P.UN ET LE VIN NE POUVAIENT ÊTRE CHANGÉS AU CORPS
ET AU SANG DU Seigneur i Ncquepanem el vinum quod super allare manibus sacerdotum Sancti Spiritûs operalione effici videtur sacramentum , converti passe in corpore et sanguine Chrisli. Et cette opinion , aussi bien que les autres , y est appelée exécrable : Cumque hœc et hœc alia execranda perdili et miseri evomerent , dit rbistorien de ce concile. M. Claude ne peut pas douter de la vérité de ces actes, puisqu'd peut voir ce même fait rapporté par Glaber dans le troisième livre de son histoire (cap. 8), excepté (lu'il ne marque pas en particulier les opinions de ces béréliques.
2° S. Fulbert (cpist 1), qui écrivait au commencement du onzième siècle , regardait aussi l'erreur contraire à la vérité de ce mystère, comme incompatible avec l'unité de l'Église, aussi bien que les erreurs contre la Trinité. Car après avoir représenté combien il était nécessaire de connaître la Trinité, la vertu du bapiênae et les sacrements du Seigneur, il ajoute: Plusieurs personnes regardant ces trois mystères avec des yeux charnels , et ne s'arrêtanl qu'à des pensées toutes charnelles , sans pénétrer les mystères de la foi , sont tombées dans le précipice d'une pernicieuse hérésie, ils ne connaissent ni la vérité des choses , ni la vertu des
sacrements; et c'est pourquoi s'élant séparés de l'unité de rÉglise, et ne voulant pas être les disciples de la vérité , ils deviennent les maîtres de l'erreur. « Et ide'o ab Ecclesiœ unitate divisi , dùni fieri nolunl discipuli veritatis , magistri fiunt erroris. t
Et ensuite marquant ce qu'il faut croire de l'Eucliaristie, pour opposer la foi de l'Église aux erreurs de ces personnes, il établit la transsubstantiation et le changement du pain au coprs de Jésus-Christ en plusieurs passages, et entre autres dans celui-ci : Si vous croyez , dit-il , que Dieu peut toutes choses, vous ne refuserez point de croire ce mystère; et sans vous arrêter à vouloir discerner curieusement ces choses par des rau sonnements humains , vous confesserez que s'il a bioi pu tirer du néant ses créatures , il les peut bien changer en une nature plus excellente , et les convertir en la substance de son corps : « Si ergo Deum omnia passe credis, et hoc consequitur , ut credas , nec humants disputationibus discernere curiosus insistes , si creaturas quas de niliilo potuit creare, has ipsas multb magis valeat in excellentïoris naturœ digfntatem convertcre , in sui carporis subslantiam transfundere.
3° L'auteur de la Perpétuité remarque et prouve fort bien que tous ceux qui ont écrit contre Bérenger^ lui ont expressément reproché que son opinion était opposée au sentiment général de tous les chrétiens. Adelman , qui avait étudié avec lui sous S. Fulbert , lui écrivit, dès l'an 1035, qu'il y en avait qui noircissaient sa réputation d'une tache honteuse en publiant partout , et remplissant les oreilles non seulement des Italiens, mais aussi des Allemands, de ce bruit si étrange, qu'il s'était séparé de l'unité de la sainte Église, et qu'il avait sur le sujet du corps et du sang du Seigneur , qui s'immole tous les jours par toute la terre, des sentiments contraires à la foi catholique; croyant que ce n'était pas le vrai corps de Jésus-Christ , ni son vrai sang , mais une similitude et une figure. Or s'il y eût eu en Italie, en Allemagne et en France plusieurs personnes de l'opinion de Bérenger, qui l'eussent apprise de leurs bons pasteurs , comme dit M. Claude, et qui y eussent été élevées , Adelman et tous les Allemands auraient-ils pu témoigner cet étonnement qu'ils firent paraître? Est-on surpris que M. Claude soit calviniste, quoique les calvinistes ne fassent pas la dixième partie des chrétiens d'Europe?
Hugues évêque de Langres, lui reproche qu'il scandalisait toute l'Église : a Universalem Ecclesiam scandalisas. V Déoduin évêque de Liège, écrivant au roi Henri I, dit sur le sujet de Bérenger , qu'il renouvelait d'anciennes hérésies , et que son erreur était si notoire qu'il n'était pas besoin d'assembler de concile pour le condamner. Sa lettre est rapportée par le cardinal Baronius en l'année 1035 de son histoire (1). Lanfraiic
(1 ) Cette lettre est attribuée parBaronius à Dtu-and ; mais il se trompe : car Durand mourut en 10:25, selon Sigebert et Lambert-le-Pctit; et Henri, roi de France, auquel cette lettre est écrite , ne futcouronnô qu'en 1028, et ne commença à régner seul qu'en 1052; de plus il est parlé dans celte leltre de Bruno,
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cl auxbércngarioiis, ils leur eussent donné sujet de les couvrir de conliision, et de tirer un exiréme avantage de ia conviclion de leur imposture.
(de Corpor. et Sang. Doni.)lui soutient en piusjcîirs endroits que la foi de la présence réelle est celle de tons les clirétiens du monde. Interrogez, lui- dit-il, /ows ceux qui ont quelque connahsunce de la liuigne latine et des livres latins; interrogez les Grecs, les Arméniens , et généralement tons les chrétiens de quelque nation qiCils soient, et ils vous réfondront qu'ils tiennent cette foi dont nous faisons profession. C'est ce qui lui donne lieu de tirer contre Dérenger cette conclusion : Que si la fui de l'Église universelle était fausse , il faudrait que l'Église fût périe , ou qu'elle n'eût jamais été.
L'évidence de cette vérité de lait était telle, que les Bérengariens mêmes ne l'osaient pas nier; et plutôt que de désavouer une chose aussi palpable qu'était alors le consentement de toute l'Église contre eux, ils admettaient la conséquence, qui était que toute l'Église était périe. Contre tant de témoignages du S. Esprit touchant l'Église, vous objectez, dit Lanfranc (cap. 23), et ceux qui étant trompés par vous, s'efforcent de tromper les autres, l'objectent avec vous: qu'après que l'Église s'est formée, qu'elle s'est accrue, qu'elle a fructifié, elle était tombée ensuite dans l'erreur, par l'ignorance de ceux qui n'entendent pas les nnjstères ; qu'elle était périe, et n'était de eurée que dans ceux qui vous suivent.
Guimond dit aussi (lib. 5) comme une chose certaine, qu'avant Dérenger personne ne s'était avisé de ces folies : « Notissimum est hoc tempore priusquàm Berengarius insanîsset, Imjusmodi vesanias nunquàm fuisse, t
L'impudence humaine peut-elle aller jusqucs à cet excès, que de reprocher à un homme qu'il est C(miraire à toute l'Église, et de lui soutenir qu'avant lui personne ne s'était avisé de son opinion, s'il y avait lonjours eu dans l'Église, au vu et au su de tout le monde, un nombre considérable de personnes qui eussent été de ce sentiment? Et le bruit même qui rendait Bérenger auteur de cette opinion, ne marquet-il pas qu'elle était inconnue avant lui ?
On ne dit point que M. Claude soit l'inventeur del'opinion des sacramentaires, parce qu'il est certain que quoiiju'il n'y ait pas fort long temps qu'elle ait été renouvelée par Zwingle, elle a été embrassée depuis lui par plusieurs personnes.
il y a, dans les disputes les plus animées, de certaines lois de sincérité, qui demeurent inviolables de part et d'autre, et que les hommes ne manquent jamais de garder, parce qu'il ne leur est jamais utile de les violer. Et c'est ce qui donne lieu de conclure avec assurance qu'il est impossible que ces discours d'Adelnîan , de Déoduin, de Lanfranc, de Hugues, évêque de Latigres, et de Guimond fussent ftnix; parce que s'il y eût eu toujours dans l'Église des personnes du sentiment de Bérenger, ils eussent dérrié par un mensonge si impudent la cause qu'ils voulaient soutenir ; et bien loin de nuire par-là à Bérenger
évêque d'Angers , qui n'en a été fait évêque qu'en 1047. Celle remarque est de M. de Sainte-Beuve.
Le témoignage des hommes doit passer pour indubitable , connue nous l'avons dit dans le premier livre , lorsque, d'une part, il ne peut arriver qu'ils soient trompés, et que de l'antre ils ne peuvent avoir le dessein de tromper sans folie et sans un renversement d'esprit. Or il est certain que celui que les auteurs que nous avons cités rendent à la doctrine de l'Église est accompagné de toutes ces circonstances.
Adelman avait été élevé en France auprès de S. Fulbert, et avait fort voyagé en Allemagne, comme il le témoigne lui-même dans sa lettre à Bérenger. Lanfianc, originaire d'Italie, qui avait été religieux de l'abbaye du Bec, puis abbé de Caen, et enfin archevêque de Canlorbéry, pouvait rendre témoignage des sentiments d'une bonne partie de l'Europe. Guimond, qui était de Normandie, et qui de religieux bénédictin devint archevêque d'Averse en Italie, ne pouvait aussi ignorer les sentiments de ces deux provinces. Déoduin sert de témoin pour l'Allemagne; Hugues, pour la France.
C'eût été, comme nous avons dit, trahir la causf de l'Église, que de donner lieu à Bérenger de les convaincre d'une fausseté visible. Ils n'étaient donc en ce point ni trompeurs ni trompés : et c'est dans ces circonstances qu'ils nous déclarent que la doctrine de Bérenger était contraire à celle de toute l'Église Ce témoignage n'est démenti de personne. Donc avec toutes ces circonstances il est certain et indubitable.
Ces preuves ne concluent pas seulement qu'en 1035, qui est le temps de la lettre d'Adelman, on du temps que Lefranc écrivit contre Bérenger, toute l'Eglise était contraire au sentiment de Bérenger; mais elles concluent que c'était lui qui avait publié cette doctrine dans le onzième siècle, et qu'elle n'y avait point été enseignée avant lui, si ce n'est par les hérétiques condamnés dans le concile d'Orléans. Car ces auteurs, dont la vie courait avec le siècle, ne pouvaient ignorer quelle était la doctrine qu'ils avaient apprise dans leur jeunesse, et que l'on enseignait alors dans l'Église. Cependant ils n'accusent point Bérenger d'avoir renouvelé une erreur qui eût été en vogue au commencement du siècle, et qui se fût éteinte depuis, mais ils l'accusent de publier une erreur toute nouvelle. Aussi ne voit-on point que les bérengariens aient cité aucun auteur, ni du dixième siècle ni du onzième, comme favorable à leur sentiment. Ils l'allaient chercher dans quelques passages de S. Augustin, entendus à leur mode, et dans le livre de Jean Scot; mais ils ne disaient point qu'ils l'eussent appris de leurs bons pasteurs (p. 643 ), ou que ce fût la doctrine de tel ou tel évêque. Jamais ils ne s'avisèrent aussi de dire qu'il était vrai qu'ils étaient alors en petit nombre, mais qu'au commencement du siècle ils avaient eu beaucoup plus de par-