‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 224 sur 335 · LATINS DES SIÈCLES VII, VIII ET IX. SU · texte numérisé non relu

LATINS DES SIÈCLES VII, VIII ET IX. SU

effet, il faut considérer ce qu'ils nous disent de l'Eucharistie, quand ils nous expliquent ce qu'ils croient de sa nature cl de son essence ; quand ils ne la désignenl pas, mais qu'ils enseignent ce qu'elle est ; quand ils ne nous marquent pas seulement la matière que Dieu a choisie, mais qu'ils nous disent ce que Dieu faii do celte mniière; quand ils n'en parlent pas selon les impressions dt-s sens, mais selon les scnlimciils de la foi.

S. Isidore appelk- l'Eucharistie le sacrement du corps de Christ ( I. 1 15 de eccles. Olïic); mais si l'on désire savoir de quelle manière elle en est le sacrement , il nous l'apprendra en nous disant que le pain que nous rompons est le corps de celui qui dit : « Je suis le pain vivant. lEi pour moiilrerqiie ce n'est point un corps en figure, mais en vériié, il enseigne formellement que ce corps de Jésus Christ, que nous recevons dans l'Eucharistie, cl dont nous sommes privés quand ou nous en sépare, est la ciiair de Jésus-Christ, dont il est dit : Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, et ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous, et que c'est le corps, la vérité, l'original représenté par les ombres et les figures de l'ancien Testament. H faut craindre, dit-il, que pendant que quelqu'un est séparé du corps de Jésus-Christ (c'est-à-dire de rEiichar\sùc) il ne demeure privé du salut, puisqu'il dit luimême : « Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, et ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous. » Et nn peu après : Quelle différence y a-t-il entre l'ombre et le corps, entre l'image et la vérité, entre les figures des choses futures et ce qui était représenté par ces figures ? Il ne dit pas, selon la nouvelle théologie des ministres , que ce corps de Jésus-Christ dont il parle, c'est-à-dire l'Eucharistie, ne fût différente des pai)s8 de proposition qu'en ce qu'elle était une figure pins expresse et plus claire; mais il dit qu'elle était la chose figurée, qu'elle était la vérité opposée à l'ombre et aux figures, ce qui ne peut convenir qu'au corps même de Jésus-Christ.

Bède (homil. hieni. de Sanct., in Epipli.) dit que les créatures du pain et du vin sont changées par une vertu ineffable au sacrement de sa chair et de son sang. C'est une des expressions qui naît de la nature dii l'Eucharistie. Mais que signifie-l elle dans cet auteur? C'est ce qu'il marque par les paroles suivantes : Et ainsi , dit-il, le sang de Jésus-Christ n'est plus versé par les mains des infidèles pour leur ruine ; mais il est pris par la bouche des fidèles pour leur salut ; i sicque sangnis illius non infidelium manibus ad perniciem ipsorum funditur , sed fidelium ore suani sumilur ad salulcm. >

Voilà ce qu'on appelle exp-rimer siinplemenl et na- Inrellcmenl la doctrine de la présence réelle ; c'est dire, comme fait Bède, que les fidèles reçoivent dans leur bouche te sang qui a été virsé par les mains des infidèles; el c'est ce qu'il appelle recevoir le sacremeiii du corps de Christ. C'est en nous expliquant la foi commune de l'Église sur ce mystère , qu'Ainalariiis appelle l'Eucliaristie/c san!/?ce imiversel , « umversale sacrificium;iQi qu'il dit que ce sacrifice est /'/mîMo/fl/joH

8tS

de Jêsus-Clirist; qu'il dit que le sacrifice de l'aulel est le même que celui de la croix : Quomam uiia liostia Christus oblatus est pro juslis cl injusiis , idem sacnficium permanet in altari. Qu'il dit que l'Église croit que ce sacrifice doit être mmigé par les hommes, parce qu'elle croit que c'est le corps et le sang du Seigneur , et qiCen le mangeant tes âmes des fidèles sont remplies de la bénédiction divine, j Sentit Ecclesia sacrificium prœsens mandendum esse ab humano ore ; crédit namque corpus

suite quoi est cet aliment des mystères, dit que cest la chair de Jésus-Christ, et Jésus-Christ même, figuré par ce pain et cette chair que David donna à son peuple : Partilus singulis collinjdam panis , i'iius ulique qui de cœlo descendit et dat vilam mundo ; assaturam bubulœ carnis unam, illius scilicet vituli saginati qui pro revertente ad patreni filio juniore mactatus , et tgne passionis assatus est ; et similam frixam oleo, carnem videiicet à peccati labe mwidissimam. Ainsi l'aliment des

et sanguinem Domini esse , et hoc morsu benedictione sacrés mystères est , selon ce religieux , le pain vivant

cœlesli impleri animas sumentium. n Qu'il dit que dans qui est descendu du ciel; c'est Jésus-Christ immolé

la consécration , la nature simple du pain et du vin est pour nos péciiés; c'est sa chair très-pure de tout pé-

changée en la nature raisonnable du corps et du sang de ché, 11 s'ensuit de la créance que nous avons de TEii-

JésusChrist. Qu'il dit en parlant de l'Eucharistie (Spi- charistie que ce mystère contient le même corps et le

ril. lom. 7) , que Jésus-Christ, en donnant le pain aux même sang qui ont été consacrés par Jésus-Chrisi

apôtres , leur dit que c'était son corps ; que son corps a même.

été dans la terre quand il a voulu , et qu'il y est quand Et c'est aussi ce que Flore nous enseigne : Le ca-

il veut ; qu'il a bien voulu se montrer à S. Paul dans le lice, dit-il, qu'un prêtre catholique sacrifie n'est pas

temple de Jérusalem qui était sur ta terre. Qu'il se met «« autre, mais c'est le même que celui que Jésus-Christ

en peine d'expliquer comment le corps de Jésus- a donné à ses disciples ; et ce que l'on croit du sang , il

Christ, que nous recevons, cesse d'être en nous, et le faut croire du corps. Il dit, en exj liquant la raison

qu'il propose ses différentes pensées. Ita verb sum- pour laquelle on appelle le calice prœclarum , excet-

ptum corpus Domini bonà inlentione , non est milii di- lent, que c'est avec raison qu'on l'appelle excellent,

sputandum îilriim invisibiliier assumatur in cœlum, en puisqu'on y offre le sang immaculé. Ce n'est point,

reservelur in corpore nostro usque in diem sepullurœ, an extiatelur in auras , aut exeat de corpore cum sanguine, aut per poros emittatur. De sorte que l'on peut dire que non seulement cet auteur enseigne la présence réelle, mais qu'il l'enseigne même d'une manière trop grossière, et qu'il n'y a point d'écrivain ecclésiastique que l'on doive moins soupçonner de l'avoir niée.

11 est vrai que M. Claude est excusable de n'avoir pas fait réflexion sur ces deux derniers passages, puisqu'ils ne sont imprimés que dans le septième tome de Spicitegium, qui n'a paru que depuis son livre. La pratique marquée dans celle lettre même d'Amalarius, de ne point cracher de longtemps après avoir reçu l'Eucharisiie, était fondée sur la créance de la présence réelle, comme il paraît par toute la lettre, et particulièrement par ce passage, oîi il s'excuse de n'être pas exact à observer cette pratique commune : Je dis cela , afin que si par ignorance, et sans mon consentement , il sort de ma bouche quelque partie du corps du Seigneur , vous ne croyiez pas pour cela que je sois sans religion, et que je méprise le corps de mon Seigneur, ou que ce corps soit porté en quelque lieu où, il ne veuille pas être. C'est par ce corps que notre âme vit, comme le Seigneur te dit lui-même : < Si vous ne maw gez la chair du Fils de l'homme , et si vous ne buvez son sang , vous n'aurez pas ta vie en vous, d Si donc ce corps est notre vie, il ne perdra pas, étant séparé de nous, en quelque lieu qu'il soit, la vie qu'il nous communique , et que nous recevons de lui.

Je ne sais si M. Claude même osera prétendre après cela qu'.\malariiis n'enseigne pas la présence réelle.

Angelomus , religieux bénédictin , dans un commentaire qu'il a fait sur les Rois, après avoir dit que Jésus-Ciirist , à l'exemple de David , nourrit les iidè- .'es par l'aliment des sacres mystères , expliquant en-

selon Flore, dans l'usage, c'est dans l'offrande même que ce qui est dans le calice est U sang immaculé; et c'est en cette qualité qu'il est offert à Dieu. Il exprime aussi le même sentiment de la loi, lorsqu'il dit que l'oblation étant prise des fruits de ta terre, est faite pour tes fidèles le corps et le sang du Fils unique de Dieu, comme il dit lui-même : i Ma chair est vraiment viande, et mon sang est vraiment breuvage ; i lorsqu d appelle TEuchariblie obtatio Dominici corporis; lorsqu'il dit que cette hostie donne la vie éternelle à ceux qui la reçoivent.... parce que le Seigneur a dit que î celui qui mange ce pain vivra éterneltemenl; î Hœc namque hostia.... sumenlibus vila œterna est dicenle

Domino : î Qui manducat hune panem vivel in œler num. i

C'est en suivant ces mêmes sentiments de la foi que les auteurs de ce siècle nous disent que l'Eucharistie est un vrai sacrifice; t verum sacrificium , > que Jésus-Christ y est offert à Dieu pour nos péchés, et qu'ils marquent expressément qu'elle est offerte pour les morts aussi bien que pour les vivants. Nous croyons, dit S. Isidore, que la coutume d'offrir le sacrifice pour le repos des fidèles morts, et de prier pour eux, étant observée par toute ta terre, a été instituée par tes apôtres. C'est ce que l'Église catholique observe partout ; et si elle ne croyait que les péchés peuvetit être remis aux fidèles après leur mort, elle ne ferait point d'aumônes pour leurs âmes, ni n'offrirait point le sacrifice à Dieu : car lorsque te Seigneur dit, que « si quelqu'un pèche contre le S. -Esprit, son véché ne lui sera pardonné ni en ce monde ni en l'autre, t il fait voir qu'il y en a qui sont pardonnes en l'autre monde, et qui sont purgés par le feu du purgatoire. Et Flore , dans son explication de la messe : L'Église, dit-il, qui est une mère pleine de tendresse, prie aussi pour les fidèles

LIV. VllI. EXAMEN DES AUTEURS LATINS DES SIECLES VII, VIII ET IX.

qui sont morts , et les recommande à Dieu par l'intercession de l" ablation sacrée. (Il est diflicile do comprendre que celte cblalion qui intercède ne soit que du pain.) A quoi il ajoute la doctrine du purgatoire , jointe à celle du sacrifice et de la présence réelle. Quelquesuns, dit-il, qui sont prédestinés à cause de leurs bonnes oeuvres à t héritage des élus , mais qui doivent être punis à cause de quelques péchés qu'ils emportent en sortant du corps, sont reçus dans les flammes du purgatoire, et ils y sont purifiés jusqu'au jour du jugement; oh bien ils en sont délivrés plus-tôt par les prières de leurs amis, par les aumônes, par les jeûnes et par roblalion de l'hostie salutaire.

Tout cela ressent merveilleusement le langage des catholiques, qui croyant que TEucliarislie contient réellement I3 corps de Jésus-Christ, expriment naturellement leur pensée , mais sans ces efforts et ces affirmations redoublées, auxquelles le désir de combattre les hérésies qui ont attaqué ce mystère, porte d'ordinaire les auteurs qui ont écrit depuis la naissance de ces hérésies.

S'il s'agit aussi d'expVimer le cîiangement qui se fait dans l'Eucharistie du pain au corps de Jésus- Christ, ils le marquent dans les termes précis et naturels qui nnissent de la créance de la transsubstantiation. Paschase vous dira (chap. 8.) que la substance du pain et du vin est efficacement et intérieurement changée au corps et au sang de Jésus-Christ; en sorte qu'après la consécration on croit véritablement que c'est la vraie chair de Jésus-Christ. Amalarius vous dira qu'au moment de la consécration la nature simple du pain est changée en la nature raisonnable du corps et du sang de Jésus-Christ. Rémi d'Auxerre vous dira que le pain et le vin passent au corps de Christ. L'Auteur du traité des divins Offices, attribué à Alcuin , vous dira , comme Amalarius , que le prêtre prie que le pain elle vin , qui sont des créatures privées de raison, deviennent un être raisonnable , en passant au corps de Jésus-Christ; n raiionabilis fi.at, transeundo in corpus Filii ejus. t S. Fulbert vous dira que le pain est changé au corps du Seigneur, et qu'il s'en fait comme une transfusion dans ce corps : TRAiîSFCNDrruR. Bède vous dira par une autre des expressions eucharistiques qui a le même sens (homil. hiem. de SS. , in Epiph.), que la créature du pain et du vin est transférée par la sanctification ineffable du S. -Esprit , au sacrement du corps et du sang de Jésus-Christ. Et il en conclut , comme nous avons vu , que le sang de Jésus-Christ n'est donc plus versé par les mains des infidèles pour leur ruine, mais qu'il est pris par la bouche des fidèles pour leur salut. Flore empruntant de Bède la même expression, vous dira (in Expos, miss.) que les créatures du pain et du vin sont transférées au sacrement du corps et du sang de Jésus-Christ; et il en conclut de même que Christ est mangé, et qu'étant mangé par varies, c'est-à-dire, sous les diverses parties de l'hostie, il demeure entier dans le ciel et dans votre cœur; « sed manet inleger lotus in cœlo, totus in corde tuo; t parce que dans le langage de ces auteurs, aussi bien

que dans celui de tous les catholiques d'à présent , CCS expressions, le sacrement du corps de Jésus- Christ, etc., signifiaient la même chose que le corps de Jésus- Christ couvert du voile du sacrement, cl ce n'était qu'un différent regard de la même chose , comme nous avons remarqué.

Mais parce que le changement qui se fait dans l'Eucharistie n'est pas sensible, Paschase avertit (de Corp. et Sang., cap. 2) qu'il se fait intelligiblement, c'est-à-dire spiriiuellement , et non corporclloment : Sensibilis res intelligibiliter virtule Dei per verbum Christi in carnem ipsius ac sanguinem divinitiis transferlur. Il dit que les hommes rcçoivenl spirituellement la chair de Jésus-Christ, et que dans ce sacrement ils ne reçoivent rien que de spirituel et de divin , c'est-à-dire, qu'ils n'y reçoivent pas sensiblement la chair de Jésus-Christ : ToTUM spiriluale et divinum in eo quoi pcrcipit homo. Il dit (cap. 6) que la vraie chair de Jésus-Christ est dans ce sacrement mysticè , et (cap. 1 et G) que nous recevons la vraie chair de Jésus-Christ en mystère: « veram carnem Christi in mysterio 'Mmimus. > Et dans la lettre à Frudegard, où, selon M. Claude , il établit plus fortement que partout ailleurs la présence réelle: llœc quippe myslica sunt , in quibus Veritas carnis et sanguinis non alterius quàm Christi, m mysterio tanien et figura, c'est-à-dire, que celle chair n'y est pas d'une manière sensible, visible , découverte, mais d'une manière cachée aux sens, invisible cl insensible.

Drutmar, parlant le même langage , qui est tout simple et tout naturel , dit que Dieu transfère spirituelletnent le pain en son corps , et le vin en son sang ; « transferens spiritualiter panem in corpus et vinum in sAH^fitinem, c'est-à-dire, qu'il l'y transfère, mais invisibleinenl.

C'est ainsi que la nature apprend à parler de l'Eucharistie à ceux qui n'ont en vue que d'exprimer simplement la doctrine de la présence réelle : mais parce qu'il s'excite un doute naturel contre la vérité de ce mystère, quoiqu'il ne soit combattu de personne, et que la contrariété qu'il y a entre l'apparence extérieure et ce que la foi nous eu enseigne , en rend la créance difficile , et porterait à chercher des explications et des manières par lesquelles le pain serait appelé le corps de Jésus-Christ sans l'èlre véritablement et réellement, la vue de ce doute a dû obliger !ss auteurs ecclésiastiques aie prévenir, et à éioudcr toutes ces pensées iiumaines, et c'est à quoi sont naturellement destinées toutes les expressions où l'on affirme que l'Eucharistie est le propre corps de Jésus-Christ ; que l'Eucharistie est véritablement la chair de Jésus- Chiist, quoiqu'elle paraisse pain , et que le pain conserve sa forme et sa figure. Et c'est ce que l'on trouve aussi dans les auteurs de ces siècles-là. Valfridus Strabo dit que les mystères de notre rédemption sont VÉRITABLEMENT le corps ct le sang du Seigneur. Paschase , à qui Dieu a inspiré de prévenir particulièrement ce doute naturel , qui devait ensuite tant produire d'hércbics , dit Une infinité de fois (c. 1 et 4)

que CEuvnarhlie est la -vraie chair de Jésus-Clirtst ; 0 VERA est Chr'tsti caro, dil-il , verè credilur esse caro pro mundi vilâ ; in veritate corpus et smiguis fit consecratione myslerii. t

Mais Rémi d'Auxerre prévient une autre sorte de doute, et qui ne viendra jamais certainement dans l'esprit d'un calviniste : car il est fondé sur ce qu'étant certain que l'Eucharistie est réellement le corps de Jésus-Christ, il semble étrange qu'on l'appelle mystère ; et c'est ce qu'il propose et explique ainsi dans l'exposition de la messe: Puis, dit-il, qu'on appelle mystère ce qui signifie une autre chose , pourquoi appelle- t-on l' Eucharistie un mystère, vu que c'est dans la vérité le corps de Jésus-Christ? Yoiià le doute fondé sur la réalité. Et voici la solution qui la suppose encore : On rappelle mystère parce qu'après la consécration elle parait une chose , et elle en est une autre ; elle paraît du pain et du vin ; mais dans la vérité c'est le corps de Jésus-Christ. Ensuite il étouffe le doute naturel fondé sur la diversité apparente du pain et de la chair par la solution ordinaire des Pères. Dieu, dit-il, condescendant à notre infirmité , voyant que nous ne sommes pas accoutumés à manger de la chair crue, fait que roblation du pain et du vin conserve sa premilre forme et sa première figure, et qu^elle soit dans la vérité LE CORPS DE Jésus-Christ; « ciim mysterium sit quod aliud significat , si in veritate corpus Cliristi, quare appellatur mysterium? Pr opter ea utique,quia post consecralionem uliud est, aliud videtur ; videtur siquidem pnnis et vinum; sed m veritate corpus Christi est. Consulens ergo omnipotens Deus infirmitati nostrœ , qui usumv.on habcmus comedere carnem crudam, et sanguinem bibere , facit ut prislinâ remaneant forma et figura illa duo munera , et sint in veritate corpus Christi et 6ANGUIS. 11 répèle la même chose en plusieurs manières dans le commentaire sur le dixième et sur le onzième chapiires de la première Épître aux Corinthiens, Et l'auteur des homélies, que l'on attribue à S. Éloi , en empruntant ces mêmes paroles , dit formellement dans la seizième , que comme la chair que Jésus-Christ a prise dans les entrailles de la Vierge est son vrai corps, de même le pain que Jésus-Christ donne à ses disciples , et que les prêtres consacrent tous les jours , est le vrai corps de Jésus-Christ. Et ce corps qiCil a pris, et celui qui est consacré , ne sont pas deux corps,mais un seul et même corps : en sorte que lorsque l'un est rompu et mangé, Jésus-Clirist est immolé et mangé, et demeure néanmoins vivant. Ces mêmes paroles se irouvenl aussi dans le traité des divins Offices attribué à Alcuin , aussi bien que le passage déjà cité de l'explication de la Messe de Reml d'Auxerre , tant on les jugeait propres en ces temps-là pour exprimer ce que l'on croyait de l'Eucharistie.

Ce que l'on doit conclure de ces expressions , comme nous l'avons remarqué, est que quand les uiêmcs auteurs, ou ceux des mêmes siècles , disent simplement que l'Eucharistie est le corps de Jésus- Christ , ils entendent toujours qu'elle l'est dans la VÉRITÉ ; que c'est le vrai corps de Jcsus-Clu-isl ,

quoiqu'ils ne le disent pas toujours, parce que ces expressions plus forles ne sont destinées que pour étouffer le doute, que l'on n'a pas toujours en vue, et pour marquer que l'on prend selon le sens simple et ordinaire ce qui est contenu dans les expressions communes.

Non seulement ils préviennent ces doutes par des aflirmations plus claires de la vérité du mystère , mais ils les étouffent encore par les miracles qu'ils assurent que Dieu a faits pour le confirmer. Paschase en rapporte plusieurs dans son livre , et je ne vois pas quel sujet les ministres ont de vouloir qu'on les y ait ajoutés , puisqu'ils avouent qu'ils sont rapportés aussi au dixième siècle dans des sermons anglais dont nous parlerons ailleurs , et qu'ils n'ont rien que de conforme à la doctrine de Paschase et à son esprit, qui était en effet simple et éloigné de la présomption qui fait rejeter insolemment les miracles sans examen, comme font d'ordinaire les minisires. On lisait aussi en Angleterre, au neuvième siècle, dans la Vie de S. Grégoire, un miracle par lequel on rapporte que ce saint confirma dans la foi une femme qui doutait de la vérité du mystère, en lui montrant l'hostie changée en chair. Nous aurons peut-être lieu de parler à fond ailleurs de ces sortes de miracles; mais je ne m'en sers ici que pour montrer qu'on étouffait au neuvième siècle les doutes qui pouvaient s'élever sur ce mystère , par l'autorité de Dieu même et par les miracles de sa puissance ; et qu"ainsi on ne peut douter ni de la foi de ceux qui alléguaient ces miracles , ni de celle des peuples parmi lesquels on les alléguait.

Ces mêmes auteurs préviennent encore un autre doute, qui naît fort naturellement de ce que l'on voit consacrer le corps de Jésus-Christ en tant de lieux et en divers temps. Quoique ce corps , dit Rémi d'Auxerre, et après l'auteur du traité des divins Offices attribué à Alcuin , soit consacré en plusieurs lieux et en divers temps, ce ne sont pas néanmoins divers corps de Christ ni plusieurs calices , mais c'est le même corps et le même sang que celui qu'il a pris dans les entrailles de la Vierge; i licèt mnllts lacis el innumerabilibus dicbus iltud corpus consecretur, non sunt tanien mulla corpora- Christi, neque mnlli calices, sed ununi corpus Christi , et unus sanguis , cum eo quod sumpluni in utero Virgiuis. i Ils préviennent aussi le doute où l'on pourrait tomber en voyant que l'on prend une si petite partie du pain consacré. Il faut savoir, dit Renu d'Auxerre et cet autre auieur dont nous avons parle, que, soit qu'on en prenne beaucoup soit qu'on en prenne peu, tous néanmoins, et en général et en particulier, reçoivent également le corps de Jésus-Christ tout entier ; « omnes Christi corpus integerrimè sumunt , et gênera liter et specialitcr omnes et unusquisque. t

Yoilà les effets naturels de l'opinion de la présence réelle que nous avions prévus : ils préviennent ces doutes parce qu'ils s'élèvent d'eux - mêmes : ils en parlent peu, et ils se contentent de proposer ce qu'il en faut croire, selon que l'Église l'a toujours pratiqué avant la naissance des hérésies, et ils s'attachent aux

LIV. VIII. EXAMEN DES AUTEURS LATINS DES SIECLES VU, Vlll ET IX.

plus grossiers , sans vouloir pénétrer les autres par

une curiosité indiscrète.

Nous n'avons qu'à suivre les autres expressions naturelles qui naissent de celte cré;>nce pour reconnaître que, non seulement on les trouve dans les au- 1 leurs de ce siècle, mais que l'on n'en trouve point d'autres.

L'inclination qu'ont les hommes à abréger leurs expressions sans abréger pour cela leurs idées , y a produit son effet. Ils appelaient tous, comme les catholiques font à présent, l'Eucharistie le sacrement du corps de Christ ; ce qui de soi ne signifie que le signe sacré du corps de Jésus-Christ; et ils suppléaient comme nous l'idée entière, en concevant par ces mots Jésus-Christ couvert du voile du sacrement , ou le sacrement contenant le corps même de Jésus-Christ; et c'est pourquoi ce terme se trouve dans Pascliase, dans Rémi d'Auxerre , dans Flore , et dans ceux qui affirment le plus positivement que l'Eucharistie est dans la vérité le corps de Jésus-Clirist. Quoique le mot de figure ne fût pas si commun , néanmoins les Bavants qui l'avaient lu dans S. Augustin, ne devaient pas fîure diKiculté de s'en servir, au moins en rapportant les passages de S. Augustin. Et c'est ce que Bède fait dans son commentaire sur le troisième psaume , parce que S. Augustin s'en était servi dans le sermon qu'il a fait sur le même psaume. Charleniagne même, qui avait un amour particulier pour S. Augustin, s'en sert dans une lettre à Alcuin, où il dit que Jésus-Clirist donna à ses disciples le pain et le calice en figure de son corps et de son sang ; et ce terme qu'ils voyaient autorisé p ir un Père aussi célèbre que S. Augustin , étant suppléé par la foi commune du siècle, qui joignait à l'idée de la figure et du sacrement celle du vrai corps de Jésus-Christ enfermé sous cette figure, ne faisait aucune peine à ces personnes savantes , comme celui de sacrement du corps de Jésus-Christ n'en fait présentement à personne. Mais comme nous avons remarqué que ceux qui ne sont pas choques d'un terme autorisé par l'usage ou des savants ou du peu|de, parce qu'ils sont accoutumés à suppléer le défaut de l'expression, peuvent être choqués de quelque terme extraordinaire , quoique synonyme, parce qu'ils le prennent dans le sens précis qu'il renferme et n'y joignent aucune autre idée , on en voit un exenqilc irès-considcrable dans le huitième siècle, qui prouve invinciblement la créance de Charlemagne et des évéques de ce temps-là.

Nous avons vu que les iconoclastes, pour bannir par l'inslilution même de Jésus-Christ toutes les autres images, avaient donné dans leur concile le nom d'image à l'Eucharistie, et que ce terme avait scandalisé les évêques du second concile de Nicée, qui le prirent dans le sens ordinaire du mot d'image, selon le(|uel on conclut : c'est l'image ce n'est donc pas l'original. Les actes du second concile de Nicée ayant donc été apportés en France, et les paroles du concile des iconoclastes, qui y sont rapportées et réfutées, ayant été confondues par erreur avec celles des évoques de Ni-

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cée, les évêques de France, qui étaient choqués de la décision de ce concile louchant les images, qu'ils prenaient à contre-sens , furent aussi choqués de voir qu'on attribuait dans ces actes le nom d'image à l'Eucharistie. Et la raison pour laquelle ils en furent choqués, est, selon qu'ils le marquent eux-mêmes, qu'ils regardaient l'Eucharistie comme la vérité même , et comme le corps même de Jésus-Christ. Et c'est pourquoi la réfutation de ce concile, qui fut faite sous le nom de.Charlemagne, et qui représente certainement en un point si commun les sentiments de ce siècle, s'attache expressément à ce mot d'image, et en fait un crime au second concile de Nicée. « S'il a entendu dit-il, parcelle image dont il parle, le mystère du corps et du sang du Seigneur, qui est reçu chaque jour par les fidèles dans le sacrement, ce qu'il semble marquer assez clairement parmi l'embarras de ces absurdités, en disant que Jésus- Christ qui devait accomplir le sacrifice, et qui s'était cliargé entièrement de notre nature, l'avait donnée à ses disciples au temps de sa passion, toute volontaire et toute libre, comme un signe et comme un mémorial Irès-manifeslc, il est tombé en cela dans une très-grande erreur : car Jésus-Christ n\i point offert pour nous à son Père une image ou quelque préfiguration, mais il s'est offert lui-même en sacrifice. Et comme, sous l'ombre de la loi, l'oblation future qu'il devait faire de lui-même avait été représentée par l'immolation de l'agneau, et par quelques autres figures, il a voulu accomplir dans la vérité co qui avait été prédit de lui par les oracles des prophètes, en s'offranl à Dieu son Père comme une victime salutaire. Ainsi les ombres de la loi étant prêles à finir, il ne nous a point laissé quelque signe imaginaire de soi-même ; mais il nous a donné le sacrement de son corps et de son sang : car le myslère du corps et du sang du Seii;neur est appelé maintenant , non image, mais vérité ; non ombre, mais corps; non figure des choses futures, mais la chose représentée par ces figures. Mainienanl, selon les Cantiques, le jour est levé, cl les ombres sont bannies, Maintenant Jésus-Christ est venu comme la fin de la loi pour justifier tous ceux qui croient en lui. Maintenant celui qui était assis dans la région de l'ombre de la mort, est éclairé d'une éclatante lumière. Ce qui couvrait le visage de Moïse a été ôté ; le voile du temple s'est rompu, et nous a fait voir ce qu'il y avait de plus secret et de plus caché. Maintenant le vrai Melcliisédech, le Roi juste et le Roi de paix, nous a domié non des préfigurations, mais le sacrement de son corps et de son sang; et il ne nous a pas dit : C'est l'image de mon corps, mais : t C'est mon corps qui sera livré pour vous ; c'est mon sang qui sera versé pour plusieurs en la rémission des péchés, t

Blondel et Aubertin ont essayé d'éluder ce passage par leurs chicaneries ordinaires; cl M. Claude les renferme toutes en peu de paroles. Ils s'expliquent , dit-il. (orl clairement, disant que ce n'est pas une ombre ou un type des choses futures, mais le sacrement du corps et du sang de Jésus CItrisl. Voilà ce que signifient les

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