LIB. VIII. EXAMEN DES AUTEURS
Dienl Jésus-Christ; je crois que les rois sont vérilablemenl el projirement des dieux.
11 est donc visible que si tous les siècles n'avaient cru autre chose de rEucliarislie, sinon qu'elle est la (igure vide ou pleine de Jésus-Christ, ils ne se seraient jamais portés à dire que c'est son vrai corps, son propre corps, son corps même ; et qu'ils n'auraient jamais introduit toutes ces expressions. On ne se hasnrderail jamais à avancer de telles absurdités si l'on consultait plutôt la lumière de la raison que ses préjugés, pour régler le sens des paroles que l'on trouve établies dans l'usage des hommes : car un peu de réflexion sur la nature de ces expressions : Cesl le vrai corps de Jésus- Christ, le propre corps de Jésus-Christ, et les autres semblables, aurait découvert sans peine qu'il n'est pas possible que les hommes les aient employées pour signilier que l'Eucharistie ne contient pas la vérité du corps de Jésus-C!irisl.
Pour en reconnaître le sens véritable, il ne faut que considérer qu'(m ne dit point en voyant le Sdicii, que c'est le vrai soleil ; en voyant le roi, que c'est le propre roi de France; en voyant du pain, que c'est de vrai pain, el do propre pain; en voyant de la chair, que c'est proprement de la chair; et la raison en est que ces choses sont certaines. Or, on n'ajoute guère celte épilliète de vrai, de propre, que pour détruire ou pour prévenir quelque espèce de doule ou de conleslalion. Ainsi l'on dira d'une pièce d'or douteuse, que c'est de vrai or; d'un héritier à qui on conteste sa qualité , que c'est le vrai héritier; d'un empereur à qui Ton dispute ce titre, qu'il est le vrai empereur; d'un pape qui a un anti-pape pour concurrent, qu'il est le vrai pape.
Il est vrai que lorsque de deux choses l'une lient lieu de la vérité figurée , et que l'autre ne lient lieu que de la (igure, on se sert encore du mot de vrai, ou de propre, quand même le terme auquel on le joint serait métaphorique; ainsi l'on dira que les chrétiens sont les vrais Israélites; que Jésus-Christ est le véritable Melcbisédech; que l'Église est la vraie épouse de Jésus-Christ ; qîie Jésus-Christ est le vrai soleil, la vraie lumière, la vraie vigne ; parce que les Israélites charnels tenaient lieu de ligure à l'égard des chrétiens; que Melehisédech était la figure de Jésus-Christ; que le soleil visible n'est que l'image du soleil invisible , qui est Jésus-Ciirist; que les vignes terrestres nous représentent la vigne célesîe; que les mariages humains sont la figure de l'union de Jésus-Christ avec l'Église. Et la raison de ces expressions est encore la même que dans les autres : car il est clair que la chose figurée possède plus véiilablement la qualité marquée par la figure qui ne l'a qu'en représentation. Quand on dit que les chrétiens sont les vrais Israélikîs, on entend les véritables enfants de Dieu; et il est vrai qu'ils sont les véritables enfants, et que les Juifs n'en étaient que les figures, (^uand on dit que iésus Christ est le vrai Melehisédech, on entend par le mot de Melchiséilecli, le roi de justice; Cl il est vrai qu'il est le véritable roi de justice,
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et que l'autre Melehisédech n'était destiné qu'à être son image et sa figure, et ne possédait cette qualité qu'eu figure. Et ainsi de toutes les autres comparaisons
On trouvera de même dans les Fères, comme Aubertin a pris fort inutilement soin de le remarquer, que Jésus-Christ est vraiment la porte et la maison de refuge; qu'il est vraiment la pierre et le feu ; qu'il est vraiment pain; qu'il est vraiment pasteur ; qu'il est vraiment autel; que son incarnation est vraiment une flamme; que celui qui imite les œuvres d'Abraham, est vraiment fils d'Abraham; que la connaissance de Dieu est vraiment une fontaine; que celui qui médite la loi de Dieu est vraiment un bois planté sur le conranl des eaux ; que Jésus-Christ est proprement et véritablement la lumière; qu'il est Noé selon la vérité. Mais toutes ces expressions rentrent toujours dans le même sens, el sont fondées sur la même raison : on y affirme toujours la figure de l'original , et l'on dit que l'original est véritablement la figme, parce qu'il possède véritablement la qualité représentée par la figure. La pierre, le feu, la porte sont des figures de Jésus Christ. La pierre représente sa force, sa solidiié, sa qualité d'être le fondement et le soutien de l'Église, el parce qu'il possède véritablement ces qualités figurées parla pierre, on dira qu'il est véritablement pierre. Le feu représente son activité, et la foi ce qu'il a d'allumer l'amour dans ceux qu'il aime, ou de détruire ses ennemis; et ainsi l'on dira qu'il est véritablement feu. L'on n'a qu'à parcourir les autres exemples, et l'on verra que c'est toujours la figure qui est affirmée de la chose figurée, et que le mot verè, qui y est ajouté , signifie que celte chose figurée possê'ie réellement la qualité que la figure ne possède qu'en représentation ; et c'est pourquoi ces expressions ne se peuvent pas changer.
On dit (jue Jcsus-Christestvraimenl pierre, qu'il est vraiment porte, vraiment lumière, vraiment Noé; mais on ne dit pas que les pierres, les portes, la lumière, Noé, soient véritablement Jésus-Christ. On ditque les apôtres sont les vrais Israélites; mais on ne dit pas que les Israélites soient vraiment apôtres. On dit qu'un homme de bien est vraiment un bois planté sur le bord des eaux; maison ne dit pas qu'un bois planté sur le bord des eaux soit vraiment un homme de bien. On pourra donc dire, selon ce sens, (|ue Jésus-Christ est vraiment pain, vraiment vin , parce qu'il possède p;ir excellence les qualités figurées par le pain el par le vin ; mais on ne saurait dire , dans ce sons-là , que le pain et le vin de l'Eucharistie soient vraiment le corps et le sang de Jésus-Christ, parce que le pain et le vin ne tiennent point li'u de chose figurée, ni le corps de Jésus-Christ de figure.
Et c'est ce qui fait voir que toutes ces expressions ramassées par Aubertin, n'ont aucun rapport avec cette expression de toutes les nations et de tous les Pères, que ^Euchari■^tie est le vrai corps de Jésus- Christ, est vérita'olement et proprement son corps : car, comme j'ai remarqué, le vrai corps de Jésus-
Christ ne lient point lieu de figure, ni le pain de vérité figurée ; el l'on ne veut pas dire, comme dans les autres que j'ai rapportées , que rEucharislie possède véritablement la qualité représentée par le corps de 4ésus-Christ. C'est ce que nous montrerons peut-être ^ ailleurs avec plus d'étendue ; mais il sul'fit d'avoir ici remarqué cette différence cssenliclle de ces expressions ([u'Aubcrlin compare, pour montrer qu'on ne les peut pas réduire à un même sens.
Il faut donc revenir au premier sens, et reconnaître que Ton se sert de celte expression pour désavouer un doute ; c'est pour fortifier la foi contre la difficulté
corps de Jésus-Clirisl; ni de le rejeter en ceux-ci ; Je croîs que rEucharislie est le vrai et le propre corps de Jésus-Christ. Est-ce donc que les gensdes siècles passés avaient l'eiprit fait autrement que le nôtre? Et faut-H que nos préoccupations nous fassent renverser ainsi toute la nature des hommes?
Mais ce n'est pas simplement par la nature de l'esprit humain , qu'on voit que le doute qui s'excite sur le sujet de l'Eitcharistie, n'est point celui que les calvinistes nous proposent : c'est par la manière même dont en parlent ceux qui l'ont désavoué par ces paroles, que l' Eucharistie était le vrai corps de Jésus-
du mystère. On dit que c'est le vrai corps de Jésus- Christ. Car ce doute, dont ils parlent et qu'ils combat- Christ, pour montrer que l'on ne doute point d'une tcnt, est un doute qui naît de l'apparence extérieure chose qui est de soi difficile à croire, et dont les sens du sacrement. Il semble, dit Rémi d'Auxerre, que
nous porteront à douter, et ce doute doit avoir deux qualités : car 1°, comme cette expression a éié généralement reçue par tous les peuples, il faut que ce soit un doute général , et qui naisse naturellement dans l'esprit de tous les hommes ; 2", comme on ne
ce soit du pain et du vin; mais dans la vérité c'est le corps de Jésus-Christ. Or quelle contrariété y a-t-il entre l'apparence du pain , ou la nature même de pain, et la vertu de Jésus-Christ? Peut-on dire raisonnablement : Il semble que ce soit du pain; mais
'est janiais servi de celle expression que sur le sujet dans la vérité ce pain contient la vertu du corps de Jéde rEucharislie, il faut que ce soit un doute particulier à l'Eucharistie , et qui ne puisse pas s'élever sur tous les autres sacrements.
Il ne faut donc que chercher quel est ce doute commun à toutes les nations qui s'élève particulièrement sur ce mystère, pour juger du sens de ces expressions : or je demande si les calvinistes peuvent dire, sans parler contre leur conscience, que ce doute commun à tous les peuples, que l'Eucharistie excite, soit de savoir si le pain contient la vertu du corps de Jésus-Christ ; si c'est une tentation fort ordinaire que celle d'en douter; si l'on a grand sujet de prévenir et de désavouer ce doute par des actes formels de foi. Ce doute, quel qu'il soit, est-il particulier à l'Eucharistie? Ne peut-il pas s'élever avec autant de raison sur le baptême? Et la raison nous fait-elle juger qu'il soit plus difficile de croire que Jésus-Christ communique sa vertu au pain, que de croire qu'il la communique à l'eau? Pourquoi donc n'aurait-on eu soin de le prévenir et de le désavouer que sur le sujet de rEucharislie? Pourquoi ce doute imaginaire, que l'on suppose avoir travaillé toute la terre, ne travaille-t-il plus maintenant personne? Et pourquoi ni les catholiques, ni les sacramenlaires n'onl-ils aucune peine à croire que Dieu agisse par les créatures , et s'en serve comme d'un instrument moral pour nous communiquer ses grâces ? Que s'il y avait quelqu'un maintenant qui fût tenté de ce doute, et qui eût besoin de se fortifier contre, le sens commun ne fait-il pas voir qu'il l'exprimerait par des termes propres à le faire entendre, et qu'il le désavouerait par les expressions qui y sont directement contraires? Il dirait, pour l'exprimer, qu'il doute si Dieu agit sur nos âmes par le pain de l'Eucharistie , et s'il le remplit de son efficace. Il dirait, pour le désavouer, qu'i/ ne doute point que l'Eucharistie ne soit remplie de la vertu du corps de Jésus- Christ. Mais il ne s'aviserait jamais ni d'exprimer ce doute en ces termes : Je doute si l'Eucharisne est le
sus-Christ? Ne faut-il pas, au contraire, que ce soit du pain, et que l'on voie du pain, afin qu'il contienne celte verUi ?
Ceux qui proposent ce doute, le combattent par la vérité innnobile de ces paroles : Ceci est mon corps ; or on ne peut montrer avec la moindre apparence de raison que l'Eucharistie contient la vertu de Jésus- Christ par ces paroles : Ceci est mon corps , lorsqu'on ne les entend pas dans leur propre sens, et que l'on les entend comme font les calvinistes, dans un sens de signification et de figure. S'ensuit-il , par exemple, que les sept épis que Pharaon vit en songe continssent la vertu des sept années, parce qu'il est dit que les sept épis étaient sept années? Ce doule naît, selon les Pères , de ce que l'on ne voit pas Jésus-Christ. Mais serail-ce avoir le sens commun que de douter que le pain contienne la vertu de Jésus-Christ, parce qu'on n'y voit pas Jésus-Chrisl,puisqu'au contraire , s'il ne conlenait que la vertu de Jésus-Christ, on n'aurait jamais la moindre pensée qu'on l'y dût voir '! II est donc clair que le doule ne regarde en aucune sorte celte vertu chimérique; mais que ceux qui doutent si l'Eucharistie est le corps de Jésus-Christ , doutent si elle, l'esi réellement et véritablement ; ei, par conséquent, le désaveu de ce doule, contenu dans ces paroles : C'est le vrai corps de Jésus-Christ; ou, ce qui est la même chose : C'est le corps propre , le corps même de Jésus-Christ, ne signifie autre chose, sinon que ce l'est réellement el véritablement.
En voilà assez pour montrer qu'on ne peut guère s'imaginer de pensée plus déraisonnable que celle de prétendre que ces paroles : C'est le vrai corps, le corps même de Jésus Christ , signifient que le pain consacré contient la vertu vivifiante du Verbe incarné , et qu'il faut, et que les minisires le soutiennent par un pur entêtement, et que les simples calvinistes ne le cioienl que parce qu'ils embrassent sans réflexion tout ce que leur disent leurs ministres.
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CependaiU , comme je l'ai déjà dit, la décision du notre différend dépend de là, parce que ces paroles îonlenant le témoignage universel que tons les chrétiens ont toujours rendu à TEucliarislie , si les calvinistes ne l'entendent pas au même sens qu'eux, il s'ensuit qu'ils ont alléré la loi qu'avait rÉgiisc , d;ins les siècles nicmes qu'ils nppcllcut ses bmnx \ovrs, et dans lesquels ils avouent (pie de bons serviteurs de Dieu avaient eu soin de conserver la vérila- Lle créance loucliant l'Eucliaiislie.