CHAPITRE II
i)?s moyens et des machines que M. Claude emploie pour faire réussir son changement insensible.
On a reproché avec raison à |^M. Claude que lors-
ration. Il y en a qui ne servent qu'à adoucir ce qu'il y a d'étrange dans cette entreprise , et ce sont les moyens qu'il a trouvés pour montrer que ce n'est pas grand'cbose que de faire embrasser à toute l'Église l'opinion de la présence réelle , et que cet établissement n'a dû causer aucune surprise ni aucun élonnement dans le monde. Et ainsi on les peut nommer les moyens d'adoucissement. Il y en a qu'on peut nommer des machines d'exécution, et ce sont les moyens réels et effectifs, par lesquels il prétend qu'on a introduit la présence réelle dans l'esprit des peuples. Et enfin, il y en a qui servent à effacer les traces de ce prétendu changement après qu'il est fait , et c'est pourquoi on les peut appeler des machines d'oubli.
OCO LIV. IX. EXAM. DE LA CROYANCE DE L'EGI.. DEPUIS L'AN 890 JUSQU'AU SIÈCLE XI. 910
Nous .niions voir dans les propres termes de et de la vérité confuse à ["erreur. Ainsi celte vérité
M. Claude la description parlionlière de ces dillérenls confuse, cette connaissance confuse, celte ignorance,
nîoyens. 1. est certain que c'aurait clé un fort grand est la ifrande machine de préparation, nécessaire pour
embarras peur lui d'.iUer piauler la créance de la pré- introduire sans bruit la présence réelle, sencc réelle parmi les Grecs, les Arméniens, les Nés- Pour s'en servir avec plus d'avantage, M. Claude a
tnriens , les Jacobiles, les Cophlcs. Quel moyen de cru (lu'il la fallait préparer elle-même, et nous décrire
trouver assez de prédicateurs pascliasisles pour les comment, au neuvième siècle et au dixième, on était
envoyer en Grèce, dans l'Asie mineure, dans la Syrie, tombé dans cette connaissance confuse. C'est ce qu'il
dans l'Assyrie, dans la Mésopotamie, dans les Iud:s, fait dans ces paroles par lesquelles il décrit l'état de
dans la Moscovie, dans la Géorgie, dans la Tartarie, dans la Moldavie , dans rÉtliiopie , dans rÉgyptc ? Quelle peine n'aurail-il point fallu se donner pour leur faire apj, rendre tant de langues différentes; pour leur faire traduire le livre de Pascliase ; pour gagner les esprits , et pour convertir clfectivcmenl tant de patriarches, d'évêques, de religieux, de peuples, et leur faire embrasser une doctrine inconnue; et cela sans qu'ils s'en aperçussent , et qu'ils recoiuiusseiat qu'ils changeaient de senlimenl?
M. Claude a donc cru que cela faliguail un peu trop l'imagination , et il a trouvé à propus de se délivrer de cet embarras. C'est à qnbi il em|iloic une machine
l'Eglise du temps de Paschase et de Lanfranc , c'està-dire durant le neuvième, le dixième et le onzième siècles. Lors, dit-il (p. 257), que le soin d'cnr.cifjner les mystères se^it visiblement relâché, lors(]iie la plupart des pasteurs ont endormi les peuples , et se sont endormis eux-mêmes dans le sein de ta superstition et de l'ignorance, il a pu se faire que beaucoup de gens tombassent dans une connaissance confuse du mystère de Œucharislie.
Mais pour donner une idée plus vive de l'i^noranco profonde où il prétend que TÉgiise était alors plongée, il nous en fait une image bien plus affreuse dans un autre lieu, où il lui ôte cinq lumières différentes : L»
de retranchement, (\m est courte, mais décisive el nette première lumière, dit-il ( p. 299 ) , qu'on a fait éclipser
au possible. Il ne s'agit pas, dit-il (p. 6i2), de toute la terre : il s'agit de l'Occident; c'est-à-dire, de la communion du pape.
Voilà bien du travail abrégé : car c'est dire en un mol qu'il ne veut pas se mettre en peine de nous exp!i(pier comment la créance de la présence réelle s'est établie dans tout l'Orienl, et dans toutes los autres sociéiés chrétiennes. Il a môme jugé qu'il serait trop inconmiode de faire prêcher la doctrine de la présence réelle à tous les lidèles en particulier avant Bérenger; et ainsi il a trouvé qu'il était meilleur île se réduire à faire seidement changer de foi à un parti considérable dans l'Église romaine, en laissant Ions les autres dans l'ignorance de celte doctrine. C'est à quoi est destiné cet autre moyen de retranchement contenu dans ces paroles ( p. 642 ) : Il ne s'agit pas dans l'Occident de tous ceux qui faisaient profession d'êlre chrétiens ; il ne s'agit que d'un parti qui se fortifie , et qui tâche de se rendre maître des chaires , pour être ensuite maître de toute l'Église.
devant les yeux des peuples, a été l' Écriture-Sainte. La seconde a été les claires et bonnes explications des SS. Pères sur le sujet du Sacrement. La troisième a été la connaissance des autres mystères du christianisme , qui pouvaient fortifier l'esprit et encourager le zèle pour la vérité. La quatrième a été la raison naturelle qu'on a laissé abâtardir et tomber dans un étal de langueur. Il n'eyl presque rien resté d'entier que les sens , à qui l'on déclara une guerre ouverte. Je ne doute pas qu'ils ne se soient défendus; mais quel moyen de se tenir fermes étant seuls dénués de tout appui? On ne peut pas sans doute s'imaginer un |)liis grand aveuglement.
Cela ne suffisait pas encore. Parce que le passage de celte ignorance à la foi de la présence réelle ne laissait pas d'être dur, il le fallait adoucir; et c'est l'usage que M. Claude prétend faire d'une maxime qu'il établit partout : Que ce changement ne s'est point fait par voie de contradiction , mais par voie d'addition et d'explication de la foi ancienne. Il est certain, dit-il ( p. 043) , que les paschasistes n'arrachaient point aux
Ce sont là les deux principaux moyens de retran- hommes leurs opinions. C'est un faux principe sur lequel
chement el d'abrègement. Voici ceux qui servent à l'auteur établit tous ses raisonnements; et je les ai dé-
préparer les esprits* premièrement, il ne veut pas truits en détruisant ce fondement imaginaire... Paschase
que l'on suppose que les chrétiens à (jui on devait et ses sectateurs ont procédé par voie d'addition, ou par
communi(iuer la doctrine de la présence réelle, fussent voie d'explication , ou par voie de confirmation de la foi
dans la créance distincte de l'absence réelle; et pour publique : ce qui lui a donné plus de facilité pour
éloigner davantage cette pensée , il la rejette avec tromper un peuple ignorant. L'effet de celte machine
chagrin et avec mépris. C'.?sMt)iec/»Hière, dit-il (ibid.), ou de ce moyen d'adoucissement est tel , qu'il est
que l'auteur nous impute seulement parce qu'il lui plaît, capable d'empêcher, selon M. Claude , qu'un iiomme
et que nous avons déjà si souvent réfutée que c'est assez qui propose la présence réelle à des gens qui n'en ont
pour en cire rebuté. Mais en quelle disposition serontils donc , puis(iu'ils ne croient ni la présence réelle , ni l'.ibsence réelle? Ils seront dans une certaine disposition mys^iérieuse qui s'appelle, dans le langage de M. Claude, vérité confuse, ou ignorance. On a passé, dil-il (p. 236 ), de la vérité dislincleà lavéritè coH^usCy
jamais ouï parler , ne soit pris pour innovateur, et qu'il fait que ce changemenl n'est pas connaissable à ceux mêmes qui le souffrent (p 2i9).
Il ne s'agit donc plus que d'exécuter ce grand dessein , de faire recevoir la doctrine de la présence réelle par la plus grande partie de l'Église.