aussi commun qu'est celui de l'Eucharistie; cl il est également ridicule de supposer, ou que les papes n'aient point élé avertis de celle diversité de créance, ou qu'ils l'aient tolérée après en avoir été avertis.

Tous les arguments par lesquels nous avons montré depuis le onzième siècle, qu'il est impossible que CCS deux églises aient vécu d:ins une ignorance nmtuelle de leurs sentiments sur l'Eucharistie, se peuvent employer à l'égard de ces quatre siècles, avec d'autant plus de force que ces églises n'y paraissent pas déiunies l'une de l'autre, comme elles l'on! élé depuis, mais qu'elles y ont élé fort longlemps unies, el unies avec dépendance l'une de l'autre, l'église grecque n'ayant point l'ail difficulté durant ces siècles tîe rceonuailrc h prééminciicc de celle de Roi e.

aTINS des siècles Vïl, Vill ET IX. 7D8

Toutes les preuves aussi dont nous nous sommes servis pour l'aire voir que si cette diversité de scntimenls sur l'Eucharistie eût été connue par ces deux églises, ni les Grecs ni les Latins ne l'auraienl jamais soufleru; sans se la reprocher les uns aux autres, el sans s'enir'accuser d'erreur dans la foi, ont aussi lieu à l'égard des quatre siècles d<»nt il s'agit; car il est absolument sans apparence que les papes qui ont poussé les Grecs avec tant de vigueur el de zèle sur l'nérésie des monothéliles, favorisée par les empereurs de Conslantinople, cl autorisée par des conciles de presque tous les évoques grecs, les eussent épargnés sur le sujet de l'Eucharistie; ou que les Grecs, qui se portaient quelquefois à condamner très injustement l'Église romaine sur des jioiiits de discipline, comme le célibat des prêtres el le jeune du samedi, eussent soufferl dans les Liïtins une doctrine différente de la leur sur un point caj)ital de la religion chrétienne.

Oii voit, par les passages que nous avons rapportés de l'ierrc de Sicile, qu'ils ont regardé comme une erreur de manichéens, de nier la conversion du pain au corps de Jcsns-Chrisl. Pom-quoi donc n'auraienlils pas regardé tous les Occidenlaux comme coupables de celle hérésie, s'ils eussent nié aussi bien que les manichéens cette conversion du pain el du vin a» corps el au sang de Jésus-Christ? Comment les défenseurs des images, qui publiaient si hautement que l'Eucharislie était le corps même de Jésus-Christ , qu'elle n'était pas la figure de Jésus-Christ, mais l'original môme, el qu'elle n'était point distinguée réellement de ce corps, auraient ils pu faire tant d'étal de l'union qu'ils avaient avec l'ancienne Rome ? Comment les légats du pape Adrien, qui assistaient au sccor.d concile de Nicée, auraient-ils soufferl que l'on y eût publié une doctrine si contraire à celle des églises d'Occident? Comment le pape Adrien, à qui les actes du second concile de Nicée furent portés, n'eûl il point eu de soin d'en avertir le patriarche Tarase et l'impératrice Irène, et de leur déclarer (;iron avait eu tort d'enseigner dans ce concile que le pain et le vin étaient après la consécration le corps même de Jésus-Christ? Enfin, comment s'est il pu faire qu'il n'y ail eu durant ces quatre siècles donl il s'agil aucune dispute ni aucun dénêlé entre les Grecs et les Latins sur le sujet de ce mystère ?

Énée, évêque de Paris, el llalrainnc, religieux do Corbie, ont réfuté au neuvième siècle les reproches que les Grecs faisaient à l'Église latine; mais il n'y en a aucun qui regarde sa doctrine sur l'Eucharis tic.

Il n'esl pas nécessaire d'éicndre ici ce point davantage, puisque la manière dont nous avons prouvé le consentement de ces deux églises sur l'Eucharistie , depuis le onziètne siècle jiisfpi'à notre temps, donne lieu de former une infinité d'arguments semblahlcs , pour n>ontrer qu'elles étaient aussi d'accord sur ce mystère durant les quatre siècles que nous examinons préseiilemenl. El, pai Cdu^équciil, ayant élabli ([ne l'église grccipie a cru la présence réelle dans ces

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quatre siècles, celle preuve s'élend nécessaircmcnl cei examen, de se mettre bien dans l'esprit le vcrl- :i l'Église latine. table état de ces siècles, et de suivre exactement les

On a donc eu raison de dire que le seul établisse- conséquences qui en naissent : car ce qui trouble en m m de la question suffit pour la décider, et que la cela nos idées, c'est que, comme nous sommes nés lumière que l'on tire de nos |)reuvcs précédentes , dans un siècle où ce mysière fait depuis longtemps rejaillit tellement sur TÉglise laline de ces quatre le sujet de la contestation qui divise les chrétiens, on siècles, (ju'il n'y a pas moyen de la séparer, dans la ne se transporte pas facilement par son imagination créance du mystère de l'Eucharistie, ni de l'église grecque qui était au niênie temps, ni de tout le corps de l'une et l'autre église, qui se trouva certainement uni dans la foi de la présence réelle au temps de Bérenger.

Je ne prétends pas néanmoins me servir ici de cet avantage que la raison me donne, ni me contenter de prouver la crémce de l'Église latine de ces siècles par la conséquence que l'on tire de celle de l'église grecque, à laquelle on ne peut douter raisonnablement qu'elle n'ait été conforme. Je veux entreprendre de montrer positivement par les auteurs de ces siècles, que le corps de l'Église latine n'a point eu d'autre foi sur ce mysière que celle de la présence réelle et de la transsubstantiation. Et pour en juger équitablement, je proposerai d'abord quelques principes tirés de la nature du langage humain, et de la lanière dont les hommes parlent, lorsqu'ils parlent naturellement et sans contrainte, par lesquels on peut s'assurer de la foi d'un siècle sur ce mystère.

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