‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 227 sur 335 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Réflexions particulières sur ces expressions qui se troU' vent dans les auteurs de ces siècles : que l'Eucharistie est le vrai, le propre corps de Jésus-Christ, sa vraie chair ; qu'elle est véritablement son corps; que c'est le corps de Jésus-Clirisl dans la vérilé ; que c'est son corps même.

Ces manières de parler, dont nous avons rapporté quelquesexemples lires des auteurs du neuvième siècle, que les minisires ne récusent point, méritent qu'on les considère en particulier, parce qu'il me semble qu'elles décident entièrement le différend qui est entra rÉglise catlioli(iue et les sacramenlaires. Et pour concevoir quel poids elles doivent avoir dans cette dispute, il faut remarquer qu'elles ne sont paint particulières à ces auteurs, mais qu'elles sont communes à toutes les nations, et à tous les siècles.

C'était, comme nous avons vu, le langage de l'église grecque au septième siècle, où Anastase Sinaïie témoigne que Jésus-Christ confesse que le pain et le vin sont VÉRITABLEMENT sou corps et son sang. Ce l'élait au huitième, où S. Jean de Damas déclare qu'il est certain que le pain et le vin consacrés sont le propre corps de Jésus -Christ devenu céleste et dium. C'était celui de toute l'église grecque durant ce siècle, puisqu'elle dit, dans la réfutation de l'écrit des iconoclastes, que les dons après la consécration sont appelés, sont et sont crus proprement corps et sang. Celait celui des iconoclastes mêmes, qui reconnaissaient, comme le témoigne Nicéphore, qu'on recevait proprement et véritablement le corps de Jésus-CItrist dans l'Eucharistie, xupico; Ml HriOû^. C'était celui que l'église grecque prescrivait aux Sarrasins convertis à qui on ordonnait de se servir de cette formule, comme nous avons déjà vu : Je suis persuadé, je crois, je confesse, que lé pain et le vin mystiquement consacrés sont, selon la VÉRITÉ, le corps et le sang de Notre-Seigneur, étant changés par sa vertu divine d'une manière que les yeux ne découvrent point, mais qui surpasse toutes les pensées des hommes. C'est celui que l'on met en la bouche de tous les Grecs quand ils approchent des saints mystères, comme il paraît par cet acte de foi qui est dans leur llorologe : Je crois que ceci est votre corps même, plein de pureté, que ceci est voire sang même. C'est le langage des Moscovites, puisque, comme le rapporte Dannav\'erus, les prêtres disent à ceux qui communient : Cc&l le vrai corps cl le vrai sang de Jésus-Christ qui eti

donné pour vous. (Voyez ci-dessus, 1. 5, cli. 2). C'est le langage des Cophtes, puisque leur Liturgie fait dire aux prêtres ces paroles après la consécration : Je crois, je crois, je crois, et je confesse de tout mon cœur, que CETTE CHOSE-LA. MÊME que je liens dans ma main, est ce corps vivant de votre Fils unique Notre- Seigneur et notre Sauveur Jésus-Christ. C'est le langage des Ethiopiens, qui disent dans leur Liturgie, après la consécration : Amen, amen, credimus et confîdimus, et laudamus te, à Domine Deus noster. Hoc est, in veritate credimus, caro tua : e Ceci est, comme nous le croyons dans la vérité, votre chair, i

C'est le langage des mêmes Cophtes, et des mêmes Éthiopiens dans trois autres Liturgies imprimées dans le sixième tome de lu Bibliothèque des Pères, et dont les deux prennères ont été traduites de l'égyptien sur un exemplaire envoyé par Joseph Scaliger à Velserus, et sur d'autres exemplaires trouvés à Rome, comme nous l'avons déjà dit. Dans la première de ces Liturgies attribuées à S. Basile , le peuple dit : C'est le corps sacré et éternel, et le sang véritable de Jésus-Christ, Fils de Dieu, Amen. Ceci est vépitablebient le corps d''Emmanuel , notre Dieu. Amen. Je le crois ,je le crois, je le crois , et je le confesserai jusqu'au dernier soupir de ma vie , que c'est là le corps vivifiant que votre Fils unique , Notre-Seigneur, notre Dieu et notre Sauveur, Jésus-Christ, a pris dans les entrailles de la bienheureuse Vierge.... Je crois que cela est ainsi dans la vérité. Les mêmes paroles se trouvent à peu près dans la Liturgie suivanie, qui est attribuée à S. Grégoire. Le peuple y dit : C'est le saint et précieux corps , et le sang d'Emmanuel, notre Dieu. Ce l'est dans la vérité. Amen. Je le crois , je le crois , je le crois , et je confesserai jusqu'au dernier soupir de ma vie, que c'est là le corps vivifiant, que vous. Seigneur Jésus-Ctirist, notre Dieu, avez pris de la bienheureuse Marie toujours vierge, Mère de Dieu, et que vous avez uni avec votre divinité , sans mélange , sans confusion , sans changement.

Et ces deux Liturgies, si conformes à ce qu'en cite Kirkerus , prouvent la vérité de cette autre Liturgie dos Éthiopiens, intitulée : Canon generalis jElhiopum reconnue par Aubertiii et par Brerewod, et contestée inutilement par M. Claude. On y lit ces pâroles-ci , qui sont enlièremciit semblables à celles que nous avons rapportées : C'est /«véritablement le corps, c'est le sang d'Emmanuel, noire Dieu. Amen. Je le crois, je le crois, je le crois, et présentement et pour toujours. Amen. Cest le corps, c'est le sang de Notre-Seigneur et recevons véritablement le précieux corps et le précieux notre Sauveur Jésus-Christ , ce corps et ce sang qu'il a ^^'"9 de Jésus-Christ. Eusèbe d'Émèse, ou l'auteur pris de la bienheureuse Vierge. des homélies qui portent son nom, appelle aussi

C'est le langage des Arméniens , qui répètent plu- l'Eucharistie le vrai corpsde Jésus-Christ ; c Ad perdsieurs fois dans leur Liiurgie, comme nous avons déjà piendum sacrificium veri corporis ipse te roboret,et dit, que le pain et le vin sont vraiment faits le corps et po'entia consecrantis invitet. » Ilésichius dit que l'Eu-

Verum corpus Salvaloris Domini nostri , et qu'il dit trois fois sur le calice : Cest le vrai sang de Notre- Seigneur Jésus-Christ; « Et hoc ter dicit super calicem, sanguis verus est Domini Nostri Jesu Christi. » C'est le langage des nesloriens, comme l'on voit dans récrit du P. Adam, archidiacre du patriarche des nestoriens, rapporté par Strozza : Nous mangeons , dil-il, le vrai corps de Dieu ; mais de Dieu incarné. Nous buvons le vrai sang d'un homme, mais d'un Dieu homme. C'est le langage des chrétiens indiens, puisque, pour marquer plus distinctement leur foi sur ce mystère, ils avaient même ajouté aux paroles de la consécration le mol , dans la vérité. Hoc est, in veritate, corpus meum : Hic est, in veritate, sanguis meus. Ce qu'Alexis de Menesez, archevêque de Goa, se crut obligé de retrancher, afin que la forme de la consécration fût uniforme partout. Le diacre chante encore dans leur messe ces paroles : Fralres mei , suscipite corpus ipsins Filii Dei , dicit Ecclesia. Enfin c'est l'expression de l'église de France avant Pépin etCliarlemngne, puisqu'elle rendait grâces à Jésus-Christ dans sa Liturgie, de lui avoir donné son propre corps.

Non seulement c'est le langage de tontes les nations, mais c'est aussi celui de tous les siècles de l'Église. S. Irénée s'en sert en disant que Jésus-Christ nous a assuré que le pain, qui est une créature, est son propre corps (1 ). s. Hilaire s'en sert en disant qu'il n'y a nul lieu de douter de la vérité du corps et du sang de Jésus- Christ que noits recevons, puisque la déclaration expresst du Seigneur et notre foi nous foni connaître que c'est vraiment de la chair et vraiment du sang. Le poète Juvenius dit que c'est le propre corps de Jésus-Christ :

Discipulos docuit proprium se tradere corpus. S. Gaudence dit que le Créateur des natures fait du pain son propre corps , parce qu'il le peut et qu'il l'a promis. S. Éphrein , diacre d'Édcsse, dit qu'il faut être assuré par une foi pleine et entière que, participant au corps et au sang du Seigneur, l'on mange /'Agneau même tout entier; « Fideplenissimâ ceitus qubd Agnum ipsnm intègre comedas. t S. Isidore de Damictte dit que le S.-Esprit fait le pain dans l'Eucharistie le propre corps dont Jésiis- Christ s'est revêtu dans son incarnation. S. Léon dit qu'i7 faut s'approcher de telle sorte de la table divine , que Con ne doute en aucune sorte de la vérité du corps et du sang de Jésus-Christ; « Sic sacrœ mensœ communicare debetis, ut nihil prorsùs de veritate corporis Christi et sanguinis ambigalis. > Gélasc de Cizique dit que nous

le sang de Jésus-Chrint. C'est en pariiculier le langage des Arméniens de Léopolis , de la Liturgie desquels M. Claude a voulu abuser, puisque, comme nous avons dit, il est porlé formellement dans cette Liturgie que le prêtre , après la consécration , appelle le pain consacré le vrai corps do notre Sauveur Jésus-Cluist :

charislie est le corps de Jésus-Christ dans la vérité : 4 Corpus et sangins est secundum veritatem. i Dans l'Histoire chi martyre de S. André, il est rap-

(1) Tiv K-KÔ y.T(is£Oiç S.o-:o> XZio) tO//.sc 5iafs(ï«t(!ti9«T8.

S. hélice liv. 5, ch. 2.

LIV. YIll. EXAMEN DES AUTEURS LATINS DES SIÈCLES VU, VllI ET IX.

porté que S. André disait (\\}'il immolait tous les jours à Dieu r Agneau immaculé, qui étant véritablement sacrifié , et sa chair étant véritablement mangée par le peuple, demeure néanmoins tout entier; i Qui ciim verè sacrificatus, et verè à populo carnes ejus manducatœ , integcr persévérai et vivus. > Aiibcrtin prclcnd quccet écrit est un fragment de la vie de S. André forgée par les anciens hérétiques; m;iis. selon cette pensée, ce passage prouverait toujours que les hérétiques anciens convenaient avec les caliioliques dans celle expression, que Ton mangeait véritablement dans rEucharistie la chair de Jésus-Christ. Mais il ne saurait de plus nier (jue ce passage ne soit cité au neuvième siècle par un auteur qui a écrit contre Élipandus, et par conséquent qu'il ne prouve la foi et le langage du neuvième siècle.

C'est enfin en suivant le même langage que S. Chrysostôme dit que Jésus-Christ but dans la cène son PROPRE' sang , tô éaurcO cluot. , qu'i/ nous nourrit de son propre snng , tw lOiw at,uaTt , que se mêlant en nous par l'Eucharistie il nous fait son corps, non par foi, mais réellement et en effet , aÛT&i tw irpâv.uKTt , que par le moyen de ce mtjsîcre nous sommes mêlés réellement avec Jésus Christ ; que ron voit dans rEucharistie ce corps même que les mages ont adoré ; que nous recevons ce même Fils unique de Dieu; que l'on y touche son corps même.

Toutes ces expressions ont le même sens les unes que les autres ; elles s'expliquent mutuellement. Et quand on dit que ce paiu consacré est le corps même de Jésus-Christ , on dit que c'est le propre corps de Jésus-Christ, et qn'il est véritablement le corps de Jésus-Christ.

Or, cela supposé, je dis que ces seules expressions dimnenl lieu de décider formellement le différend qui est entre nous et les calvinistes : ils ne sauraient désavouer que tous les chrétiens de tous les siècles et de tontes les nations n'aient appelé l'Eucharistie le vrai corps de Jésus-Christ, le propre corps de Jésus-Christ , •le corps même de Jésus-Chrisl ; qu'ils n'aient dit que l' Eucharistie était véritablement , proprement , effectivement le corps de Jésus-Christ, et qu'ils n'aient renfermé dans ces paroles la créance qu'ils avaient de ce mystère ; et cela sans commentaire, sans explication, sans témoigner qu'elles fussent obscures et dilficiles à entendre. Ainsi c'est par le vrai sens de ces paroles qu'on doit reconnaître qui sont ceux qui soutiennent ou qui combattent la loi générale^de toutes les églises du monde.

Les catholiques disent que quand on a dit dans rÉglise que rEucharistie était le vrai corps de Jésus- Christ, on a entendu qu'elle était le vrai corps de Jésus- Chrisl, et non un corps en figure ; que quand on a dit que c^étail son propre corps , on a entendu que c'était son pro[)re corps, et non un corps étranger et séparé do lui ; que quand on a dit que c'était son corps même, on a entendu que c'était sou corps même, et que ce n'en était pas un autre ; que quand on a dit que c'était véritablement et proprement son corps , on a entcndn que c'était son corps véritablement et proprement, et

non pas faussement , improprement , en vertu , eu simple figure, en simple représeniation. Us ne trouvent point de paroles plus propres et plus précises que ces paroles mêmes pour exprimer leur sentiment : car quand ils diraient qu'elle est réellement et substantiellement le corps de Jésus-Christ, ils ne diraient rien davantage.

Les calvinistes, au contraire, prétendent que quand on a dit dans l'Église que l'Eucharistie était le corps propre, le vrai corps, le corps même de Jésus-Christ, in'elle était proprement et véritablement son corps, on a entendu que la vertu vivifiante du Verbe incarné se déployait dans le pain, et lui communiquait l'efficace du corps de Jésus-Christ; que c'était le corps de Jésus- Christ en efficace, en vertu, en puissance : que ce pain était inondé de la aertu de Jésus Christ ; que c'était une figure pleine, remplie , et non vide et creuse ; el que c'est dans ce sens que tous les peuples de la terre ont pris ces expressions.

Voilà la question. C'est là-dessus que les calvinistes hasardent leur salut. Si le vrai corps de Jésus-Christ ne signifiait pas dans l'esprit des pins simples un pain inondé de l'efficace du corps de Jésus-Chrisl, il n'y a point de salut pour eux.

Qui ne serait saisi d'horreur de cette pensée, en voyant d'un coté la folie sensible et évidente de ces explicalioiis calvinistes, el de l'autre l'aveuglement prodigieux qui fait que tant de personnes se laissent étourdir par les vaines déclamations do ceux qui les proposent? Et c'est ce qui fait voir plus clairement qu'aucune autre chose le mal des disputes de religion : car les plus grandes absurdités se pouvant dire du même air que les vérités les plus certaines , et n'y ayant rien que le mensonge imite plus facilement que la juste confiance qui n'appartient qu'à la vérité , il y a cependant une infinité de personnes qui ne jugent des disputes que par cet air et par cette confiance. Et ainsi, quand ils entendent dire à M. Claude , avec un ton Terme et assuré, que ceux (|ni ont dit que l'Eucharistie était véritablement le corps de Jésus-Christ, n'ont pas opposé ce terme à ftgurément, mais à vainement, inefficacement, c'est à-dire qu'ils ont voulu seulement marquer que l'Eucharistie est en vertu el en efficace le corps de Jésus-Christ , ils se paient de cette disiinction; ils s'éblouissent de ces mots, et ils croient bonnement, sur la parole de M. Claude et des autres ministres, que les Éthiopiens, les Cophtes, les Grecs, les Arméniens, les auteurs ecclésiastiques de tous les siècles, en faisant profession de croire que l'EuLaristie est le propre corps , le vrai corps , le corps même deJésus-Christ, n'ont voulu dire autre chose, sinon que l'Eucharistie n'est pas privée d'efficace ; et ils prennent le hasard d'être damnés si cela n'est vrai : car il n'y a point de crédulité pareille à celle de ces gens qui protestent hautement de ne vouloir point croire les hommes. Car quand on approfondit un peu les choses, on trouve que toutes ces protestations magnifiques , de ne croire (pie la parole de Dieu , se réduisent à rendre à des ministres téméraires et empcrlé'* lu dé-

fcrence qu'ils refusent à l'Église tout entière.

Mais en vérité celle négligence n'est pas supportable dans une affaire où il s'agit de leur salut. Qu'ils pratiquent donc au moins en cette occasion, à l'égard des paroles de leurs ministres, celle circonspection et ce discernement dont ils croient avoir droit d'user envers les conciles mêmes; qu'ils ne les suivent pas aveuglément; qu'ils fassent un peu de réflexion sur ces distinctions dont on les paie, et ils reconnaîtront saiiS peine que ce qu'on leur propose comme une décision claire et certaine, est une extravagance qui passe tout ce que l'on en peut dire. Et c'est à quoi ils pourront être aidés parles considérations suivantes.

Ces expressions, que l'Eucharistie est le vrai corps de Jésus-Christ, et qu'elle est véritablement le corps de Je" sus-Christ, ayant été employées, comme nous l'avons fait voir, par les auteurs de divers siècles sans aucun concert, et se trouvant en usage dans toutes les nations et dans les discours les plus populaires, il paraît que c'est une expression toute naturelle, à laquelle on est porté par le désir de se faire entendre, et par le rapport qu'elle a avec son objet ; les expressions éloignées étant des saillies d'imagination, ne sont jamais communes ; à peine sont-elles autorisées par deux ou trois auteurs. El il esi entièrement contre le bon sens de croire que le hasard ait pu unir ainsi tous les peuples de la terre dans une métaphore bizarre, qui aurait peu ou point de rapport avec la chose qu'on veut exprimer. Or il est visible qu'il n'y a point d'expression plus éloignée de la nature et de nos idées ordinaires, que de dire que l'Eucharistie est le vrai corps de Jésus- C//ns/, pour signifier simplement qu'elle en a la vertu et l'efficace; et p.'jr conséquent il est sans apparence que toutes les nations soient tombées d'elles-mêmes dans une expression si étrange, ni qu'elles aient enfermé ce sens sous des ternies dont elles se sont ordinairement servies.

Ces expressions ne sont pas seulement communes à toutes les nations, mais on doit de plus remarquer qu'elles ne se trouvent expliquées expressément en aucun endroit. On n'a point supposé qu'elles fussent obscures : on s'en serl, au coniraire, pour faire entendre nettement la foi que les fidèles avaient du mystère de l'Eucharistie ; on les mettait dans la bouche de tout le peuple et des enfants mêmes ; on supposait donc qu'elles étaient intelligibles par elles-mêmes; qu'elles n'étaient point trompeuses; que l'on entrait sans peine dans le sens qu'elles enfermaient. Or je demande si l'on aurait pu supposer sans folie, que (ous ceux à qui l'on faisait dire, ou à qui l'on disait que l'Eucharistie était le vrai corps de Jésus-Christ, comprendraient d'eux-mêmes que cela voulait dire qu'elle en contenait la vertu et l'efficace.

En vérité je ne m'étoiuie pas si Luther, pour faire comprendre combien ces explications des sacrainentaires étaient ridicules, les comparait à des gens qui voulant soulcTiir que Dieu n'a pas créé le ciel et la terre, et se sentant pressés par ce pass.ige : in principio Deus creavit cœlum et lerram, s'en tireraient en

TOrCHANT L'EUCHARISTIE. 852

supposant que le mol Deus signifie cuculus; que celui de creavit signifie devoravit, et que celui de cœlum et lerram signifie currucam cum carnibus et plumis, et qui expliqueraient ainsi ce passage : Le coucou a dévoré l'alouette avec sa chair et ses plumes (1). Cet exemj)!e qui ressent le génie de ce personnage, a quelque chose d'extravagant ; mais certainement i! ne l'est guère plus que les explications que les sacramenlaires donnent aux passages des Pères: et il vaudrait presque autan! dire, selon l'exemple de Luther, que ces mots : In principio Deus creavit cœlum et terram, signifient que le coucou a dévoré l'aiouelle, qnc de dire avec M. Claude que ces termes qui sont en usage dans toutes les nations du monde : C'est le vrai corps de Jésus Christ, c'est le corps même de Jésus-Christ, c'est proprement lé corps de Jésus-Christ, c'est véritablement le corps de Jésus-Christ, ne signifient autre chose sinon que la vertu vivifiante du corps du Verbe incarné se déploie dans le pain, ou que le pain est la figure pleine, la figure efficace, la figure inondée du corps de Jésus-Christ.

Il y a une infinité de choses qui contiennent la vertu d'autres choses. L'eau du ba|ilême contient la vertu du sang de Jésus-Christ; le saint chrême contienl la vertu du S. -Esprit; les prêtres possèdent la puissance de ,!ésus-Chrisl; les reliijues des saints contiennent, quand Dieu le veut, la vertu des saints, c'esl-à-dire, que Dieu opère par les reliques ce qu'il opérait par les saints; les linges que l'on ôtaii à S. Paul contenaient la vertu deS. Paul, comme S Paul avait lui-même la vertu de Dieu pour opérer des prodiges; les rois et les juges ont entre les mains l'autorité de Dieu. Mais toutes ces idées, qui sont dans l'espiit de tout le monde, ont-elles jamais {lOrté persoime à dire que l'eau du baptême est proprement le sang de Jésus-Christ ; que le saint chrême est véritablement le S. -Esprit ; que les prêtres sont véritablement Jésus- Christ ; que les reliques d'un saint sont véritablement et proprement le saint; que les linges de S. Paul étaient véritablement S. Paul; que S. Paul était véritablement Dieu; que les rois et les juges sont propremtinl et véritablement des dieux?

Il y a même quelques-unes de ces expressions autorisées par quelques exemples, quand on n'y ajoute pas le mot de véritablement et de proprement , de vrai et du propre. On dira par métaphore que le prêtre est Jésus- Christ; que les rois sont des dieux : Ego dixi : DU esiis; mais on ne le dira jamais en y ajoutant les mots de vrai ou de véritablement, et en les faisant entrer dans une profession de foi. Et il est inouï, par exemple, que l'on ait dit : Je crois que le prêtre est véritable-

(1) Luther., lom. i, in Defens., vcrb. t'ccjîÂ, Wittenib. anii. 1558, pag. 584 : Idem fit ac si puulb anle negnssem quod Deus cœlum et lerram creavit, et milà quispiam se opponens illud Moysi proferret : In principio Deus creavit cœlum et terram; ego vero hune adv~rsurium refulaturus verba Moysi sic exponerem : L)eus, id est, cuculus, creavit cœlum et terrain, id est, currucam lotam el integram cum carnibus et plumis. Currnca est une autre sorte d'oiseuu ; maison a mieux aimé ca mettre un plus connu, puis(iuc ce mol ne serl que d'cxcnipie.

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