‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 239 sur 335 · LIV. YIII. EXAMEN DES AUTEURS L · texte numérisé non relu

LIV. YIII. EXAMEN DES AUTEURS L

il sufiii de lui répondre que c'est une élrange mauvaise foi de meilrc en preuve ei en argument une fausseté si insigne.

Sixième preuve de M. Claude.

« H conserve autant qu'il peut les expressions sacra-

I mentales, et s'efforce de les accommodera son sens.

« Jl passe jusqu'à se servir de termes qui semblent

« conserver la substance. Tout cela induit visiblement

< que c'a été un franc innovateur. »

Réponse. La seule conclusion que la raison lire de là est que ces expressions sacramentales s'allient pirfaiiement avec la foi de la présence réelle; aussi les trouvc-t-on également et dans ceux qui ont précédé Paschase, et dans ceux qui l'ont suivi. C'est une étrange manière de prouver que Pascbase est novateur que d'alléguer qu'il a parlé comme toute l'Église a toujours parlé et avant et après lui.

Septième preuve de M. Claude.

i Rellarmin et Sirmond, jésuites, ont eux-ns?mes « reconnu celle vérité, autant que la peuvent recon- « naître des gens infiniment attachés aux intérêis de « l'Eglise romaine, comme je l'ai remarqué dans ma « réponse. L'un dit qne ç'» été le premier auteur qui

< a écrit sérieusement et amplement de la vérité du

< corps et du sang du Seigneur en l'Eucharistie ; l'au- « tre assure que c'est le premier qui a expliqué le vé- € ritable sentiment de lÉglise catholique, et qu'il a ou-

< vert le chemin aux autres ; c'est-à-dire qu'à leur « compte les Augustin et les Chrysostôme, les Ililaiie I et les Cyrille n'en avaient parlé qu'en bégayant et

< comme en passant. Et n'est-ce pas confesser assez i clairement qu'ils n'en avaient eu ni la pensée ni la

< créance, n'étant pas possible de s'imaginer, sans leur f faire outrage, qu'ils l'aient eue et qu'ils ne s'en soient * pas expliqués ?»

Réponse. Je puis protester à M. Claude que c'est avec peine que je suis obligé de lui reprocher souvent qu'il n'y a ni équité ni bon sens dans ce qu'il écrit; mais aussi il est vrai qu'il fait injure à tous ceux qui lisent son livre, en les croyant capables d'être louches par des arguments si peu dignes d'une personne judicieuse.

Ce que disent ces deux jésuites est vrai. Paschase a été le premier qui a ramassé dans un seul livre ce qui se trouve répandu dans divers écrits des Pères, comme S. Athanase est le premier qui a fait des traités expiés de la Trinité, comme S. Cyrille est le premier qui a écrit avec étendue de l'incarnalion et de l'unité de personne en Jésus-Christ, comme S. Augustin est le premier quia traité amplement et sérieusement du péché originel, comme tous ceux qui ont fait des recueils des Pères sur quelque matière non controversée ont été les premiers qui les ont faits. C'est ce que dit Bellarmin. Et comme Paschase avait fort bien réussi dans ce travail, et qu'il avait en effet très-bien recueilli les véritables sentiments des Pères, il a été suivi par tous ceux qui sont venus depuis lui ; comme on a suivi S. Athanase sur la Trinité, S. Cyrille sur l'incarnation, S. Augustin sur le péché originel et sur la grâce, comme le Maître des Sentences

\TINS DES SIÈCLES VU, YIH ET l\. 87S

et S. Tiiomas ont été suivis dans la théologie scholaslique. C'est ce que dit le P. Sirmond. Cesl-à-dire, dil M. Claude, qu'à leur compte les Augustin et les Cliry ■ sostôme, les Ililaire et les Cyrille nen ont parlé qu'en bégayant et comme en passant. El n'est-ce pas confesser assez clairement qu'ils n'en avaient eu ni la pensée ni la créance, n'étant pas possible de s'imaginer, sans leur faire outrage, qu'ils l'aient eue et qu'ils ne s'en soient pas expliqués? C'est ce qui s'appelle un argument et une glose de déclamateur, dont M. Claude devrait avoir quelque honte de se servir dans une dispute si sérieuse. Car ne sait-il pas lui-même que c'est une chose assez rare aux Pères de faire des traités exprès sur d'autres points que ceux qui étaient contestés de leur temps, et que pour les points non contestés on est obligé de recueillir leurs sentiments des divers ouvrages où ils en parlent, quand on veut avoir en un corps tout ce que l'on en doit croire, et qu'il ne s'ensuit nullement de là qu'ils en aient parlé en bégayant, puisqu'il suffit qu'ils aient parlé précisément et clairement de chaque point dans les occasions qui s'en sont présentées, quoiqu'ils n'aient pas réuni en un corps toutes ces différentes vérités qu'ils ont enseignées ?

Si M. Claude a cru que cette conséquence flit raisonnable , c'est une extrême fausseté d'esprit. Si la croyant fausse il n'a pas laissé de la proposer, c'est une très-mauvaise foi. Pour moi, je n'en oserais juger; je lui en laisse le choix : mais certainement il ne saurait s'exempter de l'un ou de l'autre de ces reproches. Et ce qui pourrait faire croire que la mauvaise foi a beaucoup de part à lui faire ainsi tirer de fausses conséquences, c'est qu'elle lui fait aussi faire de fausses traductions; car le P. Sirmond ne dit pas absolument, coinme M.Claude lui fait dire, que Paschase ait été le premier qui a expliqué le véritable sentiment de l'Eglise, et qu'il a ouvert le chemin aux autres, mais il dit que Paschase a été le premier qui a expliqué de telle sorte le véritable sentiment de l'Église , qu'il a ouvert le chemin aux autres : Genuinum Ecclesiœ sensum ita primus cxplicuit , ut viam , etc. Or ces deux traductions font un sens très-différent: car il est clair que la seconde n'attribue à Paschase que d'avoir expliqué le premier le vrai sentiment de l'Église d'une certaine manière, c'est-à-dire avec méthode, avec étendue, avec l'union de toutes les vérités qui regardent ce mystère ; au lieu que l'autre dit absolument qu'i7 a été le premier qui a expliqué le véritable sentiment de l'Église : ce qui néanmoins étant pris selon le boa sens, ne peut fournir aucun sujet de tirer les conséquences qu'il a plu à M. Claude de tirer.

Je pense avoir suffisamment prouvé que tous les arguments tirés du livre de Paschase ou de l'aveu des catholiques, par lesquels M. Claude prétend prouver que Paschase a été un franc innovateur , ne sont que de purs sophismes et des conjectures indignes d'être proposées sérieusement. Cependant c'est ce qu'il veus faire passer pour des preuves incontestables et qui contraignent la raison de se rendre. 11 ne reste plus

que ccll36 qu'il lire de quelques auteurs qui ont écrit depuis Paschase : et nous allons voir qu'elles ne sont pas plus solides que les antres.

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