LIV. VIII. EXAMEN DES AUTEURS
lions que M. Claude en a faites, on trouvera que c'était la plus étrange et la plus admirable société qui fût dans le monde. Ils sont connus et inconnus ; ils disputent et ils ne disputent point ; ils changent la face de toute la terre, et Ton ne les voit paraître nulle part; ils font des violences et les étouffent si bien que personne n'en a jamais rien appris. 11 semble même qu'ils aient fait des guerres et des croisades dans toute la terre, dont il n'y a que M. Claude qui sache quelques nouvelles, et dont il nous donnera l'histoire quand il lui plaira. C'est ce que nous verrons plus en détail en son lieu, quand nous examinerons leurs exploits.
Mais pour revenir à Paschase même, si Ton veut suivre les ouvertures que M. Claude nous donne, il faut dire que c'est riiomme le plus extraordinaire qui fut jamais, elqu'il n'aura jamais de pareil : car le sens commim va en conclure que ce qui vient dans la pensée d'un homme peut venir dans celle d'un autre, en la présence des mêmes objets. Cependant M. Claude nous veut l'aire croire sériqusement qu'il était impossible qu'un autre que Paschase fût frappé de l'idée de la présence réelle. Cest une erreur, dit-il (p. 484), que de croire que les expressions des Pères soient capables d'elles-mêmes de faire naître celle opinion. Il faut que l'idée en vienne d'ailleurs. Et afin qu'on ne croie pas que ce soit une pensée fausse, qui lui soit seulement échappée, il en fait un principe de sa doctrine, et il le répète plusieurs fois. Je le redis donc encore une fois, dit-il (p. 279), puisque l'auteur veut que ceci décide noire difféi'end. Quand ces expressions el mille semblables (c'est-à-dire : Cest le vrai corps de Jésus- Christ; ce n'est pas du pain, quoique les sens le rapportent, mais c'est le corps de Jésus- Christ ; c'est le propre corps de Jésus-Chrisl) auraient été tous les jours dans la bouche des Pères, elles n'eussent jamais formé dans l'esprit des peuples l'idée d'une transsubslantion ou d'une présence réelle, telle que l'Eglise romaine l'enseigne ; a moins que d'en avoir été préoccupés d'ailleurs. Quelle apparence , dit-il encore (p. 502), qu'avant que Paschase en eût fait celle première explication, les hommes aient abandonné leurs sens el leur raison pour concevoir la présence réelle .''Et après avoir ainsi proposé cette pensée en figure, il la propose ensuite dogmatiquement. Assurément, dit-il, il n'y a que l'ombre et l'oisiveté du couvent de Corbie qui ait été capable de produire un si grand détour d'imagination.
Qu'on juge sur cela quel devait être ce Paschase selon M. Claude, puisque d'une part il a été capable d'inventer une opinion qui ne pouvait venir dans l'esprit de qui que ce soit excepté lui , et qu'après l'avoir trouvée, il a été capable de la persuader à toute la terre , av2c des circonstances qui sont encore plus prodigieuses. Assurément cela n'est pas humain.
Voilà ce qui regarde les qualités personnelles de Paschase ; et pour la suite et le succès de son entreprise, voici l'histoire (jue M. Claude nous en fait. Il dit (p. 227) que Paschase ayant pul)lié, en 818, ce