‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 242 sur 335 · LIV. VIII. EXAMEN DES AUTEURS LATINS DES SIÈCLES VII, VMI ET IX · texte numérisé non relu

LIV. VIII. EXAMEN DES AUTEURS LATINS DES SIÈCLES VII, VMI ET IX

bornes, et elles ne peuvent aller jusqu'à traiter la foi commune de rÉglise du temps où l'on vit de nouveauté dangereuse et de doctrine contraire à la foi callioliqne.

Il peut s'être trompé sur des questions difficiles , sur des expressions dont le sens n'est pas clair par soi-même et qui n'étaient pas dans un usage commun, comme celle de Irina deitas; mais la raison ne permet pas qu'on suppose qu'il ail ignoré quel était le sentiment commun de l'Église de son siècle sur un point aussi commun que celui de rEucharislic. Et par conséquent on a droit de conclure de ce passage de Ilinclïiar que l'opinion des sacramenlaires n'était point celle du neuvième siècle, et qu'au contraire celle que Paschase a soutenue , qui est que Œucharislie est la vraie chair et le vrai sang de Jésus-Christ, était la doctrine commune de ce temps-là.

CHÂPITIIE XIII.

Abrégé de ce qui a été prouvé dans ce livre, el les conclusions qu'on en doit tirer.

Pour réduire donc à des propositions précises tout ce que nous avons prouvé dans ce livre, il paraît , 4° qu'étant incroyable que l'Église latine ait eu durant les siècles dont il s'agit un autre sentiment que l'église grecque du même temps , les preuves par lesquelles nous avons fait voir que l'église grecque était durant ces siècles dans la créance de la présence réelle et de la transsubstantiation, donnent droit de conclure le même de l'Église latine. 2° Il paraît que tant s'en faut que les auteurs de l'Église latine démentent cette preuve, qu'ils enseignent eux-mêmes très-clairement la doctrine de la présence réelle en la manière qu'elle a dû être enseignée par des personnes qui ont vécu avant les grandes contestations qui se sont depuis excitées sur ce mystère. 5° II est clair qu'il n'y a point d'apparence d'accuser Paschase d'avoir proposé une doctrine nouvelle dans son livre du Corps et du Sang de Jésus-Christ, puisqu'il n'y enseigne que ce qui est enseigné par tous les autres. 4° Il ne paraît point que le livre de Paschase ait choqué personne durant l'espace de près de trente ans ; et il paraît au contraire que Paschase n'a jamais été repris publiquement de personne pour la doctrine qu'il avait enseignée d;ins son livre de rEucharislie. 5° 11 est vrai que sur la fin de la vie de Paschase il y eut quelques personnes qui semblent avoir eu touchant l'Eucharistie des opinions approchantes de celles des sacramenlaires, mais il est faux que ces personnes aient publié par écrit leurs opinions ; il est faux qu'elles aient repris publiquement Paschase; il est faux qu'elles aient fait un parti consi^ dérable, et tout ce que l'on en sait est que Paschase en ayant ouï parler à quehiues-uns de ses amis, les accuse de commellrc un crime détestable en s'opposant au sentiment de toute l'Église sur ce mystère. 6° 11 est clair que tous les adversaires que l'on oppose à Paschase sont de pures chimères : que Flore, Walfridus, Drulmar, Loup, abbé de Perrière, Prudence, «n'ont jamais pense seulement à le contredire, et n'ont

rien dit qtii les puisse faire soupçonner de lui avoir été contraires ; 7° qu'Amalarius et liéribald ne peuvent être soupçonnés que d'avoir porté irop loin l'opinion de la présence réelle ; 8° que Raban n'a écrit sur ce sujet qu'après la mort de Paschase. et qu'il n'a combattu que des personnes qui étaient condanmées par Paschase même ; 9° que Bertram ou Jean Scot ne l'a osé attaquer directement; 10° que la question proposée à Joan Scot p;ir CharIcs-le-Chauvn ne regardait point la présence réelle, mais une autre question toule dilTérenle.

Qu'ainsi le livre de Paschase est demeuré inviolable, et durant sa vie et après sa mort , et que toute celte prétendue opposition dont M. Claude fait tant de bruit se réduit à de purs discours de personnes inconnues : qu'après sa mort ce livre n'a jamais été le sujet de la dispute; que ceux mêmes qui avaient peutêtre dessein d'en ruiner la doctrine, comme Bertram ou Jean Scot, ne le faisaient point en l'attaquant ouvertement, mais tout au plus en corrompant le sens de ses expressions, et qu'ils furent même traités de novateurs pour ce sujet.

Et ainsi il n'y eut jamais personne qui ressentît moins le novateur que Paschase, et qui eût plus toutes les marques d'un écrivain orthodoxe qui propose d'une manière claire et forte les sentiments communs de l'Église de son temps.

Mais si cela est, comme on n'en peut raisonnablement douter, que deviennent toutes les déclamations de 31. Claude, et toutes ses suppositions romanesques : que Paschase a été innovateur ; qu'il a troublé la paix de rEglise par des opinions auparavant inouïes (p. 522); qu'il a proposé des fantaisies dont il avait été le premier auteur (p. 526) ; que Raban, Héribald, Érigène, Bertram , ont été ses adversaires déclarés (p. 559) ; que Bertram composa son livre sur les contestations que le livre de Paschase avait émues (p. 612) ; que Raban a écrit ouvertement contre Paschase; qu'on dispulail publiquement contre lui et contre ses sectateurs (p. 616); que Bertram a été consulté sur la présence réelle par Charles-le-Chauve (p. 619); qu'il a été consulté par son prince pour l'instruire de la foi catholique contre les corruptions de Paschase (p. 629^; que tout ce qu'il y a de plus considérable, de plus docle, de plus autorisé dans le neuvième siècle , s'est opposé à Paschase (p. 65.")) ; que ceux qui écrivirent au neuvième siècle contre la présence réelle furent chéris, honorés et estimés de toule l'Eglise; que la conversion substantielle passa au neuvième siècle pour une nouveauté opposée à la foi des SS. Pères (p. 655 et 654).

Car il est visible maintenant que tout cela n'est qu'un amas de visions, non seulement téméraires et sans fondement, mais manifestement fausses, contraires aux faits hisloriqucs et dcmenlies par tous les témoins qui nous restent de ce temps-là. De sorte qu'au lieu de trouver des traces de ce prodigieux cbiingemcnt dans l'histoire el dans les auteurs du neuvième siècle, nous n'y avons trouvé que des marques cl des preuves vi.ibles de l.> po session paisible

cl iranqiiillc de la doclrine de la présence réelle dans toute rÉgllse latine, telle que nous avions bien prévu qu'elle y devait être.

C'est ce qui nous exempte de répondre à l'avantage que M Claude prétend tirer de ce que ceux qui, selon lui, combattirent la présence réelle en ce temps-là, ne furent point traités d'héréliques. Car comme ces adversaires de la présence réelle sont chimériques , et qu'il est vrai au contraire que cette doclriue ne fut directement combattue de personne, il n'est nullement étrange qu'on ne se soit pas mis en peine de la défendre, ni de punir ceux qui l'attaquaient.

11 n'y a que le seul Jean Scot ou Bertram que l'on peut accuser d'y avoir donné quelque atteinte dans son livre. Mais ce n'est pas en la combattant directement, comme nous l'avons montré, c'est tout au plus en abusant de quelques expressions catholiques ; et encore la chose n'est pas fort claire , comme nous le montrerons. Il n'évita pas néanmoins d'être traité de novateur sur ce sujet, comme il paraît par Ilincmar, mais s'élant retiré en Angleterre parce que ses opinions fantastiques l'avaient rendu odieux en France, il n'est pas étrange qu'on ne l'ait point condamné en ce temps-là , ni en France oîi il n'était plus et où il n'avait point de sectateurs , ni en Angleterre où l'on ne le connaissait pas et où l'on n'était pas informé de

ses erreurs. Et d'ailleurs la multitude des autres hérésies de ce personnage, dont il sera parlé ailleurs, et qui n'ont pas été non plus juridiquement condamnées par aucun concile , Ole tout droit de demander comment on a souffert son opinion sur rEucharistie , et fait voir parfaitement que souvent les hérésies ne sont condamnées par l'Église que lorsqu'elle reconnaît qu'elles se répandent.

Et ce fut ce qui obligea l'église de France de condamner dans le onzième siècle le livre de Jean Scot au concile de Paris.

C'est pourquoi M. Claude ne peut tirer aucun avantage de cette tolérance de l'Église du neuvième siècle envers Jean Scot pour montrer qu'on a pu traiter de même Paschase, quoiqu'il eût été l'inventeur de la doctrine de la présence réelle. Car M. Claude ne suppose pas et ne peut pas supposer que Paschase n'ait point eu de sectateurs, et qu'il ait quitté la France après avoir fait son livre. Au contraire, il faut qu'il avoue qu'il y est toujours demeuré avec honneur, sans contradiction ni opposition : au lieu que Jean Scot fut obligé de s'eniuir , en laissant sa mémoire odieuse à toute la France ; ce qui l'exempta apparemment de la censure qu'il méritait justement pour avoir parlé d'une manière si embrouillée et si trompeuse de ce mystère.

CONTENANT L'EXAMEN DU TEMPS OU LES MINISTRES PLACENT LEUR PRÉTENDU CHANGEMENT; SAVOIR DEPUIS 890 JUSQU'AU COMMENCEMENT DU ONZIÈME SIÈCLE.

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