CHAPITRE n
De quelle sorte, en supposant qu'on ait cru constamment et universellement la présence réelle et la transsubstantiation, durant le septième, le huitième et le neuvième siècles, on y a dû parler de l'' Eucharistie, en suivant sini plemeut la nature, la raison et la manière ordinaire dont les hommes expriment leurs pensées.
Pour bien juger des expressions auxquelles la nature devait porter les personnes qui auraient été dans la disposition d'esprit que nous attribuons à ces quatre siècles, il faut premièrement se représenter l'élatoù nous supposons que l'Église romaine était alors à l'égard de l'Eucharistie. Il faut donc s'imaginer des chrétiens persuadés que par les paroles de la consécration le pain et le vin étaient effectivement changés au corps et au sang de Jésus-Christ. Cette doctrine était connue distinctement du commun des fidèles, quoiqu'ils ne l'accompagnassent pas de réflexions philosophiques sur la manière dont ce mysière s'accomplit, se contentant de savoir que Jésus-Christ y était véritablement présent, par le changement du pain et du vin en son corps et eu son sang. Mais encore qu'elle fût crue généralement de tous, c'était néanmoins en la manière que le sont les articles qui ne sont pas contestés. Les pasteurs n'avaient point en vue des hérétiques qui la combattissent ; ils n'étaient point obligés de fortifier leurs peuples contre l'erreur opposée ; de sorte qu'il ne leur restait point d'autres doutes à dissiper que ceux qui naissent du mysière même.
V esl fort important , pour suivre la raison dans
dans cette disposition simple et tranquille où devait être une église dans laquelle la foi de la présence réelle n'avait jamais été formellement attaciuée. Ce qui fait que nous ne saurions nous empêcher d'y chercher les expressions , les pensées , les spéculations qui naissent, non de la nature même du mystère, mais de la nécessité et de l'engagement des disputes. El c'est pourquoi, pour concevoir comment les chrétiens qui croyaient ce que nous croyons de l'Eucharistie , mais sans aucune vue des coniestaiions et des disputes qui se sont élevées depuis, en ont dû parler, il est bon de faire réflexion sur la manière dont on a parlé des autres mystères, avant qu'ils eussent été attaqués par les hérésies , et sur celle dont les naiions qui croient la réalité et la transsubstantiation comme nous, mais qui n'ont jamais ouï parler des hérétiques qui combattent ces articles , en parlent dans leurs écrits et dans leurs discours.
Si l'on entre bien dans cette disposition d'esprit , la raison et l'expérience ne manqueront pas de nous faire juger d'abord qu'il serait fort injuste de prétendre qu'une église qui serait dans l'éiat où nous avons représenté l'Église romaine durant ces quatre siècles, n'ait dû se servir sur le sujet de l'Eucharistie d'aucune de ces expressions qui naissent des sens , lesquels nous portent à appeler l'Eucharistie pain et vin, substance de pain et substance de vin : car puisqu'il paraît, comme nous l'avons fait voir, que toutes les fois qu'il y a contrariété entre la raison et les sens, il se forme par nécessité deux sortes de langages, qui dans l'usage subsistent ensemble, l'un conforme aux sens, et l'autre conforme à la vérité et à la raison ; puisque les contestations mêmes n'ont pas détruit parmi les catholiques de ces derniers siècles ces deux sortes d'expressions, et qu'on les voit de même en usage parmi toutes les autres nations (jni croient la présence réelle et la transsubstantiation, on ne doit pas s'attendre qu'une église qui n'avait point en vue l'abus que les ennemis de ce mystère pourraient faire de ces termes, ait fait cette violence à la nature, que de les bannir entièrement de ses discours. Il suffit bien qu'elle les ait corrigés par des expressions conformes à la vérité el à la foi ; qu'elle ne les ait ememployés que pour désigner la matière de l'Eucharistie, et pour expliquer les ligures mystérieuses que Dieu a voulu nous marquer par le choix qu'il en a fait. Il suffit qu'elle n'ait point enseigné dogmatiquement que c'était du pain et du vin ; que ces substances n'étaient point changées, et qu'elle nous ail dit au contraire qu'elles étaient changées; qu'elles étaient faites le corps de Jésus-Christ; quelles étaient converties au corps de Jésus Christ , et que rEucharistic, en consor-