‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 220 sur 335 · LIV. VIII. EXAMEN DES AUTEURS · texte numérisé non relu

LIV. VIII. EXAMEN DES AUTEURS

vaut I';!pparence de pain et de vin, était dans la vérité le corps même de Jésus-Christ.

Il est donc clair qu'il serait contre la nature que l'on ne vît dans les écrits de ces siècles aucunes traces do ce langage des sens , et qu'un trop grand soin de l'éviter ne conviendrait nullement à l'état de ces tempslà. Car conmie les personnes intelligentes tirent souvent des conjectures très-solides pour montrer qu'un écrit n'est pas de la première antiquité, de ce que Ton y voit la doctrine de la Trinité et de l'Incarnation proposée avec des précautions qui marquent qu'on a en en vue les erreurs contraires à la vérité de ces dogmes, de même l'application à éviter tous ces termes auxquels la nature nous porte , quoique les sacramentaires en aient depuis abusé , et un soin particulier de prouver et d'établir la présence réelle, serait fort éloignée d'un temps où l'on suppose que cetlc doctrine était reçue sans aucune contradiction.

Tout ce que l'on doit attendre de personnes qui auraient été dans celte disposition d'esprit, est que lorsqu'il s'est agi de parler de ce mystère selon la foi et la vérité, ils s'en soient expliqués dans les termes qui la marquent simplement, et naturellement , et qui en impriment l'idée dans tous ceux qui les entendent à la lettre.

Mais comme l'état où les chrétiens étaient durant CCS siècles ne les devait nullement porter à se mettre en peine de prouver et d'établir la réalité , aussi la créance ferme qu'ils en avaient, et l'ignorance cnlièie où ils étaient des raffinements des calvinistes , les doit avoir empêchés de proposer jamais aucune des opinions des sacranienlaires. C'est pourquoi on ne doit trouver dans aucun de ceux qui auront suivi la doctrine commune de ce lomps-là, que le corps de Jésus- Christ ne soit pas véritablement dans rEucharislie, que le [lain et le vin ne soient point changés au corps de Jésus-Christ. Ils ne doivent point avoir dit que l'effet de la consécration ne soit pas de changer effectivement le pain au corps même de Jésus-Christ, mais seulement de le remplir d'une certaine vertu et d'une certaine efficace. Ils ne doivent point s'être mis en peine d'empêcher que les fidèles ne suivissent l'impression simple des paroles des Liturgies, où il est dit que l'on reçoit le corps de Jésus-Christ, et que le pain est changé au corps de Jésus-Christ. Ils ne doivent point avoir prévu que l'on dût faire aucun abus des paroles de l'inslitulion du sacrement, en les prenant à la lettre; et l'on ne doit voir en eux aucune crainte de porter les chrétiens à l'idolâtrie, en leur parlant continuellement de l'Eucharistie comme du corps de Jésus-Christ.

Comme ils n'avaient pas d'adversaires en tête , il n'est pas raisonnable de prétendre qu'ils en aient dû comballrc Comme tous les fidèles croyaient la présence réelle, et que cette créar.ce était continuellement renouvelée par les paroles dont on se servait dans la célébration des n)ysiércs, et par les actions de piété qu'ils pratiquaient à l'égard do. l'Eucharistie, ils u'oiit point eu de nécessité de les instruire souvent

LATINS DES SIÈCLES VII, VIII ET IX. 8u2

d'une vérité qu'ils ne pouvaient ignorer ; et ils ont en toute liberté dans les discours qu'ils en faisaient, et dans les explications de l'Écriture , de s'arrêter aux vérités morales et aux significations mystérieuses des symboles, qui sont moins connus du peuple et du commun des chrétiens, et qui leur sont néanmoins trèsnécessaires pour leur apprendre la fin de l'Eucharistie, et les dispositions dans lesquels ils doivent être pour la recevoir.

Mais comme la contrariété qu'a ce mystère avec les sens et avec la raison humaine est capable de so; d'exciter quelques doutes dans l'esprit, et que l'on peut craindre avec sujet qu'il n'y ait des hommes qui aient quelque peine à le croire, on peut s'attendre raisonnablement qu'il y aura quelques auteurs de ces siècles qui n'auront pas entièrement dissimulé ces doutes , qui les auront marqués , et qui auront lâché d'y remédier d'une manière prudente et raisonnable. Cette manière n'est pas de les étendre, de les étaler, do les proposer dans toute leur force, ce que l'Église n'a jamais fait que par contrainte, et lorsqu'elle s'y est TU obligée par l'importunilé des hérétiques; mais d'en marquer simjjlement quelques-uns des plus grossiers, et de les étouffer par des réponses qui soient capables de satisfaire les esprits humbles et accoutumés à la docilité où la foi doit mettre tous les chrétiens. C'est la conduite à laquelle l'instinct de la nature et la lumière de la raison a porté tous les chrétiens d'Orient, et principalement les Grecs. La foi de la présence réelle y est aussi établie que dans l'Église latine ; et cependant on n'y parle presque point des difficultés naturelles de ce mystère; et si l'on y en parle, c'est en peu de paroles, et en passant seulement; et l'on se contente d'arrêter ci^s doutes philosophiques par la soumission que l'on doit à la parole de Dieu.

On peut faire encore une remarque sur le sujet de ces doutes : c'est que la manière ordinaire où la nature nous porte pour les dé avouer et les étouffer dans notre esprit, est d'exprimer plus fortement et plus précisément ce que nous croyons de ce mystère. Ainsi en parlant simplement de l'Encharislie, sans avoir en vue aucun de ces doutes, on se coîitcntera de dire que c'est le corps de Jésus-Christ ; que l'on y reçoit le corps de Jésus-Christ; que le pain et le vin sont changes au corps et au sang de Jésus-Christ. Mais quand on a quelques vues des doutes opposés à cette créance , on dira , selon l'instinct de la nature , que l'Eucharistie est véritablement et proprement le corps de Jésus-Christ ; que c'est le corps même qui est né de la Vierge; ([ue c'est dans la vérité le corps de Jésus-Christ ; qu'encore que Ton sacrifie en plusieurs lieux , c'est toujours le même corps de Jésus- Christ, et qu'on le reçoit tout entier, quelque petite partie que l'on en reçoive. Ce n'est pas que les expressions simples, que rEucharislie est le corps de Jésus- Christ, ne sigfiifient la même chose que celte antre où l'on dit que l' Encharistie est proprement et véritablemert le corps de Jésus Christ ; mais c'est que dans les unes

PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHANT L'EUCflAUlSIlE.

l'esprit ne fait pas d'iiUcntinii an doute qni pourrait s'éievei , et se coiilcnlc ainsi de s'exprimer sans contention et sans effort , et dans les autres , il se raidit contre ce doute, et Télouffe par une affirmation plus forte de la vérité.

El de là il est aisé de juger que, comme les auteurs de ces temps dont nous parlons ne devaient pas avoir souvent en vue d'éiouifer ces doutes, puisriuc la présence réelle n'était point du tout attaquée , aussi les expressions opposées à ce doute doivent être plus rares dans leurs écrits, et qu'ils ont dû ordinairement se contenter de s'exprimer de la manière qui suffit pour faire entendre la vérité de ce mystère à des personnes qui n'en doutaient point. Mais on doit juger en même temps que les expressions fortes par lesquelles ils auraient élouiTé les doutes, sont des explications de ces expressions simples dont ils se servaient ordinairement , puisqu'elles étaient destinées pour faire entendre, et pour imprimer davantage dans l'esprit le sens véritable des expressions ordinaires; et c'est ce qui donne lieu de conclure que, pourvu qu'ils aient dit quelquefois que l'Eucliaristie est véritablement et proprement le corps de Jésus-Christ né de la Vierge, c'est la même chose que s'ils l'avaient toujours dit, parce que l'on doit entendre la même chose par les expressions simples, que l" Eucharistie est le corjis de Jésus-Christ, que par celle expression, /'Emcharistie est véritablement et proprement le corps même de Jésus-Christ, qui n'y ajoute rien qu'une altenlidn plus expresse à la vériîé simple et littérale de l'expression commune , que l'on désire imprimer davantage en la fortiliani de la sorte.

En suivant ainsi la nalure, il est aisé de prévoir les autres expressions où la créance de la présence réelle, telle qu'elle étaii dans ces siècles, a dû porter les nuleurs qui y ont écrit. Car on a sujet de croire que comme ils étaient hommes, et qu'ils avaient de» inclinalious humaines, ils avaient aussi celle d'abréger leurs paroles , et de laisser quelque chose à suppléer à l'esprit de ceux à qui ils parlaient. Doù il s'ensuit qu'on y doit voir en usage certaines expressions abrégées qui , ne marquant l'Eucharistie que par une de ses parties, la fai^aient néanmoins comprendre tout entière, parce que les fidèles, étant instruits d'ailleurs des vérités de la loi, allaient plus loin que l'expression, et suppléaient par leur intelligence à ce qui pouvait y manquer.

11 est donc probable qu'ils auront appelé l'Eucharistie, sacrement du corps de Christ, mystère du corps de Christ, figure du corps de Chrid ; comme on l'appelle présentement dans l'Église romaine, sacrement de l' Eucharistie, sacrement de l'autel, communion, espèce. Et tant s'en faut qu'on doive s'élonner si ces expressions s'y trouvent en usage, que l'on devrait plutôt s'étonner s'il n'y en avait point de semblables, étant impossible que les hommes ne cherchent naturellement à se décharger de la peine d'expliquer en détail ce qu'ils supposent être connu de tous, cl qu'ils jKir.ciit i'airc entendre par un seul mot. El comme

nous avons remarqué que, bien que les catholiques soient accoutumés à entendre par certains termes qui ne marquent qu'une partie de l'Eucharistie, le mystère tout entier, et de suppléer par leur intelligence au défaut de plusieurs expressions imparfaites, ils ne lais- Fcni pas d'être choqués de quelques autres expressions extraordinaires, auxquelles ils ne sont pas accoutumes à joindre l'idée totale du mystère, el qu'ainsi, encore qu'ils ne soient nullement blessés, quaiid on appelle l'Eucharistie le sacrement de l'autel, ils auraient néanmoins peine à souffrir qu'on l'appelât signe sacré de Vaulel, parce que n'étant pas accoutumés à suppléer cette expression, elle leur donnerait lieu de croire que ceux qui s'en serviraient ne reconnaîtraient dans l'Eucharistie qu'un signe sacré; on doit juger de même qu'il a pu arriver dans les siècles dont nous parlons que Ton s'y soit servi de quelques expressions imparfaites, qui ne marquant qu'une par* lie de l'Eucharistie, étaient suppléées par l'intelligence commune, et que néanmoins on ail rejeté d'autres expressions semblables, parce qu'étant extraordinaires, elles donnaient lieu de soupçonner que ceux qui les employaient ne croyaient de l'Eucharistie que ce qui était exprimé par le terme même.

Qi!e si Ton veut déterminer plus parliculièremenl les expressions qui ont pu être en usage parmi des personnes qui croyaient la présence réelle, en la manière que nous supposons qu'on la croyait dans ces siècles-là, il n'y a qu'à considérer celles qui naissent de la nature même de l'Eucharistie. Ce mystère est composé de deux parties : l'une visible el l'autre invisible; l'une sensible el l'autre intelligible, c'esl-àdire, qu'il est composé d'un voile extérieur, qui est le sacrement, el du corps de Jésus-Christ couvert de ce voile. Oe voile n'est pas réellement le corps de Jésus-Christ, mais il le cache à nos sens, et le corps de Jésus-Christ n'a pas réellement en soi ce que nous apercevons au-dehors dans le voile qui le couvre. Il esl inutile de rechercher quelle est la nature de ce voile : il suffit de savoir que c'est du pain et du vin selon l'apparence, et que ce n'est plus du pain et du vin dans la vérité. Les yeux i;ous enseignent l'un, la foi nous enseigne l'autre. Mais comme ce voile conserve l'apparence et la figure du pain, il en conserve aussi toutes les significations mystérieuses, qui ne dépendent pas de la conservation de sa substance, mais de la continuation des mêmes impressions qui excitent en nous les mêmes pensées, et nous donnent aussi l'idée des mêmes vérités. Or il esl clair que lorsque les choses sont ainsi composées de deux parties, on les peut regarder de trois manières diflérentes, qui sont la source de toutes les expressions par lesquelles on les peut représenter. Par exemple, l'homme étant composé de corps el d'àntî;, peut être considéré ou comme une âme qui gouverne el qui anime un corps, ou comme un corps animé par mie âme, ou comme une âme et un c.riis : dans la pre micro manière, l'attention directe de l'esprit se porta sur l'âme, et ne considère le corps qu'obliquement et

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