CHAPITRE VII
Éclaircissement de deux difficultés particulières sur te sujet de Flore et de Rémi d'Auxcrre.
La plus grande partie des difficultés que M. Claude propose sur les auteurs de ces quatre siècles s'étant dissipées d'elles-mêmes , puisqu'on a vu clairement
Que M. Claude ne conclut-il donc de même que ce nobis est mis par opposition aux méchants, qui n'ont point la loi, et partant que Paschase reconnaît que riiucharistie n'est le corps de Jésus-Chrisl que par la foi?
S'il lui plaisait même de pousser plus avant ses coi>séquenccs, il prouverait que lous les prêtres catholiques ne croient point non plus la transsubstantiation, puisqu'ils font celte même prière à Dieu dans le canon de la messe : Quam oblationem tu, Deus, in omni' bus, quœsumus, ascriplam, ratam, rationabilem accepta-
que les passages qu'il en rapporte ne contiennent que bilemque facere digneris, ut nobis corpus et sanguis fiai
le langage dont les personnes les plus persuadées de la présefice réelle et de la transsubstantiation ont dû se servir, il en reste peu qui méritent d"être traitées en particulier. Nous mettrons de ce nombre les réflexions qu'il fait sur ce que dit Flore, que l'oblation, étant prise des simples fruits de la terre, est faite aux FIDÈLES, ou POUR LES FIDÈLES le corps et le sang de Christ ; i benedictionis inejfabili potenliâ efficitur fidelibus corpus et sanguis Chrisli. >
Il chicane premièrement sur la traduction de ce passage : il ne se contente pas de raliernative qu'on lui avait accordée, en mettant aux fidèles, ou pour les fidèles ;\\ veut (pie l'on melte absolument aux fidèles, et qu'on rejette pour les fidèles. C'est ce que je lui accorderais assez volontiers, s'il le demandait de meilleure grâce : car pour moi, l'une et l'autre traduction m'est assez indifférente. Mais puisqu'il prétend l'emporter de force, il m'oblige de lui dire qu'il est injuste; car cette iraduction, aux fidèles, n'a point d'autorité; et celle-ci, pour les fidèles, est autorisée par les auteurs de ce siècle-là. Rémi d'Auxerre explique expressément ces paroles du canon : Ut nobis corpus et sanguis fiât dilectissimi Filii lui, d'où Flore emprunte les siennes, par celles-ci : Id est ad nostram salutem fiât corpus ejus et sanguii, où il est clair qu'il rend le mol nobis, qui signilie lenième dans le sens que fideli' kus dont s'est servi Flore, non par celui d'à nofis,
dilectissimi Filii lui Domini noslri Jesu Christi.
Cela suffit, ce me semble, pour faire reconnaître à M. Cl.Hide que ses conséquences vont un peu trop loin; et qu'ainsi le mot nobis, ou celui de fidelibus qui y répond, ne lui donne pas lieu de les tirer, ni à l'égard de Flore, ni à l'égard de Paschase, ni à l'égard de qui que ce soit.
Il est bon aussi qu'il ne prenne pas pour fondemontde ses raisonnements que du temps de Flore la distinction des catéchumènes et de fidèles n'était pas fort en usage; car il suffit qu'on l'y ail fort connue, quoi.pi'y ayant» alors peu de catéchumènes, on ne pût pas pratiquer x toutes les cérémonies que l'or, observait à leur égard dans l'ancienne Église. Et c'est ce que l'on peut prou- J ver par divers passages des auteurs de ce temps-là; comme par celui de Raban, contemporain de Flore, qui en parle même commeétanieucoreen usa^e. Missa est, dit-il, lempore sacrifiai, quando catecliumeni foras mitluntur, clamante levitâ : Si quis catechumeuus re- { mansit exeal foras ; et indc missa, quia sacramenlis allaris intéresse non possunt, qui nondhm régénérait sunt. Et en effel, on la voit marquée dans l'Ordre romain, qui était un livre très-commun en ce siècle-là : Ipsis explelis, annuntial diaconus : Catechumeni recédant ; si quis est catechumenus recédai; omnes catechumeni exeunl foras.
Je ne ferai p9s néanmoins de procès à M. Claude siir
LIV. Vin. EXAMEN DES AUTEURS LATINS DES SIECLES YII, VIII ET IX.
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te qu'il dil que le mol fidèles n'est pns opposé en cet endroit de Flore aux calécliumèncs scnlenient , mais aussi à loiis les méchants ; car il est vrai ([uc comme, selon l'esprit de PÉglise, tous les fidèles devraient être justes, on entend aussi qnchiuefois les justes par If mol fidèles; et il y a de l'apparence que Flore le pKMid ainsi, parce (pi'il n'y a que les justes (pii .nient un droit vérilablo de participer à l'Eucliarislie, cl
une chose, et il en est une antre. Il parait du pain et du vin, mais c'est dans la vérité le corps et le sanq de Jésus Ctirisl : car Dieu s uccommoduul ù notre infirmité, voyant que nous n''avons pas coutume de manger de la chair crue, et de boire du sang, a voulu que ces dons demeurassent dans leur première forme et dans leur première figure, quoiqu'ils soient dans la vérité le corps et le sang de Jésus-Christ. Ce passag(! est cité dans le
|)()nr qui rÉglisc demande à Dieu qu'il change le pain livre de la Perpétuité, cl M. Claude n'a pas jugé à l't le vin en son corps et en son sang. Si les méchants propos d en parler.
y piulicipent, c*esl un effclde la lolérance de Dieu, et jion de riiuention de l'Église. Ce n'est en quelque sort' (|ue par accident, et parce que Jésns-Cluist, qui réside dans rEucliari->tie pour se communiquer :iux justes, no veut pas interrompre cet ordre ([u'il a établi ; mais cela n'cmpêcliopas que rEucliarisiie ne soit précisément dotinée, selon l'intention de Dieu, pour être la nonrriltu'c des seuls justes. Ceux-là seuls, dit Pa^cllase, ont droit de se nourrir de la chair de Jésus- Christ, qui sont dans son corps- ; en sorte qu'il n'y a que le seul corps de Jésus-' hisl^qui doive se nourrir de son corps durant le voyage de cette vie.
Quand l'Église demande à Dieu qu'il change le pain au corps de son Fils, elle lui demande sa nom'riture et son pain ; mais comme elle sait que ce pain est le pain des enfants et des membres de Jésns-Cbrist, elle borne ses piières, dans celte occasion pariicidicre, à ces enfants cl à ces membres de Jésus-Christ. Elle ne songe point alors aux méchants; elle les oublie, et elle les avertit par cet oubli même d'avoir soin de rentrer dans le corps des vrais enfants de Dieu, afin qu'étant des membres vivants, ils puissent demander avec elle leur pain céleste au Père céleste, qui ne le destine qu'à ses enfants.
C'est le sens de celte prière mystérieuse dont M. Claude tire de si étranges conséquences, parce qu'il n'entend ni l'esprit ni le lang;ige de l'Église, cl quil examine les expressions sacrées dont elle se sert dans la célébration de ses mystères toutidivins, par les basses et malicieuses subtilités d'une vaine scolastique.
Le second auteur qui mérite une réflexion particulière est Uenii d'Auxerre, à qui l'on attribue, non seu- ICiKcnt l'explication de la messe (pii porte son nom, mais aussi le commentaire sur les Épîtres de S. Paul, que d'autres donnent à Haiinon, évêque de llalbersiat. On ne peut guère parler plus clairement de la présen ce réelle que ne fait cet auteur, et l'on peut dire «lu'il passe eu quelque sorte les bornes du langage que l'on doit attendre d'une personne qui écrit avant la naissance des hérésies, et avant les conciles qui les ont condamnées, et que peut-être les commencements des (roubles excités par Jean Scot sur cette matière ont contribué à le faire parler si précisément. Car que peut-on dire de plus exprès que ce passage, que nous en avons déjà rapporté? Puisqu'un mystère, dit-il, est ce qui signifie une autre chose, s'il est vrai que c'est le corps de Jésus-Christ dans la vérité, pourquoi l'appellef'pn mystère? C'est qu'après la consécration il parait
(Jn'y a-t-il de plus clair que ce que l'on dit dans le même traité, que comme la divinité est une, quoiqu'elle remplisse tout le monde, de même, quoique ce corps soit consacré en plusieurs lieux, et en une infinité de jours différents, ce ne sont pas néanmoins plusieurs corps de JésuS'ChrisI, mais le même corps et le même sang que celui qu'il a pris dans le ventre de la Vierge, et qu'il a donné à ses apôtres. Fa c'est pourquoi il faut remarquer que soit qu'on en prenne plus, soit qu'on en pretine moins, tous reçoivent également te corps de Jésus-Christ tout entier.
Il répèle les mêmes choses presqu'en mêmes termes dans le commentaire du chapitre 10 de la première Épîlre aux Corinthiens, qui est le lieu que M. Claude en cite, parce qu'il enferme (juelqiie difficulté que nous éclaircirons ensuite, et il parle encore plus expressément sur le chapitre 11 de la même Épîlre : car il y enseigne que le pain que le prêtre consacre tous les jours par la force de la divinité qui le remplit, est le vrai corps de Jésus-Christ ; que le corps qu'il a pris et ce pain ne sont pas deux corps : en sorte que lorsque ce pain est rompu et mangé, Jésus-Christ est immolé et mangé, et demeure néanmoins vivant. Comme le corps qu'il a quitté à la croix, dil-il encore, a été immolé pour notre rédemption, de même ce pain est offert tous les jours à Dieu pour notre salut et pour notre rédemption : car notre Seigneur et notre Dieu, ayant égard à notre infirmité, et voyant que nous sommes sujets à pécher, nous a laissé ce sacrement; afin que, comme il est incapable de mourir, et que néanmoins nous péchons tous les joiirs, nous ayons un vhai saciufice, par lequel nos offenses puissent être expiées. Et parce que tous ces pains ne font qu'un corps de Jésus-Christ, il a dit : C'est mon corps, et nous a recommandé de consacrer ce corps en mémoire de lui.
M. Claude a évité à dessein de nons dire .son sentiment sur cet endroit et sur l( us les autres où il est dit si clairement que l'Eucharislio est oiïerle à Dieu en vrai sacrifice pour la rédemption de nos péchés. Ce qui ne prouve pas seulement l.i vérité du .sacrilice, ntais aussi celle de la présence réelle de Jésus-Christ dans ce sacrilice, n'y ayant que Jésus-Christ même qui puisse être oHerl en sacrifice de propitiaiion pour nons.
Ensuite Rend, après avoir marqué si clairement que ce sacrement était Jésus-Chrisl menu;, ajoute que Dieu nous Ca laissé pour nous imprimer le souvenir de lui et de su pas>,ion, et qu'il fait comme un Iwmine qui étant près de mourir laisse un présent de grand prix à son ami, pour l'obliger à ne souvenir de lui. El c'est cp
qui fait bien voir qu'une semblable pensée, qui se deux également en cause, et ne peuvent par conséquent trouve dans Drutmar et dans quelques autres Pères, que subsister ou périr ensemble.
est une fort mauvaise preuve pour montrer qu'ils n'aient pas cru que TEucbaristie fût réellement le vrai eorps de Jésus-Christ, puisqu'il paraît par cet auteur que ce ne sont point deux choses contraires, que l'Eucharisiie soit en même temps le gage de l'amour de Jésus-Christ qui nous porte à nous souvenir de lui, et qu'elle soit très-réellement son corps, les auteurs ecclésiastiques ayant allié ces deux vérités, comme elles sont en effet très-faciles à allier.
Il paraît étrange que l'on mette en doute le sentiment d'un auteur qui parle de cette sorte. Car enfin il faudrait, ce semble, que la licence de contredire toutes choses eût quelques bornes ; mais l'air dont M. Claude s'y prend est encore plus étonnant. Il querelle d'abord l'auteur de ta Perpétuité d'avoir cru que Rémi lui soit favorable. Quand à Rémi d'Auxerre, dil-il (p. 551), il est certain quHl n'a point enseigné la transsubstantiation ni la présence réelle ; et il est bien ÉTRANGE que fautcur s'opiniâlre contre les preuves manifestes que M. Aubertin en a données. C'est ainsi que dans les disputes on abuse des mots, et qu'on les applique à ce que l'on veut. Tous ces passages de cet autour que j'ai cités ne sont qu'obscurité pour M. Claude , mais pour les raisons d' Aubertin , elles sont tiès-manifestes.
Nous lui répliquons que ces raisons d' Aubertin sont vaines et frivoles, et que nos passages subsistent dans toute leur force. Nous voilà donc égaux dans les pa-
Je commencerai par la dernière réflexion, dans laquellfi il paraît que M. Claude a eu quelque complaisance, puisqu'il s'en joue, et qu'il la tourne encore en diverses autres manières. Et il trouvera bon que je lui réponde que si elle a je ne sais quelle lueur pour les personnes qui s'éblouissent de peu de chose, elle est peu digne d'un esprit solide. 11 est vrai (jue le pain de l'Eucharistie n'est qu'un corps avec le corps naturel de Jésus-Christ; il est vrai que tous les fidèles ensemble ne fout qu'un corps avec ce corps ; il est Trai que Rémi enseigne ces deux unités. Donc il veut que les fidèles soient le corps de Jésus-Christ en la même manière que le pain ; et si le pain l'est par transsubstantiation , les fidèles le seront aussi par transsubstantiation. C'est une conséquence contraire à la raison et au bon sens. Il n'y a rien de si ordinaire dans les auteurs que de joindre ainsi des vérités inégales. L'union individuelle et naturelle des personnes divines est proposée dans l'Écriture et dans les Pères, comme le modèle de l'union des chrétiens. Ces deux unions sont jointes ensemble en une même période dans l'Évangile ; Ut sint ummi sicut et nos. La vie que le Père éternel communique à son Fils, en lui communiquant son essence même, est comparée à la vie que le Fils de Dieu communique à ceux en qui il demeure, et qui mangent son corps : Sicut misit me vivons Pater, et ego vivo propter Patrem, et qui manducat me, et ipse vivet propter me. Que M. Claude conclue
rôles; il n'y a que la bonne foi et la sincérité qui de là que s'il n'y a qu'une union de volonté entre les
nous distinguent : mais elles nous distinguent étrangement, et il ne faut avoir guère de lumière pour se laisser éblouir par la hardiesse d'Aubertin et de M. Claude. Toutes les raisons de ces ministres se réduisent aux conséquences qu'ils tirent de ce que Rémi écrit, que la plénitude de la divinité, qui a été dans le corps de Jésus-Christ , remplit aussi ce pain, et que la même divinité du Verbe qui remplit le ciel et la terre et tout ce qui y est contenu, remplit le corps de Jésus-Christ, qui est consacré par le ministère de plusieurs prêtres dans toute la terre, et fait que c'est un seul corps de Christ ; et que comme ce pain et ce vin passent au corps de Christ , de même tous ceux qui dans l'Église le mangent dignement sont un seul corps de Christ ; et que la chair qu'il a prise, ce pain et l'Église, ne font pas trois corpSy mais un seul corps.
Ce passage donne lieu à ces ministres de faire deux réflexions : la première, que Rémi veut que le pain ,et le corps naturel de Jésus-Christ soient un seul J corps, parce que la divinité remplit l'un et l'autre, I les unit et les conjoint; la seconde, qu'il veut aussi que l'Église soit ce corps , sans que néanmoins ce soient trois corps ; et sur cela M. Claude triomphe à .' sou ordinaire. Si cette pensée, dit-il, induit la transsubstantiation du pain au corps de Jésus-Christ, elle f induit aussi de l'Église en ce même corps ; mais s'il ne faut pas imputer cette dernière à Rémi , je ne vois pas pourquoi on lui doit imputer l'autre; elles sont toutes
fidèles, il n'y a qu'une union de volonté entre les personnes divines ; et que si Dieu ne nous rend participants de sa vie que par la grâce , mais ne nous rend pas substantiellement des dieux, il ne donne aussi à son Fils qu'une vie de grâce, et ne lui communique pas sa nature.
On rendrait sans peine tous les pères hérétiques si l'on suivait la méthode de M. Claude, et si l'on concluait, conmie lui, que toutes les fois que doux choses sont comparées ensemble, elles sont semblables en tout, et ne peuvent que subsister ou périr ensemble; et c'est pourquoi les personnes sages et judicieuses n'ont aucun égard à ces sortes de preuves, et ils les appellent des pensées de déclama teur. Us savent que les hommes aiment toujours à unir dans leurs discours les choses semblables, et qu'ils ne s'arrêtent pas à en marquer les difi'érences, lorsque ces différences sont assez connues. L'unité du pain avec le corps naturel de Jésus-Christ, qui fait que c'est un même corps, a du rapport avec l'union qu'a l'Église avec ce même corps, ou plutôt elle en est la source : car non seulement l'esprit de Jésus-Christ, mais le corps même de Jésus-Christ est le lien de l'Église, parce que cet unique corps, étant reçu par les fidèles, les unit entre eux et avec soi , et en forme un même corps , quoiqu'en une manière fort différente de celle qui fait que le pain devient le corps de Jésus-Christ. Ainsi, comme l'une de ces deux unités est la source de l'autre, on ne